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Lettre d’Aout 2001

Aout

mercredi 1er août 2001, par Alain


La Lettre de aout 2001
No : 69

 
Sommaire :

Editorial
Privatisation : la nouvelle vague
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Echos de CSDPTT et de ses
correspondants

En bref  : Un ordinateur pour l’AVDTM
, un adhérent à Madagascar, une réunion dans les Alpes
avec les techniciens spécialistes en téléphonie rurale.
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Echos des postes et télécoms
dans le monde

Sommet Mondial de l’Information en 2003
Mali : La SOTELMA affiche de bons indicateurs
Privatisation de TELECOM MALAGASY
Alliance UIT - CISCO
Bande passante : le Mali client de la SONATEL
Le Maroc lance de nouvelles licences pour
le fixe
Nouvelle licence de Mobiles en Algérie
Licence des mobiles en Côte d’Ivoire
 : 40 milliards de fcfa par opérateur
En Bref  : Tunisie, Libye, Bénin,
Koweit, Internet interdit en Afghanistan, Cap Vert, Afrique du Sud.
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Initiatives
Un Centre d’Information et de Communication
au village

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Retour de la sécheresse
17 pays de l’Afrique Subsaharienne menacés
de pénurie alimentaire.

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La rubrique de Jean Louis
Fullsack

L’Afrique francophone aux "abonnés absents"
pour l’UIT !

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Articles
Fracture numérique : Okinawa - Gênes
 : 1 an pour rien
 ? de Valérie Peugeot (VECAM)

 


Editorial
Privatisation : la nouvelle vague
Une nouvelle vague de privatisation est en cours. Elle va toucher entre
autres pays, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et Madagascar, des pays
qui nous touchent particulièrement puisque nous y intervenons ou
allons le faire. Ils ont ceci en commun d’être parmi les plus pauvres
du monde. Le processus est engagé sous la contrainte, souvent contre
l’avis des salariés, la Banque Mondiale conditionnant les décaissements
des prêts d’ajustement structurels aux privatisations des opérateurs
de télécommunications.
Pourtant, face aux difficultés que rencontrent les opérateurs
de taille internationale dans les mobiles, et le désintérêt
dont ils font preuve pour des opérations non rentables à
court terme, on ne peut qu’être inquiet. Ainsi le premier appel d’offre
lancé au Niger n’a pas trouvé preneur.
On ne peut que craindre que ce dogmatisme libéral imposé
à ces pays pauvres ne les oblige à brader à bas prix
des entreprises qui malgré leurs difficultés pourraient sans
aucun doute être plus efficaces. Pour cela il faudrait qu’une réelle
volonté politique se fasse jour dans ces pays, que l’on retrouve
le chemin d’une véritable coopération internationale, 
que l’on écoute enfin les suggestions du personnel et que l’on favorise
l’accès de ces opérateurs à des crédits avantageux.
Bruno Jaffré
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Echos de CSDPTT et de ses
correspondants

En bref
Un ordinateur portable offert par CSDPTT est parvenu à
M. Sékou Coulibaly, coordinateur de l’AVDTM (Association des volontaires
pour le Développement des télécommunications au Mali)
à Bamako. Ce don entre dans le cadre du soutien de CSDPTT à
cette association et doit permettre une amélioration de la communication
entre nos deux associations.
Bruno Jaffré (CSDPTT Ile de France) a profité de
ses congés à Madagascar pour prendre des contacts
dans ce pays. CSDPTT pourrait collaborer à plusieurs projets en
partenariat avec des partenaires malgaches, une mairie et une importante
ONG locale.
Emile Quesada (CSDPTT Nice), responsable des projets de téléphonie
rurale
est allé animer une réunion dans les Alpes.
Cette rencontre avait pour objectif de favoriser la meilleure intégration
possible d’un groupe de techniciens travaillant dans la région 
ayant rejoint l’association ces deux dernières années, tous
spécialistes de téléphonie rurale. Plusieurs projets
sont actuellement à l’étude dans ce domaine et ils ont pu
prendre connaissance en profondeur de l’expérience acquise afin
que les futures missions soient le plus efficace possible.
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Echos des postes et télécoms
dans le monde

Sommet Mondial de l’Information en 2003
L’UIT vient d’annoncer que le Sommet Mondial de l’Information
sera organisé en décembre 2003 à Genève. Cette
première phase, consacrée aux nombreuses questions soulevées
par la société de l’information, débouchera sur l’adoption
d’une Déclaration de principe et d’un Plan d’action concernant précisément
tous les aspects de la société de l’information.
La seconde phase du Sommet mondial se déroulera en 2005 à
Tunis. L’accent sera mis essentiellement, à cette occasion, sur
les grands thèmes du développement, et il s’agira d’évaluer
les progrès réalisés et d’adopter éventuellement
un autre Plan d’action.
Ce Sommet devra rassembler, selon l’UIT, " des chefs d’Etat, des directeurs
exécutifs d’institutions spécialisées des Nations
Unies, des capitaines de l’industrie, des représentants des organisations
non gouvernementales et des médias et enfin les porte-parole de
la société au sens large".
- Le Sommet portera sur les éléments suivants :
- Mise en place des infrastructures
- Création de débouchés : parvenir à un
accès universel et équitable à la société
de l’information
- Services et applications
- Besoins des utilisateurs
- Définition d’un cadre général.
- Les TIC et l’enseignement.
Une série de réunions régionales de préparation
sont planifiées pour 2002, et par ailleurs d’autres réunions
et initiatives sur la société de l’information - initiatives
nationales, programmes des Nations Unies, du secteur privé ou de
la société civile - devraient contribuer à l’organisation
du Sommet.
Pour d’autres informations sur le SMSI, consulter le site web du SMSI
à l’adresse : www.itu.int/wsis/
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Mali : La SOTELMA affiche de bons indicateurs
Alors que le processus de privatisation est bien engagé, La
société des télécommunications du Mali (Sotelma,
entreprise publique) a rendu public certains indicateurs pour montrer 
qu’elle a renoué avec une forte croissance, a-t-on appris récemment.

"Nos comptes, audités par une société française,
sont désormais très bons. Nous sommes aujourd’hui liquide
et nous avons un solde positif de plus de 4 milliards de F CFA (40 millions
de FF). Nous n’avons pas eu besoin de licenciement de personnel pour redresser
la barre", a déclaré à la presse Kaffa Dicko, le nouveau
PDG de la Sotelma.
La société accusait pourtant un déficit prévisionnel
de 80 millions de FF. Le retour à de bons résultats résulte
d’une compression des charges, parmi lesquelles l’achat de matériel
et le train de vie de la société, ainsi qu’une "excellente
politique de recouvrement". Ainsi près de 2 milliards de F CFA (20
millions FF) sur le plan national et près de 4 milliards de F CFA
(40 millions FF) correspondant aux dettes extérieures, notamment
de France Telecom sont rentrés récemment dans les caisses
de l’opérateur malien.
La Sotelma recense 50.000 abonnés et enregistre des recettes
de près de 2 milliards de F CFA par mois. La société
paie environ 5 milliards F CFA d’impôts a l’Etat et envisage de participer,
sur fonds propres, a un investissement de 8 milliards de F CFA pour l’organisation
de la Coupe d’Afrique des nations de football prévue en 2002 au
Mali. Un investissement urgent tant il est difficile de l’extérieur
d’obtenir le Mali à certaines heures de la journée. (source
Franconnex.com - Le Bulletin du 12/07/01, no 12)
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Privatisation de TELECOM MALAGASY
L’appel d’offres pour la privatisation de Telecom Malagasy (TELMA)
a été lancé le 28 juin 2001. Il s’agit de mettre en
vente 36% de l’opérateur malgache. L’appel d’offre porte aussi sur
l’octroi d’une licence de téléphonie fixe, d’une licence
GSM 1800 MHz et d’une licence de transmission de données VSAT. L’adjudicataire
devra être un consortium d’investisseurs comprenant des malgaches
et un « opérateur de télécoms de référence
internationale qui en sera le chef de file ».
Les membres du consortium détiendront 70% du capital total de
la TELMA, les étrangers ne pourront dépasser 49% et les malgaches
devront en acquérir au minimum 15%.
Actuellement France Câbles et Radio filiale de France Télécom
détient déjà 34% du capital de TELMA. Dans le cas
où FCR ne ferait pas partie de l’adjudicataire, FCR s’est engagé
à céder l’intégralité de ses 34% d’actions
au chef de file du consortium.
TELMA gère actuellement 54000 lignes et ses états financiers
de l’an 2000 présentent un chiffre d’affaires de 377,8 milliards
FMG (57,7 millions de dollars US) et un bénéfice net
de 36,3 milliards de FMG (5,5 millions de dollars). Par ailleurs TELMA
détient 51% du capital social de DTS, prestataire de service dans
la transmission de donnes et leader des fournisseurs d’accès à
Internet à Madagascar. TELMA détient encore 34% du capital
de SACEL, l’un des 4 opérateurs de téléphonie mobile
du pays.
Le dépouillement des offres est prévu le 26 octobre.
L’appel d’offres a été publié alors que les négociations
avec les syndicats de personnel n’étaient pas terminées.
Ceux-ci espéraient arriver à un accord avant cette publication
et ont donc appelé à une grève d’avertissement le
29 juin.
 Les discussions portaient sur 3 points. Le premier concernait
la prise en compte de la convention collective amendée de 1999 dans
le cahier des charges. Le deuxième concernait de "nouvelles dispositions
concernant le Fonds de Portage et de Privatisation ". Il est en effet 
prévu la création d’un fond qui devrait permettre au personnel
de souscrire à des actions. Le dernier point porte sur la licence
de téléphonie mobile GSM 1800 Mhz. Les techniciens estiment,
en effet, que cette bande est inexploitable ou alors elle coûte trop
chère pour être rentable. Les deux principaux opérateurs
GSM du pays utilisent la bande des 900 Mhz.
En attendant, les activités semblent continuer, une annonce
parue récemment dans la presse informe d’une baisse de 32,5% du
tarif Hors taxe de la connexion Internet à partir du 1er juillet.
Désormais, les internautes paieront à TELMA 135 Fmg/minute
de connexion au lieu de 200 Fmg/minute, tarif pratiqué en ce moment.
Rappelons cependant que ce tarif ne comprend pas la quote-part due aux
ISP.
1 FF=890 Fmg
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Alliance UIT - CISCO
L’UIT projette de créer, d’ici juillet 2003, 50 centres de formation
dans des institutions à but non lucratif de pays en développement
pour y dispenser une formation sur les réseaux et les services utilisant
le Protocole Internet (IP). Il est prévu que quinze sites entreront
en service d’ici la fin de l’année, 20 autres avant la fin
de 2002 et les 15 restants au plus tard à la mi-2003. Chaque centre
suppose au départ la conclusion d’un partenariat entre l’UIT, des
partenaires du secteur, des institutions officielles compétentes,
des établissements de formation à but non lucratif et des
prestataires de services locaux, mais il est prévu qu’à la
fin chaque centre de formation continuera à fonctionner de manière
autonome et s’autofinancera.
Cisco Systems, par le biais du Cisco Networking Academy Program a été
la première société à avoir confirmé
sa participation sous forme de formation de personnel, de programmes éducatifs
et autres outils d’enseignement fondés sur le web, ainsi que d’équipement
pour un laboratoire de réseau. Les académies CISCO ont déjà
été ouvertes dans plusieurs pays en Afrique délivrant
des diplômes "CISCO".
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Bande passante : le Mali client de la SONATEL
Nous avions annoncé dans un numéro précédent,
le passage de la bande passante sénégalaise à 40 Mbits
ce qui pouvait paraître surdimensionné. Ceci vient d’être
confirmé par M. Gaïdy Ndaw, chef du département services
et réseaux de données de l’opérateur sénégalais,
qui a expliqué que la Sonatel avait ainsi "décidé
de prendre de l’avance sur la demande [réelle]" du Sénégal.
Ainsi le backbone ne serait actuellement utilisé qu’à 25
% de sa capacité.
Un partenariat a donc été annoncé avec le Mali
afin que ce pays dont la bande passante ne dépasse pas les 2 Mgbits,
puisse louer une partie de la bande passante sénégalaise.
M. Ndaw a par ailleurs annoncé que de telles opérations étaient
courantes en Afrique australe où pas mal de pays de la sous-région
s’approvisionnent en Afrique du Sud. (source Franconnex.com - Le Bulletin
du 12/07/01, no 12)
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Le Maroc lance de nouvelles licences pour le
fixe

L’Agence nationale de réglementation des télécoms
(ANRT) a décidé l’octroi de trois licences pour le réseau
fixe d’ici mi-2002. Un second opérateur devant être opérationnel
début 2002. L’appel d’offres sera lancé en octobre prochain.
Après l’aboutissement de cette première opération,
un second appel d’offres sera lancé pour l’octroi de deux autres
licences de réseau fixe destinées à l’offre de services
pour les entreprises. La démarche adoptée devrait privilégier,
principalement pour l’étude des offres, la couverture offerte par
les futurs soumissionnaires et la qualité des services. Une importance
limitée serait accordée à la contrepartie financière.
Une clause d’exclusivité sera également offerte aux futurs
adjudicataires. (source Franconnex.com - Le Bulletin du 12/07/01, no 12)
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Nouvelle licence de Mobiles en Algérie
L’opérateur égyptien de téléphonie mobile
Orascom a emporté les enchères de la deuxième licence
de téléphonie GSM en Algérie, et ce pour un montant
de 737 millions de dollars. La filiale mobile de France Télécom,
Orange n’a proposé que 422 millions de dollars. Portugal Telecom
et Telefonica étaient aussi candidats. La licence obtenue permet
l’exploitation des communications internationales à partir de 2003,
d’importantes facilités fiscales pendant 5 ans et la possibilité
d’exporter la totalité des revenus. Orascom Télécom
détient 51% de la société constituée à
cette occasion dénommée Orascom Télécom Algérie.
On compte actuellement environ cent mille abonnés aux mobiles
et d’après plusieurs estimations, ce marché devrait atteindre
5,4 millions d’ici 2004 et 10 millions en 2015.
Orascom détient désormais avec l’Algérie, 20 licences
en Côte d’Ivoire, Burkina, Niger, Egypte, Jordanie, Syrie, Yémen,
Zimbabwe, Zambie, Togo, Burundi, Centrafrique, Bénin, Gabon, Tchad,
Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo et Ouganda.
60% du holding est aux mains de la famille égyptienne Sawiris.
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Licence des mobiles en Côte d’Ivoire : 40
milliards de fcfa par opérateur

Selon une information de l’agence de presse Reuters, le gouvernement
ivoirien vient de fixer le prix des ses trois licences de téléphonie
mobile et un quatrième devrait faire bientôt son entrée
sur le marché.
Les trois opérateurs de Côte d’ivoire n’avaient en fait
que des licences provisoires qui leur permettaient d’exercer et qui leur
avaient été cédés gratuitement. A présent,
ils devront payer chacun 40 milliards de FCFA (400 millions de FF) pour
la jouissance d’une licence définitive. 16 milliards (160 millions
de FF) devront être versés au moment de l’acquisition, les
24 milliards restants (240 millions de FF) étant étalés
sur les deux ans. Cette somme serait calculée sur la base des investissements
déjà réalisés par les opérateurs et
des projections de leurs profits sur les 20 ans à venir. Selon les
autorités ces coûts seraient comparables à ceux pratiqués
dans les autres pays africains. 95% des fonds iront au Trésor public,
les 5% restants à l’autorité de régulation des télécoms.
Les trois opérateurs qui se partagent actuellement le marché
ivoirien sont la Société ivoirienne de mobiles (SIM), contrôlée
majoritairement par France Télécom, Télécel,
contrôlée en partie par l’Egyptien Orascom Telecom Holdings,
et Comstar, de l’Américain Western Wireless. (source Franconnex.com
- Le Bulletin du 12/07/01, no 12)
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En Bref
La Tunisie et la Libye ont annoncé la création
prochaine d’une entreprise mixte de télécommunications d’ici
2001. Ces deux pays sont en outre décidés à accélérer
les travaux de connexion des câbles optiques entre les deux pays
et à étendre les services GSM de Tunisie Télécom
aux abonnés.
L’attribution d’une licence de téléphonie mobile en Tunisie
vient d’être reportée siné dié en l’absence
d’offre jugée intéressante par les autorités. On compte
actuellement 145000 abonnés. Tunisie Télécom qui exploite
la première licence rencontre des difficultés à satisfaire
à la demande.
Au Bénin, l’Office des Postes et Télécommunications
du Bénin vient de faire passer la connexion Internet nationale à
un mégabit/s contre 256kbits jusqu’ici.
Au Bénin, les opérateurs de GSM, Bénincell, Libercom
et Télécel viennent de signer un nouvel accord d’interconnexion
avec l’OPT. Il intervient après 14 mois de négociation. (source
Oridev N°17 www.oridev.org).
Un candidat au baccalauréat au Koweit a été
suspendu des examens pour s’être fait communiquer les réponses
par courrier électronique sur sa montre-bracelet. Le candidat scannait
les questions grâce une camera miniaturisée intégrée
à sa montre, reliée à un téléphone portable.
Puis il les expédiait par courrier électronique à
des amis, qui lui renvoyaient les réponses sur le cadran de la montre
(source AFP).
Les talibans ont interdit l’utilisation d’Internet en Afghanistan
afin d’empêcher l’accès à tout contenu vulgaire, immoral
et anti-islamique, rapporte l’agence afghane AIP citée par Reuters.
Au Cap Vert, 40% des actions de l’opérateur de télécommunications
ont été vendus à l’opérateur Portugal Telecom.
En Afrique du Sud, le gouvernement a approuvé un
projet de loi permettant l’écoute des portables pour lutter contre
la criminalité. Mais l’un des opérateurs MTN se refuse à
payer la facture.
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Initiatives
Un Centre d’Information et de Communication au village
Le village de Mboula, dans le département de Linguère
au Sénégal dispose désormais d’un centre de d’information
et de communication (CIC). Ce centre équipé d’un ordinateur
connecté à l’Internet, d’une imprimante, d’une télé
avec vidéo et d’un groupe électrogène pour un coût
de 2 millions de Frs a été inauguré en mai. Le CIC
va produire des imprimés et des pièces administratives que
les populations ont du mal à trouver auprès de la sous-préfecture
ou ailleurs, moyennant toutefois, une certaine somme.
Ce projet a été réalisé avec l’appui de
la FRAO (Fondation Rurale pour l’Afrique de l’Ouest http://www.frao.org).
Les populations ce cette communauté de 8000 habitants sont confrontées
à un certain nombre de difficultés comme l’enclavement de
la localité faute de pistes de production, l’insuffisance d’eau
(seulement 4 forages dont celui de Mboula, en panne depuis 4 mois) et de
structures de santé (2 postes de santé).
La FRAO qui intervient par ailleurs dans 5 pays participe à
la formation des populations afin de les amener par la maîtrise de
techniques à résoudre les problèmes d’agriculture
et de maraîchage. Des actions sont aussi menées dans le domaine
de l’environnement et pour soutenir la création d’activité
économique par les femmes.
La FRAO veut mettre en place les nouvelles technologies de l’information
et de la communication (NTIC) à la disposition des producteurs ruraux.
Elle pense que les populations rurales ont le droit autant que celles des
villes d’avoir accès aux NTIC. Il faut noter que pour l’entretien
et la maintenance de ces outils informatiques, l’ONG a préféré
former des fils du terroir qui plus tard devront initier les autres. (source
Le Soleil 28 mai 2001)
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Retour
de la sécheresse

17 pays de l’Afrique Subsaharienne menacés de pénurie
alimentaire.

Selon la FAO, l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture,
17 pays de l’Afrique subsaharienne sont menacés par une sévère
pénurie alimentaire en raison des conditions atmosphériques
défavorables et d’une situation sécuritaire précaire
provoquée par un conflit civile. Les pays cités dans le document
sont : l’Angola, le Burkina Faso, le Burundi, l’Erythrée, l’Ethiopie,
la Guinée, le Kenya, le Libéria, Niger, la République
démocratique du Congo, le Rwanda, la Sierra Leone, la Somalie, le
Soudan, la Tanzanie, le Tchad et l’Ouganda.
En Afrique de l’Ouest, la situation alimentaire est "particulièrement
précaire" dans certaines parties du Burkina Faso, du Liberia, du
Niger et du Tchad, souligne le rapport. A part le Libéria, où
ces difficultés sont dues à troubles intérieurs passés
et à une pénurie d’intrants, ces pénuries alimentaires
sont dues à la sécheresse.
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La
rubrique de Jean Louis Fullsack

L’Afrique francophone aux "abonnés absents" pour l’UIT !
Pour sa 5ème édition Africa Telecom, l’événement
continental quadri-annuel du monde des télécommunications
organisé par l’UIT, a choisi Johannesburg en République Sud-Africaine.
"So far, so good" comme on dit là-bas. Ce qui est cependant plus
étrange, c’est que -tout comme les quatre éditions présentes-
cette manifestation se déroule dans un pays africain anglophone
comme le montre la rétrospective succincte ci-après.
Auparavant, essayons de définir ce qu’est Africa Telecom. C’est
une sorte de ITU Telecom décentralisée et dédiée
au continent africain. On a en effet réussi à "glisser" entre
les quatre années de tenue des ITU Telecom à Genève
(appelés aussi "World Telecom" par les anglo-saxons) un Asia Telecom,
un Americas Telecom et enfin, un Africa Telecom. But affiché de
ces manifestations "régionales" : faire connaître aux pays
de la région concernée l’état de la technologie, de
la réglementation et des politiques de développement du secteur
des télécommunications, sous deux formes différentes.
La première appelée Forum ; est un ensemble organisé
d’exposés et tables rondes distillant pendant une semaine la pensée
unique, en particulier la marchandisation des télécommunications.
Celle-ci est présentée par des hommes politiques dociles,
des personnalités cooptées par un "comité d’organisation"
sur mesure et d’autres gourous du secteur. La contestation n’y a pas de
place, ni formelle -par exemple par un exposé au Forum- ni informelle
comme une manifestation spontanée d’opposants à la pensée
unique.
La deuxième forme est l’exposition qui se déroule parallèlement
au forum et qui présente les produits "dernier cri" et les services
"incontournables" et "succès commerciaux d’avenir". Y compris ceux
qui permettent de mettre fin à "l’hégémonie des monopoles
d’Etat" ou autres "opérateurs historiques nationaux abusant de leur
position dominante", thèmes obsessionnels et récurrents désormais
de ces manifestations.
Le tout se déroule dans une ambiance festive (il faut bien convaincre…plus
proche Las Vegas" que le Soweto ou de Trechville. Quelques "sponsors" pas
trop désintéressés (Cisco est toujours sur les rangs)
organisent dans le cadre de cette manifestation des "ateliers" censés
montrer la voie, bien sûr "unique", pour faire évoluer les
réseaux et donner bonne conscience aux organisateurs. Essayez donc
de proposer votre idée sur la question …
Rappelons brièvement l’historique des Africa Telecom depuis
leur création par l’UIT (1985).
1er Africa Telecom : 1986 : A Nairobi (Kenya). Sous le
secrétariat général de Richard Butler. Le thème
dominant est "Bridging the missing link" car la Rapport Maitland intitulé
"The missing link - Le chaînon manquant" a été approuvé
par l’UIT en 1985 et constitue l’événement de cette manifestation.
Rappelons que son objectif prioritaire était que "d’ici au début
du siècle prochain, presque tous les être humains devraient
se trouver à portée d’un poste téléphonique".
2ème Africa Telecom : 1990 :A Harare (Zimbabwe).
Sous le secrétariat général de Pekka Tarjanne.
Le fait saillant de cette manifestation est la présentation
de RASCOM, le satellite africain qui résoudra une grande partie
des problèmes d’interconnexion des Etats du continent, et … d’autres
possibilités satellitaires (Motorola entre autres) pour résoudre
le problème -autrement insoluble- de la desserte des régions
sous-peuplées et éloignées (notamment rurales).
3ème Africa Telecom : 1994 : Au Caire (Egypte),
sous le secrétariat général de Pekka Tarjanne. Clou
de l’événement : la création de WorlTel, "filiale"
de l’UIT, qui allait pouvoir collecter les financements -notamment du secteur
privé si prometteur- pour le développement des télécommunications
en Afrique. Mais aussi, apologie de la déréglementation comme
unique remède et pré-requis au développement des télécommunications
en Afrique.
Autre thème fort : les satellites au secours des réseaux
ruraux. Motorola vante les possibilités d’IRIDIUM et tout le tapage
fait autour de ces "nouvelles certitudes" fait qu’on entend à grand
peine le Ministre des P et T du Cameroun demander de "prélever 1%
des recettes du trafic international pour financer via le Bureau de Développement
des Télécommunications (BDT) de l’UIT le développement
des télécommunications en zones rurales".
4ème Africa Telecom  : 1998 : A Johannesburg
(Afrique du Sud)
, sous le secrétariat général
de Pekka Tarjanne et avec Bangemann, le Commissaire Européen démissionné
en 1999 pour affairisme personnel…
Thème transverse : la mise en œuvre du Livre vert imposant la
déréglementation et l’ouverture du secteur des télécommunications
à la concurrence.
Seule note "dissonnante" mais contenue : l’exposé de Madame
Gilwald (SATRA, Afrique du Sud) qui émet quelques doutes dans les
relations entre convergence, réglementation et service public. Madame
Gilwald n’est plus à la SATRA (South African Telecommunications
Regulation Agency) …
5ème Africa Telecom : 2001 :A Johannesburg (Afrique
du Sud) ;
bis repetita !
Cette répétition signifie-t-elle que seule l’Afrique
du Sud peut organiser un tel événement ? Ou l’imagination
manque-t-elle à ce point à l’UIT ? On a le droit de poser
cette question.
Pourquoi l’UIT n’a-t-elle pas retenu un pays francophone pour Africa
Telecom 2001 (qui devrait logiquement se tenir en 2002 selon la liturgie
des "Telecom" de l’UIT), après quatre éditions en anglophonie
africaine ? Le Sénégal, le Maroc, la Tunisie, le Bénin,
le Mali et quelques autres auraient pu au moins défendre leur chance.
Ces questions, les africains -surtout francophones- devraient se les
poser rapidement voire bruyamment, et les répercuter à l’UIT,
car après tout ils en sont Membres et paient leur cotisation.
A titre indicatif le slogan d’Africa Telecom 1998 était "La
renaissance africaine". A cette occasion Monsieur J.P. Baré, tout
nouveau Président de Telecom (devenu une "filiale" de l’UIT), déclarait
notamment dans le n° 3/98 des "Nouvelles de l’UIT" : "… L’Afrique est
en pleine renaissance et, avec le vent de la démocratisation et
de paix qui souffle sur le continent, les temps n’ont jamais été
aussi propices à l’optimisme quant à son avenir. …"
Les 8 millions de réfugiés errant alors sur les pistes,
et les populations des Congo, du Niger, de Guinée, du Soudan, de
la Sierra Leone, de l’Angola, de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi (la
liste n’est -hélas- pas exhaustive) apprécieront ce florilège
d’âneries voire de flagornerie …
Bonne affaire pour les sociétés américaines
 !

Le choix exclusivement anglophone (anglophile) pour Africa Telecom
est un sérieux atout pour les sociétés américaines
qui se sont juré depuis longtemps que l’Afrique constituait leur
marché potentiel le plus important … une fois qu’ils l’auront pénétré.
Les offensives récentes de Cisco et autres Lucent (cf le projet
calamiteux AFRICA One) démontrent cette stratégie d’autant
plus nécessaire pour les entreprises américaines que les
marchés "du Nord" sont en phase de saturation, et que la marché
africain reste donc une solution de continuité. En outre les financements
sont pour une bonne partie fournis par les institutionnels. Dans la période
agitée qu’elles traversent, cette perspective est une aubaine !
Il est grand temps pour que l’UIT délaisse ce climat délétère
d’une collusion douteuse avec des grandes entreprises US des télécommunications,
après avoir joué pendant des années la courroie d’entraînement
exagérément zélée des protagonistes de la pensée
ultra-libérale dans le secteur des télécommunications,
vital pour le développement des pays africains. Elle doit impérativement
se re-concentrer sur ses activités prioritaires pour lesquelles
elle a été créée et mandatée notamment
pour impulser et soutenir le développement équilibré
des télécommunications et redonner un espoir -dix-sept ans
après le Rapport Maitland- aux 2 milliards d’hommes et de femmes
toujours privés de la communication la plus élémentaire.
Dans cette réorientation indispensable et plus qu’urgente, l’Afrique
francophone a toute sa place. Comme l’ont démontré quelques
pays et leur opérateur national, les idées ne manquent pas
et les réalisations se font au rythme des ressources disponibles.
Malgré ses déviations regrettables -et qui ont spolié
la plupart des Etats africains de leur trésor : leur office national
des télécommunications- l’UIT reste (encore) un espoir pour
un avenir défini non plus à Washington ou dans les paradis
fiscaux où siègent les multinationales (cf AFRICA One), mais
sur le continent africain et en partenariat étroit avec les africains
et leurs responsables nationaux. Alors qui réagira enfin ?
Jean-Louis Fullsack
P.S. : Que va-t-on trouver de racoleur pour 2001 ? Les concours sont
ouverts : une noix (de palme) d’honneur est en jeu ?
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Articles

Dans le numéro 66 de la lettre de CSDPTT de mai
2001, nous avions publié la contribution élaborée
collectivement par des membres du secteur associatif français en
vue de le Dot force mise en place par le G8 (groupe des pays les plus riches
du monde) pour proposer des solutions afin de remédier à
la fracture numérique. Valérie Peugeot de l’association VECAM
qui avait assuré la coordination de la réflexion à
laquelle CSDPTT (en la personne de son président) avait participé
nous fait part ici de son expérience après la tenue du G8
devant traiter de la question en juillet . 
 
La Rédaction
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Fracture numérique : Okinawa - Gênes
 : 1 an pour rien ?

Le Contexte
En juillet 2000, le G8 réuni à Okinawa donnait le coup
d’envoi d’une politique destinée à faire face au risque de
"fracture numérique" entre pays du Nord et pays du Sud. A l’origine
de cette initiative une double analyse de la part des 8 gouvernements :
les Technologies de l’information et de la communication, au fur et à
mesure qu’elles se diffusent dans les pays occidentaux risquent de constituer
un nouveau facteur d’inégalité entre pays du Nord et pays
du Sud. Inversement, utilisées à bon escient elles peuvent
constituer un facteur de croissance économique et de développement.
Partant de là, le G8 décide donc de créer la Dot force
- digital observatory task force - chargé de lui préparer
une série de propositions destinée à lutter contre
cette fameuse fracture.
Triple particularité de cette structure consultative : une durée
de vie limitée, sa mission s’arrêtant en mai dernier avec
la remise d’un rapport aux sherpas du G8 ; un tour de table quadripartite,
puisque chaque pays était représenté par son gouvernement,
une entreprise et un acteur non lucratif, auxquels s’ajoutaient un grand
nombre d’organisations internationales, de l’OCDE à l’UIT en passant
par l’union européenne et le PNUD ; une ouverture aux pays du Sud,
puisqu’une dizaine de pays, parmi les plus avancés en matière
d’appropriation des TIC, étaient conviés (Brésil,
Sénégal, Afrique du Sud, Inde etc.).
Pendant 7 mois, la dot force a donc travaillé, aboutissant à
un rapport contenant un plan d’action étoffé en 9 points.
À Gênes, le résultat de ce travail fera l’objet d’un
communiqué d’une vingtaine de lignes, noyé au milieu des
autres points à l’ordre du jour, renvoyant à plus tard tout
engagement concret des Etats.
Au-delà de ce communiqué laconique et réducteur
par nature, le processus de la dot force ouvre des questions en série,
qui ne peuvent qu’interpeller tous ceux qui réfléchissent
et militent autour des enjeux d’appropriation sociale des technologies
de l’information comme de mondialisation et de gouvernance internationale.

De la légitimité et de l’efficacité d’une telle
initiative

La première question est celle à l’évidence de
la légitimité : pourquoi le G8, alors que l’UIT - Union Internationale
des télécommunications, agence des Nations Unies a vocation
à suivre ces enjeux et que l’ONU a créé en direct
(ce qui en dit long sur les rivalités qui règnent au sein
de la famille onusienne) sa propre "task force" sur les enjeux de fracture
numérique ? Comme d’habitude, les négociations s’initient
en cercle restreint et occidental, dans lequel les pays du Sud disposent
au mieux d’un strapontin. Efficacité nous répond-on, le rôle
du G8 se limitant à impulser et non à négocier.
Efficacité ? Quel est le poids de propositions élaborées
sans engagement financier ou politique ferme à l’appui ? Au final,
alors que le rapport préconisait une méthodologie de travail
à géographie multiple et dynamique, chaque Etat retourne
à ses pesanteurs budgétaires et à ses zones d’influence
diplomatique. Ainsi le Canada, à l’occasion du sommet des Amériques
a-t-il annoncé le lancement d’un institut pour la connectivité
des Amériques doté en première année d’un fonds
de 20 millions de dollars. Et sans doute la France s’en retournera-t-elle
à l’Afrique francophone etc.
Deuxième grand questionnement : celui de l’imaginaire politique.
Quel peut être la capacité d’innovation d’un organe, aussi
diversifié et riche soit-il dans sa composition (nous y reviendrons)
qui navigue dans un cadre idéologique pré défini,
où bien-être de l’humanité rime avec croissance économique
et libération des échanges ? Une pensée tellement
intériorisée par l’ensemble des participants, du Nord comme
du Sud, publics comme privés ou non lucratifs, qu’elle conduit à
une autocensure collective.
Le résultat est un rapport magnifique et terrible à la
fois. Magnifique, parce qu’il contient de véritables avancées
sur des questions considérées comme stratégiques par
les acteurs associatifs qui travaillent sur les enjeux de développement
et de technologies de l’information. À titre d’exemples, les propositions
sur la diversité linguistique et culturelle, sur le logiciel libre,
sur les points d’accès associatifs à Internet, sur la combinaison
entre médias traditionnels et nouveaux médias, sur la formation
Sud-Sud et pas uniquement Nord-Sud, sur l’indissociabilité entre
connectivité et éducation … sont l’écho de demandes
de long terme du secteur associatif. Autre point très important,
la revendication d’associer systématiquement les pays du Sud à
toute négociation sur ces enjeux TIC, avec les moyens matériels
que cela implique. Ce n’est pas la moindre des bonnes surprises qu’une
instance accouchée par le G8 conclut à la nécessité
de ne rien négocier en matière de société de
l’information sans les pays du Sud !
Et pourtant rapport terrible, car l’essentiel en est absent. Un essentiel
qui tient en deux idées taboues à la table de la dot force
 : celles du service public et de la taxation.

Et le service public ?
Comment garantir que les réseaux atteignent les plus isolés
et les plus démunis lorsque les opérateurs de réseau
ne sont soumis à aucun cahier des charges de service public ? De
deux choses l’une : ou l’on considère que les réseaux sont
finalement un patrimoine de luxe, réservé à une élite,
et alors l’enjeu de la fracture numérique n’est que faux problème.
Ou l’on estime que l’entrée dans la "société de l’information"
doit être ouverte à tous, que l’accès à l’information
et la création de contenus sur les réseaux constituent de
nouveaux droits, que l’information est un bien commun de l’humanité,
auquel cas une véritable politique de service public doit progressivement
être mise en place, au Nord comme au Sud (cf remarque 1). Entendons
nous, il ne s’agit pas d’exiger des opérateurs de réseau
de connecter le moindre village de brousse. Mais tout simplement de demander
que les déploiements d’infrastructures, lorsqu’ils se font uniquement
sur des logiques marchandes, en fonction de débouchés potentiels,
soient assortis d’obligations telles que celle d’offrir l’accès
à un prix abordable, non discriminatoire, continu aux services de
communication (téléphone, télécopie, transmission
de données, courrier électronique…), ou la connexion à
des conditions privilégiées de points d’accès aux
TIC publics et communautaires (à travers des écoles, des
associations, des acteurs de l’économie informelle, des télécentres
multiservices communautaires). Ou encore de demander aux pouvoirs publics,
de considérer comme biens publics, et donc accessibles par tous
gratuitement, un certain nombre de savoirs, d’outils et d’informations.
(cf remarque 2)
Les termes "service universel" - version édulcorée et
maastrichtienne du service public - (voir remarque 3) ont fini par apparaître
dans le rapport de la dot force, sans qu’une ligne ne soit dite sur les
moyens de maître en œuvre ce qui n’apparaît ici que comme un
objectif à horizon indéfini.

Surtout pas de taxes
Quant à la taxation, elle n’a évidemment pas droit à
l’honneur d’une citation, même en version "soft". Mot interdit entre
tous, en terre de libéralisme, il semble pourtant la clé
de voûte d’une véritable politique de solidarité redistributive
(deux autres mots inconnus du rapport) en matière de TIC. Les idées
ne manquent pas : pour commencer des mesures sériées, comme
le reversement d’une partie du produit des ventes des nouvelles générations
technologiques (UMTS par exemple) à un fond de lutte contre la fracture
numérique sont d’implantation facile et ne demandent pas de négociations
multilatérales ; pour preuve le précédent gouvernement
italien l’avait expérimenté (cf remarque 4). A plus long
terme, c’est une politique globale de taxation qui doit être imaginée
 : si la taxation des flux d’informations semble devoir être écartée,
carelle défavoriserait les "info-pauvres", ceux-là mêmes
qui ont déjà du mal à prendre la parole et à
protéger leur culture dans le cyber espace, d’autres mesures peuvent
être envisagées, à commencer par la taxation des noms
de domaine ou la taxation de la net économie, avec reversement du
produit à ce même fond de solidarité numérique.
(cf remarque 5)
Au final, et c’est peut-être là la question la plus importante
que pose la dot force pour le long terme, la composition même de
cette instance interroge sur l’évolution de nos modèles de
gouvernance.

Présence du secteur "non lucratif" ?
En effet, le G8, sans doute légèrement traumatisé
par le sommet raté de Seattle, a pris soin de convoquer le secteur
"non lucratif" à la table de la dot force.
Volonté de tuer dans l’œuf une contestation prévisible
ou authentique désir d’un dialogue à trois voix (privé,
public, non lucratif) ? Le choix de ces acteurs "non lucratifs" en dit
plus long que toute analyse. Alors que le gouvernement allemand avait choisi
de se faire représenter par une université spécialisée
dans les enjeux de développement, le Canada a élu l’IDRC,
organisme public de développement Nord-Sud et les Etats-Unis la
Markle Foundation, grosse fondation spécialisée dans les
TIC, proche du précédent gouvernement Clinton. Dans les trois
cas, organismes de compétence indiscutée sur les enjeux traités
 ; mais peut-on parler véritablement de représentation du
tiers secteur indépendante ? Seules la Grande-Bretagne et la France
avaient convié une grande ONG de développement pour la première
et une association pour la seconde.
Dans aucun pays, les réseaux de l’Internet citoyen n’ont eu
la possibilité de se choisir eux-mêmes un représentant
qu’ils jugeraient légitime. Or, la société civile
représente une minorité agissante. Son poids se mesure à
l’aune de l’impact de son action sur le terrain et de ses capacités
à mobiliser l’opinion publique pour créer un rapport de force
avec les secteurs marchands et publics. L’histoire des réseaux de
l’Internet citoyen est trop récente pour qu’existe une forme de
représentation nationale ou internationale reconnue par les acteurs
de la société civile, et négociée avec les
institutions publiques. Ce processus fait l’objet de débats au sein
de la société civile sur ses modalités et sur le fond
(le pourquoi ?).
Au-delà de cette question du choix des acteurs, le principe
même de la participation est en cause. Certains la contestent, considérant
que ce dialogue multi-sectoriel relève surtout de l’endormissement
social et considèrent que le rôle du tiers secteur réside
d’abord dans la résistance. D’autres la défendent, pour des
raisons classiques d’efficacité, estimant que c’est encore le meilleur
moyen d’influencer le cours des choses.
Une autre approche consiste à accepter sans naïveté
de participer à des espaces mixtes pour des raisons politiques :
à l’heure d’un désengagement généralisé
de la puissance publique, la réponse au libéralisme passe
par une responsabilisation croissante du tiers secteur, comme force de
contestation, de proposition et d’action. Refuser d’entrer dans ces espaces,
aussi ambigus soient-ils dans leur conception et leurs débouchés,
c’est s’en remettre au discours incantatoire sur la responsabilité
de l’Etat, et laisser le champ libre à ceux qui ne veulent que son
démantèlement.
En tout état de cause, le débat est ouvert, le champ
des TIC fonctionnant comme un laboratoire de ces enjeux de gouvernance.
C’est aujourd’hui le cœur de la discussion pour les mouvements civiques
aussi bien au niveau local que national ou international.
Des mouvements qui seront présents à Gênes constatent
et réclament que "Notre intérêt, tel qu’exprimé
par le G8 devrait donc être à sens unique, celui des grandes
entreprises et des multinationales dont l’accès est privilégié,
tandis que la société civile dans son ensemble en est exclue.
Comme ailleurs, nous y réaffirmerons fermement et pacifiquement
notre volonté d’être entendu."
L’expérience de la dot force démontre qu’il ne suffit
pas d’être invité à une table de discussion pour être
entendu et entrer dans un processus de démocratie participative.
Les conditions démocratiques de ce dialogue ont encore besoin d’être
inventées.
Et VECAM en choisissant au terme d’un long débat interne de
participer à la dot force, a rempli une part de sa mission qui consiste
à défricher cette question. Expérience frustrante,
mais dont il est permis de penser que les mouvements civiques et sociaux
sauront tirer les fruits.

Valérie Peugeot VECAM (Veille européenne
et citoyenne sur les autoroutes de l’information et le multimédia
http:// www.vecam.org)

N B. : tous les documents-clés liés au travail
de la dot force sont disponibles à www.vecam.org/dotforce.htm.  ;
La contribution française du secteur non lucratif a été
élaborée au cours d’un débat dont on trouve les archives
à http://www.le-forum.net/wws/info/assoc-dotforce.