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Lettre de Février 2000

Février

mardi 1er février 2000, par Alain


La Lettre de Février 2000
No : 51

Sommaire :
Editorial : De nouvelles responsabilités pour CSDPTT ?
Echos des télécoms dans le monde :

- Réforme au Niger

- Ca bouge au Mali

- Les télécoms en chiffres à la Réunion

- En direct de Guinée

- Témoignage sur la tempête en France : Les Lignes montent au front...!
 Reportage : Cotonou , capitale... de la téléphonie rurale


De nouvelles responsabilités pour CSDPTT ?
A la veille de notre précédente AG, nous parlions l’an dernier de
décollage. L’année 99 s’avère avoir été encore plus positive.
Elle s’est traduite par un afflux de nouveaux adhérents, un développement de
notre activité, la multiplication de contacts prometteurs pour de futurs
partenariats notamment en Afrique et notre première apparition dans une
conférence internationale.
Cette croissance nous confère aussi de nouvelles responsabilités. D’abord en
premier lieu, améliorer notre efficacité dans la réalisation de projets.
Pour cela nous bénéficions d’une riche expérience que nous ne manquons pas
d’analyser régulièrement. Nous comptons aussi beaucoup sur la construction
de nouveaux partenariats qui s’annoncent prometteurs.
Mais notre activité ne restera qu’une goutte d’eau face à l’immensité des
besoins. Comment en effet " développer " un pays avec des télédensités de
l’ordre de 1% ? Le téléphone ne doit-il pas entrer aussi dans les priorités ?
Notre association CSDPTT peut-elle rester muette devant la lenteur des
raccordements en zone rurale ? Ne nous appartient-il pas de sensibiliser sur
le fait que RASCOM, par exemple, qui permettrait de répondre globalement en
Afrique aux besoins de téléphone en zone rurale risque de se heurter à des
intérêts privés qui peuvent nuire à sa réalisation ? Voilà en tout cas de
quoi alimenter les débats de notre prochaine AG.
Bruno Jaffré


Réforme au Niger
La SONITEL (Société des télécommunications du Niger) compte environ 18500
abonnés pour une capacité de 25000 lignes. Elle exploite également un réseau
de téléphonie mobile concentré sur la capitale, Niamey, disposant d’une
capacité équipée de 3000 abonnés, dont : 1534 abonnés raccordés en
téléphonie mobile, 548 abonnés en téléphone radio fixe. Le gouvernement du
Niger recherche un partenaire stratégique qui prendrait 51% du capital et
qui sera soit un opérateur de télécommunications agissant seul, soit un
consortium dirigé par un opérateur de télécommunications et pouvant inclure
d’autres investisseurs. La SONITEL rencontre actuellement de gros problèmes
de liquidités car l’Etat son premier client, avec 32% des facturations, ne
paie pas.
Par ailleurs Le Niger s’apprête à lancer un appel d’offres international
pour deux opérateurs dans la téléphonie mobile en concurrence avec la
SONITEL (Société nigérienne des télécommunications).



Ca bouge au Mali

Le réseau téléphonique s’étend peu à peu dans le pays. Des centraux
électroniques remplacent les vieux commutateurs électromécaniques permettant
ainsi d’accroître le nombre d’abonnés, de raccorder des villages impatients.
Par contre le dimensionnement du réseau, déjà déficitaire, ne suit pas,
aggravant toujours plus les problèmes d’encombrement qui s’ajoutent,
rappelons-le, au manque de fiabilité et de disponibilité d’un matériel
vieillissant dépourvu de pièces de rechanges. Cette situation rejaillit bien
évidemment sur les conditions de travail des agents qui ne parent souvent
qu’au plus pressé et ne peuvent parfois éviter en certains endroits des
coupures de plusieurs jours.
Avec l’ouverture du capital de la SOTELMA naissent des projets de
modernisation à courte échéance mais le personnel s’inquiète fortement de
cette privatisation partielle, notamment pour le futur réseau GSM au sein
duquel l’opérateur garderait moins de 50% de participation. Bonne nouvelle
pour les autres actionnaires le réseau mobile analogique existant
basculerait sur le nouveau GSM assurant ainsi son démarrage.
On apprend par ailleurs que les dirigeants politiques de ce pays ont
commandé une étude de faisabilité d’un projet qui consiste à informatiser et
à relier à Internet l’ensemble des 701 communes du Mali. Ce projet devrait
être évoqué au cours de la réunion Bamako 200 consacrée à Internet prévue en
février.
Pour finir sur un sujet polémique d’actualité sur les retombées du "Dakar",
signalons que le rallye, autrefois gros consommateur de taxes téléphoniques
auprès de l’opérateur local, vit de plus en plus en autarcie grâce aux
liaisons satellites dont il dispose. Vous avez dit retombées économiques ? 


Les télécoms en chiffres à la Réunion
En 1997, 79% des ménages avaient une ligne fixe contre 77% en 90. On compte
actuellement 250000 lignes fixes pour une population estimée à 700000
habitants et 101000 mobiles (au 8 novembre 1999). La SRR (Société
réunionnaise de Radiotéléphone) a bénéficié jusqu’ici du monopole sur le
réseau mobile et ce n’est qu’en décembre 98 que les licences françaises de
Bouygues et Itinéris (France Télécom) ont été étendues à la Réunion. L’Ile
compte par ailleurs 160000 inter-

nautes. 5 opérateurs concurrencent l’opérateur direct, soit en vendant des
cartes prépayées (un marché évalué à 300 ou 400 millions à la Réunion), soit
en utilisant le call back, soit en proposant la téléphonie sur IP (par
Internet). Le Conseil Régional a par ailleurs financé un téléport pour
concurrencer France Télécom en favorisant la concurrence. Il est à l’origine
de la création de la société PROTEL qui exploite ce téléport. Elle possède
depuis 1997 une licence d’exploitation et a signé des contrats avec Eutelsat
et Intelsat. Le Conseil Général cherche aujourd’hui à vendre ce Téléport.


En direct de Guinée
Nos relations avec ce pays sont faites essentiellement d’échanges
téléphoniques mais qui permettent tout de même l’entraide en complément des
relations purement amicales. C’est ainsi que l’on a fait parvenir récemment
à notre correspondante de la documentation technique afin qu’elle puisse
construire une simple liaison numérique à 64 kbit/s sur un équipement fourni
par un constructeur français. France Télécom s’est arrêté à la génération 2
de ce matériel. Le Mali a eu droit à la version 3 et la Guinée à la version
4. D’autres exemples nous montrent que les opérateurs africains ont été
dotés d’équipements que des opérateurs plus fortunés avaient pu refuser,
technologies et versions ultimes aux coûts de développements et de
fabrication certainement plus élevés dus à la faible généralisation, sans
parler du manque de pièces de rechanges par arrêt pur et simple de la
fabrication. Ajoutons-y la distance. Dernièrement un appareil de test réparé
et contrôlé en France a fait défaut pendant plusieurs semaines en Guinée
pénalisant d’autant les conditions de travail des agents ainsi démunis. Les
techniciens français vivent eux-mêmes au rythme des versions toujours
incomplètes à améliorer au fil d’autres versions toujours plus coûteuses. Il
serait fort étonnant qu’il en soit différemment avec des pays pour lesquels
l’investissement technologique représente un effort beaucoup plus
conséquent. L’avenir ne s’annonce pas plus radieux avec la diversité
grandissante d’opérateurs et fabricants au gré des prises de participation.
A l’heure du village planétaire il est a souhaiter qu’une certaine
homogénéité s’instaure enfin.
Nos lecteurs sont de plus en plus nombreux à l’étranger et nous avons pensé
qu’ils seraient intéressés par un témoignage d’un lignard de France Télécom,
parmi les milliers d’entre eux qui se sont donnés sans compter pour le
rétablissement du service public des télécommunications.
Rappelons que la tempête a eu pour conséquence d’endommager 400000 lignes
téléphoniques (en plus des 600000 lignes en panne en raison de l’absence
d’électricité, 150000 poteaux et 5250 km de câbles téléphoniques. France
Télécom évalue le coût de la tempête de l’ordre de 1 milliard de francs :
150 à 200 millions de francs pour rétablir le service téléphonique et 800
millions à 1 milliard de francs pour la reconstruction du réseau.

La rédaction


Les Lignes montent au front...!
Après chaque catastrophe, nos responsables au plus haut niveau se
souviennent subitement que nous existons.
Que ce soit lors des neiges et glaces envahissantes, des cyclones ravageurs,
des inondations destructrices ou des tempêtes dévastatrices de "fin de
siècle", nous réapparaissons à la surface - pour un laps de temps
relativement court - juste le temps nécessaire pour que fonctionnent les
"compteurs de taxes". Le principe de l’entraide est louable, mais cela ne
suffit pas lorsque les effectifs ont été réduits par des restructurations
multiples, les indemnités transformées et réduites au fil des changements
indiciaires, les départs non remplacés, les acquis revus et corrigés puis
supprimés, les concours et recrutements abandonnés et le savoir des lignards
non transmis.
Nous avions depuis toujours un service national, "le train parc", devenu
ensuite les "UCIL" (Unités Centrales d’Intervention Lignes). Ces baroudeurs
des lignes ont sauvé la maison France Télécom dans d’innombrables situations
de catastrophes. Malheureusement ce service a été dissout définitivement en
octobre 1999 !! Une fois de plus, les décideurs ont pris des initiatives -
quel gâchis !
A l’UIR Paris Nord, lors de l’appel à volontaires, il y eut des grincements
de dents, des prises de paroles virulentes relatant les faits qui ont
détruit nos services, écoeuré et démotivé les agents des lignes. Puis,
l’appel à l’aide a résonné dans la tête et dans le coeur de certains, ils
ont décidé de partir aider les collègues en Seine-et-Marne pour les uns, en
Dordogne pour les autres, en Creuse également. Les aides furent ponctuelles
ou durables, selon les besoins rencontrés sur place.
Le premier constat des agents est celui d’un réseau complètement ravagé. Les
réparations provisoires effectuées ont permis aux abonnés de retrouver la
tonalité, mais les artères aériennes sont maintenant des artères posées au sol.
Un second constat fait état d’un manque de matériel flagrant (depuis les
câbles jusqu’aux moyens mécaniques pour les installer : nacelles, échelles,
etc.). Là aussi, il y aurait beaucoup à dire sur la nécessité du stock zéro
imposé aux établissements depuis quelques années. Mais on sait aussi que
notre P.D.G. se vante d’avoir restructuré 20.000 emplois pour diminuer la
masse salariale au profit bien sûr des résultats boursiers. Alors, on
comprend mieux pourquoi nous manquons de matériel lorsque se déchaînent les
éléments.
Les réparations s’avèrent longues et difficiles. L’enchevêtrement des
arbres, des fils, des poteaux, et même des lignes EDF dans le cas de
parcours communs, s’ajoutent aux problèmes matériels et structurels. Bref,
les collègues ont travaillé dans les difficultés en permanence, mais avec un
seul souci, rétablir les liaisons jusqu’au fin fond des hameaux isolés du
reste du monde depuis trop longtemps.
Il faudra des années pour retrouver un réseau fiable et digne des
spécialistes des lignes, à moins que certains se contentent du provisoire,
ce serait encore moins coûteux.
Dans le cas le plus optimiste, il serait bienvenu de rassembler enfin toutes
les bonnes idées, d’investir, et d’innover pou le service du public.
Alors, le service des lignes retombera-t-il dans l’oubli en attendant la
prochaine catastrophe ou bien, participera-t-il à la reconstruction du
réseau ?
Merci à tous ceux qui font encore vibrer la corde du métier, pour que l’an
2000 soit celui du renouveau de notre profession.

Roger Ruinaud
CSDPTT Ile de France

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Nous vous présentons ci-joint, sous forme de reportage, le compte rendu du
séjour de Bruno Jaffré à Cotonou dans le cadre du forum de la téléphonie
rurale qui s’est tenue du 2 au 7 décembre dans cette ville.

La rédaction


Cotonou , capitale... de la téléphonie rurale
Tout de suite dans le vif du sujet
Je voyage à l’aller en compagnie d’un commerçant béninois, importateur de
matériel électronique hi-fi et vidéo. La discussion se tourne très vite vers
le téléphone. Il est peu répandu au Bénin : " J’ai voulu l’installer dans
les faubourgs de Cotonou, on m’a fait payer 165000 FCFA car il y avait des
poteaux à poser. Mais ça durait. J’ai du donner 15000 FCFA au technicien
pour que l’installation se fasse. Il dit toujours qu’il manque telle ou
telle chose, du câble un combiné. Il y a des gens qui ont payé qui peuvent
attendre un an sans rien voir venir. "
Il se trouve que dans la navette qui transporte les conférenciers à leurs
hôtels, je me trouve avec les membres de RASCOM . j’en profite pour engager
la conversation... Pour lire l’article...