Warning: exec() has been disabled for security reasons in /var/www/vhosts/csdptt.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_lib_mini.php on line 744 Lettre de Juin 2000 - CSDPTT - Coopération Solidarité Développement aux PTT

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Lettre de Juin 2000

Juin

jeudi 1er juin 2000, par Alain


La Lettre de Juin 2000
No : 55

 
Sommaire :

Editorial :
 328 milliards de FF !!

Echos des postes et télécoms dans le monde :

- Malitel suspendu

- Internet : Les tarifs découragent les Burkinabè

- Licences attribuées au Burkina Faso pour les mobiles

- Les télécentres d’Amérique du Sud signent un manifeste

- Les mobiles en Côte d’Ivoire

En bref :
 Niger, Maroc, Sénégal

Article :
Les politiques du développement dans le secteur des
télécommunications de Dominique Desbois
(INRA-Economie et Sociologie Rurales)


328 milliards de FF !
C’est la somme que va débourser France Télécom pour acheter Orange, le 3
ème
opérateur de téléphonie mobile anglais qui compte plus de 6 millions
d’abonnés.
Loin de nous l’idée de commenter ici les choix stratégiques de France
Télécom et ses ambitions internationales. Mais avouons que l’ampleur de
cette somme nous donne le tournis. Cela représente un cinquième du budget de
l’Etat. Que des entreprises atteignent de telle puissance voilà de quoi
inquiéter des citoyens ordinaires.
Mais sortons notre calculette et restons dans les télécoms. La connexion
d’un village africain au réseau téléphonique reviendrait à environ 80
millions de FCFA par les moyens classiques terrestres. Cette somme
représente plus du double de ce qui serait nécessaire pour connecter les
200000 villages africains. Elle atteint 100 fois le coût prévu de RASCOM qui
semble avoir des difficultés à assurer son financement. Rappelons que ce
projet prévoit de munir les zones rurales de 500000 terminaux grâce au
lancement de 2 satellites panafricains. Qu’on nous excuse de ces calculs
approximatifs qui ne donnent que des ordres de grandeur mais ils permettent
de mesurer l’ampleur d’une telle somme.
On nous dit que le prix d’un client serait valorisé, par une telle
transaction, autour de 55000FF. Pourquoi ne pas tout simplement offrir une
telle somme à tous ceux qui ont encore des réticences à se mettre au
portable ?
Bruno Jaffré




Malitel suspendu
Rappelons les faits. La société Malitel au capital de 1 milliard de francs
est créée en mai 1999. Celui-ci se répartit entre la SOTELMA (56%) et la
SOGETEL, Société de gestion des télécommunications, 44%, rassemblant des
privés maliens dont le principal M. Moctar Thiam qui deviendra le directeur
général, n’est autre que le représentant d’ALCATEL au Mali.
Alcatel est choisi comme le fournisseur des équipements sans que soient
respectées les règles d’attribution des marchés du Mali, et la SOFRECOM,
filiale de France Télécom, participe à la mise en place du réseau prévue
pendant deux ans. Les travaux commencent rapidement bien que la société
Malitel ne se soit vue accorder aucune licence d’exploitation.
Ce projet va pourtant rapidement se heurter à l’opposition de la Banque
Mondiale, mais aussi du personnel de la SOTELMA. La première reproche au
Mali de ne pas avoir respecté les règles en vigueur pour l’attribution des
licences. Quant au personnel de la SOTELMA, il se reporte au contrat de plan
signé en novembre avec le gouvernement qui prévoyait notamment la mise
en
place d’un réseau cellulaire GSM dans les principales localités du pays.
Enfin la création de Malitel n’etait pas prévue dans le chronogramme de la
reforme du secteur signé entre le gouvernement et la Banque Mondiale en
juillet 1998.
Le personnel souhaite que la SOTELMA seule mette en place son propre réseau.
C’est ainsi qu’un préavis de grève avait été lancé fin avril pour appuyer
ces doléances. Il a finalement été levé à la suite d’une négociation avec
les autorités qui ont reconnu en partie le bien fondé des revendications.
On apprendra d’autre part que l’ancien directeur de la SOTELMA M. Samba Sow
récemment emprisonné s’était opposé à la création de Malitel mais avait du
s’exécuter sous injonction du ministre de la communication.
L’exploitation commerciale est désormais gelée. Les travaux continuent
cependant. Le gouvernement en négociation avec la Banque Mondiale doit se
prononcer bientôt sur les règles du projet et les autres programmes de
politique sectorielle des télécommunications au MALI
La Banque Mondiale semble en effet avoir profité de ce problème pour mettre
en cause l’ensemble de la politique sectorielle des télécommunications menée
par le gouvernement malien.



Internet : Les tarifs découragent les Burkinabè
Tel est le titre d’un article paru dans l’hebdomadaire gouvernemental
burkinabé Sidwaya hebdo dont nous vous donnons de larges extraits.
Ainsi les prix, entre 2500 et 3000FCA l’heure de connexion, découragent
les
internautes les plus téméraires mais ceux-ci ne désespèrent pas de voir les
prix chuter dans un proche avenir.
Les propriétaires des télécentres publics qui proposent aussi des services
Internet sont conscients du problème mais avouent leur incapacité à casser
les prix. "Les fournisseurs d’accès nous facturent les services à un prix
tel que si on ajoute le coût de la communication téléphonique, il nous est
impossible de casser nos prix" indique l’un d’eux.
Ils consentent parfois à autoriser la consultation du courrier électronique
à un prix jugé acceptable : entre 1400 F CFA et 1500 F CFA la demi-heure de
connexion. Les fournisseurs d’accès qui ont réalisé de gros investissements
affirment eux aussi disposer de peu de marge de manoeuvre. "Le nombre de
clients et la nature des besoins ne permettent même pas de rentabiliser les
équipements", laisse entendre un prestataire qui trouve que le coût
mensuel
(800 000 F CFA) pratiqué sur les liaisons spécialisées par l’ONATEL qui
héberge le noeud national d’accès au web est vraiment exorbitant. On accuse
les choix techniques de l’opérateur national de télécommunication. Le
dernier plan national de développement de l’infrastructure national de
communication prévoit l’augmentation du débit du noeud national d’accès à
l’Internet. Cela devrait permettre d’améliorer la fiabilité du réseau et
réduire les prix de connexions.
En attendant, les télécentres diversifient leurs offres de services allant
jusqu’à intégrer des prestations haut de gamme telles que la téléphonie sur
Internet, la télécopie par Internet, la formation à Internet etc. Ainsi le
cybercafé situé en face de l’ONATEL innove en proposant des équipements plus
puissants pour la connexion à Internet et un terminal de facturation par
ordinateur des appels téléphoniques avec visualiseur de la durée placée dans
chaque cabine. II propose également des oeuvres d’art et des boissons
gazeuses aux internautes qui y ont aussi à portée de main, scanner et
imprimante de bonne qualité. "Nous faisons tout notre possible pour
baisser
rapidement les prix ; on y est presque" avance même Evariste Compaoré de
ce
cybercafé. Contact Com a lui choisi de mettre à la disposition de ses
clients un cybercentre, des ordinateurs en libre service ou location et des
services de télécommunications "classiques".
Dans la communauté des internautes burkinabè on dénombre des commerçants,
des ONG, des institutions internationales, des étudiants, des chercheurs,
des services étatiques etc. Certains ont simplement accès au web d’autres
sont producteurs de contenu ce qui est malheureusement peu connu au Burkina.

D’après Victorien A. SAWADOGO (Sidwaya Hebdo 16 mars 2000)



Licences attribuées au Burkina Faso pour les mobiles

Le gouvernement burkinabé a octroyé le 17 mai deux licences d’exploitation
de réseau de téléphonie mobile de type GSM à des sociétés privées. Les
bénéficiaires en sont Mobile Systems International Cellular Investments
Holdings BV (MSI-CI) pour un montant de dix millions six cent mille dollars
US et Telecel International pour un montant de huit millions de dollars US.
Les deux sociétés ont un délai d’un an à compter du 25 mai pour mettre en
place leurs réseaux. Telecel lui annonce vouloir investir 50 millions de
dollars, s’est engagé à développer dans un premier temps le réseau dans la
capitale Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, et à atteindre une couverture
nationale d’ici 2004.
Ces réseaux mobiles seront fonctionnels au côté de celui de l’ONATEL (Office
National des Télécommunications) mis en place en décembre 1996, dont la
filiale, TELMOB, chargée de la téléphonie mobile sera détachée, pour
respecter les règles de la concurrence, tout en restant dans le giron de
l’ONATEL. Son capital sera cependant ouvert au privé. Celle-ci fonctionne
depuis 3 ans et compterait actuellement 7000 abonnés. Les autorités
souhaitent atteindre 200000 abonnés aux réseaux cellulaires d’ici 5 ans.
Mais l’ouverture à la concurrence ne concernera que la téléphonie mobile a
souligné le directeur M. Thiombiano et l’ONATEL continuera de gérer le
réseau fixe, même s’il a été décidé de le privatiser d’ici 2001. Le
partenaire stratégique qui entrera dans le capital de la société à hauteur
de 36 % sera connu en décembre prochain et bénéficiera d’une exclusivité sur
l’exploitation du réseau fixe pendant une période de cinq ans.
Dans la perspective de la prochaine concurrence, l’ONATEL a pris les devants
en remaniant sa grille tarifaire : l’abonnement au téléphone mobile a baissé
de 10 000 à 7 000 FCFA ; les coûts de communications internationales ont
connu la même tendance alors que les communications nationales ont augmenté,
passant de 60 FCFA les six minutes à 60 FCFA les cinq minutes. Le système de
pré-paiement, attendu par les consommateurs est annoncé pour juin prochain.
(source quotidien Sidwaya
(www.sidwaya.bf).)



Les télécentres d’Amérique du Sud signent un
manifeste

Lors de sa première réunion tenue à Papallacta, Equateur, en mars 2000, le
conseil consultatif du réseau des télécentres d’Amérique Latine et des
Caraïbes a adopté une motion pressant les autorités nationales et
internationales concernées d’inclure l’accès à l’Internet parmi les services
de base du service universel. Le manifeste insiste également sur la
nécessité de donner aux populations rurales et ou défavorisées les moyens de
compenser leurs handicaps plutôt que d’aggraver les déséquilibres.
Tele-centros est une communauté virtuelle pour échange d’expérience entre
télécentres. Un projet, financé par le CRDI (Canada) doit permettre de créer
une base de connaissances et entamer diverses actions de formation et
promotion des télécentres dans la région.



Les mobiles en Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire compte actuellement 323.571 abonnés à la téléphonie
mobile
contre quelque 150.000 en juillet 1999, soit une augmentation de plus de
115%. Le réseau GSM couvre actuellement environ 70% du territoire ivoirien.
Telecel annonçait 180.595 abonnés fin avril 2000, contre 70.000 environ en
juillet dernier. La compagnie panafricaine Telecel International Limited,
rachetée à hauteur de 80% en février dernier par la société égyptienne
Orascom Telecom, détient une part majoritaire de l’ivoirienne Telecel.
Ivoiris, deuxième opérateur de téléphonie mobile du pays, dont France
Telecom détient 70% du capital, comptait 142.976 abonnés fin avril contre
70.000 à la mi-1999, selon les responsables de la société.
L’entreprise Comstar, dominé par des intérêts américains ne comptait que
3.000 abonnés en juillet dernier.
Le nombre d’abonnés n’a cessé de croître depuis octobre 1999, lorsque
Ivoiris et Telecel ont commencé à vendre des packs promotionnels -
comprenant un cellulaire et un abonnement - à des prix allant de 59.000 à
69.000 francs CFA (82 à 96 dollars) pièce. Ceux-ci étaient vendus auparavant
à un prix minimum de 200.000 FCFA.



En Bref
Connecté depuis 1996 à l’Internet par la Sonitel, le Niger compte
actuellement 2500 abonnés Internet et une quinzaine de noeuds Internet
reliés par des liaisons spécialisées au noeud national.
Chronopost et de la poste du Maroc pour créer Chronopost international et
favoriser l’échange rapide de courrier sur le continent africain.
Le Sénégal s’apprête à lancer un appel d’offres pour une troisième licence
téléphonie mobile. Les deux autres licences sont détenues par la SONATEL,
avec 80000 abonnés, et la Sentel GSM S.A. avec 25000 abonnés après
sa première année d’activité.
Les délégués syndicaux de la SONATEL du Sénégal, venus à Paris défendre
leur
revendication (voir lettre csdptt N°54) ont reçu le soutien à Paris des
syndicats SUD et CGT qui ont comparé la politique sociale menée au Sénégal
à
celle menée au sein, de France Télécom. Selon Gabou Gueye, secrétaire
général du SNTPT (Syndicat national des travailleurs des postes et
télécommunications), le nombre de salariés serait passé de 1.800 en 1997 à
1.350 en 2000.

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Nous publions ci-dessous un extrait d’un article de Dominique publié dans le
numéro 76-77 de la revue TERMINAL (24 rue de la Chine F-75020 Paris Tél et
Fax +33 (1) 40 33 45 70 http://www.terminal.ens-cachan.fr/
) " qui se donne
pour objet d’approfondir une réflexion pluraliste et transversale sur les
mutations en cours de nos sociétés à partir de la question de l’information
(au sens large) et des Nouvelles Technologies de l’information et de la
communication " . Cet article a aussi été publié dans l’ouvrage intitulé
Enjeux et technologies de l’information et de la communication en Afrique
(voir encadré page 4).


Les politiques du développement dans le secteur
des télécommunications.

Les chevaux de Troie de la déréglementation
Les pays émergents souhaitant combler leur retard technologique sont
confrontés aux problèmes, d’une part du financement des investissements à
réaliser, d’autre part de la maîtrise technique du déploiement des nouvelles
infrastructures de communication. En écho à ces besoins de financement et
d’expertise, s’exprime l’agressivité industrielle et commerciale des
opérateurs transnationaux de télécommunications, désireux de consolider,
voire d’élargir leur zone d’influence. L’examen des expériences menées au
cours de l’actuelle décennie montre que la modernisation des réseaux de
télécommunication dans les pays émergents est conduite de façon privilégiée
par appel à l’expertise technique et aux capitaux étrangers et aboutit de
façon concomitante à une privatisation partielle de l’opérateur national
[Mouline 96]. C’est sur ce modèle que sont intervenus les opérateurs
américains dans les pays émergents : AT&T au Brésil et au Mexique, Bell
Atlantic en Russie et US Western en Hongrie. C’est ainsi que Telefonica,
opérateur espagnol, assurait en 1995 plus de 20 % de son résultat net
consolidé en Amérique latine. avec des pays comme le Chili, le Mexique ou le
Pérou. Deutsche Telekom opère également sur ce mode en Hongrie, Pologne,
Russie et Indonésie. France Télécom n’est pas en reste, car elle s’est
introduite sur les marchés argentin, mexicain, polonais et russe selon des
modalités similaires. Sur ces marchés locaux, ce mouvement d’investissement
et de restructuration s’accompagne de l’ouverture de nouveaux segments
d’activité opérée par la dynamique des innovations technologiques :
téléphonie cellulaire, radiotéléphonie numérique, satellites géostationnaire
ou réseaux câblés.
 Ainsi, dans leur effort de conquête de nouvelles parts de marché, les
opérateurs transnationaux de télécommunications privilégient la constitution
de partenariat et de consortiums pour privatiser les opérateurs locaux :
STET-France Télécom en Argentine pour privatiser Entel, France
Télécom-SouthWestern Bell au Mexique pour privatiser Telmex, etc. L’état de
vétusté des réseaux de télécommunications du Sud et l’incapacité des
opérateurs nationaux des pays les moins industrialisés à répondre aux
besoins nouveaux constituent donc les chevaux de Troie des opérateurs
transnationaux de télécommunications. Sous la pression de la
déréglementation sectorielle et des innovations technologiques, les
opérateurs de télécommunications des PVD se voient contraints à l’abandon du
monopole dans un contexte monoproduit (le téléphone) et mis en demeure
d’affronter la concurrence dans un univers multiservices. De fait, le prix à
payer pour le développement des services à valeur ajoutée passe par
l’intégration de ces secteurs nationaux dans le giron des grands opérateurs.
Les Etats du Sud, le plus souvent lourdement endettés, sont contraints de
souscrire aux schémas préconisés par les experts de la Banque mondiale :
transformer leur administration des PTT en établissements publics, puis dans
une seconde étape procéder à sa privatisation afin de pouvoir établir des
entreprises de capital-risque avec les grands groupes de communication pour
exploiter les segments les plus prometteurs de leur marché national.
Pour en analyser la portée, ces schémas de privatisation doivent être
resitués dans le contexte des programmes d’ajustement structurel engagés
dans les années 80, pour lesquels le facteur-clé de l’efficacité économique
d’une entreprise, qu’elle soit publique ou privé, résidait dans sa gestion.
Leur application traduit l’infléchissement de politique économique opéré par
la Banque mondiale à la fin des années 80 en faveur d’une politique de
privatisation plutôt que de réforme des entreprises publiques. Le rapport
1992 de la Banque mondiale, intitulé "Privatisation, les leçons de
l’expérience", trace ainsi un portrait flatteur des expériences de
privatisation menées en Argentine, au Chili et en Malaisie. La rhétorique de
la Banque mondiale est principalement influencée par les paradigmes du
corpus doctrinal de la nouvelle économie politique (théories du "Public
Choice", "Property Rights", et du "Principal-Agent").
Mais toutes ces
théories supposent l’existence d’un marché de capitaux efficient et
d’actionnaires disposant de toutes les informations requises pour assurer
une gestion efficace. Ce qui est loin d’être le cas dans les PVD, en
particulier ceux à bas revenus. Dans son rapport 1995 sur le développement
intitulé "Bureaucrats in Business", la Banque mondiale accuse les
bureaucraties locales d’entraver l’activité des entreprises publiques, mais
s’abstient de relever que les mêmes causes produisent des effets similaires
dans les grandes compagnies privées. Le coût politique d’une éventuelle
faillite peut pousser un gouvernement à renflouer ou à nationaliser une
firme privée.
 La validation pour les PVD des théories économiques épousées par la
Banque
mondiale est basée sur un choix très sélectif d’études dont la base
empirique reste fragile (l’étude de [Galal & Alii 1991] concerne quatre
pays

- Chili, Malaisie, Mexique, et Royaume-Uni- avec un total de douze
entreprises dont trois seulement figurent dans le secteur des
télécommunications). Des études plus récentes [Jaililian et Weiss, 1997]
tendraient au contraire à remettre en cause l’hypothèse formulée par la
Banque mondiale, selon laquelle un secteur d’état développé avec des
entreprises publiques est associé à une croissance économique plus lente que
prévue. On pourrait fort bien renverser les termes d’une liaison aussi mal
établie entre les performances micro-économiques des entreprises et les
performances macro-économiques. D’une part, les PVD aux performances
macro-économiques les plus médiocres, en particulier en Afrique
sub-saharienne, offrent un environnement qui décourage l’investissement et
l’initiative privée, donc qui conduit à l’élargissement du secteur public.
D’autre part, ils subissent des contraintes macro-économiques (accès limité
aux financement internationaux et à la technologie) qui affectent les
performances économiques des entreprises locales, qu’elles soient publiques
ou privées.
Ce processus de privatisation traduit dans les faits l’imposition aux pays
du Sud d’un modèle concurrentiel mondialisé qui se généralise
progressivement à l’ensemble du secteur des télécommunications. Cette
mondialisation se caractérise par une concentration au nord des pôles
technologiques et de la recherche de pointe, par l’accès du Sud aux
technologies de l’information et de la communication dans des conditions
sélectives, et enfin par l’aggravation des inégalités socio-économiques et
politiques.

Une mondialisation sous contrainte pour les pays émergents
L’accord de Marrakech, portant création de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), s’inscrit dans un contexte d’intégration économique
croissante entre pays industrialisés. Le démantèlement de certaines
barrières non-tarifaires, prévu par cette accord, pourrait offrir de réelles
opportunités commerciales aux pays du Sud susceptibles de prendre une part
significative dans les échanges internationaux. Pour ces pays qualifiés
d’émergents par la Banque Mondiale, l’accord de Marrakech reconnaît en effet
le rôle légitime des subventions dans leur politique de développement,
notamment dans le secteur des services. Cependant les pays industrialisés
ont réussi à préserver les enjeux que constituent pour eux la technologie et
les services.
Ainsi à travers l’OMC, ils ont réussi à fixer un cadre institutionnel leur
garantissant la propriété des droits intellectuels sans aucune restriction
[Desbois 95a]. Autre verrou dans l’accès aux marchés : un pays en
développement qui verrait sa part du commerce international atteindre 3,2 %
du marché mondial devra supprimer ses subventions. L’accord multilatéral sur
l’investissement présenté dans les négociations au sein de l’OMC constitue
le parfait exemple d’une machine de guerre économique destiné à limiter la
souveraineté des États-nations en matière de politique économique et à
orchestrer l’accès aux marchés de services et aux technologies au profit
exclusif des économies post-industrielles des pays de la Triade, tout en
endiguantlamenace concurrentielle des pays émergents.
La mondialisation des marchés et la complexité croissante des échanges
commerciaux imposent au pays du Sud d’adopter les méthodes, les outils et
les logistiques des pays industrialisés dans leurs activités économiques
liées au commerce international. Un exemple significatif en est l’adoption
par ces pays des normes d’échange de données informatisées pour leurs
activités d’exportation dans les passages portuaires. Maintenu par le FMI et
la Banque mondiale sous les fourches caudines de l’endettement, les pays du
Sud passent progressivement d’une économie extravertie à une économie
d’enclaves. Dans ce glissement, les technologies de l’information jouent un
rôle décisif en tant que facteur de production, mais aussi de dépendance
économique.
La déréglementation en cours du secteur des télécommunications touche
désormais au domaine des infrastructures, considéré comme le noyau dur du
monopole des exploitants de télécommunications publiques (ETP). Les tenants
du libéralisme diffusent un message dont la force réside dans la simplicité
 : l’introduction de la concurrence conduirait inévitablement à des prix
moins élevés et à une offre plus large de services. Ce credo de la vulgate
libérale s’appuie sur la théorie de l’équilibre général, monument
respectable mais fragile, car bâti sur des conditions d’application fort
restrictives qui sont loin d’être réunies dans le secteur des
télécommunications aux USA comme en Europe, a fortiori dans les pays en
développement.
La montée des critiques contre les monopoles n’est pas sans lien avec le
poids croissant des télécommunications dans l’activité économique comme
facteur-clé de la compétitivité. La demande des firmes transnationales pour
la fourniture de services continus à l’échelle internationale venant se
substituer à leur propres réseaux privés, constitue le véritable moteur de
la déréglementation. Par exemple, la définition du service international
proposé à l’avenir sur les réseaux privés virtuels a pour objectif de
garantir un transfert au meilleur coût des flux d’information générés par
les applications de télécommunications des firmes transnationales. C’est
dans ce but que s’organisent les groupes de pression chargés de promouvoir
une formulation adéquate des critères de référence des études entreprises
au
sein de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Inutile de
préciser que la participation de représentants issus des pays en
développement à ces groupes de pression est tout à fait marginale, voire
nulle. Les normes nationales ainsi définies au sein de la Triade peuvent
aisément servir de barrières non-tarifaires dressées contre les exportations
des pays en développement si ceux-ci ne peuvent certifier le respect des
engagements de performance ou de sécurité énoncés dans la norme cette
mondialisation sous contraintes qui s’applique dans le secteur des
télécommunications aux pays en développement n’est que le reflet inversé du
mouvement plus général d’interpénétration et de spécialisation à la fois
financière et technique opéré par les firmes transnationales issues des pays
de la Triade dans leur stratégies de conquête de nouveaux marchés. Sa
dynamique est celle de la capture de la rente économique procurée par
l’appropriation oligopolistique des moyens de production, en particulier le
capital scientifique et technique investi dans ce secteur hautement innovant
que forment désormais les industries de l’information.
Dominique Desbois
INRA-Economie et Sociologie Rurales, s/c Bureau du RICA,
SCEES, 251 rue de Vaugirard, 75732 PARIS Cedex 15, France.
Fax :+33 1 49 55 85 00 desbois@jouy.inra.fr



Pour commander l’ouvrage collectif
" Enjeux des technologies de l’information et de la communication "
paru chez Karthala début 2000
sous la direction de Annie Chèneau Loquay
envoyer un chèque de 200F (180F + 20 F de frais de port ) à
 CSDPTT BP 8 75261 Paris cédex 06.
Cet ouvrage regroupe 21 contributions de sociologues, économistes,
informaticiens, géographes, historiens et politologues, tous des praticiens
ou des chercheurs du Nord et du Sud. En quatre parties traitant des
infrastructures, des usages, de la démocratie et de la culture, l’ouvrage
fait le tour de la question de l’appropriation et de la maîtrise des
technologies de la communication en Afrique à travers des enquêtes
sociologiques, des études de cas, des analyses comparatives, des
témoignages, etc.
Cet ouvrage contient un article de CSDPTT traitant du positionnement d’une
ONG dans le monde des télécommunications et un autre d’André Nyamba
réfléchissant à l’introduction du téléphone dans des villages burkinabé à
partir d’un projet initié par CSDPTT auquel il a collaboré.
Un CD-ROM réalisé par Pascal Renaud, joint à l’ouvrage, contient les études
faites par le programme "Internet au Sud" de l’Institut des Nations
Unies
pour la formation et la recherche (UNITAR), ainsi qu’un ensemble de
logiciels très utiles pour la circulation sur les autoroutes de
l’information.