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La traque aux réseaux de télécommunication mobile : mission dans le Sud Ouest du Burkina Faso

jeudi 23 juin 2005, par Alain

La traque aux réseaux télécommunication mobile : mission dans le Sud Ouest
Par Sylvestre OUEDRAOGO
Directeur de Yam Pukri
Coordonnateur de Burkina Ntic
Lire l’article complet sur Burkina-Ntic.org

Du Lundi 28 Mars au 1er Avril 2004, une mission composée de Mr Scott McConnel, Consultant d’Intelecon (www.intelecon canada) de Ouédraogo Sylvestre et de 5 économistes et sociologues ont parcouru plus de 3000 Km dans le Sud Ouest du Burkina Faso pour échanger avec les populations à propos d’un projet pilote d’accès au service universel de communication. En rappel, le Gouvernement du Burkina Faso a décrété une loi à propos du service universel et un fond a été mis en place. Brièvement, l’idée consiste à alimenter un fond grâce aux contributions des opérateurs de télécom travaillant dans le pays. Ce fond doit financer le désenclavement des zones rurales en moyens de communication appropriées (téléphone, Internet...)

Une étude a été commanditée les bureaux Intelecon ,McCarthy Tétrault en partenariat avec Sylvestre Ouédraogo de Yam Pukri ont fait le travail.

Nous tenons à remercier populations, les Responsables Administratifs Villageois, les Chefs de terre, les Préfets, les secrétaires généraux, les Hauts Commissaires ainsi que le Gouverneur de la Région du Sud Ouest pour leur disponibilité et accueil dans le cadre de notre travail. Les photos sont pour la plupart la propriété de Scott McConnel et de Sylvestre Ouédraogo

Grenier traditionnel de la région

La zone du Sud Ouest a été choisie par le gouvernement du Burkina Faso pour mettre en œuvre le projet pilote.

Intelecon a pensé approfondir son travail par une enquête de terrain afin de vérifier certaines hypothèses comme la part de revenu des ménages utilisée dans les télécommunications, la demande potentielle en service de communication ( téléphone, fax, Internet...)

Je vous raconte ici nos expériences sur le terrain.

Lundi matin, 10h, départ devant l’ARTEL (autorité de Régulation des Télécommunication) : Traquer les réseaux mobiles en cours de route

Depuis notre départ de Ouagadougou à bord de 2 véhicules tout terrain, nous avons essayé de voir si les réseaux de téléphonie mobile couvraient les zones rurales. Nous avons constaté que l’axe Ouagadougou Bobo Dioulasso était bien arrosé par les 3 opérateurs (TELECEL, CELTEL et TELMOB), mais dans bien des cas, certaines zones ne sont pas couvertes à cause des aspérités du terrain. Théoriquement, une station de base (BTS) doit couvrir ou encore arroser 35 km autour de l’antenne. La pratique se révéle bien différente dans bien des cas.

Véhicule à la station pour le 2ème plein à Gaoua

Nous avons plus de 500 Km à parcourir et cette activité que l’on peut assimiler à un jeu nous aident à passer le temps, surtout que nous frôlons les 42° à l’ombre. Mon compagnon Canadien, Scott a horreur de la climatisation. Nous comptons donc sur le contact de l’air chaud venant de dehors et sur notre sueur pour nous refroidir. Çà se passe sans problèmes tant que le véhicule est en train de rouler.

Nous roulons à vive allure sur l’asphalte chauffée à 70° . Pour faire un œuf au plat, très simple, il suffit de le mettre dans une assiette en aluminium, de la poser sur le goudron (bitume) et attendre quelques minutes, votre petit déjeuner est prêt !

Par endroit nous perdons tout signal des réseaux mobiles surtout quand nous bifurqons au niveau du village de Pa pour aller tout droit sur Gaoua, la capitale de la région du Sud Ouest. Nous faisons une première halte à Pa, les membres de l’équipe me disent que ce n’est pas un bon arrêt parce qu’il n’y a rien à manger ici. Je leur répondit que Pa est un paradis par rapport à ce qui les attend. Ils le découvriront bien plus tard.

Nous reprenons la route et nous voyons à une intersection en pleine brousse, surgi de nulle part un kiosque (télécentre) fonctionnant avec le système mobile. Nous comptons bien y revenir pour échanger avec le tenancier. Nous vérifions nos téléphones portables et ne voyons aucun signal. Curieux, on le comprendra plus tard.

Une heure après, nous sommes à Gaoua, capitale de la région du Sud Ouest du Burkina. Elle compte quatre provinces : le Noumbiel avec pour capitale Batié, le Poni avec pour capitale Gaoua, la Bougouriba avec pour capitale Diébougou et enfin le Ioba avec pour capitale Dano toutes les provinces ont pour nom les cours d’eau qui les traversent. Nous ressentons nettement que la végétation est différente de celle de la région du plateau central du pays d’où nous venons. Elle est plus dense. Nous sommes ici coincés entre la Côte d’ivoire et le Ghana.

Les populations se sentent d’ailleurs plus proche de ces pays que du Burkina. D’après elles, il est difficile de capter la radio nationale ainsi que la télévision nationale quand on quitte Gaoua. Elles sont donc obligées de suivre les actualités de leurs voisins ; le conflit ivoirien a empiré les choses et la télévision ivoirienne a coupé son antenne. Les rebelles ou encore les forces nouvelles sont à quelques encablures de là.

Après voir déjeuné avec du riz à sauce d’arachide, nous reprenons notre route pour foncer sur la corne du Burkina, la province de Batié. Nous sommes impressionnés par le climat. ici, c’est déjà le début de la saison des pluies. Les karités, les nérés et les baobabs portent des fruits. Certains paysans sont déjà en train de semer leurs tubercules. Les marchés regorgent de produits, surtout de tubercules.

Un constat, je n’ai pas vu une seule charrette à âne, tout est porté sur la tête. On dirait que le temps s’est arrêté ici. On m’expliquera plus tard que les ânes ne supportent pas ce climat ici. Certains paysans, surtout les mossi ont tenté de les introduire, mais ils sont tous mort. Comme explication, les paysans en rigolant nous disent que l’âne est tellement content ici de l’abondance de nourriture qu’il mange, s’engraisse trop, pète et meurt ! Lors de la foire de l’igname, un paysan est venu exposer son âne. D’après que quelques heures restées au soleil ont eu raison de lui. Personne n’ose donc introduire l’âne ici. Même les vélocipèdes sont rares dans la région.

Nous nous reposons et dormons à la belle toile après avoir visité les chambres de passages du coin. Rien ne nous convient sauf les locaux d’une ONG de la place. A l’aide de lits de camps, nous dormons donc dehors et contemplons les étoiles. Au moins ici, aucune pollution !

Mardi 29 Mars : découverte inopinées dans la région

Le matin, nous sommes réveillés par des femmes qui viennent rechercher de l’eau au forage à quelques mètres de nos lits. Nous décidons donc l’aller rencontrer les autorités afin d’identifier avec précision les localités à visiter. L’accueil du Haut Commissaire et du préfet est cordial. Le projet pilote les intéresse à plus d’un titre, la plupart des départements de la province ne disposant d’aucune infrastructure de télécommunication. Le préfet de Boussoucoula est venu ce matin pour une affaire qui aurait pu être réglé au téléphone. Il s’est tapé 21 km tout juste pour cela : 42 km pour une affaire de 5mn !

Après avoir scindé notre équipe en deux, nous partons à Kpéré, localité situé à 10 km de la frontière Ghanéenne, l’autre équipe prend la route de Kosso, village de boussoucula près de la frontière ivoirienne qu’ils vont d’ailleurs franchir sans s’en rendre compte.

Nous traversons la forêt classée et découvrons un petit village doté de quelques rares infrastructures. Heureusement, le préfet est là. Il est en train de saisir un texte avec une machine mécanique datant de la première génération. Nous lui expliquons l’objet de notre visite et il dépêcha sur le champ un jeune homme pour nous accompagner à Fagio, un village encore plus en profondeur. Le 4x4 a du mal à parcourir la piste ponctuée de cours d’eau à sec et de bas fond argileux. Nous arrivons au village. Le Responsable administratif villageois est aux champs : on s’assoit donc pour l’attendre. Les enfants affluent, il y a longtemps qu’ils n’ont pas vu un toubab, comme Mr Scott.

Quelque chose attire mon attention. Deux vielles femmes ont les lèvres percées avec un bout de bois large de 3 cm de diamètre qui y est fixe en permanence. Je dispose de photographies anciennes du Burkina datent de 1900 et je me rends compte que la tradition continue ici. Par respect, je ne prends pas de photos, bien que cela me démange les doigts : nous sommes parfois de petits profiteurs, à la recherche de scoop, de photos sensationnel sans soucis de respects de la personne humaine. Les femmes à plateaux comme on les appelle existent. Cette mutilation est proche de l’excision, mais je n’ai jamais entendu une association la critiquer, dommage...


Femmes allant au marché

Personne n’a été alphabétisé dans le village. L’école vient de s’ouvrir il y a seulement 2 ans ! Pourtant, le village semble riche. Chaque concession possède une maison avec un toit de tôle ondulée, ce qui est signe de richesse. La culture de l’anacarde et des tubercules procure des revenus intéressants aux paysans. Ici, ils ont refusé de semer le coton. Les prix bas les ont découragés. L’anacarde, çà marche et les ignames, on les mange, quand on ne peut pas les vendre : qui est fou ?

Le Responsable administratif revient de son champ à pied et nous engageons la discussion. Ils sont intéressés par le projet. Selon eux, ils veulent connaître le prix des produits dans les autres localités pour ne pas se faire arnaquer par les acheteurs. Pour appeler Ouagadougou ou ailleurs, il faut se taper (marcher ou aller en bicyclette) 56 km pour rejoindre le téléphone le plus proche ou encore aller au Ghana où la communication à l’internationale avec le voisin est très laborieuse.

Soudain, le ciel commença à gronder. De nuages noirs s’amoncellent à l’horizon. Mon sixième sens me dit qu’il va pleuvoir et qu’il faudra décamper vite, très vite si nous ne voulons pas rester bloqué dans ce village pendant des jours, les bas fonds engorgés devenant infranchissables.

Le chauffeur mis donc le turbo, direction Batié via Kpéré en compagnie de notre guide.

Le poulet bicyclette

Nous arrivons à Batié dans la nuit. Pour dîner, nous décidons de manger du "poulet bicyclette". Le poulet bicyclette est celui qui a grandi dans la nature et qui a passé son temps à courir derrière les insectes pour avoir sa pitance quotidienne. C’est un donc poulet sportif et bien musclé à tel enseigne que les coopérants (français pour la plupart au Burkina) et les touristes les ont surnommé poulet bicyclette en comparaison des poules de chair qui vivent dans des batteries éclairées 24h/24 et passent leur temps à manger sans pouvoir bouger de quelques centimètres.

C’est d’ailleurs le met préféré de Mr Scott qui connaît bien plus de pays africains que moi pour avoir travaillé dans des projets de télécommunication rurale dans beaucoup de pays du Sud.

Au restaurant, on nous dit que le poulet est fini. OK, on dort à jeun aujourd’hui. Ensuite, sur notre insistance, on vint nous dire qu’il y a des poulets mais le cuisinier est absent. On insiste et une dame nous offre son plat de couscous. Elle décide de nous aider à préparer les poulets. Un quart d’heure après, on nous informe qu’il n’y a plus de poulets mais seulement des pintades ; Ok, allons-y pour les pintades. Ce sont tous des oiseaux non ! Encore un part d’heure, et on nous confesse que les pintades sont réservées pour le lendemain : quelle gymnastique et pour rien aussi !

On dort donc presque à jeun ce soir là, compensant le vendre vide en regardant les étoiles qui brillaient dans le ciel.

Mercredi 30 Avril : l’inventivité des populations en soif de communication

Nos autres équipes étant sur le terrain, on décide de foncer à Gaoua pour rencontrer les autorités et confirmer l’identification des zones à visiter.

Tout se passe bien à Gaoua et on fait tout d’abord un tour de la zone pour traquer le réseau. Autour de 10 à 15 km, on ne reçoit aucun signal. Pourtant, la tour où sont les antennes est la plus haute du Burkina perchée à 100 mètres et sur une colline en plus.

Nous rencontrons le responsable local de TELECEL qui avec passion nous raconte des histoires intéressantes et incroyables.

Il nous dit que beaucoup de gens possèdent de téléphones portables dans les villages et même dans ceux qui ne sont pas arrosés par le signal.

A Kampti, localité situé à plus de 35 km de Gaoua, les populations ont détecté un endroit où le signal était actif : il faut aller s’arrêter à cet endroit précis, prendre une certaine position pour espérer recevoir le signal. On fait donc la queue à cet endroit. Chacun possède ses marques : des blocs de pierre pour matérialiser les endroits où le signal est actif afin de pouvoir le repérer la nuit si on souhaite s’y rendre nuitamment pour effectuer un appel d’urgence, on ne parle pas ici de recevoir un appel.

Il nous raconte aussi l’histoire d’un homme qui a bricolé sa propre antenne qu’il ac raccordé à son téléphone portable pour appeler : quel génie et quelles acrobaties !

Il nous confesse : les gens ici des localités avoisinantes viennent me demander tous les jours quand est ce que le signal va leur parvenir : je vois beaucoup d’opportunités dans le monde rural, mais, je ne peux rien faire. Même les "rebelles" viennent acheter nos cartes et nos puces pour appeler : c’est moins chers que leurs téléphones satellitaires !

Après avoir rechargé nos portables, nous continuons à Diébougou pour la nuit.

DC ou le boutiquier de Génie : un téléphone portable de dernier cri n’est pas souvent le meilleur pour communiquer sous les tropiques !

Nous nous arrêtons à Bouroum-Bouroum localité située à 20 km de Gaoua pour rendre visite à DC, surnom d’un boutiquier hors pair.

Avec son simple téléphone portable, il a créé le premier télécentre public du village. Il a expérimenté tous les portables jusqu’à trouver celui qui donnait le meilleur rendement. Pendant que nous sommes avec nos portables derniers cris sans signal réseau, le sien, un modèle ancien fonctionne à merveille. Il nous explique donc comment il a commencé son activité de télécentre. Il vient d’acquérir un poste communautaire à 300.000 Fcfa avec un opérateur de la place muni d’une antenne extérieur pour amplifier le signal. Pour recharger les batteries, il utilise un groupe électrogène la nuit utilisé qui en même temps alimente un club de projection vidéo. La fonction sociale son travail lui a valu le soutien de tout le monde dans le village et la batterie solaire du village a été démontée pour lui permettre de faire des recharges le jour quand les appels sont nombreux.


DC en conversation avec Scott à Bouroum Bouroum devant sa boutique et son télécentre

Nous sommes ridules ici avec nos téléphones dernier cri bardés de fonctionalité (appareil photos, musique radio et autres). Aucun ne reçoit un signal sauf celui du boutiquier !

J’en déduis donc que les portables sont devenus moins sensibles, les réseaux étant devenus très puissants, surtout en Europe. En Afrique le faible signal des antennes éloignées nécessite des téléphones plus appropriés, plus gros et plus résistants. D’après que les opérateurs sont en train de rechercher des solutions pour des appareils rechargeables avec le soleil. Ici, les fonctions de réception et d’appel sont les plus importantes.


Le premier point phone à Bouroum Bouroum le portable de tout le village qui sauvé tant de vie !

Lé télécentre public est mieux : il est difficile de refuser son portable à un parent ou à un ami !

A Bamako, village situé à quelques kilomètres de Diébougou dont le nom se confond avec celui de la capitale du Mali (il existe aussi un autre village du nom de Bamako), nous visitons le village situé sur l’axe Diébougou- Bobo Dioulasso.15 villageois possèdent ici des téléphones portables. Pour les recharger, il faut aller en ville. Nous discutons avec quelques jeunes du village et avons raconté l’expérience du Boutiquier de Bouroum-Bouroum. Ceci éveille en eux quelque chose : ici, nous acceptons volontiers qu’un parent utilise nos portables, s’ils ont des provisions. Dans le cas contraire, il faut que la personne la crédite. Il est difficile de refuser de prêter son téléphone portable, surtout s’il s’agit d’un problème de santé ou de famille. Nous espérons qu’une personne ouvrira un télécentre ici. L’infirmier du village compte s’endetter pour payer le poste communautaire afin d’ouvrir un télécentre.

Après les rencontres avec les autorités, nous faisons un tour à l’intersection dans le village de Dilikopo.

Le télécentre surgi de nulle part : halte à Dilipoko


Ici, une jeune fille gère un télécentre Télécentre au bord de la route avec pour seul équipement un poste communautaire appartenant à un opérateur de téléphonie mobile muni d’une antenne d’environ 3 mètres. Elle à 10 à 30 clients en moyenne par jour. Certains appels sont entrants, c’est-à-dire que l’on appelle et elle doit faire la commission pour que le destinataire puisse venir prendre le coup de fil (100 Fcfa pour le service). Le soir, elle amène le poste à domicile et les clients peuvent la rejoindre là bas. La recharge de la batterie se fait la nuit grâce à un groupe électrogène utilisé en même temps pour des soirées et le visionnage de vidéo dans l’enceinte d’une cour.

Après cela, nous faisons demi tour pour répartir à Diébougou.

Nous remontons après Diébougou sur Gaoua pour une première rencontre avec les enquêteurs qui sont en train de boucler la zone de Batié.

Sacrifier des poulets avant de commencer le travail

La rencontre se fait au même endroit, dans le bar huppé de la place. Il faut que je menace pour qu’une serveuse coupe la sono, le bruit et la chaleur combinés me tapent sur le mental.

La moisson semble être bonne. Nous faisons le bilan, lisons les réponses et posons des questions d’éclaircissement. Tout semble aller en dehors de quelques coquilles et inattentions. D’après l’équipe qui est allé à Tarimar, localité situé à environ 10 km de Batié, l’accessibilité au village a été très très difficile même avec le véhicule tout terrain. Avant d’entrer dans le village, il a fallu payer le prix de 3 poulets qui furent sacrifiés pur demander l’autorisation de faire les enquêtes. Heureusement, les ancêtres ont accepté que le travail se fasse, à la grande joie de l’équipe de recherche.

Ici, on a pas eu le temps de manger, très serré la journée.

Nako ou le rêve du téléphone

Après la séance de travail à Gaoua et la prise d’une photo de groupe (Scott doit repartir le lendemain au pays du froid (Canada) une partie du groupe partie vers Dolo et une autre avec nous pour Nako, localité situé à près de 40 km de Gaoua. Une courte visite de courtoisie au niveau du Gouvernorat de la région et nous voici reparti à l’aventure.

Le voyage se déroule la nuit, sur une piste acceptable. On y rencontre de rares passants. Dans ces endroits, il faut prier Dieu pour ne pas tomber en panne parce que les seuls compagnons ce sont les animaux sauvages et surtout les gros serpents ! Après une éternité, nous débouchons sur Nako, un département quelques encablures de la frontière Ghana -Burkina.

Nous n’avons pas de veine cette fois-i. Notre premier arrêt est chez le Préfet qui d’ailleurs est en mission à Ouaga, son adjoint est aussi en mission. Nous fonçons chez le Chef de terre en compagnie de l’enfant du Préfet. Il est allé chez le Délégué paraît-il. Chez le Responsable Administratif du village, on retrouvre les deux autorités du village. On explique de long en large le but de la mission (heureusement les 2 parlent bien français et le chef de terre est un intellectuel !).

Après avoir poussé un ouf de soulagement, les deux responsables plus un autre jeune nous racontent les problèmes qu’ils ont à nous faire partager. Pour faire venir une ambulance, il faut aller souvent la nuit dans la forêt à certains emplacements précis et braver les animaux sauvages pour appeler avec son téléphone portable. A plus de 5km du village, les villageois ont identifiée des endroits où ils peuvent recevoir le signal et y ont laissé des marques. Ainsi, ils peuvent venir faire des appels de temps en temps. Si le réseau ne lâche pas, ce qui est fréquent, c’est la batterie interne du portable qui rende l’âme et la communication est interrompue. La situation est encore plus critique quand des bandits armés franchissent la frontière pour opérer à l’aise, le temps de les repérer et ils sont vite répartis

L’ONATEL (Office National de Télécommunications) est venue prospecter à plusieurs reprises, mais jusqu’à présent, ils ne sont pas venus s’installer.

Nako est pourtant un grand département avec beaucoup d’installation (dispensaires, collège, police, gendarmerie et quelques associations dynamiques), mais sans l’essentiel : le téléphone. Les possesseurs de téléphones mobiles sont nombreux, que ce soit les paysans ou les fonctionnaires de la localité. Comme déjà souligné, les appareils servent à appeler à certains endroits seulement, on ne peut recevoir du fait de l’absence du réseau mobile dans la ville.

Nako étant une zone frontalière et agricole, il existent beaucoup d’opportunités mais difficiles à exploiter sans des moyens de communication fiables.

Les responsables du village espèrent que cette fois ci que le projet de service universel aboutira.

Heureusement, la bonne compréhension des responsables nous aident et nous répartons dans la nuit, accompagnés par un jeune homme qui nous montre une nouvelle piste pour économiser 50 km de route !

Nous prenons donc la direction de Diébougou vers 21 heures, la peur au ventre à la vue de la brousse silencieuse et noire.

Tout se passe bien et après une période qui nous a paru une éternité, nous débouchons sur la route bitumée qui nous conduit à Diébougou. Ouf, on l’a échappé belle !

Arrivés à Diébougou, nous allons à la nouvel auberge, une nouvelle construction de la municipalité, mélange de matériaux locaux et de ciments : pas d’eau courante, le château est en panne ! Il faut faire avec. Après des nuits à la belle étoile, un lit, c’est mieux.

Au restaurant, rien à manger comme d’habitude. On nous propose d’aller chercher des poulets bicyclettes braisées : niam niam, on commençe à baver, ayant fait toute la journée avec pour seul aliment la bière tiède !

On attend patiemment comme des pêcheurs devant une eau calme et limpide mais remplie de poissons : 30mn, plus 30 mn et encore 30 mn. On vient nous rassurer de patienter encore 15 petites minutes. No problem pour nous. Après 3 heures d’attente, les poules se sont envolées et n’ont pu être tuées ni grillées !

Dépité on commande, quelques plats de pommes de terre frits et entrons nous coucher. L’épisode de repas manqué à Batié vient de se reproduire. Ici, il faut acheter sa nourriture et se balader avec. Vous arrivez dans un coin et vous cuisinez vous-mêmes ou encore demandez à quelqu’un de le faire pour vous. La leçon est maintenant bien assimilée mais à quel prix !

Vendredi 1er Août

Nous nous levons et prenons la route de Bobo Dioulasso. Quelques 100 km de piste nous attendent. Nos corps s’habituent aux soubresauts de la 4x4 sur les tôles ondulées de la route à telle enseigne que même la nuit, on se croit toujours dans la voiture.

Les kilomètres sont avalés rapidement grâce à la dextérité de notre chauffeur. Nous arrivons à Bobo aux environs de 10 heures et après une petite halte sucrerie dans un jardin public de la gare ferroviaire et nous voila à l’aéroport de Bobo pour prendre le vol Air Burkina pour Ouagadougou.

Arrivée à Ouaga, nous reçevons un coup de fil de nos enquêteurs qui devaient enquêter dans une localité sans service de télécommunication : le réseau arrose la localité en question. Il faut chercher un autre village sans service.

Il faut du temps pour identifier les localités arrosées et celles non arrosées et nous sommes conscients de cela. Nous sommes toujours agréablement surpris quand les villageois aux mêmes font la recherche et arrivent à trouver des endroits pour communiquer.

Au niveau des directions des opérateurs de téléphonie, heure n’est pas à la prise en compte des zones rurales, mais le temps s’approche où cette bataille va démarrer. Près de 80% de burkinabès vivent en zones rurales et il existe un public potentiellement solvable dans cet endroit.

Le rêve de communiquer partout deviendra bientôt réalité.

Quand à l’Internet, ne me demandez pas. Seulement quelques personnes à Gaoua savent ce que cela veut dire. Pour les autres qui n’ont jamais encore vu de poste téléphonique, c’est une autre histoire.

Par Sylvestre Ouédraogo, en compagnie de Scott McConnell, Avril 2005


L’équipe sans Scott qui est le photographe

Note : ce texte est reproduit avec l’aimable autorisation de son auteur. Les photos sont la propriété de leurs auteurs.

Messages

  •  téléphonie rurale par CBS

    Auteur : Xavier Meyer 
    Date : 30-07-2005 23:55

    En réaction à l’article "à la traque du téléphone mobile"

    En discutant avec les habitants de Ounck, unpetit village en Casamance, Sénégal, j’ai constaté que les gens demandaient de pouvoir communiquer, sans se déplacer, ne serait ce qu’avec les villages voisins. Mais voilà, la zone n’est pas couverte par le téléphone portable et même si elle l’était les villageois n’ont que rarement l’argent pour payer les communications. Donc l’appropriation par les populations d’un usage communautaire du téléphone portable, souvent préconisée, à ses limites car elle se heurte au prix élevé des communications.

    Mais un media, semblable au téléphone est entièrement gratuit quant à l’utilisation : c’est le BLU (ou la CB, citizen band) utilisé par les radio amateurs.

    Je demande aux radio amateurs ou aux spécialistes des transmissions de CSDPTT ce qu’ils en pensent. Existe t il des possibilités techniques réelles avec des appareils à coût modéré (pour quelques centaines d’euros, un appareil par village, c’est possible ?).

    Et la constitution de réseaux de communication communautaires et/ou villageois, gratuits pour l’usager , fonctionnant là oû le téléphone portable n’est pas encore arrivé :réseau de radio-amateurs communicant sur les fréquences BLU ou CB (voir dossier ADRASSEC ci-joint), c’est possible ?

    Eléments de réponse ci-dessous :

    Il existe déjà un club de radio amateurs, l’ADRASSEC SENEGALrégulièrement constitué au Sénégal.

    L’ADRASSEC propose ainsi :
    "A notre niveau, nous pourrions aider à un développement radical des régions très enclavées qui pourrait se faire grâce à la mise en service d’un réseau radio adapté (VHF, antenne à gain, batterie alimenté par panneau solaire), les téléphones portables n’étant pas opérationnels sur tout le territoire concerné.

    Ce réseau permettrait ainsi :

    • Le désenclavement des villages par un contact radio régulier entre les autorités des dits villages. Une demande de fréquence serait alors introduite auprès de l’A.R.T., avec paiement d’une cotisation annuelle.
    • Un renforcement de la sécurité active et passive avec la mise à disposition de la fréquence ADRASEC ainsi que des fréquences radioamateur en cas de plans SATER ou ORSEC."

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    Auteur 
    Date

     téléphonie rurale par CBS 
    Xavier Meyer
    30-07-2005 23:55 

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