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Présentation du livre "Télécommunication entre bien public et marchandises", deux interviews sur la génèse du livre

jeudi 26 janvier 2006, par Bruno JAFFRE

Ces deux interviews sont parues dans le numéro 15 d’octobre 2005 "LES NOUVELLES DU SUD", journal destiné aux adhérent de la Fédération syndicale SUD PTT.

On trouvera une présentation du livre à http://csdptt.org/article388.html


Interview de Marie Laure Urvoy Sangaré de BPEM (Bien Public à l’Echelle Mondiale) voir http://www.bpem.org qui a participé à la coordination du livre.

Question : A l’heure où on range facilement les télécommunications dans la sphère du marché vous avez coordonné un livre "les télécommunications entre bien public et marchandise", pour vous la question n’est pas réglée ?

Marie Laure Urvoy : A l’échelle mondiale, les déséquilibres s’accroissent entre des régions toujours plus équipées et celles qui le sont à peine : fin 2003, la télédensité en Afrique était inférieure à 3 pour 100 habitants pour les téléphones fixes, et 6,2 pour les mobiles, sachant que l’écart entre les grandes villes et le milieu rural est lui aussi colossal .

Or, les multinationales des télécommunications ne s’intéressent qu’aux marchés solvables, et même les plus solvables...

Question : Comment définissez vous les "biens publics" ?

Marie Laure Urvoy : Chaque civilisation a développé historiquement des biens et services publics, quels que soient les mots employés et les cadres culturels dans lesquels ils s’inscrivent. Ces biens et services publics correspondent à des choix de société.

En ce qui concerne les "biens publics mondiaux", des institutions comme la banque Mondiale ou le PNUD limitent cette notion aux seuls biens que le marché ne peut ou ne veut pas gérer parce qu’ils ne sont pas (suffisamment) rentables, ce qui explique leur gestion par la puissance publique.

Pour l’association BPEM, les biens publics mondiaux ne sont pas une "béquille du marché" ! Ce ne sont pas non plus des substituts aux services d’intérêt général menacés localement. Les biens publics mondiaux répondent à de besoins nouveaux, nés de la prise de conscience de solidarités et du refus de l’aggravation des inégalités dans le mouvement planétaire d’interaction croissante des sociétés.

Ce sont sont des choses auxquelles les gens et les peuples ont droit, produites et réparties dans les conditions d’équité et de liberté qui sont la définition même du service public, quelles que soient les statuts des entreprises qui assurent cette mission. Les droits universels humains et écologiques en sont la règle, les institutions internationales légitimes le garant, la démocratie l’exigence permanente, et le mouvement social la source.

Question : Qu’est ce pour vous, par rapport à la notion française de "service public" ?

Marie Laure Urvoy : L’idée de service public est plus familière chez nous que celle de bien public, très intériorisée. C’est un ensemble d’obligations sociales qui s’imposent à l’ensemble des producteurs, détenteurs, gestionnaires (publics et privés) de certains biens auxquels le droit a conféré un caractère public.
Le bien public, c’est ce à quoi tout le monde doit avoir droit. Le service public, c’est la manière dont doivent être gérés, produits et distribués ces biens publics.
Le service public est une mission, le secteur public une forme d’organisation. Des entreprises privées peuvent avoir une obligation de service public. Des prestations de service public peuvent être gratuites, d’autres payantes. Ces diverses formes doivent avant tout être compatibles avec la définition fondamentale du service considéré. Définition étayée par le droit, entraînant l’obligation publique de fournir équitablement ce bien à ceux qui en manquent.

Ceci pose l’exigence du contrôle démocratique, sur le service public, des trois premiers ensembles sociaux concernés : les travailleurs, les usagers, et l’ensemble du corps social. On néglige trop souvent la seconde composante, on oublie presque toujours la troisième. Lorsqu’on y pense, c’est pour s’en remettre les yeux fermés à l’État, quelle imprudence !

Question : Quel est le sens de la confrontation entre toutes les personnes à qui vous donnez la parole dans le livre ?

Marie Laure Urvoy : Pour cette publication, nous avons souhaité faire travailler ensemble des personnes de différents continents (malgré nos moyens limités et la barrière de la langue) et de différents milieux (chercheurs, praticiens, responsables syndicaux, militants du logiciel libre etc.), pour qu’elles définissent ensemble en quoi les télécommunications sont un bien public, quels sont les obstacles à son développement à l’échelle mondiale, et comment surmonter ou contourner ces obstacles. Ce livre présente cette réflexion collective, ces échanges, qui se poursuivent et dont nous souhaitons qu’ils s’ouvrent au "grand" public.


Interview de Bruno Jaffré de CSDPTT qui a participé à la coordination du livre

Question : Quel est le but de votre association ?

Bruno Jaffré : Initialement le but de CSDPTT est de "promouvoir les échanges et l’entraide entre les peuples notamment en apportant un soutien aux actions de développement dans les domaines des postes et télécommunications" selon l’article 2 des statuts. L’association a d’abord été créée pour réaliser des projets concrets : financer des courriers cyclistes (bicyclettes mises à disposition de villageois pour récupérer et distribuer le courrier), puis raccorder des villages enclavés au réseau téléphonique avec mise en place d’un téléphone communautaire, soutien et formation en direction d’ONG oeuvrant dans la vulgarisation des NTICs.
Mais petit à petit nous avons été confrontés à la réalité des "déserts téléphoniques". Nous avons commencé à témoigner de la demande très forte qui s’exprime dans les villages de pouvoir communiquer à distance, puis à écrire des articles critiques sur les privatisations en Afrique, à formuler des propositions à la lumière de notre expérience pour la refondation de la coopération publique. Notre site http://www.csdptt.org est d’ailleurs devenu une référence en la matière. C’est ainsi que le nouveau président de l’association Jean Louis Fullsack, ancien expert de l’UIT, a participé à la plupart des réunions de préparation du Sommet Mondial de la Société de l’Information, défendant partout l’objectif d’un accès au réseau pour chaque village remettant en cause les choix libéraux.

Question : Pourquoi avez vous été à l’initiative de l’écriture de ce livre ?

Bruno Jaffré : Nous avons au cours de la préparation du SMSI, tenté de mettre en place en France un collectif de préparation de la société civile au SMSI. Malgré nos efforts cette tentative a échoué. Nous avons cependant rencontré une oreille attentive de la part de BPEM (Biens Publics à l’Echelle Mondiale), association liée à SURVIE, une des seules à part quelques petites ONG avec qui nous travaillions, qui ont compris l’importance de ce sommet.

L’idée du livre vient donc de BPEM. Cela correspond à la période où Djilali Benamrane, aujourd’hui responsable communication à BPEM a intégré BPEM. François Vershave y a apporté tout son soutien et y a travaillé jusqu’au bout peu avant son décès. BPEM venait de signer un contrat les éditions Charles Leopold Meyer et venait de terminer le livre sur la santé, d’où la disponiblité pour un nouvel ouvrage. Je pense que de notre renocntre BPEMa saisi l’opportunité de faire un livre sur les télécommunications.

Nous ne devions qu’apporte une contribution modeste, mais notre participation a été essentielle dans le choix des auteurs du fait de notre connaissance du milieu des télécommunications. J’ai du naturellement sollicité que CSDSPTT soit officiellement co-coordiantrice du livre, ce qui a été accepté. Il y avait pour nous matière a faire le point sur les méfaits du libéralisme dans le domaine des télécommunications, à mettre en valeur notre activité et notre réfléxion sur la nécessaire évolution de la coopération publique, à commencer à défricher les propositions pour une alternative aux privatisations. Aussi les auteurs, français mais aussi africains, il y a même un venézulien, outre ceux de CSDPTT et de BPEM, sont issus de la recherche, des syndicats, ou engagés dans la société civile sur les questions de développememt. Ce qui nous l’espérons en fera un livre particulièrement riches pour les lecteurs.

Vos expériences de téléphone communautaire au Burkina Cette expérience s’est construite dans la durée. Nous savions que la demande était très forte dans les villages enclavés, j’avait pu m’en rendre compte moi-même au cours de mes séjours. L’idée était de réinstaller du matériel récupéré utilsdant la technologie radio pour éviter de tirer des lignes en brousse, pour diminuer les coûts et la dépendance aux éventuels bailleurs de fonds, mais aussi de mettre en place un modèle de développement defriachant par là de nouvelles formes de coopération, tournées vers la solidarité mais aussi en excluant le paternalisme et l’assistance. Nous avons toujours été fermes avec les opérateurs africains pour qu’ils mettent des moyens dans ces projets, et n’avons cessé de rechercher des partenaires sur place sans lesquels il était inutile de penser que les projets seraient durables.

Il a fallu tout inventer avec peu de moyens. D’abord, obtenir la confiance de l’opérateur de télécommunications au Burkina Faso ce qui s’est fait petit à petit à partir de cadres intermédiaires qui ont jaugé notre sérieux, notre compétence et notre engagement et qui ont donc fait avancer le projet au sein de l’opérateur. Vous conviendrez avec moi qu’un téléphone relié au réseau national ne marchera pas longtemps si l’opérateur ne s’implique pas. D’ailleurs c’est l’opérateur qui a financé les installations solaires. Nous avons commencé avec quelques villages que nous connaissions soit par des voyages soit par des amis sur place qui nous les ont recommandés parce que c’était tout simplement chez eux, ils nous servaient donc de médiateurs.

Au fur et à mesure s’est crée la SODEPTEL (SOLIDARITE DEVELOPPMENT DANS LES POSTES ET TELECOMMUNCATIONS) une association au sein du personnel de l’ONATEL qui a pris en charge les problèmes sur place et qui a permis la mise en place d’un projet de plus grande ampleur. Ainsi, aujourd’hui une convention vient d’être signée portant sur le raccordement d’une centaine de village pour les 3 ans à venir. Notre souhait est que des ONGs de développement soient associées pour que les intérêts des villageois soient aussi défendus. Certaines ont été préssenties et contactées. Les villages sont désormais choisis par notre partenaire sur place la SODEPTEL, mais nous avons toujours le loisir d’en proposer. L’inntérêt c’est que les problèmes sont réglés en amont. Les villageois construisent un local pour abriter le télécentre et mettent en place un comité de gestion issu du village, un préalable posé par la SODEPTEL avant toute installation alors que ce n’était pas le cas pour les premmières installations expérimentales.

Question : Est ce que ces expériences sont limitées à l’Afrique, ou peuvent- elles avoir une portée plus générale ?

Bruno Jaffré : Nous avons des expériences identiques au Mali, où le projet est piloté par une association dirigé par des personnalités de l’immigration en France et au Niger où dans ce dernier pays c’est avec le PNUD que nous travaillons. Mais cela avance moins vite dans ces deux pays, du fait que l’association de personnel est moins dynamique au Mali, et qu’elle n’a pas encore été crée au Niger, même si nous y avons de bons correspondants mais pas organisés en association. Il faut ajouter que le Niger a vécu une privatisation récente catastrophique qui a créé une situation de blocage dans le pays. Et au Mali l’opérateur est aussi accaparé par la préparation de sa privatisation ce qui fait que les énergies sont occupées ailleurs.

Mais je voudrais dire quelque chose dont la portée dépasse l’Afrique et qui résulte de l’expérience que nous avons acquise. Ce qui est important pour une ONG issue des pays occidentaux, si elle souhaite que les partenaires s’approprient réellement les projets et donc prépare sont retrait progessif, c’est qu’elle accepte de ne pas tout maitriser, de ne pas tout diriger, il faut bien sur ne pas se faire avoir non plus, mais aussi qu’elle respecte la vitesse d’appropriation du projet par les partenaires en Afrique. Le choix des partenaires est déterminants en tout point. Or ces rythmes ne correspondent que très rarement à ceux qu’imposent les bailleurs de fond qui veulent des résultats rapides, car c’est la politique t l’effet n’annonce qui priment plutot que la durabilité.

Sinon pour CSDPTT il n’y a aucune restriction quant au lieu. Nous avons voulu bien sur en priorité travailler avec des opérateurs publics, ceux du Mali et du Burkina le sont encore (surtout parce que ces pays, bien qu’ils subissent de fortes pressions des institutions de Brenton Wood, ne trouvent pas de repreneur).

Si nous avons commencé en Afrique francophone, cela est donc du au fait que certains d’entre nous avaient des relations dans ces pays pour commencer à relayer nos projets, et la communauté de langue facilite les échanges, mais quelque soit le pays destinataire du projet, si un collègue contacte notre association pour travailler ailleurs du moment que cela se fait dans des conditions qui correspondent à notre façon de travailler, nous sommes prets à travailler avec lui.