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Première intervention de CSDPTT au Niger : Reportage sur une mission de téléphonie rurale du 1er au 15 novembre 2004

mardi 22 février 2005, par Bruno JAFFRE

Guy Blanc (avec Richard Hauton)

Prologue

L’histoire commence un soir d’automne . Nous avons fixé rendez-vous Jean-Louis et moi à notre ami Boureima Gado député Nigerien au siège de l’ONU à Genève ou Jean-Louis se
démène entre deux séances de travail « de la plus haute importance ». Je vais donc à sa rencontre sous une pluie glacée au portail d’entrée. Nous nous installons dans la pénombre de la grande salle des pas perdus et Boureima me fait part de son désir d’équiper d’une ligne téléphonique certains villages de sa région déjà dotés par le PNUD de petites radios FM locales.

Je lui explique donc, schémas et dessins à l’appui, ce que nos bons vieux TERA peuvent faire pour lui. Coïncidence, l’un des villages est jumelé avec la ville de Bonneville et
s’appelle.....Tera.

Quelques mois plus tard lors d’une prepcom du SMSI toujours à Genève nous nous retrouvons, Boureima, Jean-louis et moi en compagnie de Djilali Benamrane, ancien du PNUD, nous
avons un bref entretien avec le Premier Ministre Nigérien et le Ministre de la communication qui approuvent notre initiative. Ce dernier souhaitera voir un équipement, nous lui montrerons le soir même à son hôtel.

Premiers préparatifs

Après un premier report, la mission est fixée au 1er novembre. Malheureusement le matériel expédié par camion et qui devait arriver en même temps que nous est bloqué au Maroc. Richard prépare donc à la hâte une liaison de remplacement qui viendra avec nous. Nous voyagerons avec la joyeuse bande du jumelage de Bonneville qui nous rendra grand service en répartissant le surpoids de bagages. 13h30 décollage de St Exupéry avec Air Algérie. Cinq heures d’attente à Dar el Beida et arrivée à 23h30 à Niamey. Trente degrés à minuit sur le tarmac Richard est un peu surpris, ça change de la fraîcheur des sommets, moi je m’étonne de l’absence de lourdeur humide, mais nous sommes en zone subsaharienne. Après un bref coup d’œil
circulaire nous apercevons Boureima assis dans le hall. Heureuses retrouvailles et je savoure cet instant un peu magique de l’arrivée. J’ignore encore qu’il nous accompagnera jour après jour tout au long de la mission pour veiller sur nous et démêler chaque problème.

Nous y sommes

Il est environ une heure du matin le président de l’AFAN (Association France Amitié Niger) nous conduit vers notre hébergement et nous pensons à un repos bien mérité. Il n’en est rien, les « Bonnevillois » ont décidé de renouer avec la « conjoncture », nous voici donc partis en compagnie d’Isabelle et sa Suzuki pour la « Cloche » ou nous les retrouvons devant leur breuvage fétiche. Coucher 3h00.
Mardi 8h Sam le chauffeur nigérian et Boureima viennent nous prendre pour les visites protocolaires d’arrivée : la SONITEL ou nous rencontrons le Directeur, le directeur de la
production Sadi Adamou ; Yayé Kimba de L’AFAN et les techniciens qui nous accompagnerons ; le PNUD ou malheureusement Dioffo sera absent mais nous verrons le Pdt des comités des radios locales, Théodore et Abdou le représentant qui nous accompagnera. Ensuite visite au central de Niamey. Ce qui me frappe en traversant la ville c’est l’absence de grandes entreprises et le nombre impressionnant d’ONGs et associations en tout genre, mais nous n’avons pas tout visité. A midi déjeuner au maquis du coin avec « Bonneville ».

Tillabéri, Tera...

Le lendemain, en route pour Tillabéri, Tera, etc.. Un vrai départ de caravane !!, les deux landcruisers sont prêts mais il faut encore trouver là une cartouche de gaz, ici quelques bananes, ailleurs de l’eau... La route est bonne et nous apprécions la climatisation du véhicule, dehors il fait environ 40°. Tout au long du parcours nous rencontrerons d’innombrables troupeaux de bovins venant s’abreuver aux mares. En arrivant, protocole avec les collègues du central : un Pentaconta et relevé GPS. Puis direction Tondia : relais FH et Ayorou : relevés GPS et
étude des possibilités de raccordement. Nous retournons pour passer sur l’autre rive du fleuve par l’unique bac. La nuit tombe lorsque nous arrivons à l ‘embarcadère et les moustiques attaquent. Nous arrivons à Tera de nuit et partons à la recherche de l’équipe de Bonneville et des chambres de passage.

La journée du jeudi débute par la visite du central de Tera. Une petite table manuelle posée sur un bureau et une longue discussion pour comprendre le fonctionnement. En fait : deux circuits sur Niamey et deux circuits sur Tillabéri et quelques N° directs sur Tillabéri (les N° privilégiés). Ce qui manque pour augmenter le nombre de lignes automatiques ce sont les cartes OFE (interfaces), Richard pense en trouver en France. Ensuite réunion officielle à la mairie de Tera avec les élus et ceux de Bonneville (certains ont mis la cravate...). Visite de protocole chez M. le préfet et à l’unité de gestion des eaux puis en piste direction Méhana le village de Boureima Gado. Au passage nous visitons la radio de Bankilaré et relevons la position. A Mehana c’est jour de marché. Un marché important où les gens viennent de loin et de l’autre rive du fleuve et où l’approvisionnement semble abondant. Boureima nous héberge dans sa résidence secondaire et fait préparer le repas du soir (depuis le départ nous faisons aussi le carême) , en attendant, visite de la radio, de la ville qui est étendue et dont les différents quartiers rassemblent plusieurs ethnies et grandes familles ; et un tour en pirogue sur le Niger (Richard apprécie en marin expérimenté). La nuit tombe et la chaleur aussi, malgré le va et vient pour la prière, je ressens la quiétude des nuits africaines percées de mille et un petits bruits . Nous dormons à la belle étoile sous d’immenses moustiquaires. Le matin retour sur Niamey, passage du bac de jour et arrêt à Karma, la Station terrienne pour une visite de courtoisie.

Installation d’une liaison à Kahé

Le samedi 6 nous allons à Kahé à la radio FM pour étudier l’installation du TERA, nous remettons en état l’énergie solaire (en panne) et retournons à Niamey pour commencer avec les collègues de SONITEL l’installation coté bureau. Le soir petit tour en ville avec Sam.

Aujourd’hui dimanche Sam vient nous prendre pour aller au petit et au grand marchés. Beaucoup de monde, beaucoup de couleurs mais un rythme lent et tranquille. A midi
exceptionnellement nous ne faisons pas carême : repas au maquis habituel mais pour y aller le soleil tape dur. Nous profitons de l’après-midi tranquille pour rentrer toutes nos données sur l’ordinateur et faire quelques bilans. Le soir grande soirée rap au « Complexe » organisée par le jumelage Bonneville-Tera.

Ce lundi nous finissons, avec les collègues de SONITEL, l’installation du TERA coté Niamey, les pylôniers montent l’antenne et la raccordent avec le coaxial d’un ancien FH 950. Le convertisseur nous lâche durant les essais, nous le changeons. Le soir nous accompagnons les Bonnevillois à l’aéroport. En comptant ses derniers CFA Stephane fera cette déclaration désormais historique : « Nous avons des ronds : buvons des canons  », Je suis heureux de rester.
Mardi, retour à Kahé pour l’installation et la mise en service. L’antenne et le câble sont mis en place, la liaison testée et à l’occasion Richard appelle Grenoble ; tout va bien sauf un détail : en réception le poste ne sonne qu’une fois ; mauvais réglage ? Richard pense à changer le poste (un chinois tout neuf) qui nous fait des « chinoiseries ». Aller retour à Niamey, nous le
remplaçons par un bon vieux Rondo et tout rentre dans l’ordre. A 17h nous avons rendez-vous à l’Ambassade de France ou nous rencontrons le premier conseiller.

Etat des lieux de la liaison Filingué Niamey

Mercredi nous prenons la route pour Filingué durant 180Km de piste nous suivons la ligne aérienne sur poteaux métalliques qui relie Filingué à Niamey en courant porteur 12 voies.

Nous ferons une halte dans chaque village ayant une radio FM ou une installation téléphonique (manuelle) dont certains ont des marchés locaux importants. Le soir en arrivant Boureima nous prêtera 50000CFA pour rembourser une partie de nos dettes car le PNUD n’a encore rien débloqué. Il nous parle aussi d’inauguration officielle pour la liaison Kahé-Niamey.

Jeudi nous nous rendons à Ouallam. A la sortie de Niamey nous nous arrêtons à PK5 point de départ de la liaison hertzienne pour faire un relevé et on apprend que ce faisceau ne fonctionne plus depuis longtemps. Nous faisons une halte au relais FH de Boukanda : GPS et examen du pylône puis à Simiri à la radio FM un magnifique petit bâtiment en terre aux pièces voûtées qui pourrait être un château en miniature. Après le protocole de rigueur nous nous attardons sur l’énergie solaire dont le régulateur est en panne : il sera supprimé et tout repartira. A Ouallam, c’est un peu la désolation : une ville qui est une préfecture reliée à rien, le faisceau en panne et une simple petite table d’opératrice.....Nous rentrons par la piste qui mène à Tillabéri car nous voulons revoir certains points et prendre les relevés GPS de Sansané et Karma . Une piste droite au travers d’un plateau semi désertique avec ça et là quelques petits villages de cases rondes et de greniers en terre. Si Ouallam était mieux équipé certains pourraient sûrement être raccordés. Nous croisons une femme à pieds avec son petit enfant qui trottine à côté ; ils ont sûrement beaucoup de kilomètres à faire en plein désert par 40° sans ombre.

Inauguration, rencontre amical et réunion de synthèse

Ce matin nous sommes prêts de bonne heure Boureima vient nous chercher pour l’inauguration. Il a « convoqué » le Ministre de la communication, les représentants du PNUD, la
direction de la SONITEL, la presse, etc.....C’est l’embouteillage sur le sable devant la cabane de la radio et M. le Ministre peut même téléphoner à.....son ministère et le représentant du PNUD à sa femme. L’après-midi : formation TERA au central de Niamey.

Samedi 13 c’est jour de fête, la fin du carême. Nous faisons la grasse matinée et à midi nous sommes invités chez Boureima. Un repas africain avec quelques touches européennes nous sommes très touchés de cette attention. L’après-midi nous faisons avec Sam une petite promenade au bord du fleuve, un piroguier nous emmène voir une famille d’hippopotames près d’une île.

Dimanche nous préparons la doc pour la réunion de synthèse et Sam nous emmène en ville pour quelques achats.
Lundi matin : réunion de synthèse dans les locaux du PNUD. Le dialogue est un oeu difficile car le PNUD, qui n’a pas vocation technique, a des souhaits d’équiper les villages, où sont déjà en place les radios communautaires, de raccordements téléphoniques pour les désenclaver et les faire dialoguer ensemble en permettant aussi un accès Internet, la SONITEL ne peut mettre a disposition un réseau structurant dans la région et nous ne pouvons proposer de téléphonie rurale sans nous appuyer sur un réseau national. Dioffo me demande de lui évaluer des projets pour la zone de Tillabéri. Nous ne voyons en première approche qu’une solution de dépannage en nous raccrochant à l’existant (TERA et OFE) ou une solution beaucoup plus lourde devant s’intégrer dans les projets de SONITEL mais qui semblent encore mal définis.

Le soir Boureima vient nous chercher à 21h direction l’aéroport : l’enregistrement, les adieux, et le décollage à 0h. Pour ma part c’est avec regret de ne pas rester plus longtemps.

Bilan

Durant ces deux semaines nous avons pu apprécier l’accueil et la grande gentillesse des gens rencontrés. Du coté de la SONITEL et du Ministre de la communication nous avons ressenti une grande satisfaction de nous voir arriver avec un projet concret et réalisable immédiatement, avec cependant le regret de ne pas voir des projets plus importants (un monovoie c’est peu) tant le retard est important et l’écart se creuse par rapport aux besoins (téléphone et maintenant Internet) et partout l’impression de se sentir abandonné par l’opérateur ZTE qui n’a
visiblement pas investi grand chose. Partout où nous sommes allés nous avons ressenti une grande sécurité, une grande liberté et beaucoup d’amitié. Notre ami Boureima Gado présent en permanence nous a été d’une aide et d’un soutien quasi indispensables, sans qui rien n’aurait été possible. Nous avons visité 22 sites et pu analyser le réseau télécom de toute la zone.

Ce réseau semble actuellement sinistré et n’a pas évolué depuis des années (matériel 70 / 80, commutation manuelle par endroit, systèmes analogiques, villes isolées...) il est évident que le repreneur ZTE n’a pas tenu ses engagements et il manque le réseau structurant. Il reste à craindre que ZTE et d’autres opérateurs ne se contentent d’implanter quelques zones rentables en GSM reliées par FH numériques de faible capacité sans véritable cohésion nationale sur le long terme.

Beaucoup des villages visités comme Tera, Méhana, et d’autres sont des marchés importants où les gens viennent de loin il s’y échange beaucoup de produits agricoles locaux ( mil, patates douces et autres légumes) et un cheptel important (bovins, ovins, caprins). Ces villages n’ont aucun moyen de communication avec Niamey ou entre eux et sont potentiellement demandeurs. Le PNUD a implanté de nombreuses radios FM de village qui fonctionnent tant bien que mal car il n’a pas organisé pour l’instant de maintenance. Une telle opération est entièrement sous-traitée car le PNUD n’a pas vocation technique ni d’expertise et il souhaiterait une une coopération pour élargir son expérience de développement rural de la zone à la téléphonie et à l’Internet ce qui serait un apport considérable pour les villages et surtout les écoles.

Guy Blanc Avec Richart Hauton

(CSDPTT Rhône Alpes)

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