Warning: exec() has been disabled for security reasons in /var/www/vhosts/csdptt.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_lib_mini.php on line 744 Lettre de Septembre 1999 - CSDPTT - Coopération Solidarité Développement aux PTT

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Lettre de Septembre 1999

Septembre

mercredi 1er septembre 1999


LA LETTRE de SEPTEMBRE 99
No : 46

Sommaire :
-Editorial : Dysfonctionnements

- Rencontre avec une délégation du télécentre de Tombouctou

- Rencontre avec M. Nyamba

- Chaos téléphonique au Brésil

- Conflits à Madagascar

- Vietnam ; rénégociation de contrats

- L’activité de RTSF en 1998.

- En bref  : Tchad, Mexique, Algérie, ICO, Ghana, panne de réseau de
 
MCIWorldCom

- Livre : ONG et Développement Société Economie Développement Collectif 
 Edition Karthala 06/98 684 pages

- Article Quelle insertion de l’Afrique dans la "société de 
l’information " :
quels usages, quels risques ? Annie CHÉNEAU-LOQUAY REGARDS Unité Mixte de 
Recherche CNRS-ORSTOM


Dysfonctionnements
La privatisation des télécommunications en Afrique est aujourd’hui 
pratiquement générale et n’est donc plus un sujet de débat. Nous l’avons 
souvent souligné ici, elle a été d’autant mieux acceptée que les Etats 
avaient pris l’habitude de ponctionner les opérateurs publics grevant 
ainsi leur possibilité d’investissement et participant à l’accroissement 
de l’endettement en ne réglant pas les notes des administrations. Les 
crédits des bailleurs de fonds n’étant délivrés que sous réserve de 
libéralisation, les Etats n’avaient guère de marge de manoeuvre pour 
développer leur réseau fixe. Pourtant, il ne faut pas se faire trop 
d’illusions. Nous avons rassemblé dans ce numéro quelques exemples des 
méfaits de la libéralisation en particulier sur la qualité du service. A 
méditer...
Les opérateurs internationaux qui se sont disputés les opérateurs les 
plus potentiellement rentables ne l’ont pas fait par mercantilisme. Il 
s’agit de faire de l’argent et vite. Mais la rentabilité des 
télécommunications en zone rurale n’est bien sûr pas aussi rapide qu’en 
zone urbaine. Le report du forum international sur la téléphonie rurale 
prévu en septembre ne reflète-t-il pas le peu d’intérêt suscité par une 
telle initiative dans un monde des télécommunications plus sensibles au 
cours des actions en bourse qu’au besoin des populations ?
 Bruno Jaffré


Rencontre avec une délégation du télécentre de Tombouctou
Les membres de CSDPTT disponibles (5) ont rencontré le 18 mars une 
délégation du télécentre de Tombouctou composée de Mme Diahara Malle, 
gestionnaire du TCP, de Mme Fau Marguerite responsable de l’exploitation, 
de M. Birama Diallo coordinateur, de M. Brehima Sidibé coordinateur 
adjoint par ailleurs Président de l’ADPPTT (Association pour le 
Développement et la Promotion des postes et Télécommunications de 
Tombouctou) et du Docteur Koné, vice-président du comité local de 
direction et directeur régional de la santé. La délégation était 
accompagnée de M. Salia Sanogo, consultant bénévole de l’UNESCO qui a 
beaucoup contribué au démarrage de l’expérience, lui-même ayant créé un 
télécentre à Cergy Pontoise.
Les membres de cette délégation nous ont fait part des différentes 
difficultés rencontrées depuis la décision du lancement de l’expérience 
dans laquelle sont partie prenante, l’UIT, la SOTELMA, l’UNESCO, la FAO 
et d’autres organismes internationaux. Aujourd’hui, le télécentre 
fonctionne avec 6 PC. Cinq villages alentours peuvent s’y connecter. Il 
offre les services de messagerie, de scanerisation de documents, de 
formation sur les logiciels word, excel, de saisie de documents et de 
connexion à Internet. Il possède aujourd’hui 3 lignes mais devrait à 
terme en compter 18 certaines réservées à des cabines téléphoniques et au
 
fax, les autres pour les connexions à Internet.
Plusieurs PC réformés par le CNET (Centre National d’Etudes des 
Télécommunications) devraient bientôt partir pour Tombouctou dans le 
cadre d’une convention CNET-UNESCO signée cette année.
Les attentes sont nombreuses en matière de communications entre les 
habitants (numéros vert, téléphone haut parleur pour le réseau des 
femmes), mais aussi de télé-médecine, télé-commerce et télé-enseignement.
 
De l’avis général, rarement un projet de ce type aura autant motivé les 
différentes communautés.
La rencontre s’est terminée par une soirée amicale et les échanges se 
sont poursuivis autour d’un bon repas.
On pourra se reporter au site :
http://www.tombouctou/org/ml




Rencontre avec M. Nyamba

M. André Nyamba, ethno-sociologue à l’université de Ouagadougou, auteur 
de l’étude de faisabilité relative à l’installation de 4 téléphones 
villageois dans la province du Nayala, de passage en Europe, a rencontré 
Emile Q. en Belgique où ils ont longuement pu faire le tour des 
différents problèmes concernant ce projet. Il a par ailleurs pu 
rencontrer à Paris 3 adhérents de CSDPTT au cours d’un déjeuner amical.
Les échanges ont porté sur les conséquences de l’installation du 
téléphone dans des communautés villageoises et sur les problèmes de 
développement en général.




Chaos téléphonique au Brésil

Près d’un an après sa privatisation, le Brésil a connu un véritable chaos 
téléphonique, jugé historique, pendant quelques jours à tel point que le 
Président de la république a du donner un ultimatum aux différents 
opérateurs. Il semble que les opérateurs devaient mettre un nouveau 
système en place qui n’a apparemment pas supporté le flux des 
communications. Ainsi seulement 44% des communications pouvaient être 
acheminées et parfois après 5 tentatives. L’opposition de gauche qui 
s’était opposée à la privatisation a déclaré " les usagers goûtent les
 
saveurs de la privatisation ".
Après la privatisation de juillet 98, l’opérateur Telebras avait été 
démantelé en 11 opérateurs la plupart ayant été racheté par des 
opérateurs internationaux.


Conflits à Madagascar
Durant une journée, l’opérateur du réseau fixe TELMA (Telecom Malagasy 
dans lequel est présent FCR, filiale de France Télécom, à hauteur de 34% 
du capital) a privé l’ensemble des opérateurs de mobiles de toutes 
possibilités de connexion. TELMA entendait ainsi accélérer le 
recouvrement d’impayés. Quatre opérateurs de mobiles se partagent à 
peine 20000 clients. Il s’agit d’ANTARIS-SMM, où sont présents FCR ET 
Mauritius Telecom, de MADACOM aux mains de capitaux asiatiques, de SACEL 
dans laquelle TELMA possède 34% du capital, qui devrait être bientôt 
racheté par le dernier, TELECEL, à capitaux majoritairement américains, 
le plus ancien, implanté dans de nombreux autres pays d’Afrique.
Ce pays a connu une succession de conflits dans le domaine des 
télécommunications. Il y a d’abord eu de nombreuses difficultés avant que 
les opérateurs de mobile signent des accords d’interconnexion entre eux. 
Il semble que des pressions aient été exercées à l’encontre de Mauritius 
Telecom qui voulait se lancer sur le marché du téléphone fixe. Enfin des 
commentateurs se sont étonnés de l’arrivée de FCR dans le capital de la 
SMM alors que la SRR (société réunionnaise de radiotéléphone filiale de 
la SFR) avait été la première à y investir.
Ainsi selon certains commentateurs, la lutte entre les différents 
opérateurs consiste surtout à obtenir de la part des hommes politiques 
facilement corruptibles plus de facilités et d’exemption que les concurrents.
Aujourd’hui, Madagascar ne compte que 50000 lignes fixes pour 15 millions 
d’habitants, le réseau est encore analogique.
Le pays compte 7 fournisseurs d’accès à Internet, et on estime le nombre 
d’abonnés à environ 3500, 2000 étant clients de DTS, filiale de FCR. Les 
fournisseurs d’accès concurrents se plaignent des difficultés et des 
lenteurs à obtenir des lignes spécialisées.


Vietnam ; rénégociation de contrats
La société britannique Cable & Wireless souhaite renégocier un contrat 
avec le gouvernement vietnamien. Celui signé en août 1998 prévoyait que 
cette société installe 250000 lignes en 5 ans dans la capitale 
vietnamienne et que la maintenance soit assurée pendant 15 ans, les 
revenus devant être partagés avec l’Etat vietnamien.
Selon le quotidien les Echos, cette société se plaignait d’une croissance 
trop faible de la demande en téléphones fixes. D’autres sociétés ayant 
obtenu des contrats similaires dans le pays, dont France Télécom et le 
japonais NTT tenteraient également d’en renégocier les termes.




L’activité de RTSF en 1998.

L’association RTSF (Réseau Télécom Sans Frontières, à ne pas confondre 
avec TSF agissant au Kossovo) est composée d’agents de France Télécom de 
la région de Tours. Elle bénéficie d’une reconnaissance de la DR de Tours 
qui lui octroie une aide régulière. Elle intervient au Mali.
En 1998, 6 techniciens de RTSF ont effectué avec succès différentes 
missions au Mali en partie subventionnées par la coopération française. 
Une équipe a formé des techniciens à l’installation et la maintenance de 
concentrateurs TELIC, conformément à une demande de la SOTELMA. Une 
équipe a testé, une liaison entre une ville de province et Bamako, puis 
procédé à l’installation d’un concentrateur TELIC sur cette même liaison. 
Elle a travaillé à la réparation d’un concentrateur en panne depuis 
plusieurs mois.
Une autre équipe a procédé à l’installation de matériel radio dans le 
poste principal de police de la ville de Fana (jumelée avec Amboise) afin 
de le relier à un poste secondaire. Ce projet fait suite à une demande du 
comité de jumelage. Enfin cette dernière équipe a offert une dizaine de
 
postes radio afin d’équiper des véhicules de la SOTELMA et a formé des 
techniciens à leur installation.


En bref
MSI Cellular Investments a été désigné adjudicataire provisoire de la 
licence de téléphonie cellulaire CSM au Tchad face à trois autres 
concurrents, Télécel, Distacom et Tchad Telecom Plus.
Bien que l’opérateur Telmex ait été privatisé depuis bientôt 10 ans, le 
Mexique est critiqué par un rapport de l’OCDE qui lui reproche d’avoir la 
densité téléphonique la plus faible parmi ses membres et de pratiquer des 
prix trop élevés.
Le gouvernement algérien a autorisé 5 fournisseurs privés, tous 
domiciliés en Algérie, à proposer des accès Internet et des licences leur 
ont été octroyées à cet effet. Le monopole des accès en Algérie était 
jusqu’ici détenu par le Centre d’Etudes et de recherche en information 
scientifique et technique.
La filiale d’INMARSAT, ICO, à l’origine d’un projet de réseau 
satellitaire concurrent d’Iridium et de Globalstar, n’a pas réussi à 
rassembler les 600 millions de dollars qu’elle recherchait, pour 
rembourser ses dettes. Cette constellation a toujours besoin de 1,7 
milliards de dollars pour boucler son budget, le coût total du projet 
étant évalué à 4,6 milliards.
L’opérateur Ghana Telecom (dont 30% des parts appartient à Malaysia 
Telecom) compte 120000 abonnés contre 75000 en 1996 et en prévoit 500000 
en 2001. Le pays compte par ailleurs 3 opérateurs de mobiles privés : 
Millicom (15000 abonnés, réseau Mobitel), Scancom Ghana/Spacefon (10000 
abonnés ) et Celltel (5000 abonnés).
Deuxième opérateur de téléphonie longue distance, possédant le premier 
réseau Internet du pays, l’opérateur américain MCI WorldCom a connu une 
panne de 10 jours sur son réseau de transmission de données à relais de 
trames, ce qui a affecté les transactions sur le marché des dérivés de 
Chicago et a empêché un certain nombre d’abonnés à AOL ou CompuServ 
d’accéder à leur service en ligne.


ONG et Développement
Société Economie Développement
Collectif

Edition Karthala 06/98 684 pages
Cet ouvrage constitué d’une quarantaine d’articles en provenance de 
chercheurs ou d’acteurs du développement constitue une synthèse de l’état 
des réflexions sur les ONG tant au Sud qu’au Nord. Les auteurs se 
penchent sur l’importance croissante de ces structures dans les processus 
de développement et dans les mécanismes d’aide, la diversité de leur 
activité et la variété des effets produits.
Parmi les thèses abordées, notons, les ONG et la dynamique sociale, les 
ONG et l’action, les ONG et l’analyse économique, les ONG et le marché, 
les ONG dans le contexte étatique et sur la scène mondiale, les ONG entre 
conflits et coopération, autant de sujets qui peuvent éclairer d’un jour 
nouveau et avec une distance critique l’activité de CSDPTT et de nombreux 
autres acteurs du développement.

______________________________________

Nous publions ci-dessous la conclusion d’un travail universitaire sur 
l’introduction des nouvelles technologies de l’Information en Afrique. 
Vous pouvez trouver l’intégrale de ce travail à l’adresse 
http://www.regards.fr/africanti/. Vous
pouvez joindre l’auteur à 
loquay@regards.cnrs.
 La Rédaction.


Quelle insertion de l’Afrique dans la "société de l’information " :
quels usages, quels risques ?
Cette insertion dans le système mondial de l’information suscite 
l’immense espoir d’accomplir un saut technologique qui contribuerait à 
résoudre les problèmes régionaux mais si les discours internationaux sont 
souvent dithyrambiques, sur place les enjeux et les risques sont perçus 
de manière beaucoup plus réaliste étant donné les fortes contraintes 
liées au sous développement, comme le montre par exemple l’étude 
effectuée au Sénégal dans les milieux de l’échange (commerçants, 
migrants,...)1.
Le coût de l’équipement est très élevé, les coupures d’électricité 
fréquentes, la poussière, la chaleur nécessitent des conditions 
particulières pour que les ordinateurs fonctionnent normalement. Au Bénin 
par exemple, l’infrastructure internet (ordinateur, modem, téléphone) 
coûte environ 1 800 000 F CFA, c’est a dire environ 9 ans de revenus pour 
le Béninois moyen (le revenu moyen par équivalent-adulte est 190 955 F 
CFA par an). Dans le même temps, le coût fixe de fonctionnement d’une 
boite aux lettres coûte à l’opérateur télécom national 12000 F CFA, alors
 
que le revenu moyen par mois est environ 16000 F CFA. Les 4 000 F CFA qui 
restent couvrent a peine 1 heure 20 de connexion 2. Si les accès privés 
sont encore rares, les accès publics sont très fréquentés, dans les 
universités ou les centres de recherche bien sûr, mais aussi en ville. 
Metissacana à Dakar, premier cyber café du continent, connaît un grand 
succès et au Sénégal les télécentres équipés de liaison internet 
commencent à être utilisés par les petits entrepreneurs du secteur 
informel. Les journaux s’installent sur le réseau.
Outre des moyens financiers et des conditions environnementales 
favorables, les technologies de l’information (capteurs solaires, 
téléphones, télévisions, paraboles, ordinateurs) requièrent des normes 
tant techniques que juridiques pour fonctionner correctement, être 
installées et entretenues. Il faut des réseaux d’installateurs, des 
entreprises de services de maintenance distribuant pièces détachées, 
équipements et consommables. Une chaîne technique sans rupture est 
souhaitable. Il faut aussi que les personnes physiques ou morales qui 
cherchent à acquérir de telles techniques possèdent une existence 
juridique pour bénéficier de prêts, ou avoir des recours si l’équipement 
fonctionne mal. Concevoir des installations décentralisées, les 
entretenir, les garantir, les financer est donc peu compatible avec 
l’économie informelle. Si ces conditions de droit ne peuvent pas être 
mises en place, on voit les équipements tomber en panne, ne pas être 
réparés, et il faut qu’une nouvelle source de financement puisse 
permettre de renouveler le matériel. L’Afrique ressemble trop souvent en 
matière d’équipement à un éternel tonneau des Danaïdes.
La technologie et particulièrement les TIC sont perçues en Afrique comme 
étant au c ur de grandes man uvres pour le contrôle des marchés, des 
idées et des systèmes de valeur et comme devant être demain un des 
principaux facteurs discriminants entre pauvres et riches, aussi bien à 
l’échelle internationale qu’à l’échelle individuelle. Dans un tel 
domaine, où l’innovation a précédé la demande (on se trouve dans un 
domaine de "push" technologique, ce qui n’est pas original : au début on
 
pensait que le téléphone servirait uniquement à retransmettre les 
représentations théâtrales), les usages sont encore à inventer en évitant
 
deux écueils :
 - considérer que cela ne sert à rien, que les besoins fondamentaux des
 
populations sont autres et ne sont pas couverts,
 - considérer au contraire que cela peut servir à tout et à résoudre le
 
"problème du développement".
Entre ces deux excès quelle attitude adopter pour développer des usages 
efficaces d’internet et éviter l’effet mode et le mimétisme ? Le champ 
des possibles est ouvert s’il est réellement tenu compte des besoins 
réels et si on ne cherche pas à parachuter en Afrique des modes d’action 
et de pensée du Nord, ce qui est un risque majeur véhiculé plus que 
jamais par ce type d’outils "déterritorialisés".
En perspective, l’ère du décodeur , l’extrême du contournement du 
territoire
Les technologies numériques accessibles par décodage ne sont plus 
tributaires d’un service au sol ; on ne peut plus parler dans leur cas 
d’aménagement du territoire.
L’extrême contournement du territoire de l’État sera atteint dans le cas 
des projets de télécommunication directe par satellite, tel qu’Iridium ou 
Globalstar, systèmes complètement déterritorialisés, où la seule relation
 
avec le client se fait directement par l’intermédiaire d’un décodeur3. Au 
début de 1998, la principale société qui commercialisait de tels systèmes 
à Paris faisait 80% de son chiffre d’affaire avec des clients africains. 
Alors que les fréquences hertziennes sont attribuées par les États, 
ceux-ci seront-ils encore capable de les contrôler quand ce sont les plus 
riches, les plus proches du pouvoir qui acquièrent de tels moyens ? En 
outre, avec la baisse des coûts qui est inévitable, ces systèmes risquent 
de faire concurrence aux infrastructures déjà installées et en outre de 
faire fi du potentiel technologique et des compétences locales. Le 
dernier projet en date, celui de Bill Gates, Teledesic, qui accaparerait 
certaines orbites, est contesté par les Européens qui présentent un 
projet concurrent, mais l’hégémonie américaine tend à s’affirmer toujours 
davantage dans ce secteur hautement stratégique et rentable. Quelles que 
soient les solutions adoptées, les pays africains ne maîtrisent ni la 
technologie ni les coûts et risquent d’être submergés par les contenus du 
Nord, le vrai défi pour eux est celui de l’appropriation des contenus et 
de la maîtrise technique.
Avec l’installation des satellites basse orbite, l’échelle de l’Etat et 
de la nation risque de se trouver contournée à la fois par le haut et par 
le bas :
. par le haut, avec l’emprise des réseaux gouvernés par les pays du Nord. 
La décennie quatre-vingt dix s’est ouverte de façon emblématique par la 
guerre du Golfe, gigantesque jeu vidéo en vraie grandeur où les 
performances des technologies de la communication ont été testées et où 
la télédétection a joué un rôle majeur dans la conduite au sens propre de
 
la guerre (ciblage des tirs, repérage des troupes...). Dans des domaines 
moins dramatiques, les satellites d’observation de la terre peuvent 
pallier en grande partie la carence très générale des services 
statistiques en Afrique sur les usages des sols, les ressources et leurs 
limites.
. par le bas, avec la prolifération d’entités fonctionnant comme des 
isolats sur leur territoire local mais reliées à l’extérieur. La remise 
en cause de l’État, du territoire et aussi des cultures locales serait 
donc particulièrement effective pour les NTIC.
En s’affranchissant de la matérialité du territoire, ces technologies ne 
vont-elles pas plutôt accentuer les différenciations spatiales, la 
tendance au développement d’espaces de pénurie autour d’oasis bien 
équipées ?
La question des infrastructures de télécommunications est liée à celle 
des infrastructures et des équipements en général que l’Etat a pour 
fonction d’entretenir. La transmission d’informations sur la santé par 
internet est certes importante pour un médecin, mais faut-il encore 
pouvoir transporter le malade à l’ hôpital. L’Etat, le droit et les 
réseaux sont intimement liés dans un processus de développement. Des 
technologies mobiles et numériques sont par contre compatibles avec des 
économies du type de celle des chefs de guerre du Libéria, de l’ex-Zaïre, 
de l’Angola.
Ou alors les Etats sauront mettre en place des systèmes de régulation 
afin de rechercher une équité socio-spatiale dans la diffusion de ces 
outils : les techniques le permettent mais la mise en uvre ne peut pas 
appartenir au seul marché et la nouvelle approche institutionnelle au 
niveau des instances de coopération internationales permettra peut être 
de réduire la pression des tenants du pur libéralisme sur les Etats 
africains.
Annie CHÉNEAU-LOQUAY
REGARDS Unité Mixte de Recherche CNRS-ORSTOM . MAISON DES SUDS >BP 200 - 
Esplanade des Antilles 33405 TALENCE CEDEX
 1. CHENEAU-LOQUAY A., DIOUF P., 1999. Les usages des nouvelles 
technologies de l’information et de la communication pour les besoins de 
l’échange au Sénégal, rapport d’une mission effectuée en avril 1998, 
60p., in : Enjeux pour le développement, Chéneau-Loquay A. (ed.), in : CR 
ROM Internet au Sud, RENAUD P.(ed.), UNESCO, coll. Publica.
2. LOHENTO K., 1997. Radioscopie de la connexion du Bénin à l’Internet. 
Mémoire de fin d’études du premier cycle, filière documentation. Centre 
de formation aux carrières de l’information, Ecole Nationale 
d’Administration, Université Nationale du Bénin, 150p.
3. RENAUD P., 1997. Vers une désertification technologique au Sud. 
Conférence L’Afrique, la France, les Etats-Unis, 22-24 mai, Bordeaux, 
organisée par le CEAN et l’Université de Boston.