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Cap Vert : Compte rendu d’une étude sur le projet d’interconnexion des îles.

jeudi 24 février 2005, par Bruno JAFFRE

de Jean Louis Fullsack

L’information qui suit est tirée du site de NSW (Norddeutsche Seekabelwerke, http://www.nsw.com) qui a réalisé le projet, et du site du Rapport d’évaluation du gouvernement autrichien (http://www.bmaa.gv.at/up-media/901_2003_cape_verde.pdf) qui a co-financé le projet.

C’est une étude de cas intéressante d’un projet, mené et réalisé dans le cadre de la coopération bilatérale.
Le pays-archipel est connecté au câble sous-marin Atlantis II qui fournit une liaison de 4 mégabit/s ( ???) par fibre optique jusqu’au Brésil puis sur les USA. Il a été construit par un consortium incluant CVT et financé par des fonds de l’OPEC.

En fait, le réseau sous-marin inter-îles résulte d’un projet de développement autrichien dont le contrat a été signé en 12/1995. Siemens a été chargé de la pose des câbles effectuée entre 1996 et 97 et qui a connecté les îles de Sao Vicente, Sao Nicolau, Sal, Boa Vista et Santiago. La mise en service du réseau a eu lieu en 1998. Le financement était mixte : le Fonds de l’OPEC a accordé un prêt de 3 M$, l’aide au développement de l’Autriche a fourni 7 M$ et le Cap Vert a fourni 3 M$. Avec son bénéfice d’exploitation, CVT a en outre financé un câble sous-marin entre les îles de Santiago et de Sao Vicente dans une deuxième phase, pour un coût d’environ 6 M$. Il est entré en exploitation en 2002.

En 2002, le Ministère des Affaires étrangères de l’Autriche a confié à l’Institut KomTech de Solingen (RFA) une étude d’évaluation d’impact. Une étude approfondie a été effectuée sur la base de la documentation, d’enquêtes et entretiens avec les responsables sur place et enfin avec un échantillon de 100 abonnés sur chaque île. Elle a conduit aux points principaux suivants :
- Sur le plan de la technique, de l’économie et des télécoms, le Projet de câbles inter-îles du Cap Vert a été une formidable réussite. De ce fait l’archipel dispose d’une infrastructure qui fonctionne bien et dont le niveau est nettement supérieur à celui observé dans les PeD comparables.
- En même temps il faut dire que les objectifs spécifiques des projets d’aide au développement (lutte contre l’inégalité sociale, promotion des femmes, promotion de la santé et de l’éducation, etc.) n’ont pas (ou seulement indirectement) été atteints à travers ce projet. Les recommandations du Rapport au Ministère des AE relèvent de quatre points focaux dans le secteur des télécommunications :
- Les conséquences des Télécommunications sur le plan social et culturel devraient être systématisées dans un domaine unique, et étudiées en profondeur.
- Les projets d’aide au développement facilitant les communications dans le domaine médical devraient être initiées au Cap Vert.
- Les télécommunications du Cap Vert montrent un certain nombre de particularités spécifiques du genre. On recommande donc des projets pour la promotion des femmes (cours sur les problèmes de genre, bourses pour les femmes ingénieurs et spécialistes informatiques, facilitation de l’accès pour les femmes rurales).
- Un soutien doit être fourni pour renforcer l’Agence de régulation des télécommunications du Cap Vert.
Le Rapport comporte 55 pages dont on peut extraire les points les plus importants concernant les conditions qui prévalaient pour ce projet et son impact sur le réseau.
- Il n’y a pas eu une réelle mise en concurrence de fournisseurs de câbles sous-marins. Ainsi, si la proposition d’Alcatel avait été examinée plus sérieusement, le montant final du contrat -attribué à Siemens- aurait pu être réduit de 10 à 15% (NdR : soit environ 2 millions de dollars).
- Le projet d’interconnexion des îles était au départ prévu par faisceaux hertziens. Detecon (Société de consultance de Deutsche Telekom) a cependant recommandé une interconnexion par câble sous-marin à fibres optiques, ce qui a finalement été accepté. Le coût initial du projet a ainsi passé de 5 à 13 M$. (NdR : Ce choix est indiscutablement judicieux, même si l’investissement est près de 3 fois supérieur).
- Le projet proprement dit était de topologie linéaire et a été réceptionné en 1998. Le complément de réseau auto-financé par CVT a permis de transformer la topologie linéaire initiale fragile en boucle sécurisée, en fermant la dernière section (San Vicente-Santiago, 235 KM). Le réseau était alors seulement réellement achevé, car survivable. On ne peut que féliciter CVT pour son choix judicieux et efficace.
- Le Rapport s’interroge sur l’affirmation initiale du projet selon laquelle le réseau (sous-marin) serait « pratiquement sans maintenance ». Avec raison : de telles affirmations sont à proscrire car ils oblitèrent l’indiscutable et indispensable structure de suivi et de maintenance, ainsi que la budgétisation des coûts afférents à cette structure et à ses interventions préventives et curatives d’un coût très élevé. C’est apparemment le maillon faible du projet et les interventions seront probablement effectuées par Corning (qui a acquis entre temps la société NSW, réalisateur du réseau sous-marin). Mais à quel coût et sous quelles conditions ?

Selon Balancing Act News Update du 12 décembre le Cap Vert a connu une défaillance partielle du téléphone et de l’Internet suite pendant quinze jours à un dommage causé par un bateau de pêche au câble sous-marin principal reliant l’archipel au réseau mondial. Un tribunal capverdien devra maintenant décider qui doit payer les réparations.

Voilà visiblement un résultat direct des tares et omissions signalées plus haut quant aux termes de maintenance du réseau et probablement aussi au flou quant à l’interconnexion avec le système de câbles sous-marins transatlantiques Sud. A suivre ...

Jean Louis Fullsack