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Reportage : Mission au Burkina et au Mali du 19 au 24 janvier 2006, participation au Forum Social de Bamako.

vendredi 3 mars 2006, par Bruno JAFFRE

1. Ouagadougou

Malgré un détour imprévu par Bamako mon voyage se déroule sans encombre jusqu’à Ouagadougou... avant que je ne comprenne que les bagages ne m’ont pas suivi comme d’ailleurs ceux d’une bonne quarantaine de voyageurs. Mon ami André Nyamba est là à m’attendre patiemment. Nos retrouvailles sont toujours aussi chaleureuses mais il me faut le faire patienter. Il nous faudra en effet plusieurs heures avant que nous puissions tous, les malchanceux à qui il manque des bagages, entrer dans le bureau des litiges pour y notifier nos noms et coordonnées. Le bureau du Point Afrique à Ouagadougou n’a guère d’information et brille surtout par son absence ce premier soir. On nous dira même un peu plus tard que nos bagages étaient partis au Nigeria ! On se demande bien par quel miracle. Après plusieurs faux espoirs, ils arriveront finalement 5 jours après ce qui retardera mon voyage à Bamako. Seule compensation j’arriverai à me faire rembourser l’achat de médicaments pour remplacer ceux qui sont perdus on ne sait où.

Nouvelle surprise à la sortie de l’aéroport vers 1 heure du matin, j’aperçois Mousbila Sankara le Président de la SODEPTEL qui est là à m’attendre. Nous nous saluons chaleureusement en se promettant de nous retrouver bientôt.
Mes retrouvailles sont à la mesure des liens que j’ai tissés de longue date après de nombreux séjours dans ce pays dans lequel je compte désormais de nombreux amis et connaissances.

1.1. Débat autour du livre "Télécommunications entre Bien Public et marchandise"

Sylvestre Ouedraogo, le Président de Yam Pukri, lui aussi un ami, avec qui CSDPTT a collaboré, démontre une fois de plus son dynamisme en organisant une conférence autour du livre collectif " Télécommunications entre bien public et marchandise" [1], résultat d’une coopération entre CSDPTT et BPEM (Bien Public à l’Echelle Mondiale). Une vingtaine de personnes sont présentes, c’est peu, mais Sylvestre avouera qu’il n’avait pas eu le temps de prévenir l’ensemble de la presse. Sont présents tous les auteurs burkinabé du livre, Sylvestre Ouedraogo, André Nyamba, et Mousbila Sankara, tous partenaires de CSDPTT selon leur spécialité pour des projets au Burkina.

Alain Roblin Demont, responsable de CSDPTT pour les nouvelles technologies est en effet venu deux fois dispenser des formations au Burkina organisé par Yam Pukri, reste en contact avec Yam Pukri qui exprime parfois des besoins de soutien ponctuel notamment pour la réalisation de site sous SPIP.

Mousbila Sankara, Président de la SODEPTEL (Solidarité Développement dans les postes et télécommunications) qui regroupe des salaires ou retraités de l’ONATEL (Office National des Télécommunications) et de la SONAPOST, a largement contribué par sa ténacité au développement de nos projets de téléphonie rurale dans ce pays puisqu’une dizaine de téléphones communautaires ont été installés ici et que CSDPTT vient d’envoyer tout récemment tout le matériel de téléphonie nécessaire, pour réaliser 8 nouvelles liaisons permettant de connecter 8 villages supplémentaires au réseau téléphonique, les installations d’énergie solaires étant à la charge de l’ONATEL.
André Nyamba, ethno sociologue, professeur à l’université de Ouagadougou, a réalisé une première étude de faisabilité pour les 4 villages, Yaba, Koin, Nimina et de la région de Toma, désormais munis d’une télécentre communautaire que nous avons contribués à installer en collaboration avec la SODEPTEL.

C’est avec une certaine fierté pour le travail réalisé, aussi bien sur le terrain que pour l’ouvrage au cœur du débat que nous nous trouvons tous rassemblés ensemble, une grande première ! Le débat est animé par Abdoulaye Diallo, coordinateur du centre de presse Norbert Zongo, du nom du journaliste Norbert Zongo, assassiné par des militaires de la garde rapprochée de l’actuel Président, Blaise Compaoré. A l’époque une vague de protestation sans précédent avait entrainé des dizaines de milliers de personnes dans les rues ce qui avait d’ailleurs fait trembler le régime, l’obligeant à faire quelques concessions pour plus de démocratie. Reste que plus de 7 ans après, les coupables n’ont toujours pas été jugés.

J’ouvre le débat en m’efforçant de définir en détail le nouveau concept de Bien Public issu des travaux de BPEM (Bien public à l’échelle mondiale), et de faire un rapide aperçu du contenu global du livre. J’insiste plus particulièrement sur l’histoire du service public en France, celle de la libéralisation des télécommunications, les conséquences désastreuses qui en résultent, le crash touchant les opérateurs, désormais soumis à une spéculation effrénée les fragilisant considérablement, les retombées sur les consommateurs contraints par un véritable racket à payer très cher les services de télécommunications. En réalité, les opérateurs leur font ainsi supporter le règlement des énormes dettes qu’ils ont alors contractées en se lançant à l’assaut des marchés. Je poursuit sur les retombées négatives Afrique et termine en tentant de brosser quelques alternatives par la refondation des services publics.

A tour de rôle Sylvestre Ouedraogo, André Nyamba et Mousbila Sankara présentent ensuite le contenu de leurs articles respectifs.

Un débat souvent passionnant suivra, abordant plus en détail la question des logiciels libres, les conséquences de la déréglementation en Afrique, les insuffisances de l’ONATEL, toujours à 100% propriété de l’Etat, plus mobilisé pour réaliser des bénéfices que pour développer le rôle social des télécommunications et travailler au désenclavement des communautés rurales, La dernière tentative de privatisation a échoué faute de candidat. On aborde aussi la nécessité pour le mouvement social et notamment des consommateurs de mieux s’organiser pour faire pression sur les décideurs politiques et demander des baisses de prix.

On apprend au cours du débat que l’ARTEL (Agence de Régulation des Télécommunications) qui a fait travailler Sylvestre dans le cadre d’une étude prospective pour la téléphonie rurale se prépare à lancer un appel d’offre pour connecter les villages de zone rurale. Stupéfaction ! Les commentaires fusent parmi les exposants, moi-même n’étant bien sur pas le moins prolixe en la matière. La téléphonie rurale restera un petit business, on risque d’une part d’avoir quelques aventuriers empressés de toucher des subventions alléchantes et qui risquent en plus de faire monter très haut les enchères (plutôt faire descendre très bas le prix de la licence) en argumentant sur le manque de rentabilité. Pourquoi d’ailleurs ne pas reverser ces sommes au profit de l’ONATEL qui seule assure actuellement cette mission en lui imposant des obligations d’objectifs ! Que va-t-il se passer ? Il va falloir suivre l’évolution de la situation de près.

Le débat est suivi d’une petite collation permettant encore en petit comité de poursuivre les débats t de faire de nouvelles connaissances. Il n’y a plus qu’à espérer que les journalistes présents sauront rendre compte de notre travail ([On lira le compte rendu sur le site de Burkina Ntic (voir des comptes rendus du débat à http://www.burkina-ntic.org/actu1.php3?id_article=549, un site auquel Yam Pukri contribue, http://lejournal.euskalherria.com/idatzia/20060119/art147697.php du journal du pays basque dont un journaliste assistait au débat et http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=11919&id_rubrique=6 ]].

1.2. Des décisions à propos du téléphone communautaire de Sérékéni

Entre les multiples invitations de mes amis, la poursuite de mes enquêtes sur la vie de Thomas Sankara le président précédent, leader charismatique d’une révolution, dont les échos restent encore dans les esprits bien au-delà du Burkina, prématurément interrompu par son assassinat à 39 ans par les hommes de l’actuel président, je ne manquerai pas de consacrer du temps à CSDPTT. J’apprendrai ainsi par les ressortissants de Sérékéni, notamment Christophe Barro et Issouf Traoré que le téléphone a été coupé à Sérékéni du fait d’une dette de 50000 FCFA, Sérékéni est le premier village pressenti pour y réaliser un projet de téléphone communautaire. Laurent Barro qui en assurait la gestion et la maintenance s’absente en effet souvent du fait de son dynamisme, laissant le téléphone sous la responsabilité de ses enfants moins rigoureux que lui. Aussi les ressortissant de Sérékéni, ont organisé une réunion durant mon séjour qui décide de déplacer le téléphone communautaire vers un lieu public, une ancienne maternité. Par ailleurs une personne doit être désignée au sein du village qui devra désormais en faire son activité exclusive et sera rétribuée à cet effet.

1.3. Rencontre avec le secrétaire général du SYNATEL

Grâce à nos amis de la SODEPTEL, nous obtiendrons un rendez-vous avec le Directeur Général de l’ONATEL. Arrivé une heure plus tôt, je passe tout ce temps à discuter avec Valentin Sawadogo, le secrétaire du syndicat des télécommunications du Burkina le SYNATEL, dont nous avons publié un article sur notre site à l’adresse... Il m’informe que le syndicat a organisé 3 jours de réflexion autour de la privatisation auxquels étaient invitées la mutuelle et l’association des femmes. La réflexion s’est donc encore approfondie sans changer sur le fond. Au Burkina on ne veut pas de partenaire stratégique [2] ! Le document qui est sorti de ces journées (voir à http://www.csdptt.org/...) a été transmis à toutes les autorités impliquées dans les télécommunications et des audiences à toues les autorités impliquées de près ou de loin sur l’avenir des télécommunications. On évoque l’appel d’offre que va lancer l’ARTEL, l’agence de régulation pour développer la téléphonie rurale. Il se plaint que lors des concertations avec les autorités via le comité de réflexion sur la privatisation c’est le PDG seul qui est convié. D’importantes sommes sont versées par les opérateurs à l’ARTEL qui doivent être reversées pour assurer le service "universel", il importe donc que l’ONATEL, l’opérateur public se prépare.

Quant à la privatisation un nouvel appel d’offre doit intervenir après qu’une banque d’affaire aura terminé ses travaux, courant 2006 donc.

Encore un échange fructueux, Décidément, nous y gagnerons beaucoup à rencontrer systématiquement les syndicalistes car les échanges sont très riches entre nous et la confrontation des opinions tout à fait instructives...

Certes les syndicalistes ne sont pas nos partenaires mais dans le travail de popularisation sur les effets néfastes des privatisations, ce sont eux qui nous apportent le plus.

Nous évoquons ensuite en détail le différent qui a opposé France Télécom (FT) et l’ONATEL. Selon Valentin Sawadogo, les accords de 2005 se traduisaient par un gros déséquilibre au détriment de l’ONATEL. L’opérateur burkinabé demande alors la correction de ce déséquilibre mais FT ne réagit pas ni lors de la première demande ni après une lettre de rappel.

Mais c’est bien l’ONATEL qui a procédé alors à la restriction des appels tout en publiant dans la presse des communiqués mettant en cause France Télécom. Finalement après quelques coups de semonce de l’ONATEL, une délégation de FT vient reprendre les négociations. Un nouvel accord est signé cette fois satisfaisant pour l’ONATEL et qui rétablit globalement (fixe et mobile) l’équilibre.

1.4. Entretien avec le DG de l’ONATEL

Valentin Sawadogo m’accompagne dans le bureau du DG
L’entretien va s’avérer court, mais particulièrement efficace. Ce dernier a accepté finalement de nous recevoir au pied levé entre deux autres rendez-vous. L’accueil du DG, M. Moussa Sanfo, est cordial, CSDPTT n’est plus inconnu, ici au Burkina où elle intervient depuis plus d’une dizaine d’années. Je lui explique que nous sommes prêts à nous mettre au service de l’opérateur qu’il dirige, tans qu’il reste public, dans le cadre d’une coopération globale, car nous comptons au sein de CSDPTT plusieurs adhérents possédant des compétences de haut niveau. Il a l’air intéressé et prend des notes. Enfin lorsque je lui explique que dans le cadre du projet de connexion de 100 villages, matérialisé par la signature d’une convention qu’il a cosigné, il sera particulièrement utile que Jacques Dupas, membre de CSDPTT et expert en téléphonie rurale, vienne passer 15 jours au Burkina pour procéder avec les cadres de l’ONATEL à l’initialisation d’une étude globale du projet pour évaluer les différentes solutions possibles et en évaluer les coûts, il acquiesce immédiatement. Il suffit que Jacques l’informe de ses disponibilités et il prendra ses dispositions pour lui envoyer un billet d’avion et lui faire une réservation dans un hôtel. Je lui explique que nous préférons que nos adhérents logent dans les chambres de passage de l’ONATEL, mais il semble considérer que cela ne serait pas digne de l’accueil auquel les membres de CSDPTT ont droit. Je n’insiste pas car je sais que c’est aussi le signe d’une reconnaissance de la qualité de notre travail de la confiance que l’on nous fait désormais ici. Reste bien sur à concrétiser cet engagement mais j’ai bon espoir, d’autant plus que nous pouvons compter sur le dynamisme de la SODEPTEL pour assurer le suivi de cet entretien que je juge en l’état actuel fructueux. Je finis l’entretien en lui offrant l’ouvrage « Télécommunications entre bien public et marchandise » en lui suggérant d’en commander une dizaine pour les cadres de l’ONATEL. Ne sommes-nous pas ici dans ce pays, en pleine déréglementation, sujet central de cet ouvrage. On annonce en effet régulièrement la privatisation de l’opérateur depuis près de 5 ans... La dernière tentative datant de quelques mois s’est traduite par un nouvel échec faute de candidat. Un nouvel appel d’offre est annoncé comme imminent.

Je croiserai peu après à l’ONATEL M. Etienne Paré, notre premier contact au Burkina par qui tout a commencé et Issouf Traoré, cadre à l’inspection de l’opérateur qui a lui aussi beaucoup contribué à la réussite du projet de Sérékéni. Je leur donnerai aussi à chacun un livre en guise de reconnaissance et d’amitié.

1.5. Cybercafés

Je ne fréquenterai que 2 cybercafés durant mon séjour, l’un près de l’hôpital pédiatrique construit par Mme Chirac, qui peine à se remplir les tarifs étant prohibitifs. Le tarif de connexion est de 200FCFA l’heure. Mais il s’agit d’une campagne promotionnelle pour cause de réouverture. Il y a dé"jà pas mal d’écrans plats et la connexion me parait tout à fait satisfaisante. Mais en règle général le tarif est de 300 FCFA l’heure dans les autres cybercafés de la ville.
Par contre un jour où j’attendais mes bagages j’ai poussé la porte d’un cybercafé de l’ONATEL en face de l’aéroport. Partout à l’intérieur des affiches accès haut débit à 500 FCFA de l’heure. Essayons donc. Mal m’en a pris. En réalité le débit est tellement lent que ne n’arrive même pas à pouvoir lire mon courrier via mon webmail d’ouvaton.(voir http://www.ouvaton.org/webmail) J’enrage. Je fais part de cette déconvenue peu après à Mustapha Koussoubé de la SODEPTEL qui travaille dans un service commercial et d’autre part à Issouf Traoré qui est maintenant à l’inspection rattachée au DG. Tous deux apparaissent blasés. Il me faut insister pour que leur entendre enfin dire qu’ils allaient signaler ce que je considère moi comme de la publicité mensongère. En plus à la sortie de l’aéroport quelle mauvaise image pour l’ONATEL ! Malheureusement j’ai oublié d’en parler au DG, j’aurai été curieux de voir sa réaction.

2. Le voyage Ouaga Bamako

Avec un jour de retard, qui me permet de récupérer mes bagages non sans un certain soulagement je prends un bus de la compagnie TCV pour Bamako. A mon grand étonnement, nous arrivons 5 heures après pour environ 360 km ! C’est bien plus rapide que ce que j’avais connu l’an dernier sur le même trajet. Aucun contrôle si ce n’est au départ de Ouagadougou et à l’arrivée à Bobo Dioulasso et surtout aucun arrêt pour prendre en cours de route des voyageurs bien que le bus ne soit pas plein. A Bobo, je change de bus. La vitesse est identique. A la frontière les formalités me paraissent là aussi étonnamment rapides. Mais au Mali, nous sommes sans cesse retardés par les douaniers qui nous arrêtent à toutes les villes, 4 fois au total. Il semble que deux passagers transportent des marchandises. A chaque fois un long marchandage s’engage. L’un des assistants du chauffeur laisse éclater sa colère, mais contre le voyageur ayant omis de déclarer ses marchandises plutôt que contre les douaniers... Finalement l’un deux, après voir payé déjà deux fois ne dispose plus de liquide à la troisième. Il finit par quitter le bus nous repartons sans lui. C’est finalement à une heure du matin que nous atteindrons Bamako alors que l’arrivée était prévue au mieux à 20 heures au pire à 23. Heureusement mon ami Bassirou Diarra, m’a gentiment et patiemment attendu.

3. Bamako

3.1. Sans la puce point de salut

Bien qu’arrivé à une heure du matin, je m’efforce d’être au camp des jeunes Thomas Sankara à 8h15 où doit débuter un symposium sur Thomas Sankara comme le stipule le programme dans le cadre du Forum social Polycentrique de Bamako. J’aurais mieux fait de rester dormir car celui-ci ne débutera que vers 10h30. Mais je ne perds pas mon temps, les jeunes responsables qui m’accueillent m’indiquent l’espace multimédia. Je retrouve là Zoul très dynamique avec qui j’ai été en contact avant de venir et qui m’a passé pas mal d’infos mais aussi Frédéric Renet et Toufik tous deux d’Africacomputing. Ce sont tous les 3 qui font fonctionner cette radio libre "Befo" où la parole est entièrement libre et où on ne manque pas de critiquer les insuffisances dans l’organisation. Je suis impressionné par le boulot réalisé. Zoul a réussi à négocier du matériel (ordinateurs compris), et une liaison avec la SOTELMA et le fournisseur d’accès Afribone qui ont mis tout ça gracieusement à disposition. Les conditions de connexion sont excellentes. Nous échangeons des infos car nous devons animer ensemble un atelier sur la connectivité en Afrique. Toufik a tenté sans succès d’organiser en mon absence une réunion avec nos autres partenaires de l’AVDTM (Association des Volontaires pour le Développement des Télécommunications au Mali), de l’ADER (Associaiton pour le développement Economique Régionale) et le secrétaire du syndicat mais sans succès.

Moi qui ne souhaite pas de téléphone portable en France, ici je le juge indispensable si on est pressé par le temps comme c’est mon cas alors que mon programme est ici particulièrement chargé. Là je sui bloqué.

J’aurai ma puce vers 17 heures, ainsi grâce au téléphone portable que m’a gentiment passé Alain avant mon départ, j’appelle tout de suite Yaya Niaré, Cheikh Omar Traoré, Oumar Foumba, de l’AVDTM, Mamadou Soumaré de l’ADER et Youssouf Sangaré le secrétaire général du SYNATEL, le Syndicat des Télécommunications. Je les toucje immédiatement et nous convenons de nous revoir le lendemain matin.

3.2. Débat sur le thème "connectivité en Afrique" organisé avec Africacomputing

Le lendemain, après quelques coups de fil en guise de rappel, nous nous retrouvons tous à la maison des jeunes, bien sur certains avec du retard mais qui reste tout à fait raisonnable par rapport à d’autres déconvenues que je connaîtrai par ailleurs. Malheureusement la publicité n’a guère pu se faire, nos amis d’Africacomputing étant à temps plein sur la radio, il ne semble y avoir finalement que deux ou 3 personnes. Nous avons pourtant une belle salle à notre disposition et même des traducteurs. Fanny aussi est là. Elle est Présidente de Tanima 2000, une association de développement qui travaille avec près de 1000 femmes, sur plusieurs villages rayonnant autour de Tanima. Elles développent le séchage des fruits et légumes avec des fours solaires puis en assurent la commercialisation.

Heureusement que nos amis d’Africacomputing s’occupent de la radio. Comme nous en avions convenu avec eux, nous nous déplaçons ensemble vers le camp de la jeunesse « Thomas Sankara » pour finalement que le débat prévu se fasse en direct à la radio. Outre de permettre de pouvoir être écouté en direct par Internet via le site du FSM, il est prévu aussi de stocker toutes les émissions et de les classer pour les rendre disponibles dans l’avenir sous forme de fichier téléchargeable. Finalement on gagne largement au change ! De là à dire tant mieux qu’il n’y ait pas plus de monde...

Le débat commence par un exposé introductif de Frédéric Renet sur la connectivité en Afrique ( on se reportera à http://www.africacomputing.org/). Très rapidement Fanny fait part de ses inquiétudes, du moins celles des gestionnaires des cabines face à la forte concurrence d’IKATEL. A titre d’exemple le gestionnaire de la cabine de Tamina, pouvait gagner environ 50 à 60000 FCFA par mois alors qu’aujourd’hui ses revenus sont tombés à 10000 FCFA. L’étude réelle comparative des tarifs reste à réaliser dans les détails d’ailleurs et Fanny nous apprendra un peu plus tard qu’une stagiaire doit justement arriver pour procéder à une telle étude. Nous l’attendons bien sur tous à CSDPTT avec une grande impatiente. Il semble en effet que l’affichage des prix un peu partout d’IKATEL à 60 CFA l’unité peut prêter à confusion du fait que l’unité de taxe n’est que de 20s.

La discussion en direct à la radio [3] tourne beaucoup sur la façon dont nous menons les projets de téléphonie avec nos partenaires que sont l’AVDTM et ce l’ADER avec qui nous tentons de réinventer de nouvelles formes de coopération mais surtout aussi autour de la situation difficile que vit actuellement la SOTELMA qui vit une concurrence d’IKATEL jugée quelque peu déloyale, selon nos amis et qui bénéficie du soutien de nombreux hommes politiques au détriment de La SOTELMA.

Youssouf Sangaré me racontera à titre d’exemple qu’il y a des fuites en interne puisque les concurrents ont été mis au courant de la sortie d’un nouveau service qu’il se sont empressés de mettre na place avant et mis sur le marché alors qu’ils n’étaient pas prêts pour être les premiers et couper l’herbe sous le pied de la SOTELMA. Pour résumer c’est en effet une situation particulière que vit le Mali par rapport aux autres pays. C’est en effet le seul pays ouvrir le marché et s’est vu opposé un opérateur concurrent, qui plus est sur tous les segments, autre originalité, alors que la SOTELMA n’était guère préparée et n’avait pas encore été privatisée et ce selon la volonté de l’ancien Président M. Alpha Konaré. Ainsi l’histoire récente de la SOTELMA a été marquée par des scandales et des grèves des salariés très mobilisés au sein du syndicat beaucoup plus représentatif que ce que nous connaissons en France. On lira avec intérêt à ce sujet les articles de Youssouf Sangaré, « La SOTELMA, récit d’une privatisation » http://csdptt.org/article376.html et le travail d’Antonio Mele dans le cadre d’un DESS intitulé « Pour une analyse critique de la déréglementation au Mali (voir http://csdptt.org/article315.html [4]

3.3. Atelier sur le thème "Moratoire pour la privatisation des télécommunications en Afrique"

Le lendemain, j’interviens dans un autre débat, organisée cette fois sous l’égide du Forum Social Polycentrique Mondial. Un peu plus de 25 personnes sont cette fois présentes, des membres du CAD Mali de Gao, un important regroupement d’associations maliennes de la mouvance altermondialiste, par ailleurs très présente dans l’organisation du Forum, des syndicalistes de la SOTELMA, des élus locaux, un membre du comité d’appui aux privatisations du Mali, un représentant du syndicat SUD PTT de France etc... Dans mon intervention introductive je reprends l’essentiel des transparents sur la privatisation des télécoms en Afrique réalisés par l’association (ils sont disponibles à http://csdptt.org/article347.html) et Youssouf Sangaré secrétaire général du SYNATEL rappelle l’historique de la privatisation de la SOTELMA. Il analyse en détail des difficultés de la SOTELMA, et la situation complexe et original de ce pays, les insuffisances de l’Etat, des différents contrôles de l’administration du pays comme des bailleurs de fonds internationaux comme chaque pays sous ajustement, auxquels l’opérateur doit se soumettre avant de pouvoir investir, de l’emprise trop forte des hommes politiques pour des fins autres que l’objectif de service public qui devrait être au centre de l’activité d’un opérateur public.

Le débat qui suit reprend en détail l’ensemble des agressions contre la SOTELMA en tant qu’entreprise publique. Yousouf Sangaré, interpellé sur les insuffisances de réaction des salariés répond qu’ils ont pourtant été bien isolés lorsqu’ils se sont mis en grève pour s’opposer à ce qui semblait être une tentative de déstabilisation. Des personnes critiquent aussi le manque de motivation du personnel et certaines négligences dans le travail.

Plusieurs question fusèrent sur nos exposés respectifs nous permettant d’entrer plus en profondeur. J’interviens encore pour souligner que si les salariés sont ici pour la privatisation, ce n’est pas par adhésion au libéralisme, mais comme une solution de désespoir, pour se libérer des hommes politiques qui participent à sa destruction J’ajoute comprendre cette position mais ajoute cependant qu’à long terme elle mène aussi dans le mur et qu’il vaudrait mieux mobiliser, les salariés sur le thème de la refondation du service public et la satisfaction des besoins de la population. Ce sont les hommes politiques qu’il faut changer et non le fait qu’élus de la Nation, ils aient droit de regard sur une grande entreprise propriété de l’Etat, et surtout qu’ils ne soient pas seuls..

Des propositions émergent alors. Par exemple, pourquoi ne pas réfléchir à la refondation du service public, ce qui dans la forme pourraitsetraduitepar la représentation des associations de consommateurs et des collectivités locales, en plus des représentants des salariés et de l’Etat. L’accord semble général pour améliorer la concertation de la société civile plus régulière sur les questions des télécommunications, ce qui pourrait se traduire par une grande réunion de réflexion regroupant tous les secteurs de la société civile afin de faire émerger des propositions à l’attention des autorités du pays.

A la fin du débat avec les représentants de la délégation de Gao, nous échangeons nos coordonnées car je leur propose de travailler avec CSDPTT pour la connexion de villagesdansleur région, leur expliquant cependant que je ne peux décider seul et que je dois faire la proposition au Conseil d’Administration qui doit donner son aval. Un compte rendu de ce débat est disponible à http://www.93200.com/dionysien/content/view/98/+%22bruno+jaffre%22&hl=fr&gl=fr&ct=clnk&cd=95&lr=lang_fr.

3.4. RencontreavecleDGA de la SOTELMA

Nos amis de l’AVDTM ont pu arranger une rencontre avec le directeur général adjoint de la SOTELMA le lendemaindelafindu forum. J’aurai pu rencontrer le DG si je n’avais pas eu cette journée de retard mais là il est en déplacement avec le ministre. Nous nous concertons entre Mamadou Soumaré de l’ADER, Yaya Niaré et Talift Billal de l’AVDTM. 

Les nouvelles ne sont pas bonnes semble-t-il. On pense alors qu’il est question d’installer un réseau de téléphonie mobile. Nous nous sommes renseignés sur la différence de prix, et le mobile apparaît de l’ordre de 30% plus cher ce qui apparaît à Mamadou considérable. Yaya Niaré me rappelle que la direction avait d’abord buté sur le prix des pylônes mais que l’AVDTM a alors proposé un fournisseur moins cher. Ensuite on lui avait opposé le refus d’installer du matériel ancien comme l’IRT 1500 qu’Emile et Claude de CSDPTT Nice avaient proposé au noms de l’association afin de pouvoir réaliser le projet rapidement en diminuant ainsi considérablement les coûts non sans avoir proposé de stipuler dans une convention que le matériel soit remplacé dans les 5 ou 7 ans. On évoque alors l’éventualité suggérée par un responsable de la SOTELMA que le matériel soit donné aux habitants de la région sous leur responsabilité, c’est-à-dire que la SOTELMA n’assure pas la maintenance, que leGIE avec qui travaille l’ADER sur le solaire soit formé à la maintenance, bref une perspective tout de même bien complexe.

Nous sommes donc quelque peu inquiets avant que le DGA, M. Adama Konaté nous reçoive. Rapidement la situation s’éclaircit. La SOTELMA a en effet voté un budget permettant de couvrir une partie des villages avec du CDMA, la norme introduite par les chinois via les américains de la société Qualcom qui en détiennent les brevets ce qui leur assurent un revenu confortable. Les travaux sont commencés et devraient être terminés dans un trimestre environ. J’insiste pour couvrir toute la région et le DGA promet de donner la liste des villages qui restent en dehors de la zone couverte. Le CDMA, à base de boucle locale radio, permet aussi d’utiliser le combiné partiellement comme un mobile si l’on ne sort pas de la cellule dans un rayon d’une trentaine de kilomètres et surtout ce qui nous intéresse c’est que les communications seront effectivement facturés au prix du fixe.

Dans la discussion le DGA s’étonne que l’on dise qu’il y aurait un refus de principe de réinstaller de l’IRT1500 et que pour lui le blocage résidait surtout sur le prix des pylônes et de l’énergie.

On évoque rapidement l’éventualité d’une impossibilité de trouver un partenaire stratégique pour entrer dans le capital de la SOTELMA, alors que le processus va être relancé. Je lui faire part de mon sentiment que personne ne semble préparé à cette éventualité d’avoir à compter sur ses propres forces. Il m’explique que cette éventualité est prise en compte. Je rappelle alors que notre association renferme des compétences de toute sorte et que dans le cas d’échec de privatisation nous sommes prêts à envisager avec la SOTELMA une coopération plus globale.

Une partie des difficultés provient du fait que, le pays étant sous ajustement, chaque décision d’investissement doit être contrôlée en détail pour se conformer aux obligations de ne pas augmenter la dette. Les investissements récents ont pu être réalisés du fait que ce sont des banques maliennes qui ont réalisés les prêts ceux-ci étant garantis par une banque étrangère.

Je laisse Mamadou Soumaré réagir l’entretien comme représentant les intérêts des populations. Il exprime alors sa satisfaction tout en n’omettant pas de souligner tout de même que bien sur tant que le téléphone n’est pas en service il ne peut pas se réjouir totalement.

Nous écourtons l’entretien car c’est l’heure de la prière mais l’essentiel a été dit.

3.5. Un déjeuner très sympa avec nos amis d’Africacomputing

Nous nous retrouvons donc tous pour une rencontre amicale autour d’un repas différent de notre plat de riz quotidien.
Nous entrons rapidement dans le vif du suet. J’avais proposé d’une part aux adhérents de CSDPTT, d’autre part à ceux d’Africacomputing que nous réfléchissions à la fusion de nos associations. Pour les raisons suivantes :
- Nous sommes sur la même longueur concernant la réflexion sur les réseaux en Afrique, les privatisations et la participation active à des forums sociaux
- Nos associations sont complémentaires dans leurs activés sur le terrain
- Nos associations restent fragiles et cela permettrait d’améliorer les tâches de gestion des associations
- Des associations plus solides, plus structurées, plus fortes assurent une existence dans la durée et le suivi à long terme des projets mais aussi une meilleure présence dans les conférences, réunois internationales du mouvement social, et les collectifs d’ONG.

Je me rends compte très vite si la fusion n’est pas souhaitée, ni par les adhérents de Africacomputing, ni par ceux de CSDPTT comme je m’en rendrai compte à mon retour, l’accord est général pour un rapprochement dont les formes sont à étudier.

Nous évoquons aussi la demande de Fanny de pouvoir communiquer avec les villages autour de Tamina. Frédéric propose immédiatement une solution wifi. Ils conviennent de se revoir, car Frédéric travaille à Bamako et Fanny est là encore pour un mois. Je leur suggère par ailleurs de rencontrer aussi les membres de l’AVFTM pour en étudier la faisabilité. J’apprend en tout cas que la réglementation nationale le permet tout à fait. D’ailleurs lorsqu nous avons circulé en voiture Frederic prenait un malin plaisir à me montrer les nombreuses antennes wifi à Bamako, non sans exprimer son inquiétude face au manque de sécurisation.

3.6. Rencontres chaleureuses et fructueuses avec nos amis de l’AVDTM

Nous nous quittons donc sur cette note d’optimisme. Nos amis de l’AVDTM et de l’ADER affirment sans l’ombre d’un doute que tout cela est le résultat de notre action que nous avons tous menés ensemble, L’ADER en suscitant une délégation des maires concernés et l’AVDTM en portant le dossier au sein de la SOTELMA, tous ensemble, CSDPTT ayant en quelque sorte jouer le rôle de déclencheur.

Je passerai du temps encore avec Yaya Niaré d’une part puis avec Sékou Coulibaly, respectivement Président et secrétaire de l’AVDTM, avec qui j’irai boire un pot. Le premier m’explique que l’AVDTM a pour sa part réalisé l’installation d’une trentaine de téléphones communautaires souvent avec la participation financière des populations.

Je lui explique alors que nous devrions être au courant de cela car un tel travail mérite d’être valorisé ce qui peut être fait via des articles sur notre site dans la fréquentation réelle (c’est-à-dire sans compter les robots automatiques) tourne autour de 500 visites par jours hormis les week-end où elle est souvent en dessous de 400.

J’apprends aussi que les chinois frappent à la porte depuis près de 10 ans et qu’ils ont réussi à s’implanter sans dote grâce à la complicité d’hommes politiques mais aussi parce qu’ils ont offert le matériel pour une expérience pilote à Bamako. Tous souhaitent comme Youssouf Sangaré la privatisation mais aurait certainement préféré que ce soit plutôt des européens.

Peu avant mon départ j’offrirai un ordinateur portable au nom de CSDPTT pour l’AVDTM et c’est Sékou Coulibaly qui viendra le chercher. Il me rappelle alors combien ils avaient apprécié le formation dispensée en l’an 2000 par Patrick Faillon et Hervé Massy.

Je suis particulièrement heureux d’avoir pu rencontrer ces membres de l’ AVDTM que j’avais eu parfois au téléphone ais sans jamais auparavant avoir pu les rencontrer de visu. Ils ont encore cette fois fait preuve d’une grande disponibilité à mon égard. Je regrette que nous ne puissions nous rencontrer plus souvent pour approfondir nos relations et note collaboration et transforme tout cela en une véritable amitié. Bien sur nous trouvons parfois que les choses ne vont pas assez vite mais j’ai appris cette fois qu’ils ne nous attendent pas pour agir contrairement à ce que je croyais avant d’apprendre qu’ils avaient contribué à la connexion de 30 villages.

Entre les visites à mes amis, les débats sur la vie et l’action Sankara [5], et les différentes rencontres que j’ai pu avoir pour CSDPTT, je n’ai pas chômé. Je reviens avec des propositions et la bonne nouvelle de la connexion d’une partie du Guidimakha, projet sur lequel nous travaillions depuis plusieurs années et qui semblait bloqué. Nos relations avec nos amis maliens devraient donc pouvoir s’approfondir au profit de la satisfaction des besoins de communication des populations résidant dans des zones rurales.

C’est avec un certain pincement au cœur que je reprendrai encore de nouveau l’avion avec la satisfaction d’avoir encore passé ici des moments passionnants particulièrement riches sur le plan des relations humaines.

Bruno Jaffré

CSDPTT Ile de France


[1Voir la présentation du livre à http://www.csdptt.org/article388.html ainsi que deux interviews à propos de ce même livre à http://www.csdptt.org/article391.html

[2On lira à cet effet sur le site de CSDPTT le "Mémorandum du SYNATEL (Syndicat National des Télécommunications) sur le processus de privatisation partielle de l’ONATEL (Office National des Télécommunications) au Burkina Faso" à l’adresse http://www.csdptt.org/article306.html et la "Contribution de l’ONATEL à la réflexion sur le processus de privatisation partielle après la phase infructueuse de recrutement d’un partenaire stratégique par appel d’offres" à l’adresse http://www.csdptt.org/article307.html

[3On trouvera des photos prises lors de l’enregistrement sur le site de la radio befo à http://www.fsmmali.org/jeunes/album8.html (photos 8 à 12 dans l’ordre) et le débat lui-même enregistré en intégralité à http://www.fsmmali.org/jeunes/radio/audio.php?cat=Interviews

[4On lira aussi à ce sujet un article plus ancien de Youssouf Sangaré intitulé « Les autoroutes de l’information et la privatisation de la SOTELMA : Privatisation des biens et services de l’humanité cas de la SOTELMA » à http://csdptt.org/article216.html et l’article écrit ensemble par Youssouf Sangaré et Antonio Mele pour l’ouvrage collectif collaboration entre CSDPTT et BPEM intitulé (voir présentation de l’ouvrage à http://csdptt.org/article388.html)).

[5On trouvera un reportage sur ces activités à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3?id_article=0163