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Lettre de Mai 2000

Mai

lundi 1er mai 2000, par Alain


La Lettre de Mai 
2000

No : 54

 
Sommaire :

Editorial :
Les salariés se font entendre

Echos de csdptt et de ses amis :

- Grande chaleur à Motpi

- AG de globenet


Echos des postes et télécoms dans le monde :


- Palmarès 2000 des sociétés africaines de télécommunications

- Des télécentres communautaires polyvalents au Burkina

- Concurrence dans les mobiles au Cameroun

- GSM au Bénin

- Grève à la SONATEL

- Bamako 2000 : une démonstration de la force du politique dans la promotion
des TIC en Afrique (témoignage)

En bref :
Résultats de France télécom, ordinateurs du centre de recherche de
France télécom à Tomboucout, Gabon, Costa Rica, Ile Maurice, Burkina, Mali.

Article :
Pérou : Internet en cabine, un
grand succès
http://www.bamako2000.org/documents/syfia/perou.html




Les salariés se font entendre
Il est loin le temps du " travaille et tais-toi ". Certes les
salariés
savaient aussi parfois compenser leur manque à gagner du à leurs salaires
très faibles par des cadeaux contre les services rendus. Sans doute était-ce
là le prix de leur silence ? La privatisation passée ou en cours a sans
doute mis le doigts sur nombre de disfonctionnements internes aux opérateurs
publics africains. La page est tournée ou en voie de l’être. Mais les
salariés des télécoms qui bénéficient de plus de libertés syndicales se
montrent particulièrement attentifs à l’avenir des sociétés qui les
emploient. C’est ainsi qu’ils découvrent d’autres disfonctionnements.
Au Sénégal au vue des bénéfices engrangées par la SONATEL, ils demandent à
en toucher aussi les retombées. Mais ils remettent aussi en cause le
partenariat avec France Télécom. Le tout commercial heurte sans doute leur
aspiration au développement du service public.
 Au Mali, alors que les deux derniers PDG viennent d’être mis en prison
pour
détournements de fonds, ils n’acceptent pas que l’on attribue des marchés à
des sociétés sans que les règles en la matière ne soient appliquées. Mieux
ils n’acceptent pas que l’on favorise un opérateur privé de téléphonie
mobile au détriment de la SOTELMA dont ils prennent ainsi la défense.
Il était temps que la société civile émerge en Afrique. Les syndicats des
télécoms semblent vouloir y prendre pleinement leur place.

Bruno Jaffré




Grande chaleur à Motpi
Nos correspondants d’AVDPTT à Mopti nous relatent les problèmes spécifiques
qu’ils rencontrent. Ils entrent dans la période la plus chaude et le
matériel hertzien, vieillissant, souffre. Ainsi un oscillateur local délivre
un rythme afin que les équipements qui l’entourent fonctionnent en phase
avec les équipements distants avec lesquels ils dialoguent (c’est une
horloge qui doit être à l’heure).
La chaleur due au climat (mauvaise ou pas de climatisation) ajoutée à la
montée en température des équipements en fonctionnement créent
une dérive,
un déphasage. Pour pallier les dysfonctionnements une seule solution bien
souvent, l’arrêt des équipements afin qu’ils redescendent en température.
Pendant ce temps pas de téléphone.


AG de globenet
Patrick Faillon et Bruno Jaffré ont représenté CSDPTT à l’Assemblée Générale
de globenet, l’association qui héberge notre site. Les objectifs de globenet
qui milite pour un Internet non marchand et solidaire sont :
 - Faciliter l’usage et l’appropriation citoyenne des NTIC (Nouvelles
Technologies de l’Information et de la Communication) dans le but de
renforcer le lien social
 - Promouvoir les échanges, le partage des expériences, les savoirs les
idées liées à cette appropriation
 - Concevoir et mettre en commun tous les services et outils ou
nouvelles
applications pour atteindre ces objectifs.
Le budget 99 s’est élevé à 1885028FF en augmentation de 66%. L’association
compte 165 membres (138 associations, 50 particuliers et 3 entreprises). Les
activités se sont développées de façon équilibrée suivant les 3 missions
principales (services aux abonnés, Projets et Etudes, Formations).
Notons parmi les études et projets réalisés l’an dernier, la mise en place
d’une base de données d’experts intervenant sur les NTIC en Afrique, d’un
système d’échange et d’une base pour les radios rurales africaines, un
projet Internet dans les quartiers, une étude sur les attentes des
administrations de 4 Etats d’Afrique de l’Ouest en matière de NTIC pour le
ministère de la coopération, une autre sur le montage d’un réseau entre
les
importateurs européens et les exportateurs des pays d’Afrique, Caraïbes et
Pacifiques.
De la discussion il ressort que des efforts devront être entrepris cette
année pour organiser des débats publics, animer les listes internes, prendre
en charge des projets en partenariat avec des associations du Sud et
développer la synergie entre les membres.
Le Conseil d’Administration a été considérablement renouvelé et Patrick
Faillon y a été élu pour représenter CSDPTT. Il compte oeuvrer au
développement du caractère associatif de l’association et à la mise en place
de partenariat notamment pour le développement d’accès Internet collectif au
Sud.






Palmarès 2000 des sociétés
africaines de télécommunications

Parmi les 500 premières entreprises classées suivant leurs chiffres
d’affaires (valeur 97), on trouve 11 sociétés de télécommunications. La
sud-africaine Telkom est largement en tête dans les télécommunications avec
un chiffre d’affaires de 4,4 milliards de dollars arrive en 11 eme position.
Si l’on considère le classement des entreprises de télécommunications on
trouve dans les 10 premières, outre Telkom, 2 autres sud-africaines (MCE 4
eme avec un CA de 173 millions de dollars et Teljoy Holdings 5 eme avec un
CA de 161 millions de dollars). La société marocaine Itissat Al Maghrib est
deuxième avec un CA de 671 millions de dollars et la CITELCOM de Côte
d’Ivoire 3 ème avec un CA de 185 millions de dollars. La Sonatel du Sénégal
est 6 éme avec un CA de 129 millions de dollars, vient ensuite Ghana
Telecommunications (12 millions de dollars), Mauritius Telecom (111 millions
de dollars).
La SOTELMA du Mali se classe 14 ème avec un CA de 49 millions de dollars et
L’ONATEL du Burkina Faso 15 éme avec un CA de 41 millions de dollars.
Le hors série de jeune Afrique, où l’on trouve ces données, publie aussi
quelques statistiques intéressantes : la croissance des lignes serait de 10%
par an, on compterait environ une ligne pour 200 habitants sur le continent.
La télédensité varierait de 2 pour mille au Mali, Niger et Ex Zaïre à 35
pour 1000 au Maghreb et en Afrique du Sud.
L’abonnement représenterait 20% du PIB par habitant contre 9% dans les pays
de l’OCDE. Les communications locales sont facturées entre 0,6 dollar et 5
dollars de l’heure (jusqu’à 8 dollars en Ouganda au Gabon et au Tchad).
Il y aurait en outre en moyenne une cabine pour 17000 personnes contre une
pour 600 dans le reste du monde.
Il n’y avait en 1997 que 220000 abonnés GSM (hors Afrique du Sud, 2 millions
en 1998) mais il devrait y en avoir 8,5 millions en l’an 2000 et 18 millions
en 2004 selon l’association pour la promotion de la norme GSM.


Des télécentres communautaires
polyvalents au Burkina

Un atelier national organisé à Ouagadougou a validé le 18 février le
projet
d’implantation de 50 télécentres communautaires polyvalents (TCP) au
Burkina. Au cours de l’atelier, les participants qui venaient de divers
milieux socioprofessionnels du Burkina ont tracé des pistes de collaboration
et identifié des besoins notamment dans le domaine de l’éducation, de la
santé, de l’agriculture, de la préservation de l’environnement, de la
culture, etc.
Initiés à la suite du plan d’action de Buenos Aires par l’UNESCO, l’IUT et
le CRDI, les projets pilotes de "Télécentres communautaires polyvalents’’
(déjà expérimentés au Mali, au Bénin, au Mozambique, en Ouganda et en
Tanzanie) visent à stimuler le développement rural au sein d’une communauté
et dans un contexte plus large (national, régional et international) à
faciliter la communication, l’établissement d’entraides ainsi que l’accès
aux ressources d’auto-promotion. Le Burkina Faso a inscrit la réalisation
des télécentres communautaires polyvalents dans son Plan de développement
de l’infrastructure nationale d’information et de communication qui couvre
la période 2000-2004. Plusieurs partenaires présents à l’atelier de
Ouagadougou (dont l’UNESCO, l’AUPELF-UREF, l’ICCD (Pays Bas)) ont annoncé
leur soutien financier au projet qui intéresse 85% de la population
burkinabé, selon le Délégué général à l’informatique, Joachim Tankoano.
(Source quotidien Sidwaya transmis par Cyriaque Paré à Liaison francophone)



Concurrence dans les mobiles au Cameroun
L’entreprise sud-africaine Mobile Telephone Networks (MTN) a racheté en
février la société publique camerounaise Camtel Mobile pour 40,6 milliards
de FCFA. Celle-ci ne comptait au bout de 6 ans d’exercice que 5000 abonnés
en raison de défaillance technique et marketing selon les commentateurs. MTN
affirme être en mesure de couvrir l’ensemble du pays d’ici en 5 ans, la
direction du groupe annonçant investir 150 milliards de FCFA durant cette
période. Actuellement seules les villes de Yaoundé, Douala et Bafoussam sont
accessibles.
MTN compterait plus de 2 millions de clients en Afrique du Sud, Ouganda,
Swaziland et Rwanda.
Cette société va concurrencer la Société camerounaise de mobiles détenue à
100% par France Câble Radio (filiale de France Télécom). Celle-ci devrait
céder 30% du capital à des privés camerounais. FCR a promis d’investir 95
milliards de FCFA en 10 ans et espère atteindre 100000 clients dans les
prochains mois.
Un ministre M. Jean Marie Gankou a déclaré en février que le gouvernement
n’excluait pas d’accorder une troisième licence.



GSM au Bénin
L’OPT du Bénin a signé un contrat de partenariat avec la société américaine
Titan Corporation concrétisé par la création de la société Libercom.
Dans le contrat qui lie les deux sociétés, sont inclus, en dehors du
volet téléphone GSM, la téléphonie rurale par satellite, la fibre optique,
l’équipement et la modernisation des centres téléphoniques urbains dans
plusieurs villes du Bénin. Les dispositions qui permettent de couvrir pour
ce début les villes de Cotonou et Porto-Novo, s’étendront à toutes les
villes des départements du Sud, puis à l’ensemble du pays, soit une
couverture de 90% des populations béninoises dans les six prochains mois.
Reconnu pour sa compatibilité avec le GSM, Libercom bénéficie de l’appui
technique de Alcatel, fournisseur mondial d’équipements et Sofrecom, filiale
de France Télécom. Le réseau financé par la société Titan sera exploité
par
l’OPT et le bénéfice partagé entre les deux partenaires.
(Source : Le Matinal, 18 avril 2000)



Grève à la SONATEL
Après 9 jours de grève, les travailleurs de la Société Nationale des
Télécommunications au Sénégal ont voté la reprise du travail le 20 avril
après avoir obtenu une augmentation de 20% de salaires (ils en demandaient
40%). Ils ont en outre obtenu la promesse d’aller vers une plus grande
cohérence de la grille des salaires. Le responsable de l’intersyndical
chargé des négociations, M. Mamadou Aïdara Diop a déclaré à l’issue
du
conflit : " Nous venons de vivre l’un des moments les plus historiques du
mouvement syndical. Cette bataille est la plus dure que toutes celles que
nous avons eu à mener ".
D’autres revendications restent en suspens comme le passage de l’age de la
retraite de 55 à 60 ans (du fait de pensions trop faibles). Les grévistes
demandaient en outre le départ de l’actuel PDG, M. Cheikh Tidiane Mbaye, et
la remise en cause du partenariat avec France Télécom qui possède 43% du
capital, voulant profiter du changement de gouvernement. Ils mettent en
cause le haut niveau des salaires des cadres français. L’intersyndical
demande aussi un audit de la SONATEL. D’autres actions, marches, sit-in,
pétitions sont prévues dans les prochains jours a annoncé l’intersyndicale
fin avril. Celle-ci projette même de se rendre à Paris où doit se dérouler
un prochain un Conseil d’Administration.
Le club des actionnaires avait déclaré au beau milieu de la grève que les
revendications étaient prévisibles arguant du fait que la direction a "
fait
passer les salaires des directeurs de 16800392 FCFA pendant l’exercice 1997
à 491863028 FCFA en 1998 soit une augmentation de 400% " selon une
déclaration parvenue au quotidien gouvernemental Le Soleil. Ce communiqué
invite en outre l’Etat à " être mieux regardant sur le profil de
ses
administrateurs dont le manque de vigilance a permis à une société étrangère
de faire main basse sur la SONATEL pour servir ses propres intérêts " .
Le
club des actionnaires affirme en outre n’avoir " jamais cessé d’attirer
l’attention des pouvoirs publics sur la gestion de la SONATEL dans l’intérêt
exclusif du partenaire stratégique ".



Bamako 2000 : une démonstration de la force du politique
dans la promotion des TIC en Afrique
 (témoignage)
" Commençons d’abord par reconnaître que Bamako 2000 a été une réussite.
Réussite notamment du point de vue des personnalités que la Rencontre a
drainées et de l’intérêt que lui ont reconnu d’illustres personnalités du
monde entier. En effet, il pouvait être noté la présence des personnalités
comme le Fond francophone des info routes avec en tête le gestionnaire du
Fonds, le Président du Canton de Genève, les autorités l’Union
Internationale des Télécommunications, Georges Sawdosky de Internet Society,
le Président du Niger présent à la cérémonie de clôture, le Président du
Mali bien évidemment, RFI qui était partenaire, les acteurs du secteur des
TIC tant en Afrique ( francophone, anglophone, lusophone), en Europe,
(notamment en France) et même aux USA. Les messages de Koffi ANAN,
Secrétaire Général de l’ONU, de Romano Prodi, etc. ont été transmis aux
participants. Alors que seulement trois cent personnes au plus étaient
attendues, environ mille personnes étaient finalement présentes à Bamako, si
l’on écarte les autochtones maliens.
Autre intérêt, Bamako 2000 a donné aux Africains la possibilité de se
plonger dans la technologie et de participer aux débats sur leurs enjeux
actuels pour le monde entier, de façon plus massive. L’organisation des ces
rencontres hors du continent ne permettait qu’à un nombre infime de
personnes de suivre ces évolutions. Le seul exemple d’une dizaine de
jeunes
sénégalais, membre d’une même ONG, ayant pris le train pour venir à Bamako,
après plus d’une journée de temps de voyage, en est une illustration
édifiante.
Enfin, Bamako a donné la démonstration de la force du politique dans le
développement des TIC en Afrique. La personnalité et l’engagement de Alpha
Oumar KONARE ont été des éléments clés de sa réussite comme en témoignent
les sollicitudes du monde entier venu renforcer les potentialités
technologiques du Mali pour l’occasion, l’intérêt et surtout la présence de
certaines personnalités internationales, la participation des personnalités
maliennes (par exemple, chacun des 10 ateliers étaient présidés par des
Maliens), des médias maliens, de la population tout entière, en sont aussi
tributaires. Combien d’adresses e-mail n’a-t-on pas créées au Mali,
notamment pour les jeunes, pendant ces 6 jours, non seulement au Palais des
Congrès mais dans les administrations, les cybercentres et entreprises du
pays ? Mille ? Deux mille ? Cinq mille ? L’engagement de KONARE dans le
projet de connexion des 701 communes du Mali dont il a fait part aux
participants a frappé l’esprit de tous. Le modèle malien a fasciné nombre de
participants africains qui se sont jurés d’oeuvrer pour sa réplication dans
leur pays.
Depuis plus d’un mois, les rideaux sont tombés sur BAMAKO 2OOO ; cependant,
ils se lèvent aujourd’hui sur de nouvelles initiatives au Mali, en Afrique,
dans le monde, au niveau des individus, entre acteurs de développement, pour
l’appropriation et le développement des TIC en Afrique. "
Ken Lohento animateur de l’association ORIDEV (Bénin).



En bref
Le chiffre d’affaires de France Télécom a atteint 178,6 milliards de Francs
en 1999 soit une progression de 10,5% contre 5,2% en 1998, pour un bénéfice
record de 18,2 milliards de francs en progression de 20,4%.
A la suite d’une convention signée entre le Centre de Recherche de France
Télécom (FTR&D ex CNET) et l’UNESCO, une douzaine d’ordinateurs réformés
et
vérifiés par les services de FT R&D ont été acheminés au télécentre
de
Tombouctou au Mali pour équiper une salle de formation pour les jeunes
élèves.
Au Gabon, le Gouvernement a adopté trois projets d’ordonnances portant
réorganisation du secteur des Postes et Télécommunications qui organisent la
séparation définitive des services postaux et de ceux des télécommunications
et la création de Gabon-Poste et de Gabon-Télécoms. L’activité de ces
deux
entités sera régulée par deux organes de régulation. Ce dispositif vise à
préparer la privatisation du secteur des télécommunications.
Le parlement du Costa Rica a adopté en première lecture l’ouverture à
la
concurrence et aux capitaux privés dans le secteur des télécommunications et
de l’électricité. Des centaines de manifestants ont parcouru les rues de la
capitale San José le mois dernier pour protester contre cette décision. Ils
craignent une augmentation des prix comme cela s’est passé dans d’autres
pays d’Amérique Latine.
Quatre firmes ont été présélectionnées pour la privatisation de Cellplus,
filiale de Mauritius Telecom à l’Ile Maurice. Il s’agit de France Telecom,
du groupe français Vivendi, de MTN d’Afrique du Sud et Portugal Telecom.
Cellplus est concurrencé par Emtel sur le marché de la téléphonie mobile et
toutes deux affirment avoir 50000 abonnés.
L’ex-PDG de la Société de Télécommunication du Mali (Sotelma), Thiémoko
Maïga, important responsable de l’ADEMA (parti au pouvoir), a été arrêté et
déféré au parquet en mars. M. Maïga est poursuivi pour sa gestion de la
société entre 1994 et 1998, notamment pour de "grosses commissions"
perçues
lors de l’attribution de certains marchés, indique-t-on de même source sans
préciser les montants de ces commissions.
Au Burkina, la compagnie Telecel s’attache à rassurer les autorités après
son rapprochement avec le groupe Orascom. En effet Télecel avait été
présélectionné (deuxième derrière MSI) pour enlever l’une des deux licences
de téléphonie mobile mais Orascom avait été écarté.
Les salariés de la SOTELMA au Mali étaient appelés à faire grève fin avril
pour protester contrer l’octroi d’une licence à Mali-Tel (voir lettre n°53)
" en violation des textes en la matière " selon le communiqué du
syndicat,
l’arrêt des travaux en cours de cette société pour la construction de son
réseau et la suspension de l’octroi de licence au privé de téléphonie
cellulaire avant la mise en place de celui de la SOTELMA.
D’autre part le PDG M. Sow a été arrêté et inculpé d’abus de biens sociaux
rejoignant ainsi l’ancien PDG M. Maïga.



Pérou : Internet en cabine, un grand succès
 A l’orée du 21e siècle, l’Amérique latine va-t-elle suivre le modèle
original proposé par le Pérou ? Ce pays est en train de mettre les
communications électroniques à la portée des masses, grâce à un réseau de
cabines publiques Internet bon marché. En plus, elles sont mises en place
par des petites entreprises informelles dirigées par des jeunes. Le système
péruvien, lancé par une ONG scientifique locale, intéresse d’autres pays du
Sud.
"Même si le système se base sur les demandes du marché, il remplit un
besoin
social en donnant à ceux qui ont le moins de ressources un accès aux
technologies de communication les plus avancées", estime Juan Gargurevich,
un journaliste spécialisé. Une évolution d’autant plus remarquable que le
Pérou est un pays nettement plus pauvre que la plupart de ses voisins. Et
pourtant, ces cabines - plus de mille actuellement - popularisent des moyens
sophistiqués dans un pays où même une ligne téléphonique est encore un
luxe.
Sans parler d’un ordinateur. Or les cabines Internet reviennent moins cher
aux utilisateurs qu’un téléphone ou un PC.
Le réseau scientifique péruvien (RCP), qui a conçu le système, négocie
maintenant avec le Salvador et le Congo Kinshasa pour y installer des
cabines similaires. Le RCP a même attiré l’attention de la compagnie
italienne Telecom et d’un consortium de banques européennes : une "
alliance
" qui permettra à cette ONG de devenir une multinationale présente dans
toute l’Amérique latine et même au-delà.
Le moins cher de tout le continent. Internet se développe dans tout le
continent, notamment grâce aux 
cybercafés qui permettent de
se connecter tout en buvant un coup ou en croquant un sandwich. Mais nulle
part le phénomène n’est aussi massif qu’au Pérou. En Argentine, 700 cabines
offrent Internet pour 5 dollars par heure. Même tarif au Venezuela. Au
Brésil, 15 minutes dans un bar coûtent un dollar, plus la consommation
obligatoire. Au Chili, à peine 15 cybercafés sont branchés sur le net, pour
environ 4,5 dollars l’heure. En Colombie, le tarif se négocie entre 1,8 et
3,6 dollars l’heure. Panama, avec une forte présence nord-américaine, est
moins cher : 1,5 dollar l’heure.
Mais les cabines Internet péruviennes battent tous les records : " Elles
n’offrent ni à boire ni à manger, seulement un siège, un PC et une ligne de
téléphone ", ex-plique le journaliste Carlos Zavala. Les prix vont de
0,75 à
1,7 dollar selon la localité. Ces coûts bas obtenus par la stratégie de RCP
expliquent la popularité du système, renforcé par l’engouement des jeunes
pour les nouvelles technologies, spécialement dans les zones universitaires
 : " Utiliser ces cabines me reviendrait bien moins cher de changer mon
vieux
PC 286 ", affirme Gonzalo, étudiant à Lima. Il vit dans un quartier
populaire, fait des petits boulots pour payer ses cours, et dépense 11
dollars par mois pour sa passion : 16 heures de surf sur le web dans une
cabine de l’avenue Wilson.
La plupart de ces cabines sont gérées par des micro-entreprises, qui
fonctionnent avec une dizaine d’ordinateurs, parfois à peine trois. Beaucoup
ont des propriétaires asiatiques. Des Universités, des églises et des
municipalités ont également mis des cabines à disposition de leurs
étudiants, paroissiens ou citoyens. A très bas prix, parfois gratuitement.
60% des cabines Internet du pays sont ouvertes 24 heures sur 24. Les tarifs
de nuit sont encore moins cher, ce qui attire davantage de clients.
Dans ce pays de 25 millions d’habitants, seuls 12% des foyers ont le
téléphone. 450 000 ordinateurs sont en service - soit 7% des ménages. Cette
proportion est de 16% dans l’ensemble de l’Amérique latine et de 70% aux
Etats-Unis. Selon RCP, le Pérou compte 400’000 internautes, dont la moitié
utilisent les cabines. Le temps moyen passé à naviguer est de 5 heures par
semaine. Plus de 50% des utilisateurs réguliers ont entre 18 et 24 ans.
RCP a ouvert ses premières cabines dans ses locaux, avant de les installer
en province. On a négocié avec les compagnies de téléphones pour des tarifs
avantageux, avec des câbles à grandes capacité - par exemple 128kb - pouvant
être utilisés simultanément par 20 ordinateurs. Quand les universités ont
commencé à se brancher sur Internet, beaucoup d’étudiants ont eu l’idée
d’offrir le même service dans leur quartier. L’investissement initial pour
installer une cabine est de 20000 à 25000 dollars, qui peuvent être amortis
en six mois si l’endroit est accessible et attractif. Dans le quartier
plutôt chic de Miraflores, à Lima, 60% des clients viennent se divertir, 30%
surfent à des fins commerciales et 10% cherchent des informations, estime
Paul Morales, manager de Supranet Systems.
Le sociologue Nelson Manrique, auteur du livre La société virtuelle, relève
que la prolifération des cabines Internet provient d’un nouveau concept
économique, porté par de jeunes micro-entrepreneurs : " Nous sommes dans
une
société de marché en construction, et je trouve légitime de chercher à en
tirer profit ". Dans un autre système social, ajoute-t-il, ce serait à
l’Etat de fournir à la population l’accès aux autoroutes de l’information.
Et de conclure : " Ce business des cabines a son risque puisqu’il peut
rapidement être dépassé par des systèmes encore meilleur marché. Mais pour
l’instant, il offre des chances à des gens qui n’ont pas les moyens de se
brancher sur la société moderne, en fait c’est un facteur de démocratisation
de l’information "

Abraham Lama (InfoSud-IPS) février 2000

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diffuse la voix (journalistique) du Sud dans les médias du Nord, ainsi
qu’une AUTRE information sur les enjeux mondiaux. Les thèmes et le style
visent à accrocher l’intérêt du public local et à sensibiliser les
journalistes et les décideurs dans les médias. 7500 articles ont publiés
depuis 1988. Le tiers au moins des articles sont signés par des
correspondants du Sud : ceux du réseau francophone Syfia International, dont
InfoSud est membre, et ceux d’Interpress Service (IPS), une grande agence
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