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La démarche de CSDPTT

vendredi 27 octobre 2006, par Bruno JAFFRE

Cet article est extrait du livre "Télécommunications entre Bien Public et marchandises". La présentation du livre se trouve à l’adresse http://csdptt.org/article388.html. Vous trouvez aussi à l’adresse http://csdptt.org/article391.html, deux interviews sur la génèse du livre.


La démarche de CSDPTT

Bruno Jaffré

CSDPTT, Coopération solidarité développement aux PTT, a été créée avec pour objectif de “ promouvoir l’échange et l’entraide entre les peuples, notamment en apportant son soutien aux actions de développement dans les domaines de la Poste et des Télécommunications ”.
L’association s’est très rapidement investie dans le domaine de la téléphonie rurale pour satisfaire un besoin qui s’exprime fortement dans les villages dès que la question est abordée.

C’est au Burkina Faso, pour des circonstances liées aux réalités propres de ce pays, à son histoire, et au Mali du fait de l’existence de relations anciennes avec ces deux pays, qu’a pu être expérimenté un modèle pour la réalisation de projet de connexion de villages aux réseaux de télécommunications.

Le premier obstacle, et non des moindres, consiste à obtenir la coopération de l’opérateur qui détient le monopole sur le réseau de télécommunications fixe, auquel doivent être connectées les lignes ainsi installées. Il en va de la pérennité du projet, et en premier lieu de la maintenance des lignes. Dès le départ, CSDPTT s’est employée à rechercher des soutiens, parmi les salariés, pour construire une relation de coopération basée sur la confiance. Avec le recul, nous pouvons affirmer que leur engagement a été déterminant. Eux seuls connaissent parfaitement les rouages des prises de décisions au sein de ces opérateurs, dans lesquels les relations hiérarchiques sont très souvent doublées de relations interpersonnelles liées aux relations sociales extrêmement riches et diversifiées. C’est au Burkina Faso que les projets avancent le plus vite, puisque cinq villages ont déjà été raccordés. Quatre devraient l’être d’ici la fin 2005 et une convention vient d’être signée portant sur 100 villages. Pourtant, les débuts ont été particulièrement difficiles, car il a fallu “ forcer en douceur ” la décision de l’opérateur, mis quelque peu devant le fait accompli. Lors des premières missions, bien que préparées à l’avance, ce n’est que la présence de membres de CSDPTT sur place qui parvint à débloquer la situation, permettant la mise à disposition de salariés de l’Onatel et d’un véhicule. Ainsi, la convention portant sur les quatre premiers villages ne fut signée par le directeur de l’opérateur qu’une fois le projet réalisé.

Ce premier succès entraîna la création de la Sodeptel (Solidarité développement dans les postes et télécommunications) aujourd’hui composée de salariés et de retraités de l’Onatel et de la Sonapost (Société nationale des postes) très attachés aux valeurs de service public.

Pour autant, la communication en zone rurale ne saurait être la seule affaire des “télécommunicants”. Aussi CSDPTT n’a pas hésité à prendre sur ses maigres subventions pour financer une étude de faisabilité réalisée par un ethno-sociologue burkinabé, M. [1] , avec le concours d’une dizaine d’étudiants qui ont réalisé des enquêtes sur le terrain. Il nous semblait nécessaire d’appréhender la perception des populations de cette intrusion technologique. Une autre étude, actuellement en projet, devrait mettre en avant les changements sociaux générés par l’arrivée du téléphone. Alors que nous souhaitions une gestion communautaire de ces cabines avec redistribution des bénéfices au profit de la collectivité, nous constatons plutôt qu’elles fonctionnent au départ sur le modèle des télécentres privés des villes, que les gestionnaires ont imité faute d’appropriation collective de cet outil de communication. La situation a déjà été rétablie dans un village, et un des objectifs de l’étude est de reprendre ce problème avec l’ensemble des habitants de ces villages.

Enfin, l’un des résultats - et non des moindres - de ces projets est de rendre possible une perspective dont nous avons constaté qu’elle paraissait pour beaucoup de l’ordre de l’inaccessible. Ainsi, en collaboration avec l’ADER (Association pour le développement économique régional) [2] , nous travaillons depuis un peu plus d’un an à un projet de connexion d’une trentaine de villages dans la région entièrement enclavée du Guidimakha.

Alors que le projet était bloqué, les maires de la région ont constitué une délégation auprès de la direction locale de la Sotelma pour débloquer la situation. Au Burkina Faso, le travail de recensement des besoins effectués par la Sodeptel auprès de nombreux villages, et la mobilisation qui en résulte [3] montrent l’exigence qu’une attention plus soutenue soit accordée à la téléphonie rurale. Ceci nous paraît essentiel pour mener à bien les projets.

D’autres demandes nous parviennent, grâce aux quelques succès obtenus et à la visibilité de notre site [4]. Mais c’est surtout au Niger où nous avançons le plus vite. Une mission a déjà pu procéder aux premières études et réaliser une première connexion pour l’exemple. Un stagiaire issu d’une école d’ingénieurs y a séjourné un mois. Le PNUD nous a en effet sollicité pour connecter au réseau de télécommunications les sites munis de radios rurales déjà structurées en associations, afin de leur permettre de se connecter à Internet. Nous recherchons, avec quelques Nigériens qui se sont impliqués dans ce projet, quelle structure associative pourrait servir d’intermédiaire avec l’opérateur.

A terme, nous espérons enclencher une procédure qui a fait ses preuves avec des partenaires locaux dans d’autres pays. Au Burkina Faso, les projets initiés par CSDPTT sont les plus avancés, il est déjà question de nous retirer. En effet, notre intervention n’a plus de raison d’être lorsque nos partenaires locaux prennent les choses en main et que l’opérateur accepte de s’engager avec ses moyens logistiques, financiers et son personnel.

Cette action de terrain montre cependant assez vite ses limites, la grosse majorité des villages en Afrique restant dépourvue d’accès au réseau téléphonique. Aussi la perspective du SMSI nous a semblé une opportunité pour y faire entendre cette revendication, car l’objectif de connecter tous les villages doit être pris en charge par la communauté internationale, en application du droit à la communication.

Notre délégué au SMSI, Jean-Louis Fullsack, fort de son expérience personnelle et en étroite liaison avec l’association, a pu formuler des propositions notamment au sein du groupe du travail sur le financement. Grâce à nos réalisations sur le terrain, ces propositions bénéficient d’une écoute attentive de la part de la société civile mais aussi de certains gouvernements des pays en développement. Si elles ne sont pas retenues officiellement, c’est parce qu’elles tranchent avec l’orthodoxie pro-libérale qui prévaut dans les différentes conférences préparatoires du SMSI. Surtout, elles permettent d’envisager de nouvelles convergences pour l’avenir.
N’est-ce pas là une application concrète et alternative du “ agir local, penser global ” ?


[1NyambaM. André Nyamba participe à cet ouvrage, au travers du chapitre « Approche sociologique et anthropologique de la communication dans les villages africains ».

[2Cette association, qui intervient aussi en Inde, est dirigée par M. Djédjé Soumaré, représentant les Maliens vivant en France au Haut Comité de Maliens de l’extérieur.

[3Plusieurs d’entre eux ont déjà construit les locaux devant abriter les télécentres communautaires.

[4InternetNotamment de la République Démocratique du Congo, de Madagascar ou du Burundi.