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Burkina Faso : Grève du SYNATEL du 25/07/2006 contre la stratégie gouvernementale de privatisation. Texte du préavis

mardi 25 juillet 2006, par Bruno JAFFRE

SYNDICAT NATIONAL DES TELECOMMUNICATIONS DU BURKINA FASO (SYNATEL)

01 BP 597 OUAGADOUGOU 01

Unité - Progrès - Justice

TEL : 50 30 71 73 Cel : 70 20 10 15

E-mail : synatel@onatel.bf

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OUAGADOUGOU, LE 03 JUILLET 2006

N°2006-035/BN

LE BUREAU NATIONAL

Objet : Préavis de grève A

Son Excellence Monsieur le
Président du Faso,
Président du Conseil des Ministres
- Ouagadougou -

Excellence Monsieur le Président,

La privatisation partielle de l’Office National des Télécommunications (ONATEL) autorisée par la Loi 058/98/AN du 16 décembre 1998 connaît des difficultés dans son aboutissement. En effet, une première phase lancée officiellement le 17 Novembre 2001 avec le démarrage des travaux de la Banque d’Affaires, s’est terminée par un manque d’offres. Par la suite, le Gouvernement a adopté une nouvelle stratégie dans le sens d’intéresser plus les investisseurs.

Les travailleurs, conscients de la nécessité pour l’ONATEL de s’adapter aux exigences du nouvel environnement du secteur des Télécommunications, se sont engagés à travers leur Organisation, le Syndicat National des Télécommunications (SYNATEL), à accompagner le Gouvernement dans la réforme du secteur en général, et dans le processus de privatisation en particulier. Cet engagement se traduit par la participation du personnel à toutes les activités liées à la privatisation.

Face aux difficultés rencontrées dans l’aboutissement heureux du processus et conformément à leur engagement, plus de quatre vingt (80) travailleurs représentant les différentes couches du personnel, se sont retrouvés en journées de réflexion sur le sujet les 11, 12 et 13 Août 2005 à Ouagadougou afin de contribuer à faire de l’opération un succès à la satisfaction de toutes les parties. Les résultats résumés en un document intitulé « réflexion du personnel sur le processus de privatisation partielle de l’ONATEL » a été transmis au gouvernement en Octobre 2005 avec une ampliation à votre haute attention. La transmission du document est assortie de demandes d’audience en vue d’échanger de façon approfondie sur les principales conclusions qui se présentent comme suit

- la privatisation n’est pas une fin en soi et ne constitue pas une panacée au développement des Télécommunications ; sur vingt (20) pays ayant privatisé leur opérateur historique des Télécommunications, seuls deux (2) cas de privatisation peuvent être considérés comme un succès (avec nuances) ; vingt huit (28) pays cherchent vainement un partenaire stratégique ; en outre, des opérateurs historiques encore sous tutelle étatique fonctionnent mieux que certains opérateurs privatisés ;
- le schéma de cession de 51% du capital à un partenaire stratégique ne garantit pas le succès de l’opération ; il contient plus de risques d’échec du processus et comporte beaucoup d’inconvénients ;
- la poursuite du développement du réseau fixe reste primordiale car une large couverture nationale est indispensable pour le développement et la vulgarisation des TIC ; la téléphonie mobile ne permet pas toutes les applications nécessaires à l’insertion du Burkina dans la société de l’information ;
- les objectifs de la politique sectorielle du Gouvernement et de la réforme du secteur des télécommunications peuvent être atteints sur la base de décision stratégique d’une politique nationale de développement économique et sociale ;
- la convergence des technologies nécessite une synergie d’actions de tous les acteurs intervenant dans la régulation du secteur (ARTEL, CSI, MPT, DELGI) ; cela implique une révision du cadre légal et réglementaire ;
- l’ONATEL est un patrimoine national qui relève d’un secteur stratégique dont le développement intéresse toute la communauté. L’importance des enjeux commande que toute décision dans le domaine puisse impliquer tous les acteurs économiques et sociaux ;
- la question du développement des télécommunications et des TIC est complexe et nécessite l’apport de compétences diverses. Elle mérite d’être abordée dans son ensemble afin de trouver la meilleure voie pour le Burkina Faso

Au vu de ce qui précède, il a été recommandé un schéma de privatisation sans partenaire stratégique s’appuyant sur l’actionnariat national et sous-régional,

Excellence Monsieur le Président,

Vous le savez certes, les enjeux de la privatisation sont énormes. Le succès du processus conditionne le développement des Télécommunications. Face à une telle situation, il est indispensable de prendre le maximum de précautions pour réunir plus de chance de succès. Les nombreuses expériences malheureuses de privatisations dans la sous région montrent que les objectifs d’une privatisation selon la stratégie actuelle seront difficiles à atteindre.

En effet, la plupart du temps, le partenaire stratégique, du fait de l’important investissement pour l’acquisition des parts de la société, est plus soucieux de récupérer cette mise que du développement du réseau et des services. Il centre alors ses actions et ses efforts sur les services à valeur ajoutée à partir des infrastructures existantes au détriment d’un développement du réseau dans son ensemble.

La stratégie de cession de 51% à un partenaire avec ces multiples implications constitue un recul pour le Burkina en terme de compétences en management dans le domaine des télécommunications. On se rappelle que le premier office dans ce pays est l’OPT qui a donné par la suite naissance à la SONAPOST et à l’ONATEL. Tout au long de l’évolution du secteur, aucune assistance n’a été sollicitée, contrairement aux autres pays de la sous région. Les mêmes vertus (détermination, engagement, disponibilité, sens du devoir, compétences, etc) du personnel et des cadres en particulier qui ont permis d’atteindre des objectifs très appréciables, demeurent dans la société. Les performances obtenues malgré un contexte mondial difficile et un statut de société d’état marqué par une lourdeur administrative et une limitation des moyens d’actions constituent la preuve d’un dynamisme certain qu’il faut capitaliser par des décisions politiques volontaristes et courageuses pour réaliser les objectifs visés par la privatisation.

En transmettant le document au Gouvernement et à vous-même, nous avions le ferme espoir d’une réaction dans le sens de rechercher un meilleur schéma par une réflexion nationale. C’est dans cet espoir, que nous avons diffusé le document auprès de la société civile, des différentes personnalités et institutions pouvant apporter une contribution conséquente au bon aboutissement du processus de privatisation. Ainsi, la Banque Mondiale, le Conseil Economique et Social, l’Assemblée Nationale, le Médiateur du Faso, les organisations de la société civile, l’Université de Ouagadougou, ainsi que les Groupes Parlementaires, ont reçu le document. Les organes de presse ont reçu aussi un résumé qui a été largement diffusé au public L’objectif de cette diffusion est de permettre auxdits destinataires de se préparer afin de pouvoir contribuer à la réflexion lors d’une concertation nationale.

Excellence Monsieur le Président,

Le constat est que le Gouvernement insiste pour mettre en œuvre la stratégie de cession de 51% à un partenaire stratégique malgré le très faible taux de succès de celle-ci (10%) et les nombreux inconvénients et risques qu’elle comporte. Le Gouvernement, tenant compte des mutations économiques mondiales et de l’évolution technologique, a décidé de relire la Loi 051/98/AN du 4 Décembre 1998 portant réforme du secteur des Télécommunications et s’apprête à adopter une nouvelle déclaration de politique sectorielle. Ces nouvelles dispositions ont pour objectif d’adapter le cadre stratégique et réglementaire aux mutations ci-dessus. Il est difficilement compréhensible qu’au même moment, le Gouvernement insiste pour mettre en œuvre une stratégique de privatisation devenue anachronique du fait de ces mêmes mutations.

Face à cet état de fait, les travailleurs estiment que la question étant d’une grande importance, mérite une attention particulière et que des dispositions doivent être prises pour que le processus connaisse un succès dont les résultats profiteront à toute la communauté nationale.

Sans remettre en cause le processus de privatisation, le personnel estime qu’il est de son devoir et de son droit d’attirer l’attention de l’opinion nationale sur le caractère négatif de cette stratégie, les risques qu’elle comporte et les conséquences néfastes pour tout le pays. A cet effet, le personnel de l’ONATEL à travers son organisation unique, le Syndicat National des Télécommunications (SY.NA.TEL), a décidé d’observer un arrêt de travail de 24 heures couvrant la journée du Mardi 25 Juillet 2006 de 0 heure à 24 heures et ce sur toute l’étendue du territoire national pour :

-  traduire le rejet de la stratégie actuelle du Gouvernement ;
-  protester contre la mise en œuvre de cette stratégie ;
-  exiger une réflexion nationale impliquant toutes les parties en vue d’aboutir à une stratégie qui garantisse les intérêts de tous ;
-  appeler l’attention de l’opinion nationale sur la nécessité de son implication indispensable pour un schéma de privatisation qui profite à tous.

Le personnel se réserve le droit de mener toutes autres formes de manifestations dans le but d’informer et de sensibiliser l’opinion publique nationale sur les enjeux de la privatisation et sur les risques et dangers que comporte une mauvaise privatisation.

Nous vous prions d’agréer Excellence Monsieur le Président, l’assurance de notre haute considération.

Pour le Bureau National
Le Secrétaire Général

Valentin B. SAWADOGO