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Lettre de Juillet 1999

Juillet

jeudi 1er juillet 1999

LA LETTRE de JUILLET 99
No : 44

Sommaire
editorial : Du soleil dans la grisaille
CSDPTT à la rencontre nationale des réseaux pour le Burkina
CSDPTT rencontre Ingénieurs Sans Frontières
Partenariat en vue Afrique Verte
Ambition béninoise
La Grameen Bank crée Grameen Phone
Le téléphone et le courrier dans le cinéma malien
Licence de téléphonie mobile au Cameroun pour FCR
Appel d’offres pour la téléphonie rurale au Burkina
Les télécommunications en zone rurale bientôt en débat à Cotonou
De gros moyens pour Télécom Sans Frontières
Reportage : A la découverte des télécommunications maliennes



Du soleil dans la grisaille

Il est nécessaire de temps à autre de confronter nos idées ou nos actions 
à la réalité du terrain. Conscient des difficultés et des possibilités 
d’échec, nourri des discussions internes à l’association et enhardi par 
les expériences précédentes, je ne me posai aucune question existentielle 
concernant notre mission. Des mois de correspondance, de préparation, de 
récupération de matériel trouvaient ainsi leur finalité.
Sur place le contraste est saisissant mais les nombreuses difficultés en 
masquaient une nouvelle, celle d’être les représentants de l’association, 
les porte-parole qui défendent la cause, remise en cause permanente, 
certitudes qui n’en sont plus. Rien de tel pour étalonner notre volonté, 
pour vérifier que l’on ne s’est pas égaré et à deux nous avons pu 
confronter nos points de vue, additionner nos énergies.
Alors, quand on constate que l’on ne s’est pas trompé, que l’on est en 
phase avec l’action, on goûte pleinement l’accueil chaleureux, déconcerté 
parfois d’être l’objet de tant d’attentions que l’on se doit de 
satisfaire sans oublier que d’autres nous attendent. Compromis difficile 
à trouver faute de temps mais il y aura une prochaine fois, on ne peut 
pas faire autrement.
En attendant la correspondance continue avec maintenant des visages, des 
lieux, des souvenirs et une conviction renforcée.
 Philippe Darrouy


CSDPTT à la rencontre nationale des réseaux pour le Burkina
La rencontre nationale des réseaux pour le Burkina Faso qui s’est tenu le 
week-end des 19 et 20 juin fut très enrichissante. Elle a rassemblé une 
petite centaine de personnes. Emile Q. de Nice y représentait CSDPTT. La 
rencontre rassemblait plusieurs associations dont Peuples Solidaires, 
l’AFDI (association des agriculteurs), le réseau des lycées agricoles et 
le CCOBF (Comité des Concertation des ONG au Burkina Faso).
Après un début laborieux, cette rencontre nous a permis de faire 
connaître CSDPTT au travers des différents ateliers. Notre projet de 
téléphonie rurale a été très appréciée et a suscité de nombreuses 
questions quant aux possibilités ultérieures. Nous avons pu avoir un 
contact avec un groupe d’Alès travaillant pour le village de Biba, un des 
villages concernés par l’installation de téléphone prévue en octobre. 
Nous avons pu constater qu’il était impératif d’avoir des relais locaux 
sur le terrain pour mener à bien des projets. Des lettres de CSDPTT ont 
été distribuées et les coordonnées réciproques échangées avec plusieurs
 
protagonistes.
En conclusion, ces journées très bénéfiques nous serviront grâce aux 
expériences et contacts divers, à préparer sérieusement de futurs 
projets.


CSDPTT rencontre Ingénieurs Sans Frontières
Thierry L. et Bruno J. de CSDPTT ont rencontré M. Sylvain Spinelli 
vice-Président d’Ingénieurs Sans Frontières le 28 juin à Paris. Cette 
rencontre a permis un échange d’informations sur les activités des deux 
associations. ISF est une fédération d’une trentaine de groupes locaux 
ayant signé la charte ISF. Il s’agit essentiellement d’élèves des grandes 
écoles. L’association compte 9 permanents, 6 salariés et 3 objecteurs, de 
conscience et environ 1000 bénévoles pour un budget d’environ 3 millions 
de F. ISF bénéficie de financements essentiellement publics mais 
recherche aussi des conventions avec des entreprises privées.
Son activité se concentre sur l’accompagnement technique et la maîtrise 
d’ouvrage pour des projets d’infrastructure (adduction d’eau, route, 
électrification) et l’éducation au développement en milieu étudiant. Elle 
mène environ 30 missions par an sur le terrain avec le départ de 50 à 70 
volontaires durant les vacances scolaires.
CSDPTT a proposé l’organisation de débats dans des écoles afin de 
participer à la sensibilisation les étudiants et évoqué la possibilité de
 
mission d’élèves ingénieurs pour le compte de CSDPTT.
Bruno J. a ensuite participé à un COLEOPTERE (COLlège d’Evaluation des 
OPérations de TERrain Envisagées), où on l’avait sollicité pour porter un 
avis sur un projet d’installation de radios en Equateur présenté par des 
élèves ingénieurs.


Partenariat en vue Afrique Verte
Felix B. et Bruno J. de CSDPTT ont rencontré M. Jean Marie Nicolas 
d’Afrique Verte (voir Lettre de CSDPTT N°41) le 8 juillet à Nanterre. Ce 
dernier a posé de multiples questions pour évaluer la capacité de CSDPTT 
à mener à bien des projets de téléphonie rurale, les compétences 
professionnelles de ces adhérents, les conditions d’un partenariat. A la 
suite de cette discussion, il nous a affirmé l’intérêt d’Afrique Verte 
pour la réalisation d’un projet de téléphonie rurale de grande ampleur en 
partenariat avec CSDPTT sur lequel nous commencerions à travailler après 
l’installation des 4 téléphones dans la province de Nayala au Burkina 
Faso prévue en Octobre .


Ambition béninoise
Le français Alcatel allié à l’américain Titan Corporation vient de 
remporter un contrat estimé à 60 millions de dollars au Bénin avec l’OPT 
(Office des Postes et Télécommunications du Bénin). Ce contrat permettra 
au Bénin de disposer d’une infrastructure GSM. Par ailleurs 5 centraux 
téléphoniques devront être numérisés. Enfin un réseau de fibre optique 
devra être installé entre Cotonou, Pora et Naitingou.
Ce projet devrait permettre à terme au Bénin de disposer de 500000 lignes 
téléphoniques contre 33000 actuellement. Un volet micro- informatique est 
inclus dans le projet qui prévoit le montage et la distribution de 
micro-ordinateurs ce qui devrait faire baisser les coûts des micros dans 
ce pays.
Il s’agit d’un contrat de type BOT (Build, operate and transfer, 
 (construire opérer et transférer), un type de contrat peu répandu dans
 
ce domaine. L’OPT est un des derniers opérateurs africains à ne pas être 
privatisé. (source Liaison francophone du 11/06/99)


La Grameen Bank crée Grameen Phone
La Grameen Bank (Grameen veut dire village) est une banque créée en 1983 
à l’initiative de M. Muhammad Yunus d’un professeur d’économie à 
l’université de Chittatong au Bangladesh. Elle s’adresse aux pauvres et 
aux populations villageoises qui n’avaient pas accès au crédit bancaire 
jusqu’ici. Elle compte aujourd’hui 2,3 millions d’emprunteurs répartis 
dans la moitié des villages du pays, 94% d’entre eux sont des femmes. 
Elle est désormais détenue par 90% des emprunteurs eux-mêmes. La valeur
 
moyenne des prêts atteint 160 dollars et le taux de remboursement atteint 97%
La Grameen Bank est à l’origine de la compagnie téléphonique Grameen 
Phone qui envisage d’équiper 50000 villages de cabines à téléphone 
cellulaire tenues par des micro-entrepreneurs qui gagneraient ainsi 2 
dollars par jour. Ces téléphones publics devraient de plus donner accès à 
Internet. Les animateurs de la Grameen Bank envisagent de faire 
fonctionner le matériel électronique grâce à l’énergie solaire fournie 
par la Grameen Shakti (énergie) qui développe une électrification légère 
des villages


Le téléphone et le courrier dans le cinéma malien
Le film malien d’Abderrahmane Sissako, La Vie sur Terre, actuellement sur 
les écrans parisiens, consacre de nombreuses séquences à l’utilisation du 
téléphone ou du courrier par les habitants du village de Sokolo au Mali. 
Nous publions ci-dessous des extraits d’une l’interview du metteur en scène :
" Comme le dit un des personnages du film " la communication c’est une
 
question de chance. Souvent, ça marche, souvent ça ne marche pas ".. Il y
 
a quelque chose de plus important que le message, c’est l’acte même de 
vouloir communiquer, d’essayer d’aller vers l’autre. Même si l’autre 
n’entend rien, car la communication est mauvaise, il sait qu’à un certain 
moment de la journée on a essayé de lui parler. L’information telle qu’on 
la conçoit en occident est moins importante dans ce cas précis où 
l’intention de la communication est la plus forte. Ma relation familiale 
a toujours été comme ça : mon intention de communiquer a toujours été 
plus forte que l’acte. Quant à la radio, c’est un compagnon en Afrique. 
On l’écoute sans l’entendre sans l’écouter. C’était aussi une façon de 
faire exister la modernité : ce village n’est pas coupé du monde, il est 
en communication avec le monde, il est à son écoute. En filmant Sokolo, 
j’ai voulu qu’on l’écoute, mais peut-être est-ce mon parti pris et Sokolo 
ne demande-t-il pas cela. Pourtant si le monde l’écoutait aussi un peu ce 
serait bien ".
A propos d’une lettre où un villageois remercie les seins de leur aide, 
l’auteur déclare : " La société africaine vit dans une forme de mutuelle,
 
de soutien permanent et réciproque et survit grâce à ça. Cette démarche 
est importante. Mais l’entraide doit être toujours entre deux personnes. 
J’aide aujourd’hui, car on m’a aidé hier. Quand je suis parti en Russie, 
j’avais 19 ans, ma mère m’a dit : " Tu sais, je n’ai aucune idée de cet
 
endroit, je ne peux rien te dire de ce qui l’attend mais, à chaque fois 
que quelqu’un sera dans le besoin devant toi, donne-lui, mais dis-toi que 
ce n’est jamais lui qui va te rendre ".
C’est le principe de la chaîne, et cette séquence de la lettre c’est un 
peu ça : donner ce que l’on a et prendre ce que l’on n’a pas. Mais ce 
n’est pas " l’aide à l’Afrique " que je prône, c’est plutôt l’aide
 
individuelle, entre des hommes, ce n’est pas le côté politique. L’aide à 
l’Afrique est forte quand il y a aide culturelle et humaine plutôt que 
tous les projets d’échange politique et économique entre les Etats. C’est 
parce que quelqu’un m’a donné que je peux donner à l’autre : voilà la 
base de la société africaine, et c’est grâce à cette entraide qu’elle 
arrivera jusqu’à l’an 2000 ".


Licence de téléphonie mobile au Cameroun pour FCR
Le gouvernement avait lancé en juin 1998 un appel d’offres international 
afin d’attribuer une deuxième licence de téléphonie mobile pour 
concurrencer Camtel-Mobile issue de la récente restructuration de 
l’ancienne direction générale des télécommunications du ministère des P &
 
T. Camtel-Mobile, en attente de privatisation, n’en est en réalité qu’à 
l’état expérimental et ne compte que 5000 abonnés alors que la demande 
est estimée à 100000. Il semble susciter le mécontentement de ses 
premiers abonnés. C’est France Câble et Radio, filiale de France Télécom 
qui l’a emporté contre Télécel, déjà présente dans de nombreux pays, MSI
 
Cellular Investment et MTN dirigée par Cyril Ramaphosa ancien dirigeant 
syndical sud-africain. La concession a été accordée pour une durée de 15 ans
France Télécom est déjà présente au Cameroun par l’intermédiaire d’un 
contrat d’assistance avec la société Intelcam en charge des 
communications internationales. D’autre part FT a saisi la cour 
internationale d’arbitrage de la Chambre de Commerce internationale de 
Paris pour faire valoir une créance de 34,4 millions de FF sur Intelcam 
dont Camtel, la nouvelle société publique a pris la succession.
Le choix de FCR suscite pourtant de nombreux commentaires. En effet 
selon, Jeune Afrique Economie du 31 mai : " Certains proches du dossier
 
se disent persuadés que France Télécom proposera tôt ou tard, de 
compenser sa proposition financière pour l’acquisition de sa licence GSM 
avec la créance détenue sur l’Etat via Camtel (près de 40 millions de FF 
si l’on ajoute les intérêts), France Télécom n’aurait qu’à débourser 60 
millions de FF, une somme soudainement en proportion avec les offres 
financières de Télécel et MSI ".
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Appel d’offres pour la téléphonie rurale au Burkina

Le gouvernement vient de lancer un appel d’offres pour la fourniture, 
l’installation et la mise en place d’équipements de téléphonie rurale 
pour désenclaver une vingtaine de localités du pays. L’ONATEL envisage de 
couvrir d’ici 2002, tous les chefs-lieux des 350 départements du pays. 
Moins de la moitié, 130 sont actuellement desservis. Par ailleurs un 
projet confié à ALCATEL sur financement de la Banque Européenne 
D’Investissement est actuellement en cours d’exécution pour doter 25 
localités en téléphone.
Par ailleurs, M. Justin Thiombiano, secrétaire d’Etat aux 
Télécommunica-tions, ancien directeur général de l’ONATEL, a effectué une
 
tournée d’information en juin sur la privatisation prochaine de 
l’opérateur national. Deux opérateurs privés seront agréés pour fournir 
des services dans le domaine de la téléphonie cellulaire. " Il a exhorté
 
les agents à un changement d’attitude. Il les a assurés que la 
restructuration qui découlera de la privatisation partielle se fera sans 
licenciement" (source gouvernementale burkinabé).
D’autre part un récent rapport de la délégation générale à l’Informatique
 
a poussé un cri d’alarme à propos du bogue de l’an 2000. Le rapport met 
en évidence des problèmes majeurs du côté des télécommunications, de 
l’électricité et de l’administration. Il souligne que l’ONATEL devra 
maintenir la pression maximum pour être prêt dans les délais. Une somme 
de 2 milliards de FCFA lui a été octroyée à cet effet.


Les télécommunications en zone rurale bientôt en débat à Cotonou
Un Forum International sur les Télécommunications en zone rurale, 
organisé par l’Office des Postes et Télécommunications du Bénin, l’Ecole 
Supérieure Multinationale des Télécommunications de Dakar et la 
Conférence des Télécommunications de l’Afrique de L’Ouest, avec le 
soutien financier de la coopération française va se tenir du 2 au 7 
septembre à Cotonou sur le Thème : " Quelles solutions pour le service 
universel dans un environnement concurrentiel multi-opérateurs : cas de 
la zone rurale en Afrique ". Deux types d’activités sont prévus ; des 
conférences sur différents thèmes touchant à la réglementation, aux 
aspects sociaux, aux solutions techniques, à l’aménagement du territoire, 
au financement et à la stratégie et une exposition permettant aux 
industriels d’exposer leurs offres.
La plupart des grandes organisations ou organismes sous régionaux ainsi 
que les organisations, institutions et organismes internationaux de 
développement et de coopération, une trentaine de pays africains seront 
représentés, mais aussi des pays comme le Brésil et l’Inde qui ont une 
forte expérience dans ce domaine.
Le Président de CSDPTT y a été invité pour faire une conférence et rendre
 
compte de l’expérience de l’association. Au contact des organisateurs 
depuis le début, notre association est intervenue pour que soit invité M. 
Nyamba professeur de sociologie, spécialiste de la communication qui 
collabore avec nous, mais aussi l’association Afrique Verte pour y 
représenter les besoins des villages. Tout récemment nous avons aussi 
demandé que le cinéaste Abderrahamane Sissoko réalisateur du film La Vie 
sur Terre (voir ci-dessus) puisse aussi être invité.


De gros moyens pour Télécom Sans Frontières
Nous vous avions informés de l’initiative d’agents de France Télécom pour 
permettre aux réfugiés du Kosovo de communiquer avec leur famille en 
mettant à leur disposition des valises INMARSAT (Lettre de CSDPTT n°42). 
TSF ne disposait alors que de 6 valises mais grâce à un don du ministère 
des Affaires Etrangères, ce chiffre est passé à 16 au mois de mai. Ne 
bénéficiant pas de communications gratuites de la part des opérateurs, le 
système mis en place consiste surtout à faire en sorte que les gens se 
fassent appelés.
Selon l’AFP, au 4 juin, quelque 40000 appels avaient été reçus (108000 
minutes) au camp de Stenkovec. Ainsi selon le Président de TSF M. 
Jean-François Cazenave, " sachant qu’un appel compte pour une famille 
d’environ 5 personnes, ce sont 200000 personnes qui ont pu donner de 
leurs nouvelles ". Une quinzaine de personnes parmi lesquels de 3 à 6 
français selon les périodes travaille avec TSF. L’opération devrait durer 
jusqu’au 15 août et bénéficie désormais d’un budget de 1,2 million de 
franc en provenance du ministère des affaires étrangères.
On apprenait début juin la signature d’une convention pour 3 ans entre 
France Télécom et TSF. Celle-ci prévoit le détachement à temps plein de
 
M. Cazenave, jusque-là gérant d’un restaurant administratif, et celui à 
mi-temps de Mm Christine Pouquet, vice-présidente jusqu’ici chargée de 
communication à la DR des Pays de l’Adour. En outre, FT s’est également 
engagé à payer un local de 30 m² et à fournir le matériel nécessaire pour
 
les activités de l’association.
A l’issue de la signature M. Cazenave a déclaré : " Nous allons entrer 
prochainement au Kosovo, et le téléphone satellitaire va nous permettre 
de participer activement à la reconstruction du pays. Nous servons 
également de relais des émissions en Albanais de Radio France 
Internationale, que nous diffusons au camp de Stenkovek. Et nous nous 
tenons prêts à intervenir n’importe où dans le monde en cas de conflit, 
de séisme, de catastrophe naturelle... ".


En bref
Quatre nouveaux satellites du réseau Globalstar viennent d’être mis sur 
orbite avec succès le 10 juin ce qui porte à 24 (sur 48 prévus et 8 de 
réserve) le nombre de satellites de la constellation déjà lancés. Ce 
réseau qui doit couvrir la terre entière qui se présente comme un 
concurrent sérieux d’Iridium devrait entrer en service à la fin de 
l’année.
La société Iridium qui traverse de gros problèmes financiers (voir 
numéros précédents) a annoncé fin juin avoir obtenu un nouveau délai 
jusqu’au 11 août de la part de ses créanciers.
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Après les impressions de voyage de Joël Perier publiées dans le numéro 
43, portant sur la poste malienne, nous publions ci-dessous les 
impressions de Philippe Darrouy, technicien en tranmission, lors de la 
mission qu’il a effectuée au Mali en avril de cette année. Elles portent 
fois sur les télécommunications maliennes.
 La
Rédaction.


A la découverte des télécommunications maliennes
BAMAKO, premiers contacts
Principale ville du Mali, Bamako est également le point d’entrée 
international et dessert tout le pays au moyen de liaisons hertziennes. 
Il existe, dans la ville seulement, un réseau cellulaire analogique qui 
sera remplacé prochainement par un GSM. Notre premier contact a été 
grandement facilité par Bassirou DIARRA, chez lequel nous étions logés. 
Il nous a permis de ne pas perdre de temps tout en nous faisant découvrir 
les endroits intéressants de la ville avant notre départ pour Kayes.
Nous avons de nouveau séjourné à Bamako une grande partie de la seconde 
semaine. Malheureusement, nous n’avons pas pu avoir de rendez-vous avec 
la direction de la SOTELMA (société des Télécommunications du Mali), 
toute occupée semble-t-il à préparer la privatisation. Avant notre 
départ, nous avons reçu un fax de Monsieur Samba SOW, PDG de la SOTELMA, 
par l’intermédiaire du secrétaire général Monsieur Diadié TOURE qui 
confirmait l’intérêt porté à notre action et le souhait de nous 
rencontrer. Notre temps étant compté nous avons tout de même pu saluer Mr 
Diade TOURE entre deux réunions. Dommage, nous aurions aimé l’interviewer 
sur l’avenir de la SOTELMA, des télécommunications au Mali et sur nos 
relations.
Lors de mon dernier passage à Bamako, j’ai pu rencontrer plus longuement
 
Django DIAKITE qui nous avait précédemment reçus dans les locaux de la 
SITA qu’il dirige. Il a été formé en France à l’INT (Institut des 
Télécommunications), du temps où cette école servait à la formation 
interne des cadres de France Télécom, puis a quitté la SOTELMA au sein de 
laquelle il a gardé de nombreux contacts. Ce qui n’empêche pas les 
retards de livraison, plusieurs mois pour une liaison 64 Kbits/s avec la 
France, qu’il attend encore. Lors de notre passage une première liaison à 
2Mbits/s était en test de mise en service. Bref, les mêmes problèmes 
qu’en France mais pas à la même échelle. Sa grande connaissance des 
télécommunications et ses contacts à l’ONP, l’Office National des Postes, 
et à la SOTELMA nous seront très utiles. Il nous a confirmé par ailleurs 
la grande ouverture d’esprit et l’intérêt porté à notre association par 
les dirigeants principaux des deux établissements, confirmant ainsi nos 
impressions.
 KAYES, un air de Far West
Dernière ville avant la frontière Sénégalaise, au bord du fleuve Sénégal,
 
au bout d’une piste éprouvante, accessible après 12 heures de train quand 
tout va bien, Kayes offre un visage déstructuré où l’anarchie semble 
régner, image renforcée par les détritus plastiques omniprésents qui 
trahissent le manque d’organisation.
 En ce qui concerne les télécommunications l’isolement est également de
 
mise avec seulement 49 circuits disponibles pour " sortir "vers Bamako
 
sur une liaison hertzienne analogique vieillissante à la qualité 
incertaine. L’autocommutateur, saturé actuellement avec 1000 abonnés, va 
bénéficier prochainement d’une extension de 1000 abonnés supplémentaires 
mais le lien avec Bamako représentera toujours un goulot d’étranglement. 
Le nombre important d’organismes et d’associations résidents, ajoutés à 
la population dont beaucoup d’émigrés sont issus et aux professionnels, 
créent une forte demande de téléphone et de fax mais également en 
technologies nouvelles comme Internet.
De plus Kayes dessert toute sa région au moyen de boucles radios pour les 
villes les moins éloignées et de faisceaux hertziens pour les autres, ce 
qui ajoute à l’encombrement. Notons que le matériel est essentiellement 
canadien dans cette région. L’état des pistes, seules voies routières 
possibles, a un impact très important sur l’économie locale freinant le 
développement par une augmentation des coûts de production liée aux 
transports et par un coût de la vie plus élevé. La SOTELMA n’y échappe 
pas, les déplacements des équipes techniques demandant plus de temps, 
rallongeant ainsi les délais d’interventions.
La discussion avec les agents a vite tourné au débat autour du rôle de 
notre association, son positionnement par rapport à l’opérateur Malien, 
ses domaines d’intervention et les moyens mis en uvre. Nous avons reçu 
d’emblée un écho très favorable pour la suite de notre voyage, notant 
tout de même que le message de la direction nous apportait une 
crédibilité certaine. Au contact d’expatriés de différentes associations 
nous avons pu mieux nous rendre compte des difficultés locales liées à la 
téléphonie. Liaisons difficiles et de mauvaise qualité quand on a la 
chance d’avoir le téléphone, obtenu parfois prioritairement moyennant 
finances.

YELIMANE, aux portes du désert
Initialement, nous nous rendions à Yélimané pour rencontrer le receveur 
Tibou MAIGA et également répondre à une demande de radiotéléphone pour un
 
véhicule de l’hôpital. Après 6 heures de taxi brousse sur 150 kilomètres 
de piste défoncée, nous mesurons mieux l’isolement et encore sommes-nous 
en saison sèche. Tout s’aggrave avec l’hivernage, saison des pluies de 
juin à septembre.
L’accueil qui nous est réservé, s’il nous ravit, nous gêne quelque peu 
tellement nous sommes bien reçus. Nous pénétrons de plein pieds dans la 
vie d’une famille malienne à quelques kilomètres de la frontière 
Mauritanienne, région d’origine de beaucoup d’émigrés, en France 
notamment. Le cercle de Yélimané ne connaît l’électricité que fournie par
 
des panneaux solaires ou des groupes électrogènes.
 Le centre Télécom n’échappe pas à la règle, relié à Kayes par un 
faisceau hertzien alimenté par des panneaux solaires et des batteries. Le 
centre en gestation comprend une cabine publique et un bureau de 
recouvrements, ne faisant pour l’instant que de l’exploitation. Une fois 
par mois une équipe de maintenance venant de Kayes intervient. Un agent 
s’occupe des antennes et des dérangements survenant dans le village, en 
relation avec Kayes pour les essais, mais sans le moindre outil fourni 
par l’employeur.
Le cercle, d’un rayon de 70 kms, comprend 12 villages raccordés au 
téléphone dont celui de DIONGAGA qui a 60 abonnés. Apparemment, 
l’opérateur rencontre des problèmes de division dans certains villages 
concernant l’arrivée du téléphone, cela rejoint les conclusions de 
l’étude faite au Burkina (lettre CSDPTT n°37).
Concernant le véhicule de l’hôpital, le problème est vite réglé celui-ci 
étant en panne depuis 4 mois. Le second véhicule est à Bamako en 
réparation depuis 1an. Ce centre de santé jouit d’une bonne réputation 
mais sans véhicule les problèmes s’intensifient. Il existe un système de 
radio fixe administratif ( RAC) reliant 14 centres de santé mais des 
problèmes d’horaires de vacation et de fréquences différentes selon les 
matériels aboutissent à une plus grande utilisation du téléphone. Et 
l’information est vitale en cas de problème mais surtout pour prévenir 
les épidémies de choléra ou de méningites.
 Un autre moyen existe à travers la radio locale qui émet de 9 heures à
 
16h30 , lorsque les batteries alimentées par des panneaux solaires sont à 
bout de souffle, ce qui est également le cas lorsque l’ampli fonctionne à 
pleine puissance pour "arroser " tout le cercle. Les programmes composés
 
de reportages, d’informations générales et pratiques, de musiques (peule, 
soninké et étrangères ) sont très suivis dans les villages, car 
représentant souvent le seul lien extérieur, essentiel également lors de 
problèmes d’épidémies, tout cela avec très peu de moyens mais beaucoup de 
courage et de fierté.
 Nous nous sommes souvent posés la question, au sein de l’association, de
 
l’intérêt du téléphone dans les villages isolés. Les conditions de vie 
très difficiles alliées à un isolement aggravé parfois par les 
intempéries nous montrent combien il est vital que tous les moyens soient 
mis en uvre pour venir à bout de la fatalité . Ce n’est pas parce que 
l’on vit parfois dans le dénuement que l’on n’aspire pas à vivre mieux et 
le manque d’information fait souvent le lit de la désinformation. Comment 
inciter les populations à consommer l’eau des forages plutôt que l’eau 
des fleuves, vecteur d’épidémies sinon par des moyens de 
télécommunications qui puissent toucher tous les villages quand les 
déplacements sont rendus impossibles.
Des études ont été menées récemment concernant justement le cercle de 
Yélimané et les moyens de développer l’accès au téléphone sous toutes les
 
formes possibles, extension du réseau, projet de téléphone par satellites 
commun à toute l’Afrique . Cette région possède la particularité de 
compter beaucoup de familles d’émigrés à la solvabilité certaine. N’est - 
il pas à craindre que les techniques nouvelles, génératrices de 
communications plus coûteuses, ne prennent le pas sur un développement 
classique de service public ? A qui profiterait cette manne ? Le débat 
est ouvert.
 
SEVARE, le carrefour
Retour à Bamako puis départ pour Ségou ou nous rencontrerons la situation 
la plus enviable en infrastructures routières comme téléphoniques. Ici 
pas de problèmes de saturation concernant l’autocommutateur numérique ou 
la liaison hertzienne numérique à 34 Mbits/s vers Bamako et la qualité 
des communications est excellente. Ce qui n’est pas le cas à Sévaré ou je 
rencontre pour la première fois Talift BILLAL, avec qui je corresponds 
depuis 6 mois. Il dirige le centre de transmission de cette ville, 
carrefour pour le pays Dogon, Gao, Mopti et Ségou. Le trafic routier y 
est incessant et à quelques jours de la Tabaski, tout ce qui roule se 
doit de transporter les moutons bichonnés et ensachés, dans les soutes ou 
sur le toit, promis à un avenir définitif.
Sévaré est reliée à Ségou par un faisceau hertzien analogique dégradé 
dont un seul canal fonctionne, pas de secours. Seuls 36 circuits sont 
disponibles pour joindre Bamako dont 24 passent par Ségou. Le centre 
dessert, par faisceau hertzien numérique, plusieurs localités voisines 
dont la plus importante, Mopti où réside André TOGO, un autre de nos 
correspondants. Le commutateur analogique d’une capacité de 500 abonnés 
est saturé depuis pratiquement son installation datant de 1985. Ces 
problèmes se retrouvent partout dans le pays. En 6 mois de 
correspondance, nous avons identifié les problèmes rencontrés et 
déterminé des priorités. C’est ainsi que j’amène du matériel de base 
comme du petit outillage, un métrix, des fers à souder, une valise de 
test basse fréquence, des combinés téléphoniques de test , tout cela 
représentant une vingtaine de kilos dont je ne suis pas mécontent de me 
débarrasser après tous ces voyages en bus qui me laissaient craindre le 
pire quant à l’état à l’arrivée.
Outre l’apport de matériel répondant à leurs besoins est prévue une 
formation pratique sur le TNE2G ( terminal numérique d’extrémité) qui 
leur permet l’interface entre commutation analogique et transmission 
numérique. 6 personnes y participeront sur 2 jours. L’attente en 
formation, denrée très rare, est très importante quel que soit le domaine 
et les agents enthousiasmés d’y participer. Nous utilisons des 
équipements identiques mais souvent dans des conditions différentes aussi 
les questions furent nombreuses et il est regrettable que les réponses se 
trouvent simplement dans la documentation spécifique généralement absente 
sur le terrain, car non fournie par le constructeur ou égarée par manque 
d’organisation ou de suivi à plus haut niveau. Exemple édifiant que cette 
liaison DOMSAT, liaison satellite sur matériel américain prévue pour une 
manifestation internationale mais arrivée trop tard, installée depuis à 
Sévaré et ne servant qu’à la réception télé faute d’’nterface 
numérique/analogique avec le commutateur.
 Ces 2 jours nous ont permis de faire un large tour d’horizon du monde 
des télécommunications en général mais le souci principal reste 
l’ouverture du capital synonyme de privatisation. Espoir des uns, 
inquiétude des autres, étape obligatoire pour la modernisation du réseau 
selon certains, crainte de nouvelles compressions de personnel , fin des 
impayés d’organes officiels, tous les avis sont exprimés et en ce sens la 
SOTELMA ressemble fort aux opérateurs occidentaux. Ce qui n’est pas le 
cas en matière de social plus en rapport avec le niveau de vie du pays. 
Pas d’indemnisation en cas d’accident dans le cadre du travail, logement 
de fonction à loyer prélevé sur salaire supérieur aux prix pratiqués à 
l’extérieur et induisant une présence permanente sur le lieu du travail 
en raison de l’état des équipements, mutations arbitraires au gré des 
changements à la tête de l’entreprise, abus d’autorité pour détourner 
l’affectation d’un véhicule ou d’un équipement dont la nouveauté suscite 
la convoitise sont quelques exemples que j’ai pu recueillir au cours du 
voyage.
Un certain paternalisme règne dans l’entreprise ou le respect de la 
hiérarchie n’est pas un vain mot et les positions dominantes très 
marquées mais l’enthousiasme est bien réel et contraste avec les 
difficultés rencontrées. Fatalisme bienvenu quand on maintient coûte que 
coûte des faisceaux hertziens obsolètes pour lesquels le constructeur 
français n’assure plus de réparations. C’est le second domaine dans 
lequel nous allons essayer d’apporter notre contribution en essayant de 
récupérer les mêmes équipements que nous désinvestissons et 
"poubellisons" en France.
Notre objectif est qu’une association jumelle à la nôtre voit le jour au 
Mali afin de dialoguer d’égal à égal quel que soit le contexte et nous 
avons signé un protocole d’accord qui désigne la future association 
propriétaire du matériel fourni. C’est une façon d’affirmer notre 
solidarité envers des collègues qui n’en manquent pas non plus. La veille 
de mon départ un ami de la SOTELMA en fonction à Gao (à 500 kms ) a 
téléphoné à Talift afin qu’il lui fasse parvenir des médicaments 
introuvables sur place. Un petit crochet par la pharmacie, une 
connaissance de passage et l’enfant du " promotionnaire " sera soignée
 
dés le surlendemain. Pas besoin d’expliquer plus longuement la nécessité 
du téléphone et des voies de communications. Solidarité qui s’étend à 
toute la population à travers des notions de service public démodées chez 
nous, telle la possibilité d’utiliser collectivement le chargeur de 
batteries du centre afin de s’assurer plusieurs jours de programmes 
télévisés moyennant une taxe forfaitaire destinée à l’amortissement de 
l’équipement.

TERMINUS
Du voyage mais pas de nos relations. Nous avons enregistré durant notre 
séjour des demandes de téléphone pour des villages non raccordés 
actuellement. Ces demandes émanent de particuliers et nous allons en 
premier lieu solliciter la SOTELMA pour connaître ses projets concernant 
l’extension du réseau, fidèles à notre volonté de travailler en accord 
avec l’opérateur du pays. Nous souhaitions faire connaître notre 
association et nous avons établi beaucoup de contacts, à nous maintenant 
de pérenniser ces relations et de travailler ensemble. Nous avons des 
personnes-clés sur qui repose la création de l’association jumelle, étape 
importante pour notre action car elle facilitera les contacts et assurera 
notre indépendance en ces temps de privatisation. Sujet d’inquiétudes 
sociales et d’espoir de modernisation, l’ouverture du capital est au 
centre des discussions et préoccupations.
Quoi qu’il en soit l’opérateur devra répondre à la demande grandissante 
de liaisons téléphoniques de qualité, incompatibles pour l’instant avec 
le réseau interurbain vieillissant et sous-dimensionné raccordé à des 
machines de commutation dépassées et saturées. Nous avons rencontré des 
agents motivés et très compétents qui font tout leur possible pour 
maintenir un réseau défaillant avec très peu de moyens. Certes c’est le 
lot de la grande majorité de la population débordante d’énergie, 
d’enthousiasme et de solidarité dans des conditions de vie difficiles 
mais si nous pouvons apporter un tant soit peu d’aide et de soutien 
alors faisons le, nous avons beaucoup à y gagner également.

Philippe Darrouy
CSDPTT Toulouse