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Adresse aux participants de la réunion de Bamako de préparation du SMSI 7 mai 2002

dimanche 9 juin 2002

CSDPTT ne participera pas à la réunion de Bamako.

Le Conseil d’administration de notre association n’a pas exprimé un grand enthousiasme à l’idée de financer le déplacement de l’un d’entre nous pour une conférence internationale. Nous privilégions en effet la réalisation de projets concrets auxquels nous consacrons en priorité nos ressources propres.

Mais notre absence physique ne saurait être interprétée comme un quelconque désintérêt pour le sommet mondial de la société de l’information et sa préparation. D’ailleurs en France, nous avons pris l’initiative d’une rencontre des ONG françaises afin de le préparer collectivement. La garantie d’une véritable représentativité de la société civile passe en effet par une préparation nationale ce à quoi nous avons décidé de contribuer.

Notre activité est cependant essentiellement orientée en direction de l’Afrique d’où un intérêt particulier pour la réunion de Bamako. D’autre part nous y avons un certain nombre de partenaires, une pratique sur le terrain qui nous ont permis de parfaire notre connaissance des problèmes des télécommunications en Afrique. Aussi voudrions-nous partager avec vous ces réflexions et intervenir ainsi dans les débats qui nous l’espérons seront riches et fructueux..

Le sommet mondial de la société de l’information doit élaborer une déclaration de principe et un plan d’action. Pour la société civile il peut être l’occasion de peser sur les décisions en interpellant les décideurs au niveau national et international. Il peut être l’occasion de faire le bilan du développement des télécommunications mais aussi de réfléchir au futur, de faire des propositions, et de s’organiser pour les faire un certain nombre d’exigence. - L’UIT depuis quelques années n’a pour seule politique d’aide aux pays africains que le soutien à la privatisation et à la déréglementation. Il est temps de faire un bilan critique de son action et de proposer une réforme de l’UIT pour diminuer le poids des sociétés de service et des opérateurs privatisés et augmenter celui de la société civile afin de mieux réorganiser son activité pour la satisfaction des besoins des populations. - Le bilan des privatisations est loin d’être aussi positif que les déclarations d’autosatisfaction de l’UIT et nous aimerions que chaque opération à l’initiative de l’UIT soit soldée par un audit réalisée par une ONG ou un organisme indépendant dans les 3 années suivants la clôture de l’opération et qu’un véritable travail d’analyse soit réalisé et donne lieu à un bilan largement diffusé. - Les télécommunications traversent actuellement une crise importante qui se traduit en Afrique par des difficultés pour un certain nombre de pays à trouver des opérateurs stratégiques acceptant d’investir dans ce secteur sur le continent. Plutôt que de poursuivre dans la même voie, ce qui ne manquerait pas de se traduire par la braderie des opérateurs restant à privatiser, il convient de revenir à une véritable politique de coopération et de promotion du service public. - Conscient de la nécessité de ne pas s’en tenir à des déclarations, CSDPTT qui a construit un véritable outil de coopération, grâce au rassemblement de compétences de différents niveaux et domaines se propose de mener une expérience de coopération concrète globale avec un opérateur. Bien entendu une telle expérience ne peut réussir que par l’engagement, en terme de moyens, du ministère des affaires étrangères français d’une part, et par des signes clairs de l’opérateur de s’appuyer sur son personnel qui doit être associé à l’expérience dès son initialisation. - Alors que nous regrettions, il y a peu de temps, un manque d’ambition dans les objectifs annoncés en terme de développement des télécommunications, des déclarations récentes de dirigeants de l’UIT ou ceux de l’Afrique investis dans le NEPAD ont sensiblement élevé la barre. Pour autant l’appel exclusif à l’investissement privé et étranger, à la libéralisation et la déréglementation apparaît comme une méthode vouée à l’échec si l’on souhaite effectivement développer les télécommunications au-delà des secteurs les plus immédiatement rentables pour en faire un outil au service de la population. De plus la méthode qui consiste à laisser quelques technocrates élaborer les objectifs au détriment des sociétés civiles nationales et du personnel des opérateurs sans lesquels il en saurait y avoir de progrès significatif ne semble pas adapté à la gravité de la situation et à l’ampleur de la tâche à accomplir. - Un véritable bond quantitatif du nombre de lignes principales et une pénétration significative du réseau de télécommunications en zone rurale nécessitent d’importants financements. Outre l’augmentation significative de l’aide au développement promise depuis longtemps par les pays riches qu’il convient enfin de mettre en pratique et le rétablissement de règles moins défavorables au Pays du Sud dans la répartition des recettes issues des communications internationales, des voies nouvelles comme la mise en place de la taxe Tobin, la taxation des bénéfices rapatriées par les opérateurs occidentaux ou la taxation des transactions financières des opérations spéculatives dans le secteur des télécommunications doivent être explorées. Bien entendu la mise à disposition de telles sommes ainsi générées, qui pourraient constituer un fond pour le développement des infrastructures, doit passer par la participation des sociétés civiles nationales ou internationales au contrôle de leur utilisation, la mise en place de mécanisme permettant de le faire. C’est cet ensemble de propositions, qui méritent d’être approfondies, que nous souhaitons soumettre au débat de la conférence de Bamako et plus généralement tout au long de la préparation au sommet mondial de la société de l’information.

Et Internet ? Loin de nous l’idée de nous en désintéresser, d’ailleurs CSDPTT mène plusieurs projets dans ce domaine l’Internet mais la mise en place d’infrastructure reste la priorité.

Bruno Jaffré csdptt@globenet.org Président de CSDPTT (Coopération Solidarité Développement aux PTT)