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SMSI : Interview de Jean Louis Fullsack dans "Témoignage Chrétien" : "La fracture numérique ça ne veut rien dire"

jeudi 16 février 2006, par Bruno JAFFRE

Ce texte est la retranscription d’un entretien sur le SMSI que Jean Louis Fullsack, Président de CSDPTT et délégué au SMSI, a eu le 3 octobre à sa demande, avec Luc Chatel, journaliste à Témoignage Chrétien qui est paru dans le même journal courant octobre.

Vous trouverez après l’article des commentaires de Jean Louis Fullsack sur cette retranscription.


« La fracture numérique, ça ne veut rien dire ! »

Jean-Louis Fullsack est président de Coopération solidarité développement aux PTT et délégué au Sommet mondial de la société de l’information de Tunis.

T.C. : Quelle est votre attitude face aux accusations d’atteinte aux libertés portées contre le gouvernement tunisien ?

Jean-Louis Fullsack : Quand nous avons appris que le général Habib Ammar allait préparer ce congrès, nous avons tout de suite protesté (lire ci-contre). à la suite des derniers événements, il a été décidé d’organiser un sommet parallèle, citoyen, dans le lieu où se tiendra le sommet officiel. Nous avons rencontré Catherine Trautmann, députée européenne, qui mènera une délégation chargée de vérifier le bon déroulement du sommet. L’association que je préside a décidé de ne pas y aller. Je suis fils de déporté, j’ai été témoin de l’arrestation de mon père par la Gestapo quand j’avais 10 ans : des comportements comme ceux que l’on voit en Tunisie, ça ne passe pas.

Dans ce contexte, ce sommet pourra-t-il faire avancer ces grandes problématiques ?

Je pense que oui. Il y a un premier chantier : la gouvernance d’internet. Les langues non anglophones sont devenues majoritaires parmi le milliard d’internautes. Or, ce sont des lois américaines qui régissent internet. Cela n’a plus de sens. Il faudrait créer un forum intergouvernemental qui fixerait une nouvelle réglementation. Ce combat est mené par les pays en dévelop-pement, avec, à leur tête, le Brésil et l’Inde. Ils misent beaucoup sur les technologies de l’information et ne veulent plus être dépendants des Américains.

Quelle est la place de l’Europe dans ce combat ?

L’Europe a longtemps eu du mal à trouver sa place : d’un côté, elle ne voulait pas déplaire aux Américains ; de l’autre, elle ne pouvait pas se couper des pays en développement.

Finalement, elle s’est rapprochée de ces derniers. Fin septembre 2005, elle a proposé la constitution d’un forum intergouvernemental pour prendre, à terme, le contrôle des fonctions exercées jusque-là par les Américains. Le paradoxe, c’est que ce changement de cap s’est produit sous la présidence anglaise !

Et concernant l’autre grand chantier, celui de la fracture numérique ?

Précisons d’abord que cette expression de « fracture numérique » ne veut rien dire. Et comme toujours dans ce genre de sommet, moins les expressions ont un sens, plus on les utilise ! Cette fracture numérique est étroitement liée aux questions de développement. Ce sont les politiques économiques qui créent le fossé dans lequel viennent naturellement se poser d’autres questions comme celle du numérique. On peut espérer que ce sommet progresse un peu dans la mesure où des participants commencent à lier la fracture numérique à d’autres, comme celle de l’énergie. Au lieu de faire de grands discours sur la société de l’information, soyons modestes et revenons à des choses concrètes !


Commentaires de Jean Louis Fullsack :

Je n’ai pas pu relire les notes prises par Luc Chatel, ce qui donne lieu d’une part à des raccourcis et d’autre part à des inexactitudes. Ainsi Madame Trautmann n’a pas été chargée de vérifier le bon fonctionnement du Sommet, mais comme auteure du Rapport sur le SMSI au Parlement européen (PE), elle a conduit une délégation du PE qui a suivi le Sommet de Tunis et a veillé en particulier au respect des droits de l’homme et des libertés liées aux domaines implicites d’une société de l’information dans le cadre de ce Sommet. Elle a ainsi soutenu -avec la délégation du PE- l’organisation du Sommet Citoyen de la Société de l’Information (SCSI) organisé par une partie de la société civile accréditée au SMSI, qui a été finalement interdit par le gouvernement tunisien et ses participants violemment dispersés.