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SMSI : Compte rendu de la Réunion informelle sur la gouvernance de l’Internet du 20 juillet 2005

mardi 27 septembre 2005, par Bruno JAFFRE

Jean Louis Fullsack

Le Président du Groupe de travail sur la gouvernance de l’Internet (en anglais : WGIG), Nitin Desai, a invité l’ensemble des parties prenantes du SMSI à une « réunion informelle » le mercredi 20 juillet au Palais des Nations à Genève. Intitulée « Présentation du Rapport du WGIG », cette réunion n’a guère qu’effleuré son sujet. En réalité, cette présentation avait été faite lundi, « en réunion fermée » du WGIG avec les délégations gouvernementales et les véritables discussions avaient donc déjà eu lieu.

Un peu plus d’une centaine de délégués -dont une douzaine de la Société civile- ont participé à cette réunion, somme toute intéressante, certes « ouverte » à la SC mais à condition que ses participants maîtrisent parfaitement l’anglais ! Car, d’une part il n’y avait probablement pas les moyens de payer un service d’interprétation, d’autre part on se considérait « entre initiés » et les intervenants naturellement anglophones avaient oublié que tous les autres devaient faire un sacré effort pour ne pas perdre le fil. Constatation, hélas récurrente dans ces « cercles spécialisés » à forte teneur en académiciens ...

Comme j’étais présent bien avant le début de la réunion, j’ai pu lire et analyser la déclaration -pardon : the Statement- de l’Union Européenne (UE), rédigé en anglais uniquement par le Royaume Uni (RU) qui en assure actuellement la présidence, et présenté à la réunion du WGIG de lundi.

Son examen « mérite le détour » ! Outre le fait les remerciements et autocongratulations d’usage, le document rappelle que la position de l’UE sur la gouvernance de l’Internet (GI) a été esquissée par le Conseil des ministres de l’UE. Il mentionne en particulier que « La question de l’internationalisation de la gestion des ressources centrales, comme le système des noms de domaine, les adresses IP, et le système de serveurs de racines, sont les problèmes les plus importants (« main issues ») dans ce débat ».

L’UE, tout en préconisant « un nouveau modèle coopératif », souhaite que « les mécanismes de gouvernance de l’Internet actuels soient fondés sur des bases démocratiques plus solides, transparentes et multilatérales, avec un accent plus fort mis sur l’intérêt politique public de tous les gouvernements » et que « les rôles respectifs des organisations internationales et intergouvernementales dans le champ de la GI soient clarifiés ». Jusque là tout va bien, mais le paragraphe suivant y met un « bémol » en précisant que le nouveau modèle coopératif préconisé « devrait être basé sur le partenariat actuel public-privé du bas vers le haut ». Et lorsqu’il en énumère les principes de base, le premier spécifie que ce nouveau modèle « ne doit pas remplacer des mécanismes ou institutions existants, mais devrait se fonder sur les structures existantes de la GI » ! En parfaite contradiction avec l’innovation proclamée plus haut.

L’UE souligne
- la mission spécifique et la responsabilité des gouvernements vis-à-vis de leurs citoyens ;
- l’importance du respect des principes architecturaux de l’Internet ;
- la priorité élevée à accorder à sa stabilité et à sa robustesse, de même que l’importance des problèmes de « pourriel » et de sécurité.
- « L’importance des TIC pour la compétitivité de l’industrie, et à cette fin (elle) encourage l’implication active du secteur privé dans les discussions sur la gouvernance de l’Internet pendant la 2ème phase du SMSI ».

Vous avez bien lu : la Société civile n’est pas évoquée ! A fortiori, ni sa place ni son rôle n’y sont précisés. Décidément, l’UE invente même un nouveau modèle -pas très coopératif celui-là- pour l’approche multipartenariale tant vantée par tous les protagonistes du SMSI, et qu’elle invoque dans son dernier alinéa « pour la mise en œuvre des résultats de Tunis ».

Pour CSDPTT, ce document est discutable par rapport aux contradictions de ses propositions et inacceptable pour la Société civile car elle est tout simplement ignorée par l’UE dans le processus à venir du SMSI. J’en ai fait part au chef de la délégation française, Bernard Benhamou, qui m’a assuré transmettre mes observations au gouvernement. Je ne manquerai pas de les réitérer à certains membres du Parlement européen, dont Catherine Trautmann, Rapporteure pour la Société de l’information.

Le président Nitin Desai ouvre la réunion proprement dite à 10h25 par une déclaration demandant toute leur place dans l’Internet pour les PeD et saluant les initiatives prises au niveau des secteurs publics dans un certain nombre de ces pays qui en sont les meilleurs incitateurs. Il rappelle l’échéance de PrepCom-3 en précisant qu’il a personnellement pris l’initiative de convoquer cette réunion informelle « ouverte », car « il vaut mieux travailler ensemble que travailler séparément ». Pour M. Desai les points majeurs à discuter sont : le respect des principes et du plan d’action adoptés à Genève, le Rapport du WGIG, les questions de gouvernance d’Internet, les ateliers pour mieux comprendre les questions de la GI. Selon lui, celle-ci a été longuement discutée au WGIG et la réunion de ce jour doit être du brassage d’idées et non une procédure de négociation. S’agissant de définir la GI, il faut prendre en compte les problèmes techniques et proposer des options de gestion : à base de législation dure, à base de législation douce ou .... sans législation. Les problèmes posés sont d’une extrême variété : cybercrime, confidentialité, coûts d’interconnexion, multilinguisme, utilisation plus efficace du réseau, ....

Il conclut en rappelant que MM. Geiger (Secrétaire exécutif du Bureau du SMSI), Kummer (Chef du Secrétariat du WGIG) et Kelly (Chef de l’Unité de Stratégie et de Politique, UIT) contribueront chacun dans son domaine à la discussion.

La discussion est ouverte par une longue déclaration de la Chambre de Commerce Internationale (CCBI) qui coordonne le Secteur privé, (rapidement) lue par Ayesha Assan et dont j’ai relevé l’attachement de son organisation au multipartenariat, l’affirmation de la « valeur sociale de l’Internet » (sic), le besoin d’un modèle commercial (« business model »), le lien entre les ressources de l’Internet et les ressources technologiques et la nécessité d’un Internet fiable et sûr.

Le représentant des Etats-Unis intervient ensuite pour affirmer le soutien fort de son pays à l’ICANN. Tous les gouvernements ont intérêt dans une ICANN forte. Il salue l’utilité du Rapport et rappelle l’engagement des EU dans le SMSI « et au-delà ».

Le délégué d’Israël salue le travail du WGIG dans l’intérêt de la Société de l’information et indique que son gouvernement va étudier sérieusement son Rapport. Il souligne l’importance de la stabilité et de la sécurité de l’Internet et le rôle éminent de l’ICANN. Il soutient le multipartenariat qu’il souhaite à tous les niveaux, et estime qu’il est trop tôt pour définir les mécanismes de GI. Il faut donc maintenir l’existant, et réfléchir en parallèle à une future structure qui pourrait être intégrée au sein des Nations unies et créée ultérieurement, en évitant une structure nouvelle et les coûts afférents.
Le président Karklins intervient (« plutôt que prévu ») pour rappeler que le processus adopté à PrepCom-2 a conduit à deux documents qui seront l’entrée en matière pour PrepCom-3 et sont envoyés aux gouvernements pour commentaires (clôture des contributions écrites trois semaines avant PrepCom-3). Il ne reste donc que quelques semaines pour proposer le texte du chapitre 3 (Gouvernance de l’Internet) qui constitue l’un des quatre blocs sur lesquels il faut se mettre d’accord. En second point il juge important de dégager à court terme une initiative pour la formation des PeD sur les problèmes en cause. En troisième il met en relation l’économie de l’Internet et sa gouvernance. Enfin il évoque le suivi du Sommet de Tunis en proposant de décorréler la Gouvernance de l’Internet des objectifs spécifiques du SMSI (en référence au § 57-2-76 ?) car « il n’y a pas de relations suffisantes entre eux ». Ce qui conduit à un processus de suivi de la GI différencié du suivi du SMSI. En référence au § cité il évoque la création d’un Forum -proposé par le Rapport du WGIG- sur lequel il faudra trouver un accord sur sa composition, les partie prenantes (y compris la Société civile) concernées, et son fonctionnement. La réunion d’aujourd’hui est bien indiquée pour réfléchir sur ce Forum puisque le Rapport le propose.
NdR : La séparation du suivi de la GI du processus de suivi du SMSI est une innovation mais aussi un signe sur la difficulté -sinon l’impossibilité- d’obtenir un consensus sur la première, tant la position des Etats-Unis est actuellement figée.

Le Brésil rappelle qu’il a fait sa déclaration lors de la réunion intergouvernementale lundi et assure le Président du soutien de son pays. Il évoque trois points : (1) La sécurité et la stabilité de l’Internet sur lesquels tous sont d’accord, et souligne en particulier les initiatives prises par son pays en matière de e-gouvernement (2) Il note la faiblesse de la représentativité de la SC dans le CCT ( ?) qui ne répond pas à une approche multipartenariale en termes de gouvernance de l’Internet, et (3) S’agissant de l’ICANN, le Brésil pense que cet organisme est à même de traiter les aspects techniques, mais n’a pas vocation de traiter des aspects politiques. Il faut donc trouver un « endroit unique » et une approche multipartenariale adéquate pour traiter ces problèmes.

Nitin Desai rappelle à cet effet le besoin de dialogue et de consultations entre partenaires.

Le Royaume Uni intervenant au nom de l’UE, déclare que l’importance accordée aux pays émergents et aux PeD n’a pas été évoquée. Il prône un suivi formalisé et souhaite entendre le Secteur privé et la SC en particulier sur le Forum, ses structures et ses fonctions.

Un autre intervenant (William Drake ?) rappelle que l’idée de Forum a été soutenue par un petit groupe (NdR : à l’intérieur du WGIG). En fait il s’agit de choisir entre l’intégration dans une agence spécialisée ou la création d’une nouvelle structure. Le Caucus GI de la SC prône un mécanisme multipartenarial pour l’ensemble des questions relevant du domaine politique. L’Internet étant complexe et très spécialisé, il est difficile aux PeD d’y participer pleinement : il faut donc les stimuler et se concentrer sur la formation. Le Forum n’est pas une structure de décision mais il doit être inclusif et fournir l’occasion de dialoguer. La SC est prête à ce dialogue.

Un autre intervenant note qu’il est fondamental d’établir un lien avec la recherche académique pour ce dialogue, les critères étant la transparence et la démocratie. Il ajoute que la meilleure manière pour organiser la voie à suivre est le multipartenariat, eu égard aux problèmes complexes ; il craint que seuls les pays les plus développés soient concernés. Le secteur privé n’est pas auto-suffisant (sic), et les PeD doivent comprendre l’impact des décisions sur leurs région, pays et intérêts. Les partenariats entre ces pays et les institutions universitaires ne concernent qu’un nombre réduit de personnes ; il faut donc équilibrer les partenariats. En outre, vu la complexité du domaine, il faut procéder par étapes basées sur la connaissance.
Nitin Desai propose de discuter en priorité du Forum tout en prenant en compte les aspects particuliers des PeD. Il se dit cependant surpris par la déclaration de l’intervenant sur le secteur privé.

Le représentant du Mexique (NdR : un véritable représentant multicartes puisqu’il est membre du bureau de l’ICANN, universitaire donc membre de la SC et représentant de son pays à cette réunion), que Nitin Desai appelle familièrement « Alejandro », évoque la position de l’ICANN par rapport au Forum. Il constate que les PeD participent activement aux accords sur la GI via les discussions en-ligne. Il s’agit de promouvoir les meilleures pratiques de l’IETF, de l’ICANN mais aussi celles du Brésil, et de combattre le pourriel et le cybercrime. En outre les aspects économiques doivent être mise en évidence. Il est plus sceptique sur les résultats attendus du multipartenariat et cite comme exemple les ISP qui traînent des pieds pour combattre le pourriel voire la criminalité sur le net. Cependant il reconnaît les bons résultats que le Brésil a obtenus, et qui sont un exemple pour les PeD. Pour lui, la communauté technologique doit avoir sa place ici, car la complexité en jeu nécessite leur compétence. Quant aux problèmes politiques, ils doivent trouver une place pour être traités et résolus.

Markus Kummer approuve la réservation d’un espace pour les PeD et demande d’ajouter deux éléments : la coordination régionale et nationale, et les meilleures pratiques de « bas en haut » mis en évidence par les ateliers d’hier. En outre, il prône une amélioration ultérieure de la coordination entre les diverses institutions internationales telles que l’ICANN, l’IETF et l’ISOC qui doivent se réunir avec les gouvernements.
NdR : On aurait aimé voir un diplomate de carrière plutôt inverser les rôles respectifs ...

Bertrand de la Chapelle qui fait partie de la délégation française mais s’exprime « au nom de la SC » (NdR : voici donc un autre sympathique représentant multicartes ... ) pour mettre en exergue les bienfaits du multipartenariat.
Pour être réellement efficace il doit s’appuyer sur les contacts personnels entre partenaires différents qui doivent « élaguer » les différences dans leurs points de vue et permettre une interaction dans une phase de conception de décision. Les réunions ouvertes confirmeront alors cette ouverture. Pour lui l’apport de plus important du Rapport du WGIG est le Forum. Il s’agit donc de ne pas se laisser piéger par le dilemme structure - fonctions, mais de le considérer comme une question d’intérêt commun, mettant en action différentes parties prenantes pour examiner aussi bien les aspects de sécurité comme ceux du droit du travail, etc. Différents groupes de travail animés par des entités différentes constituant un partenariat approprié pourront alors proposer des règles communes utilisables pour le travail d’organisation futur. Cette démarche repose sur les principes de base d’une participation multipartenariale. Quant à la dimension nationale soulevée par le Rapport, les ateliers organisés par Markus Kummer ont montré les besoins d’interaction. Il relève que le §8-b, traitant du dialogue au niveau national, préconise un comité de pilotage national ; le Brésil l’a fort bien montré au cours de ces ateliers.
Nitin Desai revient sur le rôle premier (« leading role ») du Secteur privé (NdR : bis repetita, et voici un autre diplomate -qui en plus est chef du comité exécutif de l’ECOSOC des Nations Unies- remettre une couche sur la primauté du Secteur privé. La SC aurait aimé attendre une autre mélodie !). La SC et les gouvernements sont impliqués ; les propositions de procédures « normalisées » de Bertrand de la Chapelle sont intéressantes.

Bertrand de la Chapelle rappelle opportunément que ces procédures ont été appliquées déjà dans la 1ère phase du SMSI à la Réunion régionale de Tokyo. Le dernier PrepCom-2 a abondé en ce sens et a produit un projet de document commun entre la SC et le Secteur privé comme l’a montré le document présenté par Ayesha Assan (NdR : porte-parole du Secteur privé représenté par la CCB ; ce document a été fortement critiqué par la plus grande partie de la SC qui ne l’a pas approuvé) à la réunion du Groupe des Amis du Président, qui compile les points de vue des gouvernements, du secteur privé et de la SC et conduit ainsi à une meilleure compréhension (sic). En outre on a trouvé des formules intéressantes qui permettent aux observateurs d’assister aux réunions ... pour écouter seulement ; il suffit de les formaliser en tant que règles et procédures.
NdR : Certes, Bertrand, c’est intéressant pour les membres « passifs » de la SC qui ont les moyens financiers pour de tels déplacements ... d’écoute. Mais parlant « on behalf of the CS », tout membre sensé et responsable de celle-ci, aurait aimé t’entendre plaider pour le respect des pleins droits et l’égalité de traitement de la SC, à défaut de quoi le multipartenariat -qui est la formule récurrente (jusqu’à l’obsession) de ces réunions- n’est qu’un attrape-nigaud. C’est ce qui motive et conforte la position plus que critique de CSDPTT à son égard.

Nitin Desai demande de réfléchir sur ce qui du WGIG pourrait être intégré dans le processus du SMSI en termes de procédures en particulier, et remercie Bertrand de la Chapelle pour ses propositions.

Le représentant de la Suisse s’autorise un court commentaire sur le Forum qui risque de devenir de plus en plus important, et s’interroge sur la valeur ajoutée qu’il apportera à « l’après-Tunis ».

Nitin Desai lui répond que le World Economic Forum pourrait être un modèle (sic). Il y a de multiples possibilités ; tout dépend de quoi il décide. Il regrette cependant de ne pas voir les PeD s’exprimer à cette réunion, à l’exception notable du Brésil.

Le Pakistan lui réplique, mais il parle trop à côté du micro. Je saisis qu’il loue le processus du multipartenariat qui favorise le dialogue.

Un représentant de l’ICANN souhaite que l’on informe mieux (sic) les interlocuteurs afin d’obtenir une meilleure compréhension. Il faut définir la gouvernance de l’Internet et il estime que le Sommet de Genève en 2003 avait une « bonne compréhension » de la problématique et du rôle de l’ICANN. La comparaison de l’Internet avec un système postal l’interpelle car Internet réunit environ 50 000 réseaux en un seul. Pour lui il faut continuer l’exploitation telle quelle, et laisser à l’ICANN décider y compris sur les aspects politiques. Il faut donc écouter, discuter, et évoluer.

Karen Banks intervient ensuite au nom du Caucus GI de la SC, mais son débit est tel qu’il m’est difficile de la comprendre. Elle demande que le Forum soit inclusif et global. Il faut que les gouvernements s’y expriment mais il n’est pas question que ce soit un seul gouvernement qui s’arroge ce droit, notamment en termes de politique de l’Internet. Former les interlocuteurs et respecter le multipartenariat lui semblent essentiels. Elle appelle de ses vœux des mécanismes interactifs et compréhensifs, et revendique le multipartenariat jusque dans la mise en œuvre des objectifs du SMSI.

Nitin Desai la remercie « pour cette déclaration importante ».

Un intervenant africain ( ?) fait état d’une critique antérieure sur la composition du WGIG, qui le classait à tort comme représentant du gouvernement dont il n’a fait partie que pendant un an. (NdR : Voici encore une preuve du classement difficile des participants, y compris des africains, qui changent de « statut » en cours de WGIG ...). Les PeD désirent être impliqués car ils sont aussi intéressés que les autres à la sécurité et à la stabilité (NdR : de l’Internet). Ils portent donc une attention au Forum par rapport à sa composition comme par rapport à ses fonctions, non seulement comme lieu d’échange de discussion mais aussi de prise de décision.

Nitin Desai lui répond par une boutade sur les promotions grâce au WGIG.

Un représentant de la Diplo Foundation (NdR : basée à Genève et à Malte, elle a des liens très étroits avec Global Knowledge Partnership, GKP, une organisation transnationale classée ONG, très active dans le processus du SMSI et membre du WGIG) estime que le champ de la GI est imprévisible et craint que le Forum ne présentera pas une flexibilité suffisante « pour s’adapter au changement ». Les liens entre gouvernements sont cruciaux. En outre la question des PeD trouve une solution dans « le développement des capacités » (NdR : Voilà un rôle « global » pour GPK !). Il faut l’organiser avec l’ICANN en se concentrant sur la GI et la recherche. Le potentiel est immense, à la fois dans l’environnement politique et dans les universités.

William Drake pense qu’il faut chercher à tirer les bonnes pratiques du multipartenariat par exemple à l’OCDE et en utiliser l’interactivité.

Comme son débit est trop rapide pour que je puisse le suivre, j’observe Bertrand de la Chapelle qui opine ostensiblement à ses côtés. Le multipartenariat est une « tarte à la crème » visiblement très prisée par les représentants « multicartes » qui sont effectivement les mieux placés. Car Bill a une « double casquette ». ll est à la fois président de Computer Professionals for Social Responsibility, CPSR, une association transnationale, classée ONG, en même temps qu’il est Senior Associate au Centre International pour le Commerce et le Développement Durable, ICTSD, basé à Genève.

Le Nicaragua, au nom du GRULAC (NdR : Groupe des pays latino-américains, très actif au SMSI), informe le président que son groupe est en train de préparer ses commentaires et fera des propositions sur le Rapport du WGIG.

Le Brésil déclare être là pour apprendre et convaincre les pays latino-américains à s’inscrire dans la démarche de la GI, et au-delà à impliquer tous les PeD dans le dialogue. Il compare la pratique de l’ICANN à celle des « thematic parks » où, à côté d’autres parcs à thèmes « présentables », on voit celui consacré à la pornographie particulièrement développé et abondamment « visité ». L’ambition de l’ICANN est de créer des « parcs », les « gens » y mettent ensuite ce qu’ils veulent/ce qui paie. Ce dont nous avons besoin -les pays industrialisés comme les PeD- c’est une place pour y prendre des décisions politiques et non d’un parc ! Il cite à l’appui de ses affirmations une suite de chiffres statistiques convaincants, dont celui -révélateur- sur les noms de domaine. Sur un total de 72 millions (ai-je bien compris ?), plus de 60% ne sont pas liés à un pays ou entité institutionnelle, donc externes à la surveillance (« scrutiny ») gouvernementale, mais aussi à celle de la Société civile. C’est cela qui doit changer (« This must change ! »).

Après cette intervention forte, Nitin Desai félicite le délégué ... pour sa bonne préparation. Et demande par une boutade s’il peut annexer aux documents de la réunion les statistiques citées ... à condition évidemment qu’elles ne sont pas protégées par des droits de propriété intellectuelle. (rires)

Un délégué africain anglophone déclare qu’il analyse activement le Rapport et réagira rapidement. Il souligne que l’Afrique veut être réellement impliquée dans les processus décisionnels. Nous avons besoin d’un meilleur outil que ce Forum d’Etats.

Le Mexique reintervient pour insister sur la complexité des questions politiques et technologiques. L’incidence de la technologie sur le contenu est compliquée (« confusing »). Ainsi on a discuté sur la création de noms de domaine spécifiques en fonction du contenu. Cela paraît être le plus efficace. Il faut donc examiner différentes solutions et mettre en place des mécanismes adaptés. Le problème n’est pas dans le nommage mais dans la politique.

Cette intervention a clôturé la consultation des « parties prenantes » que Nitin Desai estime « pas mal du tout », avec 23 interventions « y compris de la Société civile ». Sans être devin sur l’évolution future de la GI, il note un engagement constructif des partenaires et remarque que les interventions « ont aidé le processus à avancer ». Il donne donc la parole à M. Karklins, le Président du PrepCom.

Le président Karklins part de la date butoir du 15 août pour les contributions écrites (voir sur le site) à lui envoyer ou à envoyer au Secrétariat exécutif. Après cette date on procèdera à une analyse comparative des commentaires par rapport aux quatre blocs du document de Tunis. Le Rapport du WGIG et son arrière-plan (« background ») seront transmis en dernière semaine d’Août. En égard aux diverses échéances il ne faut donc pas gaspiller nos efforts. Le Groupe des Amis du Président (GAP) se réunira dans la semaine commençant le 5 septembre, de même le WGIG. La semaine commençant le 12 septembre est « plus tranquille » car les gouvernements sont à AG des Nations Unies « MDG+5 », et rien n’est donc prévu pour le SMSI.

Le Secrétaire exécutif, Charles Geiger parle de « From WGIG to WSIS » pour évoquer le futur immédiat, et encourage les délégués à envoyer leurs commentaires au président Karklins. Le Secrétariat exécutif fera une compilation des contributions. Il rassure Bertrand de la Chapelle sur les pratiques disponibles « que nous formaliserons ». Il rappelle enfin aux organisations encore non accréditées au SMSI sur la date butoir et en mentionne rapidement les modalités.

La séance est levée à 13 heures pile sur la (grosse) montre Rolex au-dessus de la tribune.

Je profite du « voisinage » du président Karklins pour lui demander s’il envisage une réunion ouverte du GAP dans la semaine du 5 septembre ; il me répond a priori par l’affirmative et envisage la (demie ?) journée du mardi 6.

Voilà donc une réunion sur un problème profondément international et impliquant fortement les Etats -comme les représentants latino-américains l’ont montré- qui durant ses trois heures de discussion n’a pas une seule fois évoqué le multilatéralisme parmi ses hypothèses de structures et de fonctionnement ! C’est un comble, en particulier pour la Société civile présente, alors que la Déclaration des principes, et surtout sa propre Déclaration, font référence au rôle « important » des Etats dans la problématique traitée au SMSI.

CSDPTT est à inclure dans cette critique : j’ai en effet été plus « preneur de son » que de parole. Pour une série de raisons logiques :
- je n’ai pas fait partie -même occasionnellement- de ce « club » très particulier qu’est le WGIG ;
- je n’avais pas eu le temps d’analyser son Rapport qui était le sujet du jour (et en fait le plus souvent escamoté), diffusé l’avant-veille de la réunion ;
- je reconnais (humblement) ne pas être un véritable spécialiste de l’Internet, ce qui enlève une partie du crédit de mes interventions.

Ce qui prouve qu’il serait souhaitable que la compétence dans le domaine Internet soit plus exprimée dans, et par, notre organisation. Ce sujet est en effet très sensible pour les PeD (cf les interventions de leurs représentants dans cette réunion), et nous devons encore élargir notre domaine d’intervention à la technologie Internet chez nos partenaires africains. Et le faire savoir dans notre communication.

Et dans la mesure où CSDPTT s’est taillé une place reconnue au SMSI, n’oublions pas que la problématique (technologique et politique) de l’Internet constitue un des « quatre blocs du futur programme de Tunis.

Pour terminer ce compte-rendu, j’aimerais féliciter chaleureusement le délégué du Brésil qui a été le contributeur essentiel et convaincant de cette réunion, et élargir mes compliments à la représentation latino-américaine et africaine.

Quant aux autres délégués, s’il y a des omissions ou des déformations de leurs propos, je m’en excuse d’avance. Elles sont imputables à mes limites linguistiques, et non à une quelconque intention de censure.

Fait à Strasbourg, le 26 juillet 2005

Jean-Louis Fullsack

Représentant CSDPTT au SMSI