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"SOS Privatisation" la contribution du Syndicat des Télécom du Mali à l’atelier sur la privatisation des télécoms au Forum Social de Nairobi

mardi 23 janvier 2007, par Bruno JAFFRE

SOS PRIVATISATION

Yousouf SANGARE

Secrétaire général du SYNTEL

Monsieur Youssouf Sangaré devait participer à l’atelier sur la privatisation des télécommunications que CSDPTT a organisé avec le syndicat SUD PTT lors du forum social qui s’est tenu à Nairobi mais la situation délicate dans laquelle se trouvait la SOTELMA (Société des Télécommunications du Mali) l’a empêché de s’y rendre. Il a tenu cependant à nous envoyer sa contribution au débat que nous vous livrons ci-dessous.


Introduction

Il n’y a rien de plus paradoxal qu’un syndicat qui réclame à cor et à cri la privatisation. Il n’est pas facile de comprendre les motivations d’un tel syndicat et de ses syndiqués tant que l’environnement de l’entreprise n’est pas décrit avec toutes les contraintes subies.

Une entreprise publique d’un pays pauvre (SOTELMA), concurrencée par une multinationale d’un pays riche (France Télécom), cela n’est pas banal. Mais quand on sait que cette multinationale mutualise ses moyens publicitaires sur un ensemble de pays africains contre le pauvre opérateur historique et arrive à corrompre le politique et l’administration d’Etat ; le syndicat ne peut que réclamer la privatisation de son entreprise.

Le syndicat (SYNTEL) de la société des télécommunications du mali (SOTELMA) a toujours œuvré pour une privatisation réussie. La privatisation est réussie quand les objectifs à elle fixée sont atteints.

1. Les causes d’une probable infructuosité

L’infructuosité du processus de la privatisation peut être due à plusieurs causes qui sont entre autres les investissements inopportuns, les partenariats à long terme, la non certification des comptes preuve de la mauvaise gestion, un cahier des charges trop encombrant, un plan social lourd à supporter par le repreneur et les prétentions financières trop exigeantes du vendeur. Nous allons analyser ces risques pour ce qui est du cas de la SOTELMA.

1.1. Le manque de volonté politique

Un Etat qui sous la contrainte du Fond Monétaire International ou de la Banque Mondiale, fait semblant de respecter son programme de son désengagement des sociétés d’état, risque de se confronter à l’infructuosité de ses processus de privatisation. Ce manque de volonté de la part de l’Etat peut cacher un schéma inavoué de privatisation (tel que la privatisation du département de mobile de la SOTELMA, sans son département fixe). L’Etat pour garder la vache laitière (opérateur historique) à protée de main, peut traîner les pieds. Quelque soit la raison, si l’Etat ne veut pas aller vers la privatisation, il fera tout pour cela ne marche pas. Tel est aussi le cas des gestionnaires du secteur pris individuellement.

1.2. Les investissements inopportuns

A la SOTELMA, il y a malheureusement plusieurs cas de ce genre du au montant exorbitant et au mauvais choix des investissements, dont :
- Le projet NKF
- Le projet il@fia
- Le projet Wassa
- Le projet HUAWEI de Kayes
- L’achat de la plate forme N-Soft
- L’achat d’un véhicule pour le PDG
Cette liste n’est pas exhaustive.

1.3. Les partenariats à long terme

Le partenariat avec SeaQuest-infotel Inc est signé pour 15 ans. Cette durée n’est pas acceptable par un éventuel repreneur, surtout que cela n’a été signé qu’en 2006, comme si les gestionnaires de l’entreprise se sont précipités pour faire passer l’indéfendable.

1.4. Les partenariats noués sur fond magouille

Le partenariat noué avec les chinois de HUAWEI, sur la dépouille des chinois de ZTE, n’est pas clair. Pourquoi la SOTELMA a accepté le don de ZTE, si elle savait que ses équipements ne sont ni bons, ni adaptés à l’existant ? Et pourtant les équipements de HUAWEI ont déclaré les mêmes insuffisances dans la région de Kayes où ils été installés (pas de possibilité de faire le prépaiement, ni de facilité de connecter des cabines téléphoniques, encore moins de facilité de greffer des BTS d’autres équipementiers).

D’autre part la plate forme de Benoît Laliberté destinée à contrôler l’origination et la terminaison de trafic a occasionné plus de problèmes qu’elle n’en résout. Le même Benoît fait et l’origination et la terminaison de trafic, comme un arbitre qui joue. Son contrat a été caché à tout le monde dans l’entreprise à cause des zones d’ombre que cela renferme.

Le partenariat avec SeaQuest-infotel Inc non seulement il n’est pas opportun, amis aussi il n’a pas été négocié en faveur de la SOTELMA en ce qui concerne le partage du bénéfice. Par contre la SOTELMA prend en charge entièrement les dépenses. Ce partenariat est un montage grotesque au relent maffiosi. Il permet de détruire une entreprise déjà à genoux. Il s’agira de dégrouper (desservir avec la fibre optique) les clients grands comptes (les plus rentables) de la SOTELMA, en les fournissant les services comme les données. La SOTEELMA restera avec ses clients « non rentables » sur le seul segment de la voix. Ainsi elle pourra mourir de sa belle mort.

1.5. La non certification des comptes

La SOTELMA souffre du retard de la production des documents financiers et de la non certification de ses comptes. Un effort avait été entrepris dans le sens de l’apurement des comptes. Un relâchement a été constaté dans cet effort en 2006.

1.6. Un cahier des charges trop encombrant

Il ne serait pas bon d’encombrer le cahier des charges avec des conditions qui amènent des niveaux de difficultés inutiles. La SOTELMA compte faire l’effort d’allègement nécessaire.

1.7. Un plan social lourd à supporter par le repreneur

Le plan social de la SOTELMA était trop lourd et son financement en était devenu une contrainte bloquante pour le processus et non un allègement pour le futur repreneur.

1.8. Les prétentions financières trop exigeantes du vendeur

Vouloir faire une affaire juteuse est la volonté de la plupart des vendeurs d’entreprises, surtout un Etat qui pense que la privatisation de l’opérateur historique n’est une « privatisation sanction ». Mais avoir des prétentions démesurées peut s’avérer répugnant pour les candidats repreneurs.

2. Les mesures souhaitées

Pour la réussite de la privatisation, certaines mesures doivent être prises par l’Etat et la Direction de l’entreprise.

2.1. Mesures à prendre par l’Etat

Parmi les mesures à prendre par l’Etat, les plus significatives sont :
- Les exonérations à accorder à la SOTELMA
- La dérogation à la procédure des marchés publics
- La gestion de la période intermédiaire par un task-force tripartite comprenant la direction de la SOTELMA, le GTA et le conseiller à la privatisation, comme une super structure pour les investissements et les accords devant engagés l’avenir de l’entreprise.

2.2. Mesures à prendre par la Direction de la SOTELMA

Les mesures à prendre par la SOTELMA sont multiples et multiformes. Les plus pertinentes sont :
- La gestion concertée par une équipe soudée, de tous les projets
- Eviter les investissements inopportuns
- Eviter les sponsorings non prévus par les commerciaux (surtout ceux des activités politiques)

Conclusion

Notre entreprise est en difficulté c’est pourquoi le syndicat de la SOTELMA est absent du forum de Nairobi où il était invité. Toutefois nous vous envoyons notre contribution pour dire aux peuples que les difficultés que nous vivons sont le fait d’une multinationale quia elle aussi refusé pendant longtemps ce qu’elle nous fait subir aujourd’hui. C’est vrai que tout n’est pas le fait de la concurrence ; il y a la part des nos dirigeant qui à tour de rôle se passent la vache laitière où chacun puise sans pitié les maigres ressources de l’entreprise.

Dans les quinze dernières années nous sommes partis du mal au pire avec la complicité active des ministres en charge des télécommunications. Ils sont tous responsables de la mal gouvernance de la SOTELMA. Notre cri de cœur sert à demander l’assistance du mouvement social mondial. Nous ne voulons pas obligatoirement la privatisation, mais nous cherchons un moyen pour nous départir de la pesanteur politique qui est la source première de nos problèmes.

Nous saluons toute cette masse populaire qu’a drainé le forum de Nairobi, comme celui de son devancier de Bamako.

Yousouf SANGARE

Secrétaire général du SYNTEL