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Lettre d’Octobre 2001

Octobre

lundi 1er octobre 2001, par Alain


La Lettre de octobre  2001
No : 71

 
Sommaire :

Editorial
L’horreur  !
______________________

Echos de CSDPTT et de ses
correspondants

Rencontre avec M. Sylvestre Ouedraogo
président de Yam Pukri

______________________

Echos des postes et télécoms
dans le monde

Les problèmes du téléphone
au Cameroun

RASCOM pour 2004
INTELSAT privatisé
Internet au Burkina : quelques
initiatives

L’Afrique à Hourtin  : Témoignage
d’un participant

Madagascar : projets de téléphonie
rurale

Augmentation de la bande passante
au Niger

GSM au Niger
En Bref : Australie, Inmarsat,
Cameroun, Madagascar, ESMT, statistiques télécom, Bénin,
Mali, Maroc, France Télécom

______________________

Courrier
A propos de la privatisation de la
SONITEL au Niger

__________________________________________

Articles
"Ca suffit cette bonne conscience
pour vendre l’inacceptable !
"
de Hervé
Le Crosnier

IL s’agit de la réaction d’un universitaire à
la publication d’un article du Monde le 22 juin 2001 intitulé :
"La télémédecine permet de rompre l’isolement des
malades en Afrique". Une réflexion sur les rapports ONG - entreprise
et les rapports Nord -Sud à méditer.


Editorial
L’horreur !
L’effroyable drame qui vient de frapper les Américains
nous interpelle tous. Mais de grâce évitons de vouloir nous
embarquer dans un combat du "Bien contre le Mal". Ne sont-ce pas là
les mêmes termes qu’emploient ces faux musulmans qui s’apparentent
plutôt à des sectes destructrices comme il en existe aussi
dans le monde dit "occidental". Qu’on les attrape et les juge, personne
ne s’y opposera.

Mais tout de même, Ces fameux terroristes sont-ils
tellement opposés à ce système ? N’est-ce pas ce même
système qui finance ces réseaux terroristes ? M. Ben Laden
dont il est tant question n’a-t-il pas été formé par
la CIA pour lutter contre les Russes en Afghanistan ? Ne profite-t-il pas
de ces fameux paradis financiers, ceux-là même qui sont dénoncés
depuis bien longtemps par de plus en plus de citoyens organisés
maintenant par delà les frontières, paradis qui participent
aussi au blanchiment de l’argent sale. Les USA ne se sont-ils pas longtemps
refusés à lutter contre, sous prétexte que ces circuits
sont aussi empruntés pour rendre les entreprises classiques
plus compétitives ?

Alors lorsqu’on m’a demandé de faire 3 minutes
de silence pour les victimes du 11 septembre, j’y ai associé les
35000 enfants qui meurent de faim chaque mois dans le monde, victimes elles
aussi d’un même système.

Bruno Jaffré
______________________

Echos
de CSDPTT et de ses correspondants

Rencontre avec M. Sylvestre Ouedraogo président
de Yam Pukri

"Yam Pukri" en langue mooré, que l’on pourrait
traduire en français par "ouverture d’esprit" est une association
qui a pour objectif premier de promouvoir l’utilisation des nouvelles technologies
au Burkina Faso.

Profitant de son séjour en France où il
était invité à Hourtin, nous avons accueilli fin août
M. Sylvestre Ouedraogo pour deux jours à Paris. Il en a aussi profité
pour rendre aussi une visite à globenet.

Nous avons en particulier eu une longue séance
de travail, où nous avons envisagé une prochaine collaboration
pour l’amélioration de la qualification des formateurs de Yam Pukri,
le soutien à la mise en place d’un télécentre destiné
aux associations et l’installation de téléphones dans des
villages. A l’issue de cette séance, chacun a exprimé sa
satisfaction pour le travail accompli qui s’est traduit par la rédaction
d’un pré-document.

Nous vous tiendrons au fur et à mesure de l’évolution
de ces projets.

______________________

Echos des postes et télécoms
dans le monde

Les problèmes du téléphone
au Cameroun

Dans son édition du 16 août, le Messager
(http://wagne.net/messager/) consacre un important dossier sous le titre
 : "L’agonie du téléphone fixe". La plupart des informations
exposées ci-dessous sont tirées de ce dossier.

Le réseau compte actuellement 86000 abonnés
au réseau fixe, soit une ligne pour 164 habitants. Des responsables
de Camtel estiment le réseau obsolète à 95% : "les
deux stations terriennes construites à Zamengoé et
à Douala pour un coût total de 10 milliards de Fcfa, les quatre
centraux numériques de Douala et Yaoundé acquis à
8 milliards ainsi que les 70 centraux électromécaniques érigés
dans quelques chefs-lieux de département sont aujourd’hui
dépassés par l’évolution technologique et en très
piteux état. Leur adéquation avec les technologies
de deuxième, voire troisième génération semblent
pratiquement impossibles". Seule quelques centraux ont pu récemment
être mis en service dans le sud-ouest.

 Pour obtenir une ligne il faut passer de nombreux
obstacles, y compris les cadeaux aux agents de CAMTEL mais de nombreuses
demandes officielles restent sans suite. Obtenir une ligne coûte
officiellement 60000 FCFA mais la note peut en réalité monter
jusqu’à 300000 FCFA. Le nombre de demandes dépasserait le
nombre de lignes attribuées. En outre, il existerait à Douala
un réseau parallèle de réparation de pannes (que les
services officiels déclarent ne pas connaître), organisé
par des rabatteurs et des agents de Camtel. Ils dépanneraient en
3 heures pour 20000 FCFA. Certains vont même jusqu’à les soupçonner
de créer eux-même les pannes, tandis que les demandes de réparation
qui passent par le circuit officiel trainent en longueur.

Plus grave, toujours selon des experts cités par
le journal, le téléphone fixe risque d’être totalement
coupé d’ici 6 mois du fait de la vétusté et de l’ancienneté
des câbles installés il y a plus de 20 ans alors que les conditions
climatiques ne permettent pas une durée de vie supérieure
çà 15-20 ans.

Alors que CAMTEL aurait les moyens de développer
et de moderniser son réseau, le gouvernement a interdit tout investissement
durant le processus de privatisation de CAMTEL actuellement en cours. Celui-ci
traverse des difficultés. En effet seul un consortium Telecel-Orascom-Korea
Telecom s’était porté candidat pour la somme de 102
milliards en novembre 2000. Selon Ms Rodrigue Soffo et René
Dassie, auteurs de l’article traitant de la question, "Ce prix était
infinitésimal par rapport à la valeur marchande et
au potentiel de la Camtel. Sur fonds publics, l’Etat y a investi près
de 500 milliards de Fcfa en 20 ans ; le chiffre d’affaires réalisé
par l’entreprise publique à la fin de l’exercice 1999/2000 était 
supérieur à 100 milliards de Fcfa alors que son budget annuel
avait été arrêté à 70 milliards. Si à
cela on ajoutait le potentiel constitué par le marché
camerounais de 15 millions d’habitants et donc de plus de 10 millions
d’utilisateurs possibles du téléphone fixe, l’opération
telle qu’elle avait été engagée serait assimilable
à une braderie. Ce qui ne serait pourtant pas en train de
dissuader l’opérateur sud-africain de solliciter du gouvernement
qu’il ramène, en raison de la vétusté des équipements
de Camtel, le prix de cession à 32 milliards de Fcfa".
En effet le consortium adjudicataire se livrerait actuellement à
un chantage et aurait rompu les négociations unilatéralement.
Il argue du fait que le processus traîne en longueur ne faisant qu’aggraver
la vétusté de l’opérateur

Ajoutons enfin que l’Etat réalise actuellement
de substantielles économies en ne réglant les factures de
téléphone des administrations publiques qu’à auteur
d’environ 40%. Le processus de privatisation a du être engagé
sous la pression de la Banque Mondiale, mais l’Etat camerounais joue-t-il
vraiment le jeu ?

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RASCOM pour 2004
Au cours d’une réunion tenue en septembre du conseil
d’administration l’Organisation régionale africaine de communication
par satellite (RASCOM), son directeur général M. Adadja a
déclaré : "Aujourd’hui, il n’y a pas de connectivité
totale sur le continent, d’où l’impossibilité de trouver
à
l’heure actuelle un pays africain qui a une liaison directe avec un autre…
"Ce qui veut dire que pour appeler vers un pays voisin distant de quelques
kilomètres seulement, on doit passer par l’Europe ou l’Amérique,
ce qui coûte cher". Il a estimé à quelque 500 millions
de dollars par an pour le continent, les frais de déviation des
services de télécommunication et de transit que cette situation
implique.

Selon lui, l’Afrique rurale, où vit la majorité
des 600 millions d’habitants du continent, devrait être la première
bénéficiaire du projet qui consiste au lancement d’un satellite
interafricain. Ce dernier doit permettre ainsi l’accès des populations
rurales au téléphone à des coûts modérés.

Le projet devrait être financé et exploité
par RascomStar- QAF, une compagnie inscrite au registre du commerce de
Maurice, dans laquelle 30 pays africains détiennent des parts. 
Le système, d’un coût total à 330 millions de dollars,
devrait être opérationnel en 2004.

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INTELSAT privatisé
Intelsat, premier prestataire de services de communications
commerciales par satellite à l’échelle mondiale, créé
en 1964, était une structure publique, semblable à
une coopérative d’Etat, fondée sur un traité. Intelsat
fournit des solutions Internet, de diffusion, de téléphonie
et de réseaux commerciaux à des clients répartis dans
plus de 200 pays et territoires par le truchement de son réseau
de 20 satellites géostationnaires.

En juin 2001, Intelsat a lancé le premier d’une
série de dix satellites dont le lancement est prévu au cours
des deux prochaines années, ce qui marque le début de la
campagne de lancement de satellites la plus dynamique jamais vue. Les sept
premiers engins spatiaux de la génération Intelsat IX sont
deux à trois fois plus puissants que les satellites qu’ils remplacent
et sont de meilleure qualité. Le lancement du satellite Intelsat
902 devrait avoir lieu vers la fin du mois d’août. Il servira des
clients en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. La campagne
de lancement de 3 milliards $ devrait étendre le réseau de
satellites d’Intelsat à 24 engins d’ici à 2003 et augmenter
sa capacité actuelle de plus de 40 %.

Décidé en novembre 2000, le processus de
privatisation a été mené à terme cet été.
Plus de 200 actionnaires issus d’entreprises établies dans plus
de 145 pays, qui représentent les principaux exploitants de réseaux
de communications dans le monde, ont formé la nouvelle société,
Intelsat Ltd. Les principaux actionnaires sont le groupe Comsat des USA
avec 22% des actions, l’Inde avec 5% et France % Télécom
avec 4% mais 7% si l’on ajoute ses filiales.

 En 2000, Intelsat a inscrit des produits
d’exploitation de 1,1 milliard de $, un bénéfice net de 504
millions $, et une marge BAIIA de 86 %. (Source agence PANA http://www.panapress.com).

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Internet au Burkina : quelques
initiatives

Sur l’initiative de la mairie de Ouagadougou et de l’Association
internationale des maires francophones, 3 centres municipaux multimédia
accueillent la population de Ouagadougou pour l’initier aux Nouvelles technologies
de l’information et de la communication (NTIC). Deux autres devraient ouvrir
en octobre. Ils sont ou seront tous équipés d’une LS de 128
kb sauf le premier ouvert en 1999.

Ces centres accueillent principalement des jeunes scolarisés
mais aussi des jeunes déscolarisés pour des prix allant de
5000 Fcfa à 15000 Fcfa l’année. (source Erick Bernard www.africanti.org)

Par ailleurs, 4 cybercentres ont ouvert leur porte cette
année à Ouahigouya alors que cette ville n’en comptait
aucun l’an dernier. Tout ces cybercentres de taille assez modeste sont
connectés par RTC au fournisseur d’accès Fasonet, filiale
de l’opérateur de télécommunications Onatel, le seul
à proposer une tarification avec un numéro d’appel national.
Le développement des accès en zone rurale suscite peu d’intérêt
pour les fournisseurs. En effet 65% des lignes de téléphonie
fixe sont installés sur la capitale et 20% à Bobo-Dioulasso.

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L’Afrique à Hourtin :
Témoignage d’un participant

Lors de l’université d’été de Hourtin,
où se retrouve la plupart des acteurs de l’Internet en France, le
groupe de travail africanti http://www.africanti.org avait organisé
des rencontres centrées sur les problématiques du développement
d’Internet en Afrique. Une quinzaine d’acteurs du continent africain ont
pu faire le voyage à cette occasion et participer au débat.
M. Sylvestre Ouedraogo qui y a participé nous rend compte de la
teneur des débats et nous livre ses impressions.

"…
Je vais essayer de résumer ce que j’ai vu à
Hourtin, surtout pour ceux qui n’ont pas eu le temps ni les moyens de participer...

Mon résumé sera centré sur les travaux
de réseau Africanti parce que n’ayant pas eu le temps de participer
aux autres.

Le public était diversifié ( enseignants-chercheurs,
étudiants, Etat, personnes du privé, ONG, associations....).
Trois continents étaient représentés : l’Afrique (une
forte participation), l’Amérique Latine et l’Europe.

Tout au long des débats et des interventions,
il s’est dégagé trois grandes tendances d’analyse et d’observation
du phénomène NTICs.

1. la première observation est l’analyse des politiques
d’application et d’insertion des NTICS en Afrique et dans le monde.

Le débat public privé entre dans ce cadre.
Les problèmes de libéralisation des télécoms
et le quasi monopole/domination des entreprises télécoms
étrangères en Afrique ont été abordés.
Il a été aussi question de la Dot Force avec un exposé
édifiant de VECAM. Je pense que Vecam a fait un excellent travail
et elle a osé attaquer les grands(le G8) et dire ce qu’elle pense.
C’est maintenant à tout le monde de s’approprier cette idée
afin de faire des pressions au plus haut niveau et oublier du même
coup les débats inter organisations qui ne finiront jamais. Il faut
une première à toute chose et félicitons ceux qui
ont osé...

2. le deuxième champ d’analyse a été
le rôle de la société civile et des ONG dans la vulgarisation
des NTICS en Afrique et dans le monde. Ces débats ont montré
la difficile conciliation entre l’intérêt collectif, du plus
grand nombre et les intérêts financiers en terme d’autonomie
et d’autogestion des institutions. Dans un monde où l’Etat met la
clé sous la porte, comment faire ???....

3. le troisième terrain se préoccupait
des comportements des usagers NTICS, surtout en Afrique. Les NTICS constituent
un nouveau phénomène et laissons le temps au temps.
Le débat sur l’anthropologie africaine des NTICS, a été
longuement abordé... Pour d’autres, il y a une anthropologie, qui
peut être utilisée pour faire n’importe quelle analyse, Pour
d’autres, on peut créer une spécialité, spécifiquement
africaine... attendons de voir.

Les débats sur la rationalité, les transferts
de technologie, voir le refus de développement sont revenus sur
le tapis à Hourtin alors que c’est un vieux débat. Les études
et recherches ont montré le pragmatisme des africains devant les
technologies importées. Ils les utilisent quand ils y voient leur
intérêt (analyse coûts / avantages) et quand ils sont
à peu près sûrs que les risques sont limités.
Aussi, l’usage d’une technologie n’est pas toujours synonyme d’une efficacité.
Aujourd’hui, on importe des technologies et on pense peu aux risques de
ces technologies. Nous n’avons aucune garantie contre ses risques. On s’étonne
alors que des gens ne soient pas pressés d’utiliser les NTICS sensés
leur développer...

Je pense sincèrement que l’Afrique se développe
très vite par rapport aux autres parties du monde si nous prenons
comme repère les 40 ans seulement d’existence(d’indépendance)
de la plupart de ces pays et les milliers de recettes tordues que l’on
nous propose pour rattraper un hypothétique retard, retard par rapport
à quoi ?. Il a fallu donc une grande force aux africains pour résister
à tous ces courants.... Si quelqu’un est heureux dans sa case,
pourquoi vouloir le mettre dans un bâtiment en dur (le développer)
et refuser de climatiser sa maison en même temps ?.

 Les discussions sur les chiffres et indicateurs
sont très importants parce que l’usage d’indicateurs inappropriés
peut fausser le résultat des analyses, surtout dans un cadre comparatif
Afrique-occident. Que signifie par exemple un ordinateur ou un téléphone
par personne en Afrique : Rien, je le pense bien.

Ce sont les fausses bases de comparaisons et d’analyses 
qui conduisent à créer de faux problèmes et passer
le temps à rechercher de solutions inutiles...

Les NTICS ont aussi leurs points faibles et certains
participants ont souligné ce fait, j’en résume quelques uns :

- leur cherté
- leurs évolutions rapides et donc besoin permanent
de formation.

- le véhicule de certaines informations pouvant
modifier les comportements humains (violence, pornographie, incitation
à la consommation de nouveaux produits....). Internet accélère
ces tendances mais c’est une vieille pratique comme le dit Jean Louis Fullsack
(les femmes qui consultent les journaux en Afrique pour se chercher des
maris par correspondance, la revue de La Redoute dans certains bureaux
de poste en Afrique...).

- le manque de garantie. par exemple, le papier est lent,
mais le disque dur peut se briser et on perd tout à la seconde...

- l’accroissement du chômage du fait de l’automatisation
des tâches.

- le coût élevé des communications
ainsi que l’existence de sites payants (il faut payer pour avoir accès
à certaines informations capitales).

Plutôt que de passer notre temps à vanter
les mérites connues des NTICS, nous pouvons réfléchir
sur les voies et moyens d’une réelle appropriation de ces technologies
en Afrique et dans le monde. L’Afrique a des atouts et peut contribuer
au développement qualitatif de l’Internet.

Pour conclure, disons que je sors édifié
et renforcé dans mon idée que si ce réseau de réflexion
n’existait pas, il aurait fallu le créer... C’est vrai que
le temps était petit pour baliser très bien les discussions
et souvent, on tirait de tous les côtés...Tout le monde avait
donc raison, chacun dans son contexte et son niveau et l’angle d’analyse
du problème.

Mais pour une première rencontre, cela a été
un grand succès parce que tout le monde a dit ce qu’il pense et
on a vu vers la fin les grandes tendances.

 Quelques propositions formulées :
- Faire vivre le réseau et pour cela, faire des
publications : déjà, il a été demandé
de compiler tous les manuscrits pour faire un ouvrage collectif et tout
le monde est d’accord pour cela. ensuite on envisagera un bi-annuel et
des rencontres des membres pour des discussions plus pointues...

- Faire une rencontre Africanti uniquement
- Soutenir les projets et initiatives de recherche. il
s’agit d’aider soit par la documentation (on attend déjà
le livre de Michel Elie !), des séjours d’études en Europe
et des frais de terrain à la recherche sur le sujet

- création d’un observatoire sur les NTICS.
- renforcer la base d’Africanti en faisant vivre le site
et y inclure les autres pays intéressés : très vite
le réseau n’est plus africain parce qu’il y a des membres de l’Amérique
latine, de l’Europe...

Sylvestre Ouédraogo
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Madagascar : projets de téléphonie
rurale

A partir de 2002 et jusqu’en 2004, 54 communes éparpillées
sur tout le territoire malgache devront être desservies en
téléphonie fixe selon une parution récente du journal
officiel. Par ailleurs, l’OMERT (Office Malagasy d’Etudes et de Régulation
des Télécommunications) vient de lancer un appel d’offres
national visant l’octroi d’une licence d’exploitation téléphonique
VSAT dans 12 localités définies par le plan triennal d’extension
établi par le ministre chargé des télécommunications.
L’octroi de la licence est assorti de subvention. L’OMERT prévoit,
en effet d’octroyer une subvention par le biais du Fonds de développement
des télécommunications pour l’établissement de l’ensemble
du réseau. TELMA (Telecom Malagasy) était jusqu’ici l’unique
opérateur en téléphonie fixe à Madagascar alors
que quatre opérateurs se partagent le marché du mobile.

On apprend par ailleurs qu’un point de connexion de haut
débit pour les fournisseurs de service Internet appelé « Point
of presence » (POP) vient d’être installé à
Fianarantsoa. Ainsi l’accès à Internet dans la province de
Fianarantsoa ne nécessite plus de contact en ligne sur la capitale.

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Augmentation de la bande passante
au Niger

En juillet, la bande passante a triplé de capacité
passant de 128 à 384 Kbits/s. La Sonitel s’est également
dôtée de 40 modem/moteurs RTC et les internautes sur de telles
lignes disposent aujourd’hui de 90 unités au lieu des 50 disponibles
par le passé, cela donne un plus grand confort.

Il semblerait que la SONITEL escompte améliorer
encore plus la situation puisque dès octobre prochain la bande passante
va passer à 2 Méga/Bits en réception et à 512
en émission, et le nombre de moteurs/modems va passer de 90 à
240 unités.

A noter un accord Nigéro/américain (Initiative
Leyland dont le Niger n’a pas profité par le passé). Il devrait
apporter de nouvelles capacités de connectivité (il est question
de 8 Méga/Bits supplémentaires), ce qui mettrait le Niger
au niveau de la moyenne des pays voisins et devrait faciliter l’accès
pour les internautes potentiels résidant dans les centres urbains
autres que la Capitale.

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GSM au Niger
Une société chinoise ZTE a été
désignée pour fournir des équipements au réseau
GSM de SONITEL qui lui permettront de couvrir la ville de Niamey ZTE, qui
a été retenue pour une offre de 5,161 milliards de F CFA
(7.062.317 dollars US). Elle a proposé un délai de trois
mois, dont 45 jours pour la fabrication du matériel et 45
autres pour l’installation et la mise en fonctionnement du GSM. La SONITEL
devra affronter deux concurrents sur le marché du cellulaire.

L’ouverture commerciale du service pour les deux
premiers adjudicataires devait intervenir le 12 juin dernier, mais
un délai supplémentaire à été octroyé
à la SONITEL pour éviter qu’elle ne prenne un trop grand
retard par rapport à ses concurrents. (Source agence PANA 
http://www.panapress.com).

Rappelons que la SONITEL est en cours de privatisation
partielle mais qu’un premier appel d’offre n’a pu que constater l’absence
de candidat. Un autre est actuellement en cours.

L’Etat nigérien, doit céder 51% de
ses actions à un repreneur stratégique. Parmi les 49%
restants, 11% seront rétrocédés à des privés
nationaux et 3% au personnel de la société. Le futur repreneur
de la société de télécommunications doit être
un spécialiste du secteur et avoir une possibilité
de trésorerie de 100 milliards de F CFA (136.612.015 dollars
US) et être capable de gérer 100.000 lignes. Il aura
comme obligation dans les dix années à venir de développer
les lignes principales pour qu’elles atteignent le chiffre de 77.000.

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En Bref
En Australie, le deuxième opérateur 
Cable & Wireless Octus va être cédé à l’opérateur
SingTel de Singapour pour un montant de 8 milliards de dollars américains.
L’accord du gouvernement a nécessité des conditions et un
examen particuliers. Des experts en défense avaient en effet estimé
que ce rachat pouvait permettre l’accès à des données
militaires et commerciales confidentielles à Singtel qu’une société
commune entre l’armée et Optus devait lancer prochainement un satellite
commun.

Inmarsat permet désormais de se connecter
à Internet de n’importe quel point du globe terrestre. Il en coûte
cependant 30F le Megaoctet et il faut se munir d’un ensemble émission
réception de 32000 FF pesant 5 kg.

Au Cameroun le plus grand cybercafé 
du pays, New Tech, lancé à grand renfort de publicité
il y a à peine un an serait à l’agonie.

A Madagascar, 5 opérateurs internationaux
en télécommunication ont acheté le dossier d’appel
d’offres, parmi lesquels se trouve France Telecom 
La privatisation de TELMA verra l’éclatement du monopole de celle-ci
dans la téléphonie fixe mais le deuxième opérateur
fixe ne sera autorisé à entrer sur le marché que deux
ans après l’opération de vente.

Un forum sur le développement des télécommunications
africaines a décidé de transformer l’ESMT (Ecole Supérieure
Multinationale des Télécommunications) de Dakar et l’AFRALTI
(Institut Supérieur des Télécommunications d’Afrique)
de Nairobi en centres d’excellences afin d’améliorer la formation
des télécommunications sur le continent. Le projet
qui comporte d’importants investissements pour remettre à niveau
ces deux écoles est estimé à 5 milliards de FCFA.

Selon des statistiques de l’Union internationale des
télécommunications (UIT),
en 2000, alors que l’Afrique
abrite un habitant de la planète sur huit, un abonné au téléphone
fixe sur 50 était africain, de même qu’un abonné au
téléphone mobile sur 60, un utilisateur d’ordinateur personnel
sur 70 et seulement 1 pour cent des utilisateurs d’Internet.

Au Bénin, M. Barthélemy AGNAN, le
directeur de l’Office des Postes et Télécommunications
a été limogé début septembre. Il est accusé
de malversations financières.

A travers un message diffusé dans la presse, l’OPT
du Bénin affirme que le pays disposera d’ici 2010 de 1.000.000 
de lignes (contre 65.000 en 2001. La totalité des villages du Bénin
se verra doter de publiphones ou télécentres communautaires,
de sorte que plus aucune personne résident au Bénin ne soit
plus obligé de parcourir plus d’1km avant de pouvoir téléphoner
(source Oridev (Source www.oridev.org).

Au Mali, pour la première fois dans le
pays, la succursale provinciale de la SOTELMA de Djélibougou a été
attaquée par des malfaiteurs armés. Le caissier qui a voulu
s’interposer a été blessé par balles.

Le Cameroun prépare pour le 26 octobre
le passage de la numérotation de 6 à 7 chiffres ce qui doit
faire passer le nombre de numéros disponibles de 800000 à
8 millions.

Au Maroc, le nombre des abonnés à
la téléphonie mobile est passé de moins de 1% de la
population (estimée à 30 millions d’âmes) il y a trois
ans
à plus de 15 % aujourd’hui (source PANA http://www.panapress.com/.

Alors qu’elle avait atteint le record de 1320FF début
2000, l’action de France Télécom dépassait
à peine 200F courant septembre.

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Courrier
A propos de la privatisation de la SONITEL au Niger
"Pour ce qui concerne la privatisation, mon point
de vue personnel est qu’il ne sert à rien de précipiter les
choses et que s’il y a urgence c’est au niveau de la création d’un
marché de la téléphonie et de l’Internet (on estime
à moins de 20.000 le nombre de connexions téléphoniques
pour l’ensemble du Niger et à un peu plus de 1.000 le nombre d’internautes).
Il me semble plus judicieux de renforcer la SONITEL durant une certaine
période 5 à 10 ans avec un programme conséquent de
remise à niveau des infrastructures au plan national, régional
et local avant de procéder à une privatisation qui semble
peu rentable à court terme et à l’installation d’une multitude
de providers qui vont s’entretuer pour s’accaparer des rares internautes
en survie.

Il ne faut surtout pas confondre les effets apparents
de la situation désastreuse de la SONITEL et les causes profondes
de cette situation qui prévaut malheureusement dans l’ensemble des
secteurs d’activités nigériens et qui nécessitent
des remèdes appropriés (parfois différents selon la
nature des activités et la gravité de la situation) à
court, moyen et long terme.

Merci de l’intérêt et de l’appui que
vous apportez au Niger et nous attendons avec plaisir et espoir la prochaine
mission du CSDPPT au Niger, ne serait-ce que pour faire un point sur la
situation des télécoms au Niger et convenir des mesures à
prendre pour que ce pays qui était dans les années 70 à
l’avant garde, soit au niveau de la moyenne des pays de la sous région"
.

Djilali Benamrane (Niger)
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Articles
Nous vous publions ci-dessous la réaction d’un
universitaire à la publication d’un article du Monde le 22 juin
2001 intitulé : "La télémédecine permet de
rompre l’isolement des malades en Afrique". Une réflexion sur les
rapports ONG - entreprise et les rapports Nord -Sud à méditer. 
La Rédaction

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"Ca suffit cette bonne conscience pour vendre l’inacceptable !"

Le 22 juin 2001, le journal _Le Monde_ nous parlait d’une
grande action humanitaire : "La télé médecine
permet de rompre l’isolement des malades en Afrique". Un court article
qui ressemble à s’y méprendre à la saga en rose d’un
dossier d’attaché de presse. Grâce à une association
"humanitaire", la Fissa, "Force d’intervention sanitaire satellitaire autoportée",
le Sénégal va pouvoir combattre "la bilharziose et la mortalité
infantile". Comment ne pas applaudir debout ?

Et bien non, ça suffit cette bonne conscience
pour vendre l’inacceptable !

Action humanitaire ou promoteur d’opérateur de
satellites

D’abord, on apprend quand même que cette "Fissa"
est "devenue l’opérateur du Centre National d’Etudes Spatiales qui
met gratuitement à disposition ses satellites pour l’occasion".

Qu’en termes modernes ceci est joliment tourné
 : voici le cache-sexe humanitaire d’une entreprise de vente de satellites,
qui va permettre d’utiliser la bande passante inexploitée pour l’instant
afin de trouver une solution technologique qui servira demain à
faire revenir l’argent de l’aide au développement vers les sources
industrielles du Nord le plus avancé : "Nous voulons démontrer
que le spatial est au service du citoyen" (un responsable du CNES).

De quoi s’agit-il ? On envoie des camions équipés
d’une salle d’examen dans le Nord du Sénégal, avec des étudiants
en médecine rémunérés par la Fissa pour repérer
les malades, dispenser les soins primaires, mais surtout "transmettre
les données biomédicales et leurs analyses via le satellite"
grâce à "4 stations de télé médecines",
des valises de 7 kilos avec tout le matériel de communication et
d’analyse médicale.

Excusez-moi de ne pas fondre en larmes devant tant d’humanitaire.
Certes, envoyer des médecins dans les zones les plus reculées
est formidable... mais a-t-on besoin d’une opération de propagande
d’une multinationale européenne du satellite pour découvrir
cela ? Nous savons très bien que des règles essentielles
d’hygiène, de solidarité, de répartition des richesses,
feraient rapidement beaucoup plus pour la santé des humains que
ces projets pour la "médecine du 21ème siècle".

Quand on essaie de me vendre la technologie la plus pointue
au nom de l’humanitaire, j’ai du mal à marcher au pas de la "Force
d’intervention".

La France manque de médecins.
Mais ce qui est plus encore choquant, c’est de voir,
dans le même numéro du même journal une page entière
consacrée à un problème de société du
même type, mais dans un pays riche : "La France commence à
manquer de médecins".

Croyez-vous que la "Force d’intervention" doive aussi
débarquer à l’"hôpital de Nevers qui a du mal à
recruter" ? Car, mutatis mutandis, c’est au même problème
que sont confrontés les deux articles : les médecins ne voudraient
plus aller loin des centres et des grandes agglomérations. Ni dans
la brousse au Sénégal, ni dans la province profonde en France.
La télé médecine qui serait bonne au Sud serait donc
aussi la solution en France même.

Las, mille fois hélas, le rapport de la "Direction
générale de la Santé" a oublié cette merveilleuse
solution technoïde pour des propositions plus terre-à-terre
 : "prime à l’installation", "l’action sur les conditions d’exercice,
en favorisant le regroupement géographique de différents
professionnels afin de rompre l’isolement et de faciliter la continuité
des soins". Bref, favoriser la vie des médecins partout afin d’éviter
de voir les meilleurs aspirés par les lumières de la ville
(ou par les lumières du Nord dans d’autres situations). Et puis
former en plus grand nombre les professionnels de santé (médecins,
mais aussi infirmièr(e)s, psychologues,...).

C’est assez choquant que les solutions au Nord et au
Sud ne soient pas les mêmes pour des problèmes du même
type. Disons-le franchement, le recul des grandes épidémies,
le redressement du niveau de santé général partout
dans le monde tient plus à la constitution d’un tissu dense de médecins
et de centres hospitaliers qu’à l’utilisation des satellites. Car
de cette densité va naître non seulement une meilleure répartition
des pôles de santé, mais aussi l’acceptation par les médecins
d’aller dans des endroits aujourd’hui désertés : ils auront 
la certitude de s’y intégrer dans une communauté de praticiens.
La peur du médecin de campagne de porter seul, jusqu’à
plus d’heure, la misère de son coin de pays ne diminuera que lorsque
seront établies les conditions d’un partage de ce savoir/devoir.

La même chose s’est produite en France il y a un
siècle quand il a fallu envoyer des instituteurs dans les
villages les plus reculés. Formés dans les écoles
normales, appartenant à la nouvelle culture qui avait besoin 
de la proximité de leurs semblables, les jeunes instituteurs qui
rêvaient des lumières de Paris, sont pourtant partis, "hussards
noirs de la République".

Que trouvaient-ils (et surtout elles, qui acceptaient
les villages les plus isolés) ?

Une place qui dépassait le simple exercice de
leur art : dans le village, ils(elles) avaient aussi la responsabilité
de construire la citoyenneté républicaine contre les restes
du féodalisme. Les structures politiques et institutionnelles de
la Troisième République leur ont donné les moyens
de cette action, et la reconnaissance qui va avec. L’isolement culturel
pouvait être compensé par la capacité à construire
un avenir nouveau, démocratique. Le savoir de la lecture et de l’écriture
a aussi été utilisé pour répandre d’autres
compétences, depuis l’introduction de l’hygiène (combien
d’instits ont été les premiers à introduire
la purification de l’eau et les filtres Pasteur qui a fait plus pour réduire
les maladies que les satellites et les forces d’intervention n’en pourront
jamais faire) ou le travail d’organisation sociale (la figure de l’instit
- secrétaire de Mairie).

Oui, c’est choquant de voir encore une fois l’Afrique
utilisée dans une opération de propagande pour la haute
technologie. Qui plus est en appuyant sur la question de la santé
que l’on sait si sensible. Il faudra un jour que cesse cette façon
manipulatoire de vendre les nouvelles technologies, et que l’on revienne
à une utilisation plus raisonnée, plus conforme aux intérêts
des humains.

Bien utiliser Internet
Car on peut aussi voir dans les réseaux Internet
ou satellitaires d’autres intérêts que cette médecine
de clip télévisuel. Par exemple utiliser l’Internet pour
les deux choses pour lesquelles il a été conçu et
qu’il sait bien accompagner : la constitution de communautés
d’échange et la circulation de l’information scientifique pour mieux
former les médecins. C’est sur des opérationsde ce type,
qui rendent leur autonomie aux pays du Sud, qu’il vaut mieux concentrer
les ressources et utiliser le réseau.

Si on veut rendre attractif les postes reculés,
prenons en compte le besoin d’échange communautaire. L’Internet,
grâce à la constitution, par delà les distances, de
communautés permettant l’échange entre praticiens, grâce
à la circulation rapide des expériences, grâce à
l’échange humain de groupe pour redonner le moral, construire
la confiance, évoquer entre collègues les mille et une difficultés
de l’exercice d’un métier difficile, surtout en situation d’isolement
et devant une avalanche de problèmes, oui, l’Internet peut être
un outil dans la panoplie qu’il faut dégager.

Et pour cela, on peut aussi utiliser l’Internet tel qu’il
existe, appuyé sur des outils généralistes (messagerie
électronique notamment) qui ont prouvé leurs possibilités
même avec des réseaux perturbés, qui utilisent la diffusion
technologique pour assurer une baisse des prix, et même, grâce
aux logiciels libres, qui permettent la fabrication dans tous les pays
de l’infrastructure nécessaire, sans dépendre de technologies
possédées et utilisées au seul profit du Nord comme
les satellites.

Et si l’on veut vraiment que la médecine aille
dans toutes les zones de la planète, il faudra former en masse des
médecins, des auxiliaires médicaux, des infirmières,
des kinésithérapeutes, et pour cela utiliser l’Internet pour
diffuser l’information médicale, le plus largement et gratuitement
possible vers les Universités des pays du Sud. Utiliser l’Internet
pour faire la synthèse entre les découvertes des grands centres
de recherche et les méthodes médicales ancestrales, connues
dans les pays concernés. Un Internet qui offre aux pays du Sud les
moyens de construire leurs propres savoirs et leurs propres formations
en utilisant les connaissances communes à toute l’humanité.
Un Internet qui valorise les Universités du Sud, leurs capacités
de recherche et d’enseignement. Alors, on multipliera le nombre de médecins
qui n’auront pas comme seule ambition de partir dans les grands laboratoires
New-Yorkais ou Parisiens.

Oui, l’Internet et le réseau peuvent servir la
médecine en Afrique... mais pas au travers d’expériences
qui nient les réalités locales pour mieux servir la cause
publicitaire des pourvoyeurs de technologie.

Journalisme ou clip publicitaire ?
La vision qui a été décrite dans
l’article promotionnel du CNES publié par _Le Monde_ est un
exemple typique de ce que John Seely Brown et Paul Duguid, dans leur excellent
livre "The social life of information", appellent une "vision tunnel".
Peu importent les conditions sociales et économiques, les institutions,
l’existant humain et organisationnel, un problème posé en
termes techniques peut et doit recevoir une solution technique. Sans regarder
autour, sans comparer les coûts et les effets, sans recul et sans
réflexion.

Juste viser le point de lumière au bout du tunnel
et foncer droit devant.

Ce n’est pas avec une vision tunnel que l’on utilisera
au mieux l’Internet et les autres réseaux pour aider à la
constitution, partout dans le monde, d’une société démocratique,
travaillant à l’égalité de tous devant la santé
et l’éducation. C’est au contraire avec une vision sociologique
des réseaux, en intégrant les charmes et les multiples possibilités
de l’Internet dans des projets élaborés par et pour les gens
là où ils vivent réellement : sur terre.

Ni dans l’espace satellitaire, ni dans le "cyberespace",
mais sur terre.

Et pour cela, nous avons aussi besoin d’une presse indépendante,
qui ne prenne pas pour acquis comptant les clips publicitaires et "humanitaires"
des sociétés multinationales, les "dossiers de presse"
des chargés de communication des entreprises de nouvelles technologies.
Nous avons besoin d’une presse qui arrête de pontifier et de citer
à tour de bras les bêtises les plus éculées,
comme cette merveilleuse phrase de conclusion de l’article promotionnel
du _Monde_ : "Nous sommes condamnés à réussir pour
éviter que l’isolement des hommes, dans les endroits les plus reculés,
ne tue davantage que les maladies elles-mêmes". Oui, relisez sans
rire, une deuxième fois.

Mais ne nous tracassons pas, toujours dans ce merveilleux
numéro du monde une pleine page est consacrée à ces
philosophes qui vont vers l’entreprise pour lui "donner du sens". Un jour,
un de ces philosophes viendra peut être au conseil de surveillance
du Monde. Et on verra du "sens" revenir, on verra qu’il y a deux
articles qui proposent des solutions contradictoires à quelques
pages d’intervalle, on demandera peut être aux journalistes d’enquêter
par eux-même et de mettre en perspective les "solutions" pré-vendues
par les trusts multinationaux.

On sortira peut-être de la vision tunnel pour accéder
à la démocratie. Ah, si l’Internet pouvait aider à
cela aussi.

Pour finir, est-ce si vrai que cela que les professionnels
de la santé ne vont pas dans les régions reculées
 ? Ne trouve-t-on pas de si nombreux médecins et infirmières
dévoué(e)s pour assurer, même dans les situations de
crise, l’aide aux populations ?

Pour avoir une "vision tunnel", il faut aussi accepter
de rentrer dans le tunnel.

Interrogeons-nous sur les prémisses, sur le choix
du problème à résoudre.

Car enfin, nous devons tous avoir en mémoire le
comportement extraordinaire des infirmières des rives du Zaïre
confrontées au virus Ebola.

Même sans laboratoire P4, sans satellite et tout
en sachant les risques qu’elles encouraient, elles sont restées
dans les hôpitaux, dans les dispensaires, elles ont assumé
leur merveilleux rôle et ce faisant aidé toute l’humanité
à contenir ce redoutable virus, réduisant sa diffusion...
au prix de nombre de leurs propres vies.

Un exemple à méditer comme merveilleux
contrepoids humain à la solitude satelliser.

Hervé Le Crosnier Enseignant
en informatique (spécialités internet) à l’Université
de Caen

http://www.info.unicaen.fr/~herve     ;
Herve.Le_Crosnier@info.unicaen.fr