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Pour débarquer 160 matelots, France Télécom Marine passe sous pavillon des Kerguelen. Première étape avant le RIF ?

mardi 1er février 2005, par Bruno JAFFRE

Max Vernet

Dès le 12 janvier 2004 la presse locale (dont Le Télégramme de Brest) se fait l’écho des réactions de syndicats (dont SUD-PTT) de France Télécom Marine, filiale à 100% de FT SA, qui dénonçaient un plan social visant à supprimer 160 emplois de marins français, sur 450 salariés.

L’objectif de FT Marine est de remplacer à terme le maximum de marins français qualifiés (160) par un minimum de marins de nationalité extra européenne (66) à bas coûts, en ne gardant les salariés français que pour les emplois sédentaires, le nombre d’officiers français étant ramené au minimum réglementaire.

Pour cela FT Marine utilise la possibilité d’inscription de ses trois navires câbliers, basés en Méditerranée et à Brest, sur le registre TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises ayant le statut de TOM depuis 1956), registre créé en 1986 malgré l’opposition absolue de syndicats de la marine marchande dont la CGT Marine.
Le montage de ce plan social coïncide avec la prouesse technique fortement médiatisée réalisée par les techniciens de FT Marine qui ont pu, grâce à leurs robots sous-marins, récupérer les boîtes noires du Boeing de Flash Airlines abîmé en Mer Rouge au large de Charm el-Cheikh. Ce plan social baptisé Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) et présenté par M. Pierre Suard, le PDG de FT Marine, comme une chance de survie de l’entreprise donc de survie des salariés rescapés, a été avalisé par au moins un syndicat (la CFDT ). En effet pour M. Pierre Suard « le coût d’un poste malgache revient quatre fois moins cher qu’un poste français » (rapporté par l’AFP).

Sans attendre la fin de ce PSE, fin septembre 2005, FT Marine décide le 28 septembre 2004 de débarquer 80 marins français, salaire mensuel d’environ 1800€, du « Léon Thévenin »et de les remplacer par 33 marins malgaches de salaire mensuel d’environ 1000€. Dans la prise en compte du coût de cette main d’œuvre il faut aussi considérer l’amplitude maximum journalière de travail, le seuil et le niveau de rémunération des heures supplémentaires, nombre de jours de repos hebdomadaire, le mode de calcul des jours de congés, la définition des jours fériés et
leur mode d’indemnisation, la prise en charge des frais de santé etc...

Ces embauches sont évidemment bien accueillies dans la presse malgache et l’on voit certains journalistes de la "Gazette de la Grande Île" (01/10/2004
http://www.lagazette-dgi.com/v2/pagefr.php?rubune=politics&genre=news&id=22392 et 05/10/2004 http://www.lagazette-dgi.com/v2/pagefr.php?rubune=eco&genre=news&id=22529)
qui, sans poser ni débattre de la question du dumping social dans la cadre de la mondialisation, n’hésitent pas à taxer de « le-penistes » les positions de ceux qui défendent l’emploi en France. Peut être n’est-il pas inutile de mettre en parallèle les propos de Sauveur Felé de l’Union Maritime CFDT, signataire des derniers accords, (rapportés par Le Télégramme) qui parle
de « la fin d’une époque » et d’engagement « de plain-pied dans la mondialisation ».

Les syndicats non signataires, en particulier SUD-PTT par la voix de Paul Salary, la Fédération Force Ouvrière de l’Equipements, de l’Environnement, des Transports et des Services (FEETS-FO) (http://perso.wanadoo.fr/fetsfo/info_der/mer/docs/com_ftm_041004.pdf), le syndicat CGT des marins par la voix de Jean-Paul Hellequin porte parole des marins CGT de Brest, se sont adressés aux pouvoirs publics et au Premier Ministre lui enjoignant d’intervenir conformément à ses prises de position contre les délocalisations. Des manifestations à Brest en octobre, à l’appel de ces syndicats, ont rassemblé dockers et marins dont ceux des sociétés Abeille, Brittany Ferries, Genavir, Pen ar Bed.
Des élus locaux et nationaux ont aussi vivement réagi à cette décision de FT Marine de dépavillonner sa flotte et à ses projets de plan social. En particulier la sénatrice Mme Marie-Claude Beaudeau, membre du Groupe Communiste Républicain et Citoyen et dont le mandat est arrivé à sa fin le 30 septembre 2004, a posé dès mai 2004 (question N°11979 de 2004
http://www.senat.fr/airs-cgi/question.cgi) une question écrite au Ministre délégué à l’Industrie pour lui faire part de « de son étonnement et de sa totale réprobation devant cet exemple de gâchis social donnée par une entreprise publique avec le concours de l’Etat » et pour lui demander de replacer les navires câbliers de FT Marine sous le premier pavillon.

FT Marine n’est pas la seule entreprise à dépavillonner sa flotte ainsi Gaz de France (GDF) a immatriculé sous le pavillon français "bis" des TAAF (pavillon Kerguelen), son dernier méthanier, le Gaz de France Energy, d’une capacité de 74.000 m3 pour 220 m de long qui lui sera livré par le Chantiers de l’Atlantique (http://www.rezocitoyen.org/article.php3?id_article=674).

Ce navire embarquera selon la direction de GDF six officiers et quatre marins français tandis que le reste de l’équipage sera composé de marins philippins.

D’ores et déjà les salariés embarqués du secteur français de la marine marchande doivent se poser la question du devenir de leur emploi. En effet l’inscription de navires français sur le deuxième registre (TAAF) pourrait bien être qu’une étape intermédiaire si le projet de Registre international français (RIF http://www.senat.fr/leg/tas03-024.html), appelé à remplacer le pavillon des Kerguelen, voit le jour. Ce projet, adopté par le Sénat le 11 décembre 2003 (présenté comme un moyen de lutter contre le dépavillonnement des navires français sic !), permet de n’embarquer que deux officiers français (le capitaine et son suppléant) contrairement au registre TAAF qui n’autorise l’emploi de marins étrangers que sous encadrement entièrement
français. Ce projet prévoit, entre autre, une durée légale de 48 heures de travail hebdomadaire, une amplitude maximale journalière de 14 heures, un seul jour de repos hebdomadaire, un droit à trois jours de congés par mois travaillé effectif, une indemnisation forfaitaire des heures supplémentaires etc...

Ce projet de loi a suscité une réaction unanime de rejet de l’ensemble des syndicats de marins.

Max Vernet (CSDPTT Ile de France)

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