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Réunion de concertation avec les ONG dans le cadre de la préparation du sommet mondial de l’information (SMSI), Paris les 21 et 22 avril 2002

lundi 6 mai 2002, par Alain

Réunion de concertation avec les ONG
dans le cadre de la préparation du sommet mondial de l’information (SMSI)

Palais de l’UNESCO à Paris les 21 et 22 avril 2002.

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A l’invitation de l’UIT et de l’UNESCO, entre 150 et 200 personnes, représentant environ 120 ONG inscrites, ont participé aux travaux de préparation du SMSI pour définir les grandes lignes d’une approche propre aux ONG qui devront être présentées lors de la 1ère réunion du Comité de préparation (PrepCom 1) à Genève du 1 au 7 juillet prochain.

Notons tout de suite la faible représentation des ONG françaises (une vingtaine).

Nous avons pour notre part reconnu les membres d’IRIS et des Pénélopes. Des inscrits comme Africa Computing dont le siège est il est vrai à Marseille, la Fédération des services CFDT ou Place Publique n’ont semble-t-il pas participé aux travaux. D’autres ont été rajoutés sur la liste des présents comme VECAM, Cités Unies France, mais faute de les avoir ni rencontrés ni entendus, nous ne pouvons confirmer leur présence.

Pour le reste la salle comprenait un certain nombre de membres d’ONG surtout anglo-saxonnes et dans une moindre mesure latino-américaines, ou tout simplement internationales, ces dernières pour la plupart accréditées à l’UNESCO. Près d’une trentaine représentait des associations du domaine des médias. Les universitaires et représentants de la francophonie étaient également nombreux.

L’Afrique quant à elle était représentée par une quinzaine d’ONG, avec des membres du réseau ANAIS et d’ENDA Tiers Monde. L’Asie était pratiquement absente (trois ONG). On ne peut que regretter qu’à la même date se tienne une autre réunion convoquée par les bailleurs de fonds sur la mise en place des télécentres communautaires, sans que les organisateurs aient prévu de lien entre les deux manifestations, à notre avis vraiment complémentaires.

A cette réunion assistaient nos amis Sylvestre Ouedraogo de Yam Pukri ou Ken Lohento d’ORIDEV qui n’ont donc pu participer à notre conférence. Ces télécentres sont en effet les lieux privilégiés pour susciter les prémisses d’une « Société de l’Information » au service du développement et les trait d’union indispensables entre les populations villageoises et le monde extérieur.

La première information importante concernant le processus préparatoire du Sommet Mondial que nous souhaitons rapporter est l’absence de financements propre, notamment pour cette première réunion, ce qui ne peut que nourrir de fortes inquiétudes pour le Sommet lui-même. Le secrétariat exécutif chargé de la préparation au sein de la société civile est financé par le canton de Genève, alors que l’UIT -qui a pourtant été chargée par l’assemblée générale de l’ONU pour en assurer l’organisation- n’a pas dégagé de budget à cet effet. Le manque de moyens est à l’origine de la faible représentation des organisations issues des pays en développement comme l’ont reconnu les organisateurs qui s’en sont excusés.

Une autre conséquence et non des moindres, est la quasi exclusivité de l’anglais dans les documents préparatoires qui ont été distribués. Les débats ont cependant bénéficié de traduction simultanée dans la salle principale, mais pas dans les autres salles où se sont tenues les sessions des 4 groupes de travail lors de la 2ème journée de la conférence. Les débats étaient intéressants et leur organisation rendue cependant difficile de par la diversité des centres d’intérêts des présents.

Parmi les thèmes abordés, les modalités d’organisation du Sommet mondial et de sa préparation.

Deux conférences régionales sont d’ores et déjà programmées : celle de l’Europe à Bucarest et celle de l’Afrique à Bamako, alors que les dates et lieux des conférences régionales d’Asie et d’Amérique latine restent encore à définir.

La Conférence régionale africaine est fixée à fin mai et est donc la seule à se tenir avant PrepCom 1. Nous sommes intervenus pour le report de cette première conférence compte tenu de son retard dans l’organisation et de son manque de préparation. Il nous a été répondu que pour que l’Afrique pèse sur le sommet et cela dès la première Prepcom, il était nécessaire que la réunion préparatoire se déroule rapidement. Il semble aussi que ces dates rapprochées aient été choisies du fait de la proximité des élections présidentielles et de la volonté des organisateurs de voir M. Konaré jouer un rôle important de représentant de l’Afrique.

Plus généralement à propos de l’organisation, il a été beaucoup question des modalités de participation de la société civile au sommet. Un exposé assez complet a bien décrit la complexité des problèmes que posait la représentation de la société civile. Il faisait preuve d’une grande ouverture quant aux différentes possibilités de participer y compris de trouver des modalités pour favoriser la participation des exclus.
Il a donné lieu à un atelier spécifique qui a mobilisé une bonne moitié des participants et marqué fortement les débats. Il s’est soldé par l’énoncé d’un certain nombre de principes.

Reste que cette conférence n’avait pas mandat de décision. Sur cette question nous sommes aussi intervenus pour suggérer que la participation de la société civile se situe dans la droite ligne du mouvement anti-mondialisation et qu’il fallait surtout interpeller les décideurs du monde d’aujourd’hui. Nous avons donc expliqué que le mieux était de se regrouper autour de plateformes pour faire pression et de commencer par mobiliser les ONG autour de nous. Il est à craindre que le sommet n’accouche que de déclaration de principe et de recommandations généralistes, alors qu’il est plutôt nécessaire voire urgent d’interpeller les décideurs pour que le plan d’action issu du Sommet mondial se fixe des objectifs quantifiables dans le cadre d’un calendrier d’exécution, notamment en terme d’infrastructures qui restent avec l’éducation la priorité des pays en développement pour diminuer l’énorme « fracture numérique » entre ces pays et la « Société de l’Information ».

Le grand regret que nous avons éprouvé à la suite de l’examen des documents préparatoires est l’abstraction des terminologies (Société de l’Information, Infostructure, ...) et le flou de l’analyse des besoins recensés, voire l’irréalisme de la majorité des actions recommandées. D’autre part nous y avons relevé l’omniprésence d’Internet comme véhicule de la « Société de l’Information ». Nous avons donc préparé cette conférence en donnant la priorité au Groupe de travail n°1 chargé de « l’Infostructure ». Hélas, pour des raisons discutables, le bureau de la conférence a changé la donne le premier jour et a transformé les 4 groupes de travail dédiés à un thème spécifique en autant de groupes « généralistes » traitant de l’ensemble des thèmes. Cette réorganisation « à chaud » a perturbé le fonctionnement de la 2ème journée et causé une sérieuse perte de temps, outre qu’elle a résulté en un ensemble de recommandations généralistes, au détriment d’objectifs précis en réponse aux 4 problématiques initialement identifiées et dévolues à chacun des groupes de travail.

Dans les groupes de travail auxquels nous avons participé nous avons insisté de nouveau sur l’impératif et urgent besoin d’identifier concrètement les causes du retard de l’Afrique en terme d’infrastructures, aussi bien de télécommunications que d’énergie, tant il est vrai que la plus élémentaire des formes de « Société de l’Information » repose sur ces deux piliers.

Un autre constat relevé est la proximité de vues entre notre association et les représentants du monde « radio-TV » aussi bien nationaux qu’internationaux ou régionaux (arabe, latino-américaine, francophone). Celle-ci repose sur la primauté de l’infrastructure, les effets de synergie, ainsi que la complémentarité des télécommunications et de la radio-télévision en termes de services publics et/ou communautaires. Cette complémentarité en fait un outil de développement qui doit être mis en parallèle avec les outils Internet. Or, tout ce domaine est ignoré par les initiateurs du SMSI. Il nous appartiendrait dès lors d’en élaborer une perspective, en cherchant des partenariats avec des associations partageant nos valeurs et travaillant dans le secteur radio/télévision. Les autres sujets abordés lors de cette conférence concernaient les questions autour de l’éthique, des droits de l’homme, la définition du domaine public et de la nécessité de le défendre, la priorité à donner à l’éducation.
Des interventions ont abordé la question de la vente des fréquences et de la privatisation de celles-ci en Amérique latine, rendant difficile l’expression des médias communautaires. Plusieurs intervenants se sont inquiété du manque d’information et de transparence de la part du secteur privé dans la cadre de la préparation de ce Sommet, sachant que selon ses concepteurs le SMSI repose sur une structure tripartite, Etats, secteur privé et société civile. En conclusion -et bien que tous nos points de vue exprimés n’aient pas toujours été pris en compte (cf Rapport des Groupes de travail)- nous avons trouvé la réunion intéressante, qui nous a sensibilisés tous deux sur des sujets que nous n’abordons pas dans notre activité au sein de CSDPTT, et nous a permis d’échanger nos vues directement ou collectivement aux organisations présentes proches de nos idées. Notre présence -dans la mesure où elle s’accompagne d’interventions ciblées- est souhaitable et utile car peu d’ONG s’intéressent aux questions des réseaux ou se sentent concernées par leur problématique. De plus la plupart des ONG du Nord ont tendance à ignorer le rôle des télécommunications dans la « Société de l’Information » en général et donc à sous-estimer le besoin en services téléphoniques en particulier dans ces déserts de la communication que sont les zones rurales africaines.

C’est ainsi que lorsque nous avons posé la question des accès, on nous a réponde que le protocole IPv6 allait y répondre (il va en effet permettre de multiplier le nombre d’adresses). Ceci montre aussi la place prise par Internet chez les protagonistes de la « Société de l’Information » et dans les solutions proposées pour réduire « la fracture numérique » qui génère l’écart entre les préoccupations du monde d’Internet en Occident et celles des populations africaines.

Nous trouvons donc là l’occasion d’exposer, d’argumenter et de défendre nos idées afin de les faire partager par la majorité des acteurs présents dans la préparation du SMSI. C’est comme cela qu’il nous faut considérer la préparation du Sommet mondial : faire connaître les besoins des populations des PVD et promouvoir un débat sur les solutions et les moyens pour leur permettre de devenir à leur tour membres de cette « Société de l’Information » selon leurs idées. Ces réunions sont d’autre part, comme nous avons pu le constater une excellente opportunité de rencontres.

Signalons ici pour notre part surtout l’excellent contact avec Mme Rabia Abdelkrim d’ENDA Tiers Monde une des animatrices du projet Cyberpop au Sénégal, de Jacques Perriault et Michel Arnaud de Paris X et de Strasbourg qui souhaitent travailler avec nous sur des projets concrets et nous inviter à une université d’été dans le Sud-Ouest, de Michel Egger de Pain pour Tous, Genève, etc ... Nous avons convenu aussi avec les représentants d’IRIS de travailler à la sensibilisation des ONGs françaises.

En outre nous avons discuté avec les promoteurs d’une campagne internationale pour le droit à la communication (Communication Rights in the Information Society, CRIS). Le contenu de cette campagne correspond à notre sensibilité en défendant le service public, la transparence, la communication au service du développement. Nous leur avons cependant suggéré, lorsqu’ils parlent d’accès abordables, de mettre en priorité l’accès aux services téléphoniques ; il leur suffirait de rajouter une phrase dans leur programme, mais pour l’instant ils l’ont refusée. Nous les relancerons ... en proposant le texte de cette phrase en anglais, version originale de leurs documents La conférence s’est terminé par une brillante intervention de Philippe Quéau, responsable de la Division de la société de l’information à l’UNESCO, dont nous pourrions adopter tous les termes dans notre analyse et notre programme d’action à CSDPTT. Nous lui demanderons l’autorisation de le publier dans un prochain numéro de notre bulletin.

PS : Nous suivrons scrupuleusement les comptes-rendus et restitutions de l’expression de nos idées dans les débats futurs, afin de prévenir toute velléité de « censure » de la part des organisateurs.

Jean Louis FULLSACK - Bruno JAFFRE