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Lettre d’avril 2006

samedi 5 août 2006, par Alain

Avril 2006 - 
Numéro 122 

 

Edito
color="#333399">L’assemblée
générale ouvre CSDPTT


L’assemblée générale de
CSDPTT s’est tenue les 27 et 28 janvier à Paris.
C’est le rendez-vous annuel et toujours convivial des
adhérents, et l’occasion de faire le point sur
l’activité de l’an passé tout
en « chauffant un œil »
sur le futur immédiat.

Pour 2005 elle s’est déroulée au
Burkina Faso, au Mali et au Niger pour ce qui concerne
l’activité fondatrice et fondamentale de
CSDPTT : la connexion de villages isolés et
éloignés au réseau fixe terrestre.
Dans ces derniers pays notre activité a changé
d’échelle car CSDPTT se trouve impliqué
dans le « programme des cent
villages » au Burkina Faso, alors qu’au
Niger nous sommes partenaires avec le PNUD dans un programme de
connexion de radios communautaire, avec les acteurs nationaux mais
aussi –et c’est une première- avec
l’agence spécialisée des Nations unies
pour le développement.

Ce changement d’échelle nécessite un
engagement plus fort de notre association. Celui-ci est
désormais possible grâce à
l’ouverture à des adhérents non agents
de La Poste ou de France Télécom ou de leurs
filiales. Nous avons en effet été
sollicités depuis plus d’un an par des personnes
engagées dans les actions de développement et
désireuses de réaliser leur engagement au sein de
CSDPTT qu’elles ont estimé être la plus
proche de leurs idées. L’AG s’est
prononcée à l’unanimité sur
le principe de l’ouverture, et à une large
majorité pour les modalités de leur
adhésion. C’est aussi une preuve de la
maturité de notre association, et j’en remercie
chacun pour avoir pris cette décision qui donne une nouvelle
impulsion à CSDPTT.
C’est donc avec un grand plaisir que nous souhaitons la
bienvenue à nos nouveaux amis et leur promettons un travail
en commun fructueux et utile pour nos nouveaux partenaires africains
qui nous sollicitent et tous ceux continuent de nous accorder leur
confiance.
 
Etudes et mises en œuvre sur le terrain, formations
théoriques et pratiques, conseils en ingénierie
et engagement dans les grands débats qui lient les TIC et le
développement (Forum Social Mondial, SMSI, Colloques,
…) : CSDPTT est riche et fière de
l’engagement et des adhérents et des principes
éthiques qui guident leur action dans l’ensemble
de ces activités.
A tous, anciens et nouveaux adhérents un grand merci et bon
courage pour aborder les programmes chargés qui nous
attendent et que nous réaliserons grâce
à l’engagement de tous, y compris –et
surtout- de nos partenaires africains.

Jean-Louis Fullsack


style="color: rgb(0, 0, 153);" size="+1">Echos
des Postes
et Télécoms dans le Monde

Argentine
L’argentine lance un fonds d’accès universel
(Univeral Service Fund, USF) à la fin du mois. Ce fonds
servira à l’extension des réseaux tph
locaux, y compris les services fixes et radio dans la boucle locale
dans les zones faiblement peuplées et
considérées peu rentables. Les
opérateurs mobiles argentins contribuent
déjà à un USF. Comme ils avaient
augmenté leurs tarifs pour absorber leur contribution ils
ont été appelés par le SeCom du
ministère des télécoms à
payer 117 M$ d’arriérés. Il y a plus de
8 millions de lignes fixes en Argentine où le taux de
pénétration est de 22%. Une
intervention courageuse du régulateur pour rappeler
à leurs engagements les opérateurs mobiles. A
méditer en particulier par les responsables africains.

France
Télécom,

Réalise un bénéfice record de 5,7
milliard d’euros (le meilleur depuis 1996 précise
« Les Echos ») … et
annonce la suppression de 17 000 postes d’ici à
2008. Voilà qui va satisfaire doublement ses actionnaires,
sauf peut-être ses propres agents actionnaires …
 
Le cocasse de la situation est qu’en même temps se
déroule le débat sur la future version de la
Directive « Bolkestein ». Dont
les protagonistes annoncent sans vergogne que « la
libéralisation complète des services (y compris
les services publics) va créer 600 000 emplois
immédiatement dans l’Europe des 25
 ».
Cela me rappelle que sous une Commission
précédente, la
« libéralisation du secteur (public) des
télécommunications) devait créer
–selon ses experts (peut-être les mêmes
que ci-dessus)- dans l’hypothèse la moins
favorable (« libéralisation
lente ») au moins 100 000 emplois dans ce secteur
par l’avènement des opérateurs
concurrents et de leurs nouveaux services.
Les 30 000 « emplois
supprimés » de FT et les 60 000 de
Deutsche Telekom auxquels s’ajoutent ceux des
« charrettes »
annoncées n’ont plus qu’à
espérer en ces experts en « emplois
Bolkestein » …avec un CPE
« Villepin » en poche.
Modèle social européen : où
es-tu ?

AT&T : dans la
tradition néolibérale

AT&T, l’opérateur né de la
reprise par SBC de l’ex-géant américain
et rebaptisé AT&T pour
d’évidentes raisons publicitaires, va reprendre
une autre « Baby Bell »,
BellSouth pour la somme respectable de 67 milliards de dollars (G$).
Comme dans toute manœuvre de ce gabarit il faut tranquilliser
les banques ce qui se fait en annonçant des suppressions
d’emplois concomitants : 10 000. Ceux-ci viennent en
supplément des 26 000 suppressions de postes suite
à la fusion avec SBC. Ca permet de sauver
… 2 G$ par an, allant jusqu’à 3 G$
à la fin de la décennie, car en monde
néolibéral on préfère
sauver la finance à sauver les emplois. Et
l’opération digne des avatars
« de la bulle
télécoms » du
millénaire, permet au nouveau géant
américain de se retrouver avec un parc de 70 millions
d’abonnés de toute nature ou 42% du
marché total américain de
l’accès. Mais un effet original de cette nouvelle
conquête de l’opérateur
télécoms va bénéficier
à Yahoo. Ce « portail
top » a conclu un partenariat
d’accès haut débit avec AT&T
depuis 2000, décrochant près de 7 millions
d’abonnés. L’ajout de BellSouth avec ses
abonnés large bande rapportera par effet
mécanique 105 millions de dollars par an à Yahoo.
Pendant les licenciements les affaires continuent. 

Une excellente initiative des
constructeurs … sauf Cisco

Les fournisseurs d’équipements de
réseau Alcatel, Ericsson, Motorola, NEC, Nokia et Siemens
ont lancé Scope, une alliance industrielle pour
accélérer le déploiement de
plateformes pour les opérateurs de réseaux
basées sur les logiciels libres dans le secteur des
télécoms. Ces plateformes sont basées
sur du matériel et logiciel « commercial
sur étagère » (COTS,
commercial off the shelf) et des sous-ensembles en logiciels libres et
à source ouverte. Les signataires s’engagent
à promouvoir
l’interopérabilité entre fournisseurs
de services
Scope élaborera des spécifications et
établira des profils qui permettront et encourageront
l’usage de COTS et de sous-ensembles en
« open source ». Il travaille
comme un programme de l’IEEE, l’organisation de
normalisation et des technologies de l’industrie.
NdR : C’est
vraiment une excellente nouvelle car elle facilite les choix des
fournisseurs pour les opérateurs en les rendant
indépendants des spécificités de leur
plateforme d’exploitation (OS). En outre, sachant que les
coûts relatifs aux logiciels et équipements
d’exploitation afférents sont de l’ordre
du quart des coûts (voire davantage pour certains
équipements
« intelligents ») des
équipements de réseau
télécoms, on perçoit
l’économie réalisable tant lors de
l’acquisition que pendant leur exploitation. Il faut donc
suivre de près les développements de Scope et les
constructeurs qui y adhèrent : ce sera un
indicateur incontournable pour la rédaction de tout cahier
de charges et le choix final de l’équipementier
dans le très proche avenir.
Remarquons l’absence notable de Cisco … et des
constructeurs chinois Huawei et ZTE.




Une bonne initiative de la
CEDEAO

La CEDEAO a mis en place par l’intermédiaire de
son Technical Group on GSM Roaming deux sous-commissions pour traiter
des problèmes d’interconnexion des
réseaux régionaux et de l’harmonisation
de leur tarification pour faciliter le
« roaming » en Afrique de
l’Ouest.
La première commission doit proposer des solutions pour
renforcer l’interconnectivité
transfrontalière et favoriser ainsi les communications
intra-communautaires de part et d’autre de la
frontière en renforçant
l’infrastructure télécoms. La seconde
doit réviser les propositions déjà
adoptées par les opérateurs GSM en vue de leur
harmonisation et de la facturation.
Une des propositions de la commission technique est
d’encourager les Etats membres à
développer et actualiser leur infrastructure de transmission
en vue de supporter le GPRS (General Packet Radio Services) mieux
à même de transférer des
données à débit
élevé. (Selon une info de Balancing Act de
février 2006).
NdR : On souhaiterait
l’extension de cette mesure à l’ensemble
des réseaux télécoms de la
sous-région de la CEDEAO. Il est en effet regrettable
qu’il n’y a pas au sein de cette organisation
sous-régionale une structure
télécoms/TIC solide, experte et efficace tant le
problème de l’interconnexion est grave et urgent
à résoudre. 
 


Afrique du Sud
Le gouvernement d’Afrique du Sud a laissé entendre
qu’il pourrait vendre sa participation de 37,7% dans
l’ex monopole d’Etat Telkom,
« si cela est commercialement
justifié » (« if it
makes business sense ») ! Selon le
président de la commission parlementaire des communications,
une vente pourrait avoir lieu si elle était dans
l’intérêt des consommateurs. Il a
ajouté « Si la vente est commercialement
justifiée et si le gouvernement est confiant que la
tarification et la couverture universelle vont dans le bon sens, alors
ce sera le bon moment pour vendre ». Information et
propos sont rapportés par Business Report.
On est loin des promesses de Nelson Mandela et de l’ANC sur
le maintien des services publics et la non-privatisation des
entreprises d’Etat. L’Afrique du Sud avance
… dans le néolibéralisme.

Nigéria
NITEL licenciera 6 000 agents titre Balancing Act le 7 mars 2006. Cette
réduction des effectifs est une partie du plan de
réorganisation de l’opérateur, pour le
compte duquel le Bureau des entreprises publiques (BPE)
lèvera 12 Milliards de Naïras (90 M$) de
« fonds de stabilisation » (sic).
NITEL emploie 10 000 agents qu’il n’a plus payés
depuis deux mois invoquant des difficultés
économiques.

Algérie
Orascom Telecom (OT) associé à Telecom Egypt
lancent en mi-février leur co-aventure de second
opérateur fixe national en Algérie. OT et la
société d’Etat Telecom Egypt
détiennent chacun 50% du Consortium Algérien des
Télécommunications (CAT) qui avait
décroché l’an dernier une licence de
communications fixes pour 65 M$. CAT fournira un spectre complet de
services dont la téléphonie locale, nationale et
internationale, ainsi que l’accès à
l’Internet. OT exploite déjà Djezzy, le
réseau le plus étendu de
téléphonie mobile.

Guinée
C’est Investcom qui installera sa filiale
Areeba-Guinée comme nouvel opérateur. Investcom
est une société détenue par la famille
d’un ancien premier ministre libanais et est
déjà présent au Bénin,
Ghana, et Guinée Bissau. Ce qui ne classe pas cette
société parmi les spécialistes du
domaine, mais comme il est »soutenu bec et ongles
par le ministre des postes et télécoms (selon
l’information parue sur le site de CIPACO) … Prix
payé par cet investisseur apprenti
–opérateur : 30 M€ dont la
moitié serait versée. Comme cadeau de
reconnaissance et de bienvenue le gouvernement guinéen
exonère de toute taxe pendant 18 ans ce même
opérateur.
NdR : Le Fonds de
solidarité numérique pourra peut-être
suppléer le manque à gagner de
l’Etat ? 

 


Mali
La SOTELMA bientôt privatisée, annonce JAI le 12
février 2006. Alors l’opérateur public
vient de boucler son bilan de 2005 avec un
bénéfice record de 38 milliards de Fcfa (58 M
€), son Directeur général Cheikh Sidi
Mohamed Nimaga vient d’être remplacé par
Sidiki Konaté. Selon JAI il paierait le relatif
échec de Malitel qui s’assure à peine
30% du marché mobile laissant à Ikatel la
première place avec 600 000 abonnés. Ce
succès est surtout dû à la
capacité d’investissement de la filiale de Sonatel
et France Télécom (elle a investi plus de 100
Milliards de Fcfa, soit plus de 152 M€), qui a
cruellement manqué à la
Sotelma-Malitel. La privatisation différée deux
fois, devrait être réalisée encore en
2006. La Banque Mondiale veut imposer son
« modèle » de
libéralisation qui laisse à l’Etat et
« aux salariés de
Sotelma » 49% des parts, Le
« partenaire
stratégique » se voyant
attribué les 51% restants . Verra-t-on au Mali se
répéter le scénario
nigérien ? On espère que les
décideurs, dans la mesure où ils ont
réellement la liberté de choix et où
la procédure est transparente, seront mieux
inspirés que ceux du pays voisin. En tous cas ils
n’auront pas l’excuse de
n’avoir pas été prévenus
(voir plus loin : ZTE à Tombouctou).

Nigeria
Des usagers mobiles protestent contre la
médiocrité des services, titre Balancing Act le
17 février 2006. En effet, la National Association of
Telecommunications Subscribers (NATS) a appelé les 18
millions d’abonnés mobiles à
éteindre leurs portables demain, pour protester contre
« des services erratiques et
chers ». Selon NATS, les opérateurs
mobiles pourraient perdre entre 4 et 5 milliards de nairas (de 31
à 39 M$) dans ce boycott d’un jour. Ais les
opérateurs cellulaires ne se font pas trop de soucis quant
à cette protestation car ils sont sûrs
qu’une bonne partie des gens –notamment des
commerçants- n’y prendront pas part. 
 
Commentaire de cette info : On voit un
« frémissement » dans
les usagers du mobile cellulaire qui commencent à
réaliser que la note mensuelle devient non seulement
importante, mais ne correspond pas à un minimum de
qualité. C’est le retour de bâton de ce
déploiement
« erratique »
qu’applaudissent pourtant les médias …
et l’UIT.
 

Ghana
L’Etat récupère le domaine des
télécoms fixes. En effet, selon une info
donnée par Balancing Act le 17 février 2006,
l’Etat Ghanéen a racheté les deux tiers
des actions détenus par ACG Telesystems via la Ghana
National Petroleum Company (GNPC) dans WESTEL, le second
opérateur fixe national en complément du tiers
qu’il possédait déjà. On se
rappelle que l’Etat ghanéen avait
déjà racheté la part de 30%
détenue par Telekom Malaysia dans Ghana Telecom
après que les relations entre les deux partenaires se sont
dégradées. 
 

Malawi
DT acquiert 80% de MTL révèle Balancing Act le 17
février 2006. En effet, le consortium Telecoms Holdings Ltd
(THL), qui comprend la DT a acheté au gouvernement 80% des
parts de l’opérateur national fixe Malawi
Telecommunications Ltd (MTL) pour un montant compris entre 30 et 35 M$.
Le groupe qui comprend aussi un groupe local de presse (Press
Corporation), l’assureur Nico Holdings et le Sud Africain Old
Mutual, a déjà payé un premier acompte
de 11,5 M$ et est autorisé à payer les 19 M$
restants par étapes.
La privatisation de MTL est en route depuis 2002 lorsque le
gouvernement a prévu de vendre au moins 30%. Mais en
août 2005 la vente a été
reportée pour offre trop faible.

Namibie
Le Ministère des Travaux publics, des Transports et des
Communications a soumis au Parlement un document recommandant que le
seul opérateur mobile national Mobile Telecommunications
(MTC) vende 34% de ses parts à un partenaire
stratégique étranger. Deux groupes ont
été retenus : le sud-africain MTN et
Portugal Telecom. MTC est un opérateur
bénéficiaire qui assure avoir une couverture de
87% de la population très dispersée du pays. MTC
est entièrement détenu par la
société holding de l’Etat Namibian Post
and Telecommunication Holdings (NPTH) qui avait acquis les 49%
qu’elle n’avait pas à Overseas Telecom
et à Swedfund International pour 388 Millions de dollars
namibiens (63 M$). Selon le gouvernement, outre la vente de la part
stratégique, NPTH prévoit de vendre 15% des parts
à un groupe de pouvoir noir (black empowerment).
A la fin de 2004 la Namibia Communication Commission (NCC) avait
reçu dans le cadre de la libéralisation de
Telecom Namibia deux offres : l’une venait
d’un consortium chinois avec des liens locaux, et
l’autre venant de l’électricien public
national NamPower en partenariat avec le norvégien Telenor.
La NCC avait alors déclaré qu’une
décision interviendrait en quelques semaines, mais des
complications « techniques » ont
remis à plat ce projet. Le fait que deux entités
étatiques, NPTH et NamPower, étaient sur les
rangs n’y ont pas été
étrangers (selon une info donnée par Balancing
Act du 17 février 2006)  
Article paru sur Balancing Act News Update le 6 février
(original en anglais)

ZTE met le cap sur Tombouctou
Le fabriquant chinois d’équipement ZTE a
piqué (« snagged ») un
contrat de la Société des
Télécommunications du Mali (SOTELMA) pour
déployer un réseau en boucles locales radio (BLR
ou « WLL ») qui
s’étendra sur un des endroits les plus
reculés de la terre (sic) –Tombouctou. Sous les
termes de la transaction, dont la valeur n’a pas
été révélée, ZTE
installera la technologie CDMA2000 1X WLL dans de nombreuses villes
maliennes dont Mopti, Segou, Sikasso ainsi que Tombouctou. La nouvelle
infrastructure sera une extension du réseau de 6 000 lignes
installé dans la capitale, Bamako,
l’année dernière.

Commentaire
« à chaud » :
Voilà une bonne nouvelle pour quelques uns qui auront
vaillamment ( ?) contribué à la
promotion de CDMA et ZTE (« Tombouctou, un des
endroits les plus reculés de la 
terre »). Ils seront
récompensés à la fois par le puissant
lobby CDMA américain soutenu par la TIA dont la
tâche principale consiste à tailler des
croupières à GSM, et par le constructeur et
apprenti-opérateur chinois ZTE qui fait ainsi la danse du
ventre dans la perspective de la privatisation de la SOTELMA.
Nous avions déjà dit tout le
« bien » que nous pensions de
l’opération CDMA-ZTE à Bamako. Et aussi
ce que nous pensons des défaillances notoires de 
ZTE comme « partenaire
stratégique » de SONITEL au Niger voisin.
Les responsables du Mali et de la SOTELMA sont donc
prévenus.
 Quant à l’opération
proprement dite, elle aura atteint l’un des objectifs que son
fondateur Bruno Jaffré a assigné à
CSDPTT, à savoir que notre action doit devenir
progressivement inutile par la prise en main des projets de
téléphonie rurale par les organisations locales.
Au moins sur le plan médiatique dans le cas
présent !




 
 
Kenya
Le fournisseur de services Kenya Data Networks (KDN) a lancé
une liaison en fibres optiques (FO) entre Mombasa et Nairobi,
réalisée en collaboration avec Siemens pour un
coût de 300 M$ qui accroîtra le débit
entre les eux villes signale Balancing Act News Update du 7 mars 2006.
KDN a installé un câble FO dans le District
commercial central de Nairobi (CBD) de même que dans le
quartier Upper Hill et Westland de la ville, et espèrent
atteindre 80% de la population kenyane vers 2008. Le réseau
sera étendu à Busia (NdR : à
la frontière avec l’Ouganda) d’ici la
fin de l’année.
Commentaires :
A vol d’oiseau Mombasa est à 460 km de Nairobi et
Busia à 360 km. Le coût indiqué de
300 M$ devrait concerner les 1 140 km cités dans un
communiqué Balancing Act de janvier et engloberaient les
deux sections, Mombasa-Nairobi et Nairobi-Busia Ce qui
mettrait le km moyen à 260 k$ ! Un tel
coût est hors norme et il faut espérer
qu’il englobe au moins l’équipement de
transmission. Même dans ces conditions il reste encore
très au-dessus de la réalité. Un
complément d’information est nécessaire
pour apprécier les conditions économiques de
cette opération.
D’autre part cet axe Mombasa – Nairobi est
l’axe majeur du Kenya car il relie la capitale
économique à la capitale politique. Or selon un
communiqué du 27.04.2005 de TeleGeography, Telkom Kenya
Limited (TKL) devait poser un câble à FO sur cet
axe qui devait être opérationnel en mai cette
année. La pose d’un deuxième
câble ne se justifie donc pas –du moins pas dans le
court terme- car outre les câbles TKL et KDN il y a un
faisceau hertzien sur le même parcours ! On peut
donc dire sans trop se tromper qu’on a
réalisé un mésinvestissement voisin de
100 M$. Où sont l’UAT et les grands
stratèges des TIC du NEPAD ?
Enfin, il y a le Projet EADTS (Système de Transmission
numérique est-africain) mené dans le cadre du
Projet EASSy (Système sous-marin est-africain). Le Kenya est
directement concerné.
Système de transmission SDH de Mombasa à Malaba
(frontière avec l’Ouganda) via Nairobi, avec des
dérivations intérieures au pays.
La phase 1 (lancement de l’artère Mombasa Nairobi)
a démarré (2ème semestre 2005).
La phase 2 : réalisation de
l’artère Nairobi – Malaba ;
Telkom Kenya en partenariat avec Kenya Power & Lighting Co sont
en cours de développement de la phase.
Le projet est prévu pour être
réalisé avant EASSy comme l’un des
réseaux de collecte régionaux dont
dépend EASSy.
Sites web : www.eassy.org

Question : Combien de projets
pour cet axe vital non seulement pour Kenya mais aussi pour
les pays enclavés ? Quels coûts pour leur
conception et leurs études annexes ? Quelle
coordination et qui en est responsable ? Un gâchis
de plus.



VSAT
et sans-fil, des chances pour l’Afrique ?

Connecté au monde entier mais pas avec son voisin !
Présenté par de nombreux articles comme une
opportunité pour l’Afrique, associer des
connexions sans-fil à des connexions satellitaires, permet
indéniablement de délivrer
immédiatement Internet dans des zones enclavées.
Mais à plus long terme ? N’est-ce pas
continuer à entretenir une dépendance
financière vis-à-vis des pays du Nord au
détriment de l’économie
locale ?
Comme l’analyse pertinemment Stéphane
Bortzemeyer [1], le fait de renoncer à
l’accès filaire, c’est renoncer
à développer une infrastructure qui pourrait
également servir à l’eau et
à l’électricité, renoncer
à l’accès Internet à tous,
et renoncer à l’indépendance des pays
en terme de communication.

Les VSAT ?
En Afrique, si l’on exclue l’Afrique du Nord et
l’Afrique du Sud, Internet n’est
délivré que par deux moyens : les
antennes satellites et les câbles sous-marin. En 2002, le
câble sous-marin SAT-3/WASC/SAFE [2] a
été mis en service et relie le Portugal
à la Malaisie en longeant l’Afrique par la
côte atlantique [3]. Ce câble dessert le
Sénégal, la Côte d’Ivoire, le
Ghana, le Bénin, le Nigeria, le Cameroun, le Gabon et
l’Afrique du Sud. Les villes côtières
desservies par le câble sous-marin disposent d’une
bande passante d’environ 50 Mbit/s. Le
Sénégal dispose quant à lui de plus de
400 Mbit/s. Ce qui permet de disposer d’une réelle
connectivité : une connexion ADSL à 256
Kbit/s coûte ainsi 35 euros par mois à Dakar, et
230 euros par mois à Cotonou.
En dehors des pays côtiers, la seule alternative actuellement
consiste à utiliser une antenne satellite. Construire,
lancer et exploiter un satellite est fort coûteux et reste
exclusivement réservé aux non
africains [4].
Le prix et le manque de clarté des offres
d’accès Internet par satellite s’en
ressent : compter de 350 à 3500 euros par mois par
Mbit/s (en cumulant upload+download) ; c’est
à dire 350 euros pour un accès partagé
saturant aléatoirement en upload (et donc inutilisable
à des fins de partage entre plusieurs structures) et dix
fois plus cher pour une bande passante dédiée (et
par là réellement partageable).
Le coût de la bande passante au niveau des utilisateurs
s’en ressent. Dans des pays enclavés tels que le
Niger ou le Burkina Faso, il faut compter 500 euros par mois pour une
connexion permanente à 64 Kbit/s. A titre de comparaison une
connexion ADSL de 5 Mbit/s en France coûte 15 euros
par mois (pour 30 fois moins cher on a un débit 80 fois plus
élevé). Pour se faire une idée du prix
de la connectivité, se référer
à l’observatoire de l’accès
haut-débit en Afrique .

Architecture du réseau Internet en Afrique Subsaharienne
En outre, prenez deux personnes dans la même rue utilisant
une VSAT : pour communiquer entre eux, chacun doit faire un
aller-retour avec le satellite, situé à 36 000
kilomètres plus haut, plus un aller-retour avec le backbone
internet via le fournisseur du service satellitaire : on fait
8 fois 36 000 kilomètres soit plus de 7 fois le tour de la
terre. Internet permet certes de communiquer mondialement mais dans la
pratique, on a plus d’amis et de centres
d’intérêt près de chez soi
qu’à l’autre bout de la terre, ce qui
est flagrant au niveau des échanges de courriers
électroniques [5] Cette problématique de
communication entre deux rues est transposable entre deux villes et
entre deux pays [6].
Et les connexions radios ?
La connectivité par onde hertzienne permet
d’augmenter le nombre de bénéficiaire
localement et ce à moindre frais [7] ; et
permet - si on a le bon goût de le proposer - de mettre en
place un réseau local haut débit entre
bénéficiaires ne coûtant rien. Oui mais
entre les différentes localités
couvertes ? Passer par le satellite ? Comme le fait
remarquer très justement Stéphane Bortzemeyer, il
n’y a pas d’alternative à
l’infrastructure sol pour délivrer l’eau
et l’électricité ;
infrastructure qui pourrait également être
utilisée pour les télécommunications.
Et ce au profit de tous et avec un coût lié aux
nombres d’usagers ; alors que 15 spots vsat +
wifi/wimax = 15 fois le cout d’1 spot vsat+wifi/wimax/autre
(consommez pour augmenter la croissance diraient certains !)).
Des projets pour interconnecter par fibres optiques les pays
d’Afrique de l’Ouest ont été
lancés par la BOAD et l’UEMOA [8] et nous
nous devons d’être vigilants pour que ces projets
aboutissent.
L’argent de la connectivité VSAT et du transit
local part en fumé !
Internet par satellite est coûteux et ne permet pas de
capitaliser l’investissement en terme
d’infrastructure. Dès lors qu’on ne paye
plus à son fournisseur, on se retrouve dans le
même état qu’auparavant :
aucune infrastructure et pas de connectivité. A noter
également que l’infrastructure utilisée
par le câble sous-marin SAT-3 n’a pas
été conçue pour permettre
l’échange de données entre les points
reliés : la bande passante est grandement
améliorée mais la connectivité intra
africaine reste la même : nulle. Selon des
estimations [9], le trafic Internet local ou
sous-régional coûte à
l’Afrique un montant de 400 millions de dollars par
an [10], montant que se récupère les
multinationales des télécommunications au lieu de
profiter à l’économie locale.
Et le bien commun dans tout ça ?
Pour les ONG, collectivités, la solution vsat/radio
s’impose par le fait que se lancer dans des ouvrages
d’infrastructure n’est guère possible
à l’échelle individuelle ou de petites
collectivités. Ceci d’autant plus que le
résultat est là : un accès
à Internet relayé à un groupe.
"C’est cette société humaine qui est
défaillante dans la plupart des pays d’Afrique".
Cette société humaine à un nom.
N’est ce pas le rôle de l’état
que de réaliser ce qui n’est pas possible
à échelle des individus ? Le Sommet
Mondial de la Société de l’Information
(SMSI), qui se tiendra prochainement en Novembre 2005, prône
le concept que la solution pour bénéficier
d’un accès haut débit abordable en
Afrique est de mettre en concurrence les sociétés
de télécommunications [11]. Pour bon
nombre d’africains, le service public n’ayant
toujours été qu’une parodie de service
public, c’est la solution. La rentabilité
immédiate du déploiement
d’infrastructures locales n’étant
guère envisageable (investissement lourd, clients
à faible pouvoir d’achat), il ne faut pas songer
à ce que des entreprises s’en charge de leur
propre initiative.
Entre la transmission satellite et la transmission par ondes
hertziennes, on passe d’un service point à point
à un service point à groupe. L’apport
des technologies radios pour la délivrance
d’Internet est indéniable. Mais cet apport ne doit
pas masquer la nécessité de développer
l’infrastructure nécessaire à
délivrer des services de base pour tous tels que
l’eau, l’électricité et les
télécommunications dont Internet.
Article et
références sur : href="http://www.africacomputing.org/article543.html">http://www.africacomputing.org/article543.html




Le
sans-fil, une chance pour l’Afrique ?

Dans les discussions, les colloques ou les sommets sur le
développement des Nouvelles Technologies de l’Information et
de la Communication (NTIC) en Afrique, on présente souvent
les techniques sans-fil comme la solution aux problèmes de
connectivité de l’Afrique.
Cela inclut les réseaux locaux (avec la technique Wi-Fi),
les réseaux métropolitains (avec des liaisons
radio plus classiques) et les réseaux à grande
distance, via les satellites (technique VSAT, par exemple, qui a
toujours bénéficié d’un lobbying assez
lourd).
Pour comprendre les avantages et les limites du sans-fil, il faut
revenir sur la situation des télécoms en Afrique.
Elle a été largement
étudiée et d’innombrables études ont
été produites à ce sujet par diverses
ONG ou organismes onusiens. Citons par exemple l’excellent livre
collectif sous la direction d’Annie Chéneau, "Enjeux des
technologies de la communication en Afrique".
En deux mots, la fracture numérique avec le Nord est
énorme : l’infrastructure téléphonique
filaire est très limitée, de mauvaise
qualité et mal entretenue. Obtenir une ligne est un exploit
et cela coûte très cher.
Dans la plupart des pays, ce réseau filaire est de trop
mauvaise qualité pour permettre le déploiement de
services d’accès à l’Internet comme ADSL.
Face à cette situation, il est tentant de vouloir prendre un
raccourci et de décréter que le filaire
n’était qu’une étape dont l’Afrique pourrait se
passer, en sautant directement au sans-fil. Ce choix apparaît
purement technique et ne suscite pas en général
de débats passionnés.

Mais c’est oublier que les choix d’infrastructures sont en
général à très long terme
et stratégiques, c’est-à-dire qu’ils exercent une
influence qui va au-delà de la technique.

L’infrastructure filaire est en effet tributaire d’une
société humaine qui marche : il faut du
personnel, des travaux de génie civil, donc des cartes, des
corps de métier différents qui
coopèrent, une bonne dose d’organisation (pour
éviter que d’autres travaux ne détruisent
accidentellement le réseau), une certaine
stabilité (les réseaux filaires sont
vulnérables, par exemple aux voleurs de cuivre,
métal relativement cher).

C’est cette société humaine qui est
défaillante dans la plupart des pays d’Afrique : toutes les
infrastructures au sol (eau, électricité,
téléphone) y marchent mal en raison de cette
défaillance, pas en raison des particularités
techniques du téléphone filaire.
Envisage-t-on de résoudre ce problème ? Non. On
envisage seulement de renoncer à avoir une infrastructure
stable au sol et on passe par la voie des airs.

Cela a deux conséquences : on renonce à faire
marcher des réseaux au sol, alors que l’eau et
l’électricité, elles, n’ont pas de solution de
rechange.
Et, même en se limitant aux
télécommunications, on renonce à
fournir un accès de masse au téléphone.
En effet, le sans-fil, avec ses infrastructures au sol
limitées, convient bien aux situations d’urgence, aux
évènements temporaires, ou bien aux habitats
très dispersés. Mais, si on veut connecter la
grande majorité de la population, il revient bien plus cher
(puisque le coût de chaque abonné ne baisse pas
avec le nombre d’abonnés) et il entraine une rude
concurrence pour l’accès à la bande passante, qui
est partagée entre tous.
Choisir systématiquement le sans-fil, c’est renoncer
à l’accès pour tous au profit d’un
accès pour un petit nombre, entreprises, ONG, riches
particuliers.
En outre, lorsque le sans-fil passe par des satellites, c’est une
menace directe pour l’indépendance du pays : les
communications internes vont alors passer par un satellite
contrôlé par un pays étranger, qui peut
augmenter ses tarifs ou tout simplement couper l’accès en
cas de désaccord.
Si on vise réellement l’accès de tous aux NTIC,
il n’y a donc pas d’alternative au développement d’une
infrastructure filaire au sol. Cette infrastructure au sol
s’intègre naturellement dans les autres réseaux
(eau et électricité notamment), soit parce
qu’elle utilise les mêmes tranchées, soit
simplement parce qu’elle repose sur la même infrastructure
humaine (services techniques des collectivités locales,
cartes du sous-sol, etc).
href="http://www.bortzmeyer.org/sans-fil.html">http://www.bortzmeyer.org/sans-fil.html