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Lettre de Janvier 2002

Janvier

mardi 1er janvier 2002, par Alain


La Lettre de janvier  2002
No : 74

 
Sommaire :

Editorial
Bonne année 2002
______________________

Echos de CSDPTT et de ses
correspondants

En bref  : AG de csdptt, record
de fréquentation du site

______________________

Echos des postes et télécoms
dans le monde

Burkina : privatisation et concurrence
Palmarès des entreprises de
Télécom en Afrique

Madagascar : TELMA en grève
Le Kenya renonce à la privatisation
Mali : retour de MALITEL
En Bref  : 
Wanadoo Algérie, RASCOM, Ghana, télédensité,
Mozambique, Afrique du Sud, Bénin, Côte d’Ivoire, Burundi,
Cameroun, Zambie, Cisco, Orange, Thaïlande, Turk Telecom

________________________________

Humour
Le Berger peuhl
et le consultant

__________________________________________

Livre
Raphaël Ntambue Tshimbulu
L’Internet, son Web et son e-mail en
Afrique,
Approche critique. L’Harmattan octobre 2001 353 p.

________________________________

Selection de site web
site de travail de la société
civile en vue du Sommet Mondial sur la Société de l’Information
"

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Articles
L’UIT la veille dame des télécommunications
dans la tourmente libérale (1)
de Jean Louis Fullsack
Précautions pour une maîtrise
sociale des NTIC en Afrique
de Benoit Dumolin


Editorial
Bonne année 2002
Nous n’allons pas nous dérober à la tradition
qui consiste à souhaiter à nos lecteurs une bonne et heureuse
année 2002. Mais nous aimerions aussi pouvoir souhaiter aux nombreux
habitants de la planète n’ayant pas eu jusqu’ici la possibilité
de disposer d’un téléphone à des prix abordables de
pouvoir le faire.

Outre de participer au développement du pays,
le téléphone peut aussi sauver des vies. Il permet aussi
tout simplement d’entendre des êtres chers ce qui peut parfois être
source de soulagement ou de grands plaisirs.

Malheureusement, cet outil banal reste encore réservé
à une élite dans de nombreux pays. Et la main mise des profits
sur ce qui est longtemps resté un service public lorsqu’il s’agissait
de le diffuser massivement en occident, ne contribue pas à sa véritable
extension envers les populations les plus démunies.

Notre activité de terrain n’est que symbolique
à l’échelle des besoins. Nous pourrions d’ailleurs faire
plus si nous pouvions compter sur des partenaires plus efficaces sur place.

Cela dit, il est nécessaire de faire grandir l’idée
qu’il faut s’y prendre autrement, dégager des fonds ce qui apparaît
tout à fait réaliste en regard de la puissance des opérateurs.
La perspective de la conférence mondiale de l’information peut être
une opportunité à saisir. Ne pourriez pas vous aussi y contribuer ?

Bruno Jaffré
______________________

Echos de CSDPTT et de ses
correspondants

En bref
L’assemblée générale de CSDPTT
se tiendra le 26 janvier à Paris.
Elle sera cette année
précédée d’une journée de formation et de sensibilisation
aux problèmes de développement. Cette journée a semblé
nécessaire compte tenu des nombreuses adhésions nouvelles
enregistrées durant les deux dernières années.

Nous avons enregistré coup sur coup deux nouveaux
records
de fréquentation de notre site
http://www.globenet.org/csdptt
avec 1914 requêtes dans la semaine du 3 au 9 décembre 2001
(dernier record 1792 dans la semaine du 5 au 11 novembre) et 2110 la semaine
suivante.

______________________

Echos des postes et télécoms
dans le monde

Burkina : privatisation et concurrence
La privatisation de l’ONATEL, dont le capital social
est de 12 milliards de F CFA, (environ 16 millions de dollars US), est
entrée dans une phase plus active au Burkina Faso avec la tenue
en novembre d’une journée d’information en direction des acteurs
des télécommunications et futurs repreneurs potentiels nationaux.
Cette privatisation est fortement critiquée par la presse d’opposition
et les syndicats.

Selon l’agence Reuters plusieurs groupes internationaux
se seraient déjà manifestés, Vivendi Universal et
son partenaire marocain Maroc Telecom, South Africa Telkom, France Télécom
et Portugal Telecom.

Le Burkina Faso, doit céder 34% du capital à
un partenaire à définir, qui serait chargé de la gestion
et de la modernisation de l’entreprise, 20% au public alors que le reste
(46%) serait partagé entre le gouvernement, les privés nationaux
et les employés de l’office. Le prix de la communication urbaine
au Burkina Faso établi à 100 F CFA (0,13 dollar US) les 3
minutes, tout récemment augmenté, la taxe étant passé
de 5 à 3 mn, est l’un des plus chers de la sous région ouest-africaine.

D’autre part, un consortium bancaire emmené par
la Banque Africaine de développement a accordé un prêt
de 4 milliards de F CFA (5,3 millions de dollars) à la société
de téléphonie Telecel Burkina.

 Ce financement doit permettre l’installation et
l’exploitation d’un réseau de téléphone numérique
GSM 900. Au terme de ce projet, le nombre d’abonnés à Telecel
Burkina ne devraient pas de 17.760 en août 2001 à 49.720 en
2002 et à 107.200 en 2005.

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Palmarès des entreprises
de Télécom en Afrique

Le numéro de décembre du mensuel ECONOMIA
publie un classement des meilleures entreprises africaines suivant leurs
chiffres d’affaire de l’année 2000. Les chiffres sont libellés
en dollars.

Les 3 premières sont Telkom d’Afrique du Sud avec
un CA de 4,2 milliards et un résultat net de 188 millions, Maroc
Telecom (CA de 1,1 milliards et RN de 159 millions) et M-Cell, d’Afrique
du Sud, plus connu pour sa filiale MTN, opérateur de mobile (CA
de 1,098 milliards et RN de 102 millions). Viennent ensuite la société
égyptienne ORASCOM Telecom, opérateur de mobile panafricain
(CA de 559 millions, RN non diffusé) et Côte d’Ivoire Telecom
(CA de 214 millions et un résultat net de 4,15 millions). Deux opérateurs
de mobile de Côte d’Ivoire sont aussi parmi les 25 premiers, Loteny
Telecom, classé 15 ème (CA de 76,8 millions et RN de 6,9
millions) et la SIM classé 16 ème (CA de 76,8 millions de
dollars RN de 26 millions).

La SONATEL du Sénégal arrive en 6 ème
position avec un CA de 180 millions et un résultat net de
60 millions soit le ratio RN/CA de 1/3, parmi les plus forts ce qui en
fait une entreprise particulièrement rentable.

Mauritius Telecom, récemment privatisé
au profit de France Télécom, arrive en 8 ème position
et affiche aussi une excellent santé avec un CA de 134 millions
et un Résultat Net de 31,8 millions de dollars.

La SOTELMA du Mali (CA de 55,6 millions de dollars et
RN de 10,3 millions) arrive en 18 ème et l’ONATEL du Burkina est
classé juste derrière (CA de 52,7 millions et RN de 1,8 millions
de dollars).

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Madagascar : TELMA en grève
Les employés de Telecom Malagasy (TELMA) ont fait
grève de 72 en décembre à l’approche de l’ouverture
des offres en vue de la privatisation de l’opérateur. Il souhaite
ainsi protester contre le refus des autorités de répondre
à leurs revendications.

Les syndicats s’inquiètent du fait que le cahier
des charges n’impose pas au repreneur d’exploiter le réseau de téléphonie
mobile. Or, les deux soumissionnaires ne sont autres que DISTACOM et France
Telecom, deux opérateurs qui ont déjà chacun une entreprise
de téléphonie mobile bien implantée à Madagascar.
Ils craignent donc que le repreneur n’abandonne la filiale mobile
de TELMA. D’autre part, ils s’inquiètent de l’entrée
rapide de la téléphonie dans la concurrence. Ainsi si TELMA
n’exploitait que le fixe, ils redoutent des difficultés pour la
société qui pourraient se traduire par des licenciements.

Autre sujet de mécontentement, les syndicats estiment
que les autorités n’ont pas répondu à leurs revendications
qui portent sur le Fonds de portage et de privatisation (FPP). Ce
mécanisme doit permettre aux employés et aux 
nationaux de participer aux différentes opérations de vente.

Aux dernières nouvelles, l’offre de DISTACOM aurait
été plus élevé que celle de France Télécom.
(Source agence PANA http://www.panapress.com et RFI).

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Le Kenya renonce à la privatisation
Le gouvernement du Kenya a finalement mis fin aux discussions
avec le dernier repreneur potentiel MKC (Mount Kenya Consortium), qui regroupe
Econet Wireless International d’Afrique du Sud, Transtel, Eskom Enterprises
et KPN des Pays- Bas, pour la cession de 49% du capital de Telkom Kenya.
Le gouvernement a finalement considéré que les propositions
de MKC ne permettraient pas d’atteindre les objectifs que s’était
fixés le gouvernement en matière de ressources financières
et de modernisation des infrastructures et d’amélioration
des services de télécommunications. L’offre de MKC atteignait
240 millions de dollars.

Orascom Telecom Holdings d’Egypte, s’est retiré
au mois de juillet, quand le gouvernement avait repoussé une offre
de 350 millions de dollars en raison des conditions dont il avait assorti
son rachat de l’entreprise.

Le gouvernement envisage de mettre Telkom Kenya sous
contrat de gestion, en attendant que d’éventuels nouveaux repreneurs
se manifestent.

Le Kenya a publié récemment de nouvelles
orientations pour les prochaines années. Il envisagerait d’investir,
468 milliards de shillings (6 milliards de dollars US) à l’expansion
et à la modernisation de ses services des postes et des télécommunications
notamment pour la couverture des zones urbaines et rurales en lignes fixes.
Ces orientations donnent à Telkom Kenya l’exclusivité de
l’exploitation du téléphone local, ainsi que des services
internationaux jusqu’en 2004. Telkom Kenya devrait rester l’unique fournisseur
d’accès à Internet pendant cette période de trois
ans. On compterait plus de 2000 cybercafés à Nairobi.

Des sociétés parapubliques, comme Kenya
Railways et Kenya Pipeline (compagnie d’hydrocarbures), conservent le droit
de gérer leurs propres infrastructures internes de télécommunications.

Dans ce pays, le nombre des abonnés au téléphone
cellulaire est passé de 20.000 à un demi-million en un an.
(Source agence PANA).

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Mali : retour de MALITEL
La société malienne de téléphonie
mobile, MALITEL SA, vient de mettre à la disposition de sa clientèle
30000 lignes supplémentaires qui seront élargies aux différentes
villes sites de la coupe d’Afrique des nations de football. MALITEL
SA met à la disposition de ses clients, plusieurs services dont
la messagerie vocale, l’accès à l’international et
les mobiles à cartes prépayées dénommées
"Waatibè"("A tout moment" en langue Bambara). La possession
d’une ligne revient à 99000 F CFA à un client, combiné
compris mais il faut encore débourser 5000, 10000 et 20000 F CFA
pour l’achat des cartes prépayées.

MALITEL est redevenu aujourd’hui une filiale à
100% de la Société des télécommunications du
Mali (Sotelma), comme l’avait demandé les employés de la
SOTELMA, qui s’étaient mis en grève après qu’une partie
de la société ait été vendue à un opérateur
privé.

Le gouvernement malien a par ailleurs procédé,
fin septembre, au lancement officiel d’un appel d’offres international
pour l’octroi à un opérateur privé, d’une licence
d’établissement et d’exploitation de réseaux et services
de télécommunications pour une durée de 15 ans.

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En Bref
Wanadoo Algérie, filiale Internet de France
Telecom en Algérie a été lancé en début
décembre 2001.

Selon des chiffres récents fournis par l’UAT (Union
Africaine des Télécommunications), 150 millions de dollars
ont été réunis pour le projet de satellite continental
RASCOM,
mais reste toujours cependant 30 millions de dollars à réunir.

Au Ghana, le gouvernement a annoncé en
décembre qu’il pourrait ne pas maintenir son accord conclu avec
Telekom Malaysia en raison de l’insuffisance des performances de cette
société. l’accord arrive à expiration en février
2002. Actuellement Telekom Malaysia possède 30% de Ghana Telecom.
Un porte-parole du gouvernement a indiqué que plusieurs opérations
illicites avaient été découvertes.

L’Union Africaine des Télécommunications
s’est fixé comme objectif de faire passer la télédensité
d’une
ligne pour 100 habitants, à 2 pour cent et de construire une cabine
téléphonique dans un rayon de cinq kilomètres dans
les zones rurales, d’ici à 2003.

Au Mozambique, Le gouvernement a rendu public
un appel d’offres international pour deux licences de téléphonie
mobile qui aurait recueilli la soumission de plus de 20 compagnies dont
Vodacom et Orange. Jusqu’à présent, seul Mobile Télécommunications
of Mozambique 
(TMM), une filiale de la Compagnie nationale des télécommunications
(TDM) avait le droit d’exploiter les réseaux de téléphonie
mobile dans le pays.

 En Afrique du Sud, près de
500000 abonnés au téléphone fixe ont été
coupés en 2000 pour fraude ou non-règlement des factures.
Ainsi ce pays est passé de la 3ème à la 5 ème
place des pays africains pour sa densité téléphonique.
Ceci pourrait avoir des répercussions sur le développement
d’Internet dans ce pays selon les observateurs.

Au Bénin, l’OPT a porté à
2 mégabit/s sa bande passante en décembre. Elle était
de 1 mégabits/s depuis juillet dernier. (source Oridev N°22
décembre 2001 www.oridev.org).

L’Agence des télécommunications de Côte
d’Ivoire
(ATCI), a effectué courant novembre une descente musclée
dans les cyber-cafés qui exploitent la téléphonie
Internet protocol (IP) pour saisir leur matériel et faire appliquer
la loi interdisant la téléphonie sur IP.

Le personnel de l’Office national des télécommunications
du Burundi (ONATEL) a fait grève en décembre, pour
la troisième fois en un an pour s’opposer à un accord d’interconnexion
avec l’opérateur de mobile, Telecel-Burundi. Pour les syndicats,
ces accords sont en contradiction totale avec une décision du précédent
gouvernement burundais recommandant de surseoir à l’accord d’interconnexion
en attendant que l’entreprise étatique se dote d’un outil de quantification
du trafic entre les entreprises concernées par l’affaire.

Au Cameroun, à la suite de l’augmentation
des tarifs des communications locales, les autorités du pays ont
convoqué une réunion avec les opérateurs à
l’issue de laquelle il a été convenu que des tarifs préférentiels
pour les utilisateurs d’Internet seront mis en application. Ces tarifs
seront au plus égaux aux tarifs appliqués avant la nouvelle
tarification c’est-à-dire 40 FCFA les six minutes soit 6,6 FCFA
la minute ;

En Zambie, la Société des Télécommunications
de Zambie, a suspendu quelques temps les lignes de Celtel, fournisseur
de téléphonie mobile, pour faire pression afin que celui-ci
règle une créance de 1,42 millions de dollars US). Celtel
appartient à des investisseurs britanniques et zambiens.

 La société Cisco
va consacrer 8 millions de dollars aux académies "Cisco" ouvertes
dans un certain nombre de pays en Afrique pour former les cadres locaux
ce qui correspond à 1% des bénéfices annuels de la
société évalué à 8 milliards de dollars.
L’UIT apporte à ce projet 12 millions de dollars.

France Télécom a dépensé
30 millions d’euros (200 millions de francs) pour la transformation le
passage de ses services de mobile sous la marque Orange, dont la
moitié pour l’achat d’espaces publicitaires.

France Télécom via sa filiale Orange a
officiellement lancé hier son service en Thaïlande sous
le nom de CP Orange (joint-venture avec le géant agroalimentaire
Charoen Pokphand (CP) et l’opérateur de téléphonie
fixe Telecom Asia). L’opérateur vise un objectif de 30 % de
part du marché local d’ici à cinq ans. Le lancement commercial
est 
prévu pour la fin du premier trimestre 2002. L’investissement total
de CP Orange s’élèvera à 600 millions de dollars pour
une couverture du pays permettant d’atteindre 90 % de la population et
avec une capacité totale de 2 millions d’abonnés.

La compagnie publique Turk Telecom en voie de
privatisation a annoncé qu’elle allait réduire de 10% le
nombre de ses employés actuellement de 70000. Ces mesures font partie
des contreparties exigées par le FMI pour l’octroi de prêt
supplémentaire destiné à combler un trou financier
de 10 milliards dollars.

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Humour
Un jeune cadre dynamique roule à vive allure dans
son 4x4 climatisé tout neuf sur une piste près de Dori. Il
croise un berger Peuhl, freine violemment et descend de son véhicule
en prenant soin de ne pas froisser son pantalon de brousse timberland,
ni salir ses westons spéciales pays tropicaux.

S’adressant au berger ; "Alors mon brave fait chaud hein
 ? Tiens, tu sais combien tu as de moutons dans ton troupeau ?"

Le berger le regarde sans rien dire, l’autre de renchérir
 ; "moi je suis capable de te dire en 5 minutes combien tu as de moutons,
et si je tombe juste j’en prend un".

Joignant le geste à la parole, il sort son téléphone
satellite, se connecte via le net au serveur du satellite météo
qui espionne en permanence cette région, demande une cartographie
précise puis agrandit et enfin se connecte avec le câble de
liaison B28 à l’imprimante fixée sur le tableau de bord.

"327 ! 327 !" hurle le gars et d’autorité il prend
un animal et le jette dans le coffre...

Le berger Peuhl demeuré silencieux le regarde
longuement et dit ; "Si je devine ta profession tu me rends mon animal
 ?"

L’autre ricane encore tout fier de sa démonstration,
bien sur mon brave, bien sur.

Le Peuhl lui dit ; "tu es consultant " !
Stupeur chez l’autre ! "mais, mais, comment tu sais cela
 ?"

Le peuhl répond ; "très simple tu débarques
chez moi sans que je t’ai appelé, tu poses des questions auxquelles
tu réponds toi-même et tu me taxes, et enfin t’as rien compris
à ce que je fais car tu as pris mon chien".

Didier Bergounhoux – Photographe
www.bergounhoux.com
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Livre
Raphaël Ntambue Tshimbulu
L’Internet, son Web et son e-mail en Afrique, Approche
critique. L’Harmattan octobre 2001 353 p.

Internet est encore trop souvent considéré
en Afrique comme étant réservé à une élite,
pour une question de coût d’abord, mais aussi pour son aspect « 
technique ». M. Tsimbulu nous livre ici un ouvrage pédagogique
dont la lecture devrait permettre à de nombreux néophytes
de vaincre leurs réticences.

 Il présente les différentes composantes
et fonctions d’Internet. En annexe, sur près de 35 pages, il nous
livre un important lexique des termes de « l’Internet » ainsi
que la traduction en français des termes anglais généralement
employés à propos d’Internet..

Mais il ne s’adresse pas qu’aux débutant. L’exposé
de la plupart des débats qui traversent la communauté des
« internophiles » africains ou africanistes, tour de force
parfaitement réussi, ainsi que l‘effort de synthèse des informations
actuellement disponibles sur l’Internet en Afrique constituent deux autres
apports majeurs de cet ouvrage.

Ainsi sont évoquées les questions relatives
au développement des infrastructures, celles sur les usages (notamment
la question du chiffrage des internautes), et ses implications dans les
domaines économiques, scientifiques et techniques, culturels, juridiques,
dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la question
des femmes, du développement rural et des ONG. On s’intéressera
tout particulièrement à l’inventaire détaillé
des obstacles au développement d’Internet, pas moins de 27 items,
interpellant tout autant les bailleurs de fonds en provenance des pays
riches que les dirigeants africains.

Notons enfin tout particulièrement les paragraphes
sur « l’anthropologie africaine de l’Internet », trop court
à notre goût, où l’auteur invite à « la
critique africaine des NTIC comme idéologies », les « 
NTIC jouant le triple jeu de distorsion, de légitimation et d’intégration,
et donc comme des outils éminemment économico-politiques
(du salut pour soi et de domination des autres) » (p. 220). 
Cet ouvrage devrait constituer LA référence sur l’Internet
en Afrique pour un certain temps.

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Selection
de site web

http://www.geneva2003.org/
Il s’agit du "site de travail de la société
civile en vue du Sommet Mondial sur la Société de l’Information"
prévue en 2003. Ce site est réalisé par le secrétariat
Exécutif – Société Civil mis en place par l’organisation
du sommet mondial, l’UIT et le Canton de Genève

On y trouve la programmation des différentes réunions
préparatoires ainsi que de nombreux textes officiels, déclarations
issues de rencontres internationales et réflexions sur les télécommunications
et le développement. Un forum a également été
mis en place permettant d’entamer les débats.

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Articles
Nous vous proposons une série
d’articles traitant de l’UIT, l’Union Internationale des Télécommunications.
A l’approche de la conférence mondiale de l’information prévue
en 2003, il nous semble important de présenter cette agence de l’ONU
en charge des télécommunications. Ces articles sont écrits
par Jean Louis Fullsack, ancien expert de l’UIT. Nous espérons par
ce articles ouvrir le débat et nous vous invitons à le poursuivre
sur notre forum. 
La Rédaction

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L’UIT la veille dame des télécommunications
dans la tourmente libérale (1)

Avant-Propos
Je vous propose une description succincte de l’UIT qui
devrait permettre à nos lecteurs et amis de savoir un peu mieux
ce qu’elle est et ce qu’elle est censée faire, notamment dans le
domaine si controversé du développement des télécommunications
dans les PeD et plus particulièrement en Afrique.

Le sujet étant vaste et à facettes multiples,
je vous propose une approche en trois volets. Le premier volet sera consacré
aux caractéristiques de l’Union, sa composition et le rôle
respectif de ses structures. Le deuxième volet sera focalisé
sur le rôle de l’UIT dans le développement des télécommunications.
Le troisième volet sera consacré à nos suggestions
et idées-force quant à son évolution ; vos réactions
(ardemment) souhaitées contribueront à sa formulation et
son contenu. En tant que tel, ce volet pourra être un élément
contributif fort pour notre association au Sommet Mondial des Télécoms
en 2003.

L’UIT est « une vieille maison » puisque
ses fondations datent de 1865 (Union Télégraphique Internationale).
Elle a su assurer l’évolution des télécommunications
depuis ce stade primaire de la technique jusqu’à l’avènement
de la fibre optique, de l’Internet et de la couverture mondiale. En cela
elle mérite notre attention voire notre attachement.

En conséquence, notre souci est de voir son rôle
non seulement maintenu mais profondément changé par rapport
à ses dérives actuelles, et enrichi de nouveaux concepts
pour faire face –mieux que par le passé- aux formidables besoins
des peuples des Pays dits « en Développement » et parmi
ceux-ci tout particulièrement les pays africains.

Si ici ou là les propos exprimés paraissent
trop critiques, les lecteurs voudront bien me le pardonner : j’ai toujours
éprouvé un grand espoir dans cette maison, même s’il
m’est arrivé de mettre en cause son fonctionnement –et dans la phase
récente- sa soumission quelque peu fataliste à la « 
pensée unique » et son manque de vigueur dans le soutien effectif
des Offices Publics des (Postes et) Télécommunications (OPT)
notamment en Afrique. J’ajoute que je dois à cette maison la tranche
de ma vie professionnelle (et personnelle) la plus exaltante, car elle
m’a permis de proposer -en accord avec mes partenaires africains- des solutions
qui ont fait avancer quelque peu le développement de certains pays
africains entre 1978 et 1984, date à laquelle ma Direction Générale
et le Ministère m’ont interdit de continuer mes activités
de coopérant pour cause de « non-respect des intérêts
supérieurs de la France » (sic).

L’Union Internationale des Télécommunications (UIT)
L’UIT est une organisation intergouvernementale mondiale
où les gouvernements de 189 pays membres et 580 membres du secteur
public et privé des télécommunications coordonnent
l’établissement et l’exploitation des réseaux et des services.
Elle est responsable de la réglementation, de la normalisation,
de la coordinations et du développement des télécommunications
internationales ainsi que de l’harmonisation des politiques nationales.

L’UIT est l’agence spécialisée des Nations
Unies
en charge du secteur et du domaine des télécommunications.
En tant que telle elle est une composante importante du système
des Nations-Unies.

Le but de l’UIT est de promouvoir et faciliter
le développement mondial des télécommunications au
bénéfice universel de l’humanité, par l’intermédiaire
d’une législation, d’un consensus mutuel et d’une action coopérative.

La mission de l’UIT est de fournir des produits
et des services requis par la communauté mondiale des télécommunications,
dans le cadre optimal requérant une organisation internationale.

L’UIT peut être atteinte via son serveur gopher
et son site Internet (www.itu.int) avec ses informations concernant la
normalisation, ses publications, ses bases de données, ses réunions
et ses communiqués de presse.

Voilà pour les généralités.
Voyons maintenant comment fonctionne l’UIT.

Les fonctions décisionnelles de l’Union relèvent
de la compétence des Etats Membres qui les exercent dans le cadre
des conférences, assemblées, commissions d’études
ou sessions du Conseil.

L’autorité suprême de l’Union est la Conférence
des Plénipotentiaires
(« la Plénipo ») composée
des Etats Membres et qui se réunit tous les quatre ans pour définir
les grandes orientations stratégiques de l’organisation et détermine
sa structure et ses activités.

Ces décisions de la « Plénipo »
sont incluses dans un traité appelé Constitution et Convention
de l’UIT. Les Constitution et Convention actuellement en vigueur remontent
à la « Plénipo » de Genève en 1992 et
ont été amendées par les « Plénipo »
de Kyoto (1994) et Minneapolis (1998). Lors de cette dernière conférence,
sous la pression des libéraux, les équipementiers et sociétés
de services ont vu leur statut porter à égalité avec
ceux des opérateurs.

Dans l’intervalle entre deux « Plénipo »
le Conseil fait fonction d’organe directeur de l’Union et se réunit
chaque année. Actuellement il est composé de 46 Etats Membres
et reflète (obligatoirement) une répartition équitable
des sièges entre les 5 régions du Monde : Amériques,
Europe occidentale, Europe orientale, Afrique, Asie et Australasie. Le
Conseil examine les grandes questions de politique des télécoms
pour assurer l’adéquation de l’activité de l’Union à
l’environnement des télécommunications en perpétuelle
mutation. Il établit un rapport sur la politique et la planification
stratégique de l’Union. Enfin, le Conseil assure le bon fonctionnement
courant, coordonne les programmes de travail, approuve les budgets et contrôle
les finances et dépenses.

Les ressources financières proviennent
majoritairement (68%) des contributions des Etats Membres qui peuvent choisir
entre différentes classes de contribution. L’unité de contribution
est actuellement de 315 000 Francs Suisses (315 kFS). Les Membres du Secteur
contribuent à hauteur de 12% au budget ; leur unité de contribution
est le 1/5 de l’unité des Etats Membres, soit 63 kFS. Les autres
recettes proviennent de services assurés par l’UIT (15% du budget)
et d’autres recettes (5%). Le budget est biennal et pour 2000-200 il s’établit
à 333 millions de FS (333 MFS).

L’activité de l’UIT est exercée par trois
entités appelées « Secteurs » dont font partie
les opérateurs et leurs partenaires équipementiers et sociétés
de services :

- Le Secteur des Radiocommunications (UIT-R) élabore
les caractéristiques techniques des services et systèmes
hertziens de terre et spatiaux. Il effectue des études techniques
sur lesquelles sont fondées les décisions d’ordre réglementaire
prises par les conférences des radiocommunications. Ce Secteur est
bien connu de tous les radiocommunicants qu’ils soient dans le secteur
des faisceaux hertziens, des satellites ou des mobiles. Ses Recommandations
mais surtout ses rapports et son Règlement des Radiocommunications
sont des auxiliaires très appréciés.

- Le Secteur de la Normalisation des télécommunications
(UIT-T)
élabore les spécifications techniques des systèmes,
réseaux et services de télécoms, y compris leur qualité,
exploitation et maintenance. Il prend en compte les principes de tarification
et méthodes de comptabilité utilisées pour la fourniture
des services internationaux. C’est pour tous les télécommunicants
l’organisme le plus connu de l’UIT car ses normes sont d’application universelle.

- Le Secteur du Développement des télécommunications
(UIT-D)
axe ses travaux sur la rédaction de recommandations,
de directives, de manuels et de rapports fournissant aux décideurs
des PeD les « meilleures pratiques » applicables en divers
domaines (stratégie et politique générale de développement,
gestion de réseau). C’est en principe le « refuge »
de tous les télécommunicants des PeD où ils sont censés
trouver sinon les réponses, du moins les éléments
contributifs … Nous verrons ces aspects dans notre prochain bulletin.

Chaque Secteur est placé sous l’autorité
d’un Directeur et dispose de son propre Bureau qui est chargé de
l’application des programmes de travail et de la coordination.

Le Directeur de l’UIT-R est Robert Jones (Canada)
Le Directeur de l’UIT-T est Houlin Zhao (Chine)
Le Directeur de l’UIT-D est Hamadoun Touré (Mali)
Comme le Secrétaire général Yoshiro
Utsumi (Japon) et le Vice-Secrétaire général Roberto
Blois (Brésil), ces hauts responsables de l’Union sont élus
par la Plénipo.

Jean Louis Fullsack
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Le texte qui suit est tiré
de l’ouvrage « Réseaux humains, réseaux électroniques
, de nouveaux espaces pour l’action collective » publié par
les Editions Charles Léopold Mayer et l’association VECAM et coordonné
par Valérie Peugoet. Benoit Dumolin est ingénieur Télécoms
et diplômé en sciences sociales du développement. Ce
texte nous paraît d’autant plus opportun que CSDPTT s’engage dans
des projets de diffusion et d’appropriation d’Internet en Afrique. 
La Rédaction

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 Précautions pour une maîtrise
sociale des NTIC en Afrique

Tirer partie des nouvelles technologies de l’information
et de la communication nécessite la prise en compte d’un certain
nombre de précautions.

Mesurer l’appropriation réelle des technologies
La question de l’introduction des nouvelles technologies
de l’information et de la communication reste en majeure partie abordée
d’un point de vue technique. Comme le rappelle Raphaël Ntambue-Tshimbulu
dans “ L’anthropologie africaine de l’Internet ” 1
,“ désormais, l’importance des télécommunications
internationales dans une région n’est plus le seul indicateur du
degré d’intégration ou d’extraversion de celles-ci. Il y
a aussi l’importance de la participation culturelle locale qui vient remettre
en cause les inégalités sous-jacentes au transfert actuel
des NTIC en Afrique ”.

Mesurer la quantité de contenus africains produits
en Afrique par des Africains et destinés aux africains fournit un
indicateur pertinent du mode d’appropriation de ces technologies. Dans
ce sens, Pascal Baba Coulibaly met en garde : “ Ce ne sont pas le nombre
de connections au km² qui indiquera le niveau d’implication des Africains
dans la nouvelle aventure. L’affirmation selon laquelle une technologie
demeure marginale tant que la culture du milieu ne se l’est pas appropriée
n’est pas une affirmation idéologique, mais l’expression de la réalité
la plus banale. Tant que les Africains (si jamais ils arrivent à
vaincre les problèmes d’infrastructures) ne développent pas
sur le net des connaissances et des savoirs qui seraient utiles au reste
du monde, le monologue en cours depuis toujours entre le nord et le sud
continuera de plus belle. 2

Les travaux relatifs à la situation des médias
africains autres qu’Internet (voir notamment les travaux de André-Jean
Tudesq 3) montrent comment le développement
des satellites a renforcé le poids des productions étrangères
sur le plan de la diffusion télévisuelle soit directement,
soit par le canal des télévisions nationales. Comme l’a rappelé
Aminata Traoré lors de la rencontre de Bamako en février
2000 : “L’interactivité ne peut exister que s’il y a des espaces
de dialogue et de créativité pour entrer en contact avec
la citoyenneté mondiale. Il faut savoir, qui offre ? Qui accepte ?
Qui décide ? Pour quels contenus et quel projet de société ?”4
.

Répondre à des besoins clairement exprimés
et définis

Le discours ambiant sur ces outils de communication est
souvent dominé par une vision simpliste et particulièrement
optimiste quant à leur capacité à régler les
problèmes spécifiques aux pays en voie de développement.
Présentées parfois comme la panacée pour le développement
des sociétés du Sud, les nouvelles technologies sont mises
en avant à la place de dispositifs ayant pourtant fait la preuve
de leur efficacité.

Mamadou Samba, responsable d’un projet d’utilisation
des NTIC au Sénégal, explique à contre-coup : “ Il
est évident que la version imprimée est plus accessible que
la version en ligne. De même, vu le contexte socioculturel de nos
sociétés, la radio aurait plus d’impacts. C’est pourquoi,
nous étudions actuellement un projet de radio communautaire ”.

Peut-on croire que la télé-médecine,
le télé-enseignement, une décentralisation utilisant
les réseaux numériques serviront dans des situations et à
des endroits où les médecins fuient le milieu rural ? Ou
quand les fonctionnaires sont dans des situations précaires ? Y
compris en ce qui concerne le continent africain, “ Prophètes, optimistes
techniques ou tout simplement professionnels mus par l’intérêt,
tous s’entendent et s’appuient mutuellement les uns et les autres pour
faire advenir une nouvelle révolution sans guère s’interroger
sur les conséquences sociales et humaines d’une croyance ” Philippe
Breton « Le Culte de l’Internet ». En mal d’aventure techniciste
au Nord, certains acteurs défenseurs du “ tout Internet ” investissent
les terrains du développement à la recherche d’usages et
d’applications futuristes et innovantes ou de “ success story ” d’utilisation
de ces outils.

Pourtant, dès lors que la question de l’appropriation
sociale de ces nouveaux outils est abordée, il est utile d’interpeller
la sociologie du développement qui s’est interrogée depuis
plusieurs décennies sur les échecs et les impacts de l’introduction
d’une technologie nouvelle dans un contexte socioculturel donné.

Prendre en compte le contexte local
On oublie de considérer que ces outils, loin d’être
neutres, influencent et interagissent sur le contexte socioculturel dans
lequel ils s’inscrivent et inversement. Des réponses claires à
des questions comme « à quel besoin précis et exprimé
par leurs bénéficiaires ces technologies répondent
 ? » devrait permettre de vérifier, dans le cadre d’analyses
préalables, la pertinence d’utiliser tel outil plutôt que
tel autre.

 Ainsi Ken Lohento rappelle-t’il : « dans
le cadre de la mise en œuvre de certains programmes de points d’accès
en Afrique, aucune étude préalable réelle sur les
besoins en information/animation des publics touchés (surtout dans
le cas des points d’accès implantés dans des établissements
de formation ou des zones rurales) n’est faite. Seul l’impératif
de mettre en œuvre des points d’accès est prime. Enfin, on oublie
quelques fois les pays dans lesquels les projets TIC sont déployés
ne sont pas de façon adéquate couverte par l’électricité,
que l’obtention d’une ligne téléphonique peut nécessiter
des mois de transaction, que les acteurs sociaux devant réaliser
telle activité ont souvent besoin de disposer de moyens de subsistance
pour être à même de remplir leur fonction, etc. »

Plus généralement, les travaux liés
aux questions de communication pour le développement montrent notamment
que plusieurs critères peuvent permettre de mesurer l’efficacité
et le succès du transfert de technologies. Ce sont : l’appropriation
de la technologie au contexte local et aux besoins de la population, le
coût des infrastructures, le coût de son transfert, le degré
de contrôle endogène des populations sur la technologie, la
capacité des technologies et de leur transfert à générer
des technologies et des savoir-faire endogènes.

S’interroger sur les bénéficiaires du
transfert

Il existe dans l’idée de favoriser un “ Internet
pour le développement ” la volonté d’en faire bénéficier
le grand nombre. Pourtant, comme le rappelle Pascal Baba Couloubaly : “
il est d’abord important de savoir, en l’Etat actuel, qui utilise l’Internet
et dans quel but. Il y a bien sûr "la jouissance mandarinale" comme
disait J. Ki Zerbo de cette mince intelligentsia qui dialogue bien souvent
pour son propre compte, à distance respectable d’une réalité
africaine sur laquelle elle sait ne pas avoir prise. Quant à la
quantité phénoménale d’informations aujourd’hui disponibles
sur le web, en quoi sont-elles susceptibles de servir les causes d’un continent
dont les données macro-économiques et le simple vécu
sont si spécifiquement désespérantes qu’elles apparaissent
partout marginales au monde occidental ? Une simple statistique, corroborant
toute une école de pensée sur le thème suffit à
donner la mesure de ce rapport. Au Mali, le secteur dit informel, secteur
qui fonctionne en dehors du circuit économique officiel, occupe
85% de la population et contribue pour 20 à 25% du Produit Intérieur
Brut. Par ailleurs, le taux de francophilie du Mali (c’est-à-dire
ceux qui lisent et parlent couramment le français, la langue de
l’Internet) n’excède pas 8%5. ”

On peut donc se demander si dans quelle mesure les NTIC
et l’aide à leur développement ne s’adressent pas à
une population déjà « favorisée ».

A fortiori, les projets NTIC donnent un rôle particulier
à certains acteurs. Comme explicité dans les travaux du sociologue
Jean-Pierre Olivier de Sardan relatifs aux courtiers en développement,
toute agence de coopération ou toute ONG qui monte un “ projet ”
en Afrique a besoin d’interlocuteurs locaux qui expriment les“ besoins
” ou les “ attentes ” des populations, tout en les formulant dans un langage
susceptible de plaire aux bailleurs de fonds. Ces intermédiaires
qualifiés de “ courtiers en développement ” assurent l’interface
entre les destinataires du projet et les institutions de développement.

Renouveler les modes de coopération
On peut d’emblée s’interroger sur la pertinence
d’utiliser le système des projets chargé “ d’assurer une
série dépareillée et non coordonnée de bouts
de fonctions de l’Etat ” (Jean-Pierre Olivier de Sardan) alors que les
NTIC nécessité une prise en considération de la pérennité
des actions entreprises.

Pour Ken Lohento, président de l’ONG ORIDEV, “
Dans d’autres cas, les partenaires du Nord surestiment leurs attentes sur
certains projets qui se doivent d’être par exemple immédiatement
durables. Or la nature des activités (par exemple les activités
de sensibilisation), et le contexte local, ne favorisent pas l’atteinte
immédiate de cet objectif de durabilité. Bien qu’elle
cherche officiellement et quotidiennement à s’améliorer,
la coopération internationale est toujours chargée de ses
défauts historiques. L’une des critiques que lui font certains acteurs
du secteur des TIC est qu’elle préfère financer des activités
lui assurant une visibilité internationale, les projets multinationaux,
au détriment de projets locaux moins complexe à être
mises en œuvre et plus proches des besoins locaux. La critique n’est pas
seulement en direction des bailleurs de fonds officiels, mais les relations
entre les diverses associations sont elles-mêmes quelquefois en cause.
Dans ces projets internationaux généralement conçus
et gérés au Nord, les pays africains sont réduits
à n’être que des “ bénéficiaires/maîtres
d’œuvre ”, avec des ressources symboliquement attribuées. ”

Dans un continent où la faiblesse des ressources
nécessite constamment de faire des choix et définir des priorités,
il importe aujourd’hui de lancer une première évaluation
d’ampleur des moyens engagés dans le développement des nouvelles
technologies.

Benoît DUMOLIN (MEDIActeurs )
Benoit.Dumolin@mediacteurs.net 
http://www.mediacteurs.net

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notes
1 http://www.aftidev.net/fr/ressources/documents/html/anthropo.html
2 http://www.anais.org/ARTICLES/ARTICLE25.HTML
3 http://www.cem-gresic.u-bordeaux.fr/GREM/membres/Tudesq_aj/presentation.html
 http://www.africanti.org/resultats/breves/bko-traore.htm
 http://www.anais.org/ARTICLES/ARTICLE26.HTML