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Lettre de Septembre 2000

Septembre

vendredi 1er septembre 2000, par Alain


La Lettre de septembre 2000
No : 58

 
Sommaire :
Editorial :
-Bonne rentrée


Echos des postes et télécoms dans le monde
-Sénégal : Internet au village

- France : le service public mis à mal

- Ca bouge au Bénin !

- Bongo courtise France Télécom

- Mali : le feuilleton du GSM continue

- En Bref  : Maroc Telecom, Bénin

- Courrier

- Document : Dette du Tiers Monde, G7 et créanciers du Nord : bas les
masque
s

-  ! Déclaration du Président du Comité pour l’Annulation de la Dette
du Tiers Monde


EDITORIAL
Bonne rentrée
Cette rentrée s’annonce active pour CSDPTT. Deux missions sont d’ores et
déjà prévues, au Mali à l’automne et au Burkina Faso au début de l’hiver si
tout se passe bien.
Nous sommes tous très impatients de mettre en place au Mali un véritable
partenariat avec des associations de cadres et techniciens travaillant au
sein de la SOTELMA. Au Burkina nous espérons pouvoir conclure positivement
l’expérience de téléphone rurale menée avec l’opérateur local, l’ONATEL.
Les habitants des villages de Nimina, Yaba, Koin et Biba en seront les
premiers bénéficiaires bien évidemment mais l’ONATEL aussi car ces lignes
collectives devraient générer un fort trafic.
Enfin nos contacts au Bénin, en Côte d’Ivoire et en Guinée se poursuivent.
Une croissance de CSDPTT bienvenue, qui accompagnée d’une diversification
des compétences, nous permet de répondre à de multiples sollicitations.
Au regard de ce travail de fourmis, on ne peut que souhaiter l’avènement
rapide de solutions globales. Les blocages de RASCOM apparaissent
inadmissibles.
Pendant ce temps on se trouve sans voix devant les sommes mirobolantes
disponibles dans les télécommunications. Ainsi les sommes atteintes lors
des enchères pour l’achat des licences UMTS en Allemagne (330 milliards de
francs) sont proches de celles atteintes par France Télécom pour se payer
l’opérateur britannique Orange : 100 fois RASCOM environ !
Bruno Jaffré

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ECHOS DES POSTES ET TELECOMS DANS LE MONDE

Sénégal : Internet au village
Les localités de Sinthiou, Maléme et Makacoulibantang dans le département
de Tambacounda, sont désormais branchées sur le réseau Internet grâce au
projet pilote ’’ACACIA/GRTV’.
A l’occasion de l’inauguration, le secrétaire permanent du projet, M.
Mohamed Fadel Diagne a estimé que ce projet " permettra de corriger les
disparités technologiques entre les centres ruraux et urbains ou seulement
15.000 personnes ont accès à Internet dont 98 pour cent grâce à leurs
emplois ". Il a par ailleurs souhaité l’implication des Etats dans la
facilitation de l’accès au téléphone, à l’électricité et de l’importation
des outils informatiques, affirmant que dans les dix prochaines années,
les NTIC bouleverseront les comportements des populations et régenteront les
relations entre les Etats. (source Sud Quotidien).
Le projet ACACIA, du nom d’un arbre bien connu au Sahel pour sa
résistance, vise à faciliter l’accès des populations des pays en voie de développement
en général et celles des zones péri-urbaines et rurales en particulier aux
nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).
GRTV signifie Gestion et réhabilitation des terroirs villageois.
Il expérimente l’impact de l’utilisation des Technologies de l’Information
et de la Communication (TIC) tout en essayant de valider des paramètres
liés à leur utilisation optimale par les communautés rurales. La démarche
participative utilisée a permis de caractériser les Systèmes d’information
et de Communication Communautaires (SICC) et déboucher sur le
développement de six (6) applications technologiques susceptibles de rendre ces systèmes
plus performants.
1. un logiciel de support à la gestion financière des projets
2. une base de données sur les compétences en formation agricole et rurale
3. un registre médical informatisé pour les postes de santé ruraux
4. un CD Rom d’auto-formation en formulation et gestion de projet
5. un CD sur la santé, l’hygiène et l’environnement
6. un site web sur le projet .
Le processus d’expérimentation et de documentation doit permettre de tirer
les leçons au plan technique, politique et sociologique pour une
articulation judicieuse des TIC modernes et traditionnelles dans un cadre
de gestion des terroirs et de gouvernance locale.
Le projet a été initié par le CRDI (Centre de Recherche pour le
Développement International), organe de coopération canadien. Il est
localement confié à la Fondation Rurale de l’Afrique de l’Ouest (FRAO), le
Groupe d’Action pour le Développement Communautaire (GADEC) et les
organisations paysannes concernées.

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France : le service
public mis à mal

Les nouvelles directives européennes sur la poste se traduisent par des
tentatives de fermeture de bureaux de poste pour cause de non rentabilité.
Mais à l’image de l’article publié le mois dernier dans la lettre qui
relatait la résistance d’un quartier en Suisse, en France aussi ici ou là,
des citoyens s’organisent à tel point que TF1 a même fait de l’une de ces
luttes l’ouverture d’un de ses journaux de 20 heures cet été.
Pour les télécoms, la presse a publié plusieurs articles relatant des
plaintes d’habitants ou d’élus de zones rurales se plaignant que leurs
régions ne soient pas couvertes par les réseaux de téléphones portables.
Le débat s’en est trouvé rebondi. Les opérateurs se défendent en avançant des
statistiques pour montrer leurs efforts d’investissement (des chiffres
contestés par les élus), mais ils reconnaissent à mots couverts ne pas
vouloir investir à perte. Ils vont même jusqu’à proposer parfois aux
collectivités locales de participer au financement d’un nouveau relais (1
million de francs environ). France Télécom dans un courrier aux élus de la
Lozère a évoqué les objectifs de résultats opérationnels et les cours de
l’action (cité par Libération du 26/07/2000), alors que les autres
opérateurs ne sont même pas présents dans ce département.
Les trois réseaux couvrent officiellement 98% de la population et 88% du
territoire, plus que ce que leur avait imposé le cahier des charges (90%
le 1er janvier 2000). L’ART, (l’Agence de Régulation des télécommunications)
parle " d’ inégalité fondamentale inadmissible " (Le Journal du Dimanche
30/07/2000). Au ministère des Finances on estime en effet avoir alors
comme tout le monde sous-estimé l’engouement pour les téléphones portables. Une
mission va être mise en place pour faire un état de la couverture et
proposer des solutions.
France Télécom, propose comme alternative le satellite et les services
Globalstar dont il est actionnaire mais le coût du combiné est de l’ordre
de 7000FF et la communication à 10F la minute. En Lozère des discussions ont
été entamées pour installer un relais qui servirait aux 3 opérateurs. Tout
ce bruit se semble pas vraiment gêner les opérateurs qui espèrent obtenir
des subventions de l’Etat alors que le ministre de l’industrie évoque la
possibilité d’intégrer la téléphonie mobile dans le service universel.
Autre sujet de polémique cet été, les attributions de licence pour la
boucle locale radio qui devrait offrir des vitesses de transmission rapide et
favoriser le développement de l’Internet rapide. Plusieurs opérateurs
s’étant vus attribués des régions jugées non rentables ont décliné
l’offre.
Ainsi les Auvergnats, les Corses, les Franc-Comtois et les Limousins se
trouvent pour l’instant sans opérateur pour la boucle locale radio !

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Ca bouge au Bénin  !
Ces dernières semaines, un air de changement souffle sur le Bénin en
matière de technologies de la communication. En dehors de la dynamique GSM, un
certain nombre d’éléments justifient ce constat : couverture expérimentale
de la Communauté Economique Des Etats des Afrique de l’Ouest par LC2
(télévision privée du Bénin), diffusion sur satelitte depuis le 31 juillet
(veille du 40è anniversaire de l’indépendance nationale) des deux chaînes
de télévision publique (ORTB) et privée (LC2), offre d’une liaison permanente
radio par le FAI privé Firstnet (voir prochaine parution de Orit@),
implantation de nouveaux centraux numériques, mission d’étude dans la
sous-région du responsable du service internet de l’OPT, organisation du
troisième salon de l’informatique et de la communication ICOM 2000,
avancée dans le processus de privatisation de l’OPT, naissance de nouveaux
cybercentres, création d’un site par le candidat aux élections
présidentielles Kouyami, création prochaine d’un site web pour l’élection
de Miss Bénin, etc...
Ken LOHENTO,
Extrait d’ORIT@ : Bulletin mensuel d’information électronique sur les
technologies de l’information et de la communication au Bénin.
Pour vous abonner, écrivez à : revue_orita-subscribe@egroups.com
Dans le sujet mettez "subscribe".

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Bongo courtise France
Télécom

Tel le titre d’un article de l’hebdomadaire VSD (20/07/2000). Le président
du Gabon chercherait un repreneur pour l’opérateur historique qui
compterait environ 40000 abonnés. Des discussions seraient entamées depuis plusieurs
semaines. Il n’en coûterait qu’un milliard de francs mais France Télécom
traînerait les pieds. Selon un dirigeant cité par l’hebdomadaire, "il y a
trop d’abonnés et surtout la gestion du réseau se révèle particulièrement
complexe. Le fichier des abonnés ne correspond au fichier technique et il
y a 7 fois plus d’employés que nécessaire... Mais bien sur Omar Bongo peut
exercer des pressions politiques ".
Le marché de la téléphonie mobile devait par ailleurs être ouvert à la
concurrence début août après la signature d’un accord d’interconnexion.
Jusqu’ici seul Libertis, filiale à 100% d’Office des postes et
télécommunications, fonctionnait. Il compte environ 20000 abonnés. Les
deux autres opérateurs, Celtel-Gabon, filiale du néerlandais MSICIqui comptait
15000 abonnés fonctionnant en circuit fermé, et Télécel-Gabon filiale de
Télécel International en phase d’installation vont donc pouvoir bénéficier
de l’accès au réseau.

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Mali : le feuilleton du
GSM continue
 !

Longtemps au coeur d’une vive controverse entre les pouvoirs publics, le
syndicat des travailleurs de la Sotelma, un groupe d’opérateurs privés
maliens ayant investi dans le secteur et les partenaires financiers, le
projet GSM est en passe de se concrétiser et les expérimentations se
poursuivent. La date du 22 septembre est même avancée pour le démarrage
effectif selon des sources bien informées. Lors d’une récente déclaration
le gouvernement avait confirmé le gel commercial de l’entreprise constituée
pour l’exploitation du GSM et s’était décidé à passer la relève à la
Sotelma, sous la pression notamment du syndicat des travailleurs de la
Sotelma. Le feuilleton juridique continue pour sa part et les opérateurs
privés, engagés dans le projet initial entendent, récupérer l’important
engagement financier consenti lors du montage du projet. Il demeure à
l’heure actuelle beaucoup de zones d’ombres sur cet important dossier.
(source info-matin du 22/08).

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En Bref

- L’opérateur Maroc Telecom a atteint en juin son millionième abonné à son
réseau mobile GSM. Le deuxième Méditel vient de dépasser les 230.000 abonnés.

- Le Bénin envisage de diviser en deux la section de l’Office des Postes et
des Télécommunications (OPT). La partie télécom deviendra " BÉNIN TELECOM
et sera privatisée pour de 55 % de son capital.

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COURRIER
" Je viens par le présent message faire le résumé du compte rendu du
stage que Olivier BOUAZIZ et Romain OLLIVIER, deux étudiants de l’École Centrale
d’Elecronique de Paris, ont effectué au Télécentre Communautaire
Polyvalent (T.C.P) de Tombouctou au MALI.
Ils sont arrivés à Tombouctou le samedi 1er juillet.
Dès le lundi 03 juillet, on a tenu une petite réunion avec le staff du télécentre
après la
présentation pour établir ensemble un programme de 3 semaines de stage  :

-  3 jours sur la gestion

- 9 jours sur la gestion du réseau et l’informaticien

- 9 jours sur la formation (initiation et logiciel).
A part un petit problème de logement au début qui a été vite régler par
eux-mêmes avec un agent du télécentre, tout le reste c’est bien passé à ma
connaissance. Ils se sont vite intégrés dans la population.
Au niveau du TCP, on a tiré beaucoup de leurs compétences en informatique
et surtout sur les logiciels et amélioration des pages web sur le site du
télécentre.
Le mardi, 25 juillet j’ai tenu une petite entrevue avec les deux, au cours
de la quelle ils m’ont donné leur impression sur le climat et l’atmosphère
qu’ils ont constatée au sein du télécentre et m’ont donné beaucoup de
conseils qui peuvent améliorer non seulement l’atmosphère de travail mais
aussi la qualité de service qu’offre le télécentre aujourd’hui. En plus
ils m’ont rassuré qu’ils vont toujours nous apporter leur soutien si c’est
néssecaire.
Salutations sincères.
Sidibé Brehima Président de l’’AVDPTT de Tombouctou (Association pour pour
le développement et la promotion des Postes et télécommunications)

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ARTICLE
Nous publions ci-dessous à titre d’information une déclaration du Comité
pour l’annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM voir
http://users.skynet.be/cadtm/
). Ce texte sort un peu des déclarations
simplistes militantes et va au fond des choses.
Le CADTM existe depuis 1990 et possède des antennes en Amérique du Sud et
en Afrique. Des antennes en France, Suisse et Espagne sont en voie de
constitution. Le CADTM fait également figure de conseil scientifique pour
la question de la dette au sein du mouvement Attac. Le CADTM est enfin
initiateur de l’initiative Dakar 2000, qui va rassemble du 10 au 17
décembre à Dakar des ONG, syndicats et assos de femmes et de jeunes de toute
l’Afrique (première partie de la rencontre), puis ensuite des ONG du monde
entier (autour de Jubilé Sud pour le Tiers Monde).
La Rédaction



Dette du Tiers Monde, G7 et créanciers du Nord : bas les masques !
Déclaration du Président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde.
A l’occasion du G7+1 tenu à Okinawa, il est temps de faire le bilan des
promesses d’annulation des pays du Tiers Monde. Voici plus d’un an, en
juin 99, à Cologne, la coalition plurielle Jubilé 2000 remettait 17 millions de
signatures aux dirigeants du G7 afin de les amener à annuler la dette de
50 pays du Tiers Monde. Le G7 donna une réponse qui parut positive et
s’engagea à annuler rapidement jusqu’à 90% des dettes de 41 pays pauvres très
endettés (PPTE) en donnant la priorité à la lutte contre la pauvreté. Cent
milliards de dollars allaient être consacrés à cette initiative généreuse qui reçut
un large écho médiatique.
Dans les enceintes internationales, les effets d’annonce se succédèrent.
Devant l’assemblée du FMI et de la Banque mondiale, Michel Camdessus lut
la lettre des deux jeunes Guinéens morts dans le train d’atterrissage d’un
avion de la Sabena et déclara que leur appel avait été entendu grâce à
l’initiative de Cologne. En septembre 99, le président Bill Clinton
annonça
100% d’annulation de la dette des pays pauvres à l’égard de son pays. Il
fut suivi par Gordon Brown, chancelier de l’Echiquier en Grande Bretagne, par
Jacques Chirac, etc.
A l’époque, le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM)
joua les Cassandre en dénonçant cette initiative comme une vaste
supercherie et en appelant à la mise en oeuvre de solutions véritables.

Qu’en est-il, en effet, un an après Cologne ?
Sur les 100 milliards de dollars annoncés, à peine 2,5 milliards de
dollars ont été effectivement réunis. Cela représente environ 1,2% de la dette des
41 PPTE (dette qui a poursuivi depuis son ascension) ou 0,12% de la dette
totale du Tiers Monde (2.070 milliards de dollars sans tenir compte de
l’ex bloc de l’Est). On est bien loin des 90, voire 100% d’annulation annoncés
 ! Au-delà d’une discussion sur l’ampleur exacte de l’effort accompli, tous
s’accordent aujourd’hui à reconnaître que très peu a été fait.
La générosité des pays les plus riches est vraiment chiche. Le Congrès
américain a alloué aux réductions de dettes 63 millions de dollars en l’an
2000, 69 millions en 2001, soit un quart de millième du budget annuel de
la défense des Etats-Unis qui s’élève à quelque 280 milliards de dollars. Par
ailleurs, on prévoit un excédent budgétaire de 100 milliards de dollars
pour les dix années à venir. On devine que l’intention du Capitole et du
Pentagone est d’en utiliser une partie au projet militaire de bouclier
anti-missiles (cher à Ronald Reagan dans les années 80...) plutôt qu’à
l’annulation de la dette du Tiers Monde.
Selon nos calculs, aucun pays créancier du Nord ne fera un effort
supérieur à 1% de ses dépenses militaires. C’est ainsi que le gouvernement belge a
prévu d’allouer une somme de 800 millions de francs belges (environ 20
millions d’Euros) à l’effort d’allégement de la dette du Tiers Monde.
Encore faut-il préciser que cette somme n’a pas encore été (pour l’essentiel)
effectivement dépensée. Au rythme de 800 millions de francs belges par an,
il faudra 100 ans pour annuler les 92 milliards de francs belges que les
PPTE doivent à la Belgique. Il est également utile de préciser que les
sommes affectées par les Etats industrialisés à l’allégement de la dette
sont utilisées pour indemniser des entreprises privées allemandes,
françaises, belges,... qui ont participé à la réalisation d’éléphants
blancs dans les pays aujourd’hui écrasés sous le fardeau de la dette (notamment
des installations inadaptées aux besoins locaux tel le barrage d’Inga sur le
bas Congo ou la sidérurgie Klöckner au Cameroun). Eléphants blancs achetés par
des régimes qui ont reçu de la part de ces entreprises des commissions
afin d’accepter prêts et projets " clé sur porte ". D’énormes contrats
étaient
en jeu et les entreprises en question bénéficiaient de la complicité des
gouvernements occidentaux qui voulaient maintenir des liens étroits avec
leurs anciennes colonies (France, Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne,
Espagne, Portugal) ou conquérir de nouveaux marchés en s’assurant d’alliés
stratégiques (Etats-Unis). L’essentiel de la dette des PPTE trouve son
origine dans les années 1970 et 1980.
Tout aussi grave : certaines sommes affectées à l’indemnisation des
créanciers privés sont à charge des budgets de la coopération au
développement. Bref les sommes annoncées par les gouvernements du Nord ne
vont pas vers les populations du Sud, elles sont à charge de la
collectivité et bénéficient pour partie à des entreprises privées qui pourtant sont
largement responsables du désastre des pays du Tiers Monde. On peut se
demander légitimement pourquoi il est nécessaire d’indemniser des
créanciers privés qui ont déjà largement tiré profit de contrats juteux avec les pays
endettés ainsi que de subsides publics de la part des gouvernements du
Nord.
Par ailleurs, la France et le Japon qui prétendent annuler les dettes des
PPTE à leur égard mentent de manière honteuse. En réalité, ils exigent le
remboursement de la dette. Après avoir perçu le remboursement, la France
et le Japon feront don des sommes perçues. Parler d’annulation est un abus de
langage. Le Japon exige explicitement que l’argent rendu aux pays du Sud
soit utilisé par ceux-ci pour acheter des marchandises et des services
fournis par des entreprises japonaises. Bref, la dette est bel et bien
remboursée et l’argent soit disant offert rentre dans les coffres des
entreprises du pays " donateur ".
C’est sous cet angle qu’il faut considérer l’annonce faite à Okinawa le 23
juillet 2000, l’"effort" de 15 milliards de la part du Japon afin de
soutenir le développement d’Internet dans les pays du Tiers Monde. Il
s’agit une fois de plus d’une aide liée qui vise à amener les pays bénéficiaires
à acheter du matériel informatique japonais. La France est plus discrète à
ce propos car, depuis de nombreuses années, d’importants mouvements
progressistes critiquent de manière acerbe l’" aide liée ". Rappelons
cependant que le Président Jacques Chirac propose depuis plusieurs années
aux PPTE de bénéficier d’annulations de dette à condition de privatiser
leurs entreprises au profit de multinationales françaises. Bouygues,
Vivendi et autres grandes multinationales françaises ont acheté à des prix bradés
des secteurs économiques entiers dans les anciennes colonies françaises
d’Afrique grâce à cette politique.
Enfin, n’oublions pas que toutes ces initiatives d’allégement de dette
sont liées à l’imposition par les pays créanciers de politiques d’ajustement
structurel qui, même si elles sont rebaptisées " Cadre Stratégique de
Lutte contre la Pauvreté " impliquent, à la fois, la poursuite de l’ouverture
forcée des pays concernés aux productions du Nord, l’extension d’une
politique fiscale qui fait peser le poids des impôts sur les pauvres (en
Afrique de l’Ouest, la TVA oscille entre 18 et 21 % tandis que sous le
prétexte de favoriser l’investissement privé, il n’y a pas d’impôt direct
sur le capital). Ces politiques impliquent aussi la privatisation
généralisée des services de distribution d’eau et d’énergie (Vivendi
applaudit), le maintien d’une politique du tout à l’exportation au
détriment de la sécurité alimentaire (abandon des cultures vivrières au profit des
cultures d’exportation) et aux dépens de la préservation des ressources
naturelles (déforestation et exploitation extrême des ressources en
matières premières et en combustible), la privatisation des terres communales, la
réduction des salaires faméliques de la fonction publique, bref
l’application du modèle néolibéral pur et dur saupoudré d’un peu de
subventions ciblées vers les pauvres " absolus ".
En conclusion, les initiatives actuelles sont soit totalement
insuffisantes, soit inacceptables purement et simplement.
our mettre en pratique de véritables solutions, il faut lever le voile
sur la réalité de l’endettement du Tiers Monde : celui-ci est un mécanisme de
transfert de richesses du Sud vers le Nord. Selon les chiffres les plus
récents fournis par la Banque mondiale, les 41 PPTE ont transféré en 1998
vers les créanciers du Nord 1.680 millions de dollars de plus que ce
qu’ils ont reçu (in Banque mondiale, " Global Development Finance ", table
"Net
flows and transfers on debt", avril 2000). C’est colossal. Les PPTE
enrichissent les pays les plus riches : telle est la réalité.
Si nous élargissons le champ à l’ensemble des pays en développement, le
scandale prend des proportions inouïes. En 1999, ces pays ont réalisé un
transfert net de 114,6 milliards de dollars au profit des créanciers du
Nord (op. cit. p. 188) ! C’est au moins l’équivalent du Plan Marshall,
transféré en un an seulement.
Une autre indication : l’ensemble des pays en développement a remboursé
(en principal et en intérêts) 350 milliards de dollars en 1999 (op. cit.
"Tables" p. 24), soit sept fois plus que l’ensemble de l’Aide Publique au
Développement qui s’est élevée cette année-là à 50 milliards de dollars !

Quelles véritables solutions apporter ?
Il faut partir de la satisfaction des besoins humains fondamentaux
garantis par la déclaration universelle des droits de l’homme. Plutôt que de
pérorer
sur les possibilités offertes aux pays du Sud par l’accès aux marchés
financiers et sur les bénéfices supposés de la mondialisation, ayons en
tête que l’Afrique subsaharienne rembourse chaque année près de 15 milliards de
dollars soit quatre fois plus que ce qu’elle dépense pour la santé et
l’éducation. Or selon le Programme des Nations Unies pour le
Développement,
avec 40 milliards de dollars par an, en dix ans, on pourrait à la fois
rendre universel l’accès à l’éducation primaire (1.000 millions
d’analphabètes dans le monde) ; garantir à l’échelle de la planète l’accès
à l’eau potable aux 1.300 millions d’êtres humains qui en sont privés ;
fournir des soins de santé au 2.000 millions qui n’y ont pas accès ;
assurer une alimentation suffisante aux 2.000 millions d’anémiés.
Si l’on veut un véritable développement humain, un développement durable
et socialement juste, plusieurs mesures urgentes s’imposent.
1. Annuler la dette extérieure publique du Tiers Monde (celui-ci a
remboursé plus de quatre fois ce qu’il devait en 1982 quand la crise de la dette a
éclaté). Cette dette publique extérieure s’élève à environ 1.600 milliards
de dollars, soit moins de 5% de la dette mondiale qui s’élève à près de
40.000 milliards de dollars. La dette publique des Etats-Unis (275
millions d’habitants) s’élève à 5.000 milliards de dollars soit plus de trois fois
la dette publique extérieure de l’ensemble du Tiers Monde (qui compte plus de
4.500 millions d’habitants). La dette publique de la France s’élève grosso
modo à 750 milliards de dollars soit trois plus que l’ensemble de la dette
extérieure publique de l’Afrique sub-saharienne (600 millions
d’habitants).
Annuler la dette du Tiers Monde, c’est exiger des différents créanciers
réunis qu’ils effacent dans leur compte 5% de leurs actifs. Ce n’est pas
trop.
2. Mener à bien des poursuites judiciaires pour mettre fin à l’impunité de
ceux qui se sont enrichis illicitement aux dépens de leur peuple ainsi que
de ceux qui, au Nord, ont été leurs complices. La fortune de feu Mobutu
est évaluée au bas mot à 8 milliards de dollars alors que la dette de la
République démocratique du Congo s’élève à 13 milliards. Il faut
exproprier ces biens mal acquis et les rétrocéder aux populations spoliées via un
fonds de développement local contrôlé démocratiquement.
3. Abandonner les politiques d’ajustement structurel si funestes pour les
populations du Tiers Monde.
4. Appliquer une taxe de type Tobin et affecter la majeure partie des
recettes à des projets de développement socialement juste et
écologiquement durable.
5. Réaliser les engagements pris par les Etats au sein des Nations Unies
en portant l’Aide Publique au Développement (l’APD) à 0,7% du Produit
Intérieur Brut des pays industrialisés (elle ne s’élève aujourd’hui qu’à 0,24% pour
l’ensemble de l’OCDE). L’APD devrait être entièrement versée sous forme de
don (alors qu’aujourd’hui une partie de celle-ci est octroyée sous forme
de prêts...).
6. Arrêter la déréglementation des échanges commerciaux car elles
affectent
directement les populations du Tiers Monde.
Ces propositions sont certes insuffisantes pour remédier à l’ensemble des
injustices qui régissent les relations entre le Nord et le Sud ; elles n’en
sont pas moins nécessaires si l’on veut donner une chance réelle au
développement humain et à la justice.

Eric Toussaint auteur de " La Bourse ou la Vie. La finance contre les
peuples ", Ed Luc Pire - Bruxelles / CADTM - Bruxelles / Syllepse - Paris

CETIM - Genève, 2e édition 1999, 422 pp


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