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SMSI : Compte rendu synthétique et partiel de PREPCOM2

vendredi 7 mars 2003


Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI) : Compte rendu synthétique et partiel de la réunion du 2ème Comité Préparatoire PREPCOM2

PrepCom-2 a réuni plus de 1300 participants lors
des deux semaines de session, dont 390 représentant la Société
Civile (SC), 90 le Secteur Privé (entreprises, prestataires de services,
…) et 24 les organisations internationales ou régionales.

Les participants ont vécu deux semaines très
différentes :

- La première semaine a vu deux jours avec
8 Tables Rondes (deux TR se déroulant en même temps) et deux
jours de Sessions du Sous-Comité 2 Contenu et Thèmes (SC-2)
avec en parallèle 4 Ateliers informels. Les thèmes des TR
et des Ateliers ont été choisis (ou plutôt imposés)
par le Bureau du SMSI. La semaine a débuté avec la Séance
Plénière d’ouverture et par une Session spéciale consacrée
aux « Visionnaires » (sic) qui devaient imprimer sa dynamique
au PrepCom. Hormis ces deux séances la semaine se déroulait
dans le bâtiment très agréable et accueillant du BIT.

- La deuxième semaine s’est entièrement
passé dans le cadre austère et enfermé du CICG (« 
le bunker »). Les Sessions du SC-2 étaient encadrées
par deux Séances plénières, la première faisant
le bilan des TR, la deuxième approuvant les textes élaborés
par le SC-2 et adoptant les dispositions à prendre jusqu’au PrepCom-3
(en septembre). A l’opposé de la semaine précédente,
celle-ci a été marquée par une agitation fébrile
et une opacité certaine qui ont grandement nui à un résultat
acceptable par tous les « partenaires ». Pire, au bout de ce
marathon qui s’est transformé rapidement en course contre la montre,
on a de la peine à dresser un bilan.

On aura vite compris que ce PrepCom-2 –axé sur
les travaux du SC-2 et leurs résultats- n’a pas été
un succès. Surtout vu de la Société Civile, et cela
malgré la sagesse légendaire du Président du PrepCom
Adama Samassekou.

Pour l’essentiel, le PrepCom aura à rédiger
le projet de deux documents de base du SMSI : la Déclaration et
les Principes d’une part, le Plan d’Action d’autre part. Ces deux « 
drafts » comme on dit dans ces milieux, seront finalisés en
documents définitifs et approuvés lors du prochain PrepCom.
Mais cela est une autre histoire …

Que retenir de ce PrepCom ? Je ne peux y répondre
qu‘en partie et de manière subjective, du fait de la simultanéité
de plusieurs manifestations donc de choix parfois « douloureux »
à faire.

… Je propose donc à titre d’exemples des débats
que j’ai pu suivre deux types de sessions particulièrement instructifs.

La Séance plénière d’ouverture
a
convenu de bâtir les documents de base cités ci-dessus
à partir d’une compilation des cinq Réunions Régionales
Préparatoires tenues depuis mai 2002 (Afrique/Bamako, Europe et
Amérique du Nord/Bucarest, Amérique Latine et Caraïbes/Bavaro,
Asie-Pacifique/Tokyo, Asie Occidentale/Beirout). On n’a pas échappé
aux slogans et autres poncifs usuels tels que « transformer la fracture
numérique en opportunité numérique », le SMSI
permettra d’atteindre les Objectifs du Millénaire, le SMSI inaugure
une nouvelle ère (sic) dans les relations internationales et impose
un nouveau paradygme sociétal : le partenariat Gouvernement- Secteur
privé -Société civile. Enfin la SI mettra en œuvre
la « bonne gouvernance » si chère aux FMI et à
la Banque Mondiale.

Le Programme du Groupe de Réflexion Prospective
a aussi fourni son lot de recettes universelles « grâce
à cinq personnalités qui forment l’opinion » selon
M. Utsumi, Président du SMSI et Secrétaire général
de l’UIT, même si le Professeur Lessig (Université de Stanford,
USA) a fortement mis en cause une Société de l’Information
pas à l’abri de la corruption et –pire- plus féodale que
libre ! Il nous ferait douter de notre « mission » ? 
L’inamovible abonnée des tribunes de l’UIT Mrs Cattaui (Chambre
Internationale du Commerce, Genève) a versé une larme sur
« la moitié des hommes (qui) vivent dans la pauvreté
la plus abjecte » (sic) et a interpellé l’assistance : « 
avons-nous le droit de les laisser en dehors ? ». Non, bien sûr
 ; le partenariat public-privé salvateur va les inclure dans cette
belle Société (anonyme) de l’Information ! Autre visionnaire,
M. Iliescu a exprimé sa foi dans le libéralisme et les TIC
réunis et déclare « nous allons créer une civilisation
de l’esprit ». Jacques Attali a donné un cours aussi dense
que magistral sur les leçons de l’histoire et les rapports de pouvoirs,
sans oublier les évolutions dans le domaine industriel et culturel
 ; sur le plan linguistique il a rassuré l’auditoire (du moins les
non anglophones) en précisant que l’anglais n’est plus la première
langue sur Internet. C’était beau, intelligent et riche comme un
cours d’Attali, à condition de le suivre …

Mais on n’avait pas encore atteint le « sommet
 » de l’exaltation : le Président Wade nous l’a fait découvrir.
Après un hommage appuyé à l’UIT, qui a permis « 
l’émergence de cette Société de l’Information (qui)
rapproche les peuples pour la première fois dans l’histoire »
(sic), il voit ce « gigantesque village où la distance ne
se mesure plus en km mais en bande passante » (re-sic), et « 
l’économie classique devenir une e-économie dynamique »
(les licenciés de la bulle apprécieront). Il ne croit pas
« que le gap numérique soit réel ».La preuve
 : « les plus petits enfants du Sénégal se familiarisent
avec Internet dans les écoles des villages ». Mieux encore
(mais si !) : « grâce à l’enseignement à distance
on partagera le savoir du MIT » (NdR : le Massachusset’s Institute
of Technology). Rien de plus facile : les étudiants sénégalais
suivront les cours par satellite et acquerront un diplôme de Harvard.
Simple nota : le Président Wade ne (re)connaît que les universités
américaines. O Senghor, l’as-tu entendu ? Heureusement, le Président
Wade a aussi appelé à la « solidarité numérique
 » et suggéré un système de péréquation
des taux par rapport à un « serpent » délimité
par un seuil supérieur et un seuil inférieur ; le pays dont
le taux est supérieur au seuil fournirait ainsi des ressources à
un pays dont le taux est en-dessous du seuil inférieur. Ce mécanisme
serait ainsi comparable à celui des « serpents monétaires
 » appliqués en politiques financières.

Lors des questions-réponses, interpellé
par un participant qui proposait une « taxe Tobin » pour financer
les infrastructures nécessaires au Sud, Jacques Attali a douté
de l’efficacité d’un tel système et a suggéré
deux pistes, l’une déjà envisagée à Kananaskis
( ?), l’autre consistant à faire payer une taxe à l’échelle
globale aux ISP qui sont les grands bénéficiaires de la circulation
de l’information gratuite. Le Président Wade a proposé l’utilisation
des Droits aux Tirages Spéciaux (DTS) –une idée qu’il suggère
depuis trente ans- pour financer une partie du développement, dont
celui des TIC. Madame Cattaui a enfin conclu cette mémorable séance
des visionnaires en déclarant que le défi qui est posé
à la SI est bien la « solidarité numérique »
et le « serpent numérique » est une réponse.
Elle professe sa vision d’une e-civilisation !

Vous avouerez qu’après un telle entrée
en matière du SMSI, un véritable remue-méninges (pardon
 : brain storming), les 1300 présents étaient prêts
à relever tous les défis du monde !

Les Tables Rondes (TR)
TR-1 : Infrastructures et financement
La Chine a fait un bond extraordinaire dans le développement
des télécoms grâce à une politique cohérente
des pouvoirs publics qui a privilégié l’infrastructure et
une « déréglementation maîtrisée sinon
différée ». Elle compte près de 430 millions
d’abonnés dont la moitié mobiles et 60 millions d’abonnés
Internet. Le financement est essentiellement fourni par le marché »
incité par le gouvernement ( ?). Même si « le modèle
chinois » n’est pas directement transposable en Afrique, la politique
qui l’a sous-tendu est à méditer ! Elle donne en tous cas
des raisons valables à notre demande de moratoire de la déréglementation
dans les PeD.

En Amérique Latine, la Banque Interaméricaine
de Développement privilégie elle aussi les investissements
en infrastructures des réseaux tout en promouvant des synergies
entre actions nationales et trans-sectoriels. Voilà donc une application
« soft » et partielle de la « Synergie Inter-Réseaux
 » qui m’est chère …

Le Directeur du BDT cherche un modèle pour « 
l’accès à tous » et l’a trouvé dans les partenariats
novateurs ( ?), les précédents –notamment Sud-Sud- ayant
connu des succès et des échecs (il ne cite pas d’exemples).
Le rôle de l’UIT est de garantir la réduction de la fracture
numérique à laquelle le Plan d’Action d’Istanbul (un de plus
…) contribuera efficacement. Travailler sur les synergies, élaborer
un modèle de partenariat (avec qui ? les ONG ?), obtenir des solutions
durables. Les ressources financières fondant de plus en plus, les
partenariats sont indispensables : le BDT en fournit le modèle (NdR
 : le partenariat UIT-Cisco n’est pas très convaincant …). Le BDT
est l’enceinte qui transformera la fracture numérique en opportunité
numérique et l’UIT est le cadre du partenariat. La messe est dite

Les ONG sélectionnés par le Bureau du SMSI
interviennent ensuite. Artur Serra (Université de Catalogne) présente
le Global Light Rail Project (prêt en 2005) qui couplé avec
Internet2 sera le réseau de recherche à hautes performances
du XXI siècle. Il prône la chaîne recherche =>
privatisation => commercialisation, et compte sur les réseaux globaux
(Global Crossing, Energia, Tyco …). Amadou Top d’Osiris (Sénégal)
nous fait revenir aux réalités, en rappelant le rôle
marginal de l’Afrique qui reste à l’écart. Il rejette un
Internet sans régulation et prône un développement
cohérent des infrastructures. Il dénonce la « 
déréglementation copiée-collée » imposée
à l’Afrique qui substitue des monopoles privés aux monopoles
d’Etat et ignore les besoins spécifiques des PeD. Les licences payées
cher et la recherche de rentabilité à court terme font monter
les prix des services y compris de base. On déchante des concepts
d’un Internet solution universelle. Il demande un nouveau modèle
où les Etats gardent leur capacité (infrastructure, zones
rurales) et où la convergence met en œuvre tous les supports, radio
etTV compris. L’auto-financement est obéré par l’abandon
des taxes de répartition. Pour trouver les ressources nécessaires,
mettre à contribution les « nouveaux entrants », affecter
en partie la « remise de la dette » aux infrastructure d’interconnexion
et étudier la proposition du Président Wade sur la « 
solidarité numérique ». Un fonds international ainsi
collecté devrait être placé sous la gestion de l’ONU.

Un « représentant d’Intel » trouve
la solution à nos problèmes de financement : puisque les
infrastructures coûtent très cher ((jusqu’à 84% d’un
réseau à fibre optique) il n’y a qu’à le confier à
… l’Etat ! Il le louera ensuite à coût raisonnable aux opérateurs
sur la base du partage comme on le fait en France (Caisse des Dépôts
et Consignations finance la fibre « noire ») et en Suède. 
,

Constatant que la déréglementation est
toujours le crédo et la priorité (cf le PA d’Istanbul) de
l’UIT, nous demandons un moratoire dans les PeD pour faire un bilan et
trouver « le modèle sur mesure » pour chaque pays où
l’infrastructure et l’accès seront prioritaires. M. Touré
répond que l’UIT ne prône pas la déréglementation
mais la réforme sectorielle (sic) et n’impose aucun modèle
puisqu’elle débat avec les régulateurs. Il déplore
toutefois « quelques erreurs » commises dans la déréglementation
en transposant le modèle des années 80 du Nord, mais ce n’est
plus le cas (NdR : cela l’était-il du temps de son prédécesseur
 ?).

Table Ronde sur le « renforcement des capacités
 » (sic)

Voilà un nouveau terme de la langue de bois qui
remplace éducation et formation et permet d’intégrer … Cisco
et ses concepts d’« académies ». Internet y est proclamé
le vecteur du savoir (sic) et le renforcement des capacités est
la meilleure arme pour franchir le fossé numérique. Il peut
être commercialisable en fonction des domaines d’application mais
demande une réflexion préalable. Le renforcement des capacités
(RC) revêt deux formes : le RC via les TIC et le RC dans le domaine
des TIC. On a regretté l’absence de Rabia Abdel Krim d’ENDA qui
devait représenter les ONG à cette TR. Cisco avait donc largement
le temps pour distiller sa pub en powerpoint et exalter le partenariat
à sa manière.

Doutant de la validité de tels partenariats, nous
avons demandé que l’on donne la priorité de la formation
télécoms/TIC aux écoles spécialisées
en place en Afrique (exemples : ESMT Dakar, ENSPTT Yaoundé) plus
aptes à saisir les besoins spécifiques des opérateurs
africains et à former leurs techniciens et ingénieurs. On
évite ainsi une fuite de cerveaux implicite dans les « académies
Cisco ». Réponse de Cisco : la valeur des « académies
 » est reconnu par tous, y compris les Nations Unies (PNUD, UNITAR,
…) et la fuite des cerveaux est une affaire de « liberté aussi
 » .

Une conclusion que l’on peut tirer de ces débats
c’est leur nature très lissée : aucune contestation n’est
possible : elle est verrouillée par la « tribune » où
siègent les « experts » des divers secteurs et domaines
en compagnie d’un représentant d’ONG adepte de « partenariats
 » pas toujours très transparents. Les questions sont répondues
par des certitudes non démontrées et toute interpellation
est rejetée par le « modérateur ». On sort généralement
frustré de ces sessions, mais le débat continue aux pauses
et à la fin avec ceux –très nombreux- qui partagent des vues
communes sur le développement et restent sceptiques quant à
la « Société de l’Information » et la « 
réduction de la fracture numérique ». Comme CSDPTT.

Jean Louis Fullsack