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Les significations sociales et individuelles du téléphone chez les Sanan du Burkina Faso

samedi 4 septembre 2004, par Bruno JAFFRE

Par André NYAMBA

Département de Sociologie de l’Université de Ouagadougou

Cet article a été publié dans le livre intitulé "Enjeux des technologies de la communication en Afrique, Du téléphone à Internet" sous la coordination d’Annie Chéneau-Loquay, publié aux Editions Karthala en 2000

Plan de l’article

- INTRODUCTION
- PREALABLE METHODOLOGIQUE
- L’EXPANSION DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE COMMUNICATION ET LA SITUATION DU TELEPHONE EN ZONE RURALE SUBSAHARIENNE.

- A1. La situation du « village » dans les débats sur la téléphonie rurale
- A2. Analyse d’un cas concret d’enclavement social.
- B. LA « PAROLE DU TELEPHONE » OU LES SIGNIFICATIONS SOCIALES ET
INDIVIDUELLES DU TELEPHONE CHEZ LES SANAN DU BURKINA FASO.
- B1. Qui sont les Sanan et quels étaient leurs systèmes de communication et leur organisation sociale avant la venue du téléphone ?
- B1.1. Origine et organisation sociale
- B1.2. Système éducatif et système de reproduction sociale
- B.2. Le changement social des Sanan par le téléphone
- B.2.1. Les problèmes d’organisation que pose la « venue » du téléphone dans les villages
- B.2.2. Les relations sociales et l’utilisation du téléphone
- C.1. Le rôle de la parole dans l’organisation sociale des Sanan
- C.2. Le cas des salutations et l’utilisation du téléphone

- QUE DIRE EN GUISE DE CONCLUSION ?

- REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUES


INTRODUCTION

Beaucoup de débats se mènent en ce moment sur l’introduction du téléphone en milieu rural ; et l’on espère que tout ira bien mieux pour les populations rurales si le téléphone arrivait chez elles ; surtout les populations rurales de l’Afrique subsaharienne qui, dans leur très grande majorité, ne connaissent pas encore le téléphone.

Cet espoir repose sur un certain nombre de présupposés que l’on présente toujours comme les conditions de la réalisation d’une bonne téléphonie rurale : en tête de ces conditions vient l’argent, avec le coût des installations ; et le discours le plus courant en la matière, c’est que les pays au sud du Sahara n’ont pas l’argent nécessaire pour de telles réalisations ; ensuite se pose le problème de la formation des techniciens pour entretenir les lignes ou les réseaux ; et enfin, accessoirement, on parle de l’information ou de la formation, c’est selon les cas, des « bénéficiaires » devant accueillir ce nouvel outil de communication qu’est le téléphone.

Mais l’on oublie bien souvent qu’à côté, il y a la « réaction » des populations elles-mêmes. A quels prix (coûts financier, social, culturel et même moral), le téléphone serait-il accepté par elles ?

A mon avis, deux séries de questions à discuter et de réflexions à débattre apparaissent incontournables et se posent même de façon impérative à la réalisation de cet espoir que l’on nourrit tant à la place des populations concernées ; il est vrai que la demande de téléphone ne vient pas le plus souvent des populations elles-mêmes, occupées qu’elles sont à résoudre des problèmes d’existence plus urgents ; comment peut-on dissocier les questions économiques et de santé de celle de la communication au sens large du terme ? N’y a-t-il pas un lien entre la résolution de ces questions dites urgentes et l’utilisation du téléphone qui pourrait en être une des solutions, non seulement en tant qu’instrument « transporteur » des préoccupations économiques et sanitaires, mais aussi en tant qu’outil qui les exprimerait ?

- la première série de réflexions et de questions sont celles portant sur le contexte mondial qui ne favorise pas l’accès du monde rural subsaharien au téléphone, malgré l’expansion des nouvelles technologies de communication ; si le téléphone est devenu une « chose presque banale au pays des Blancs », il reste par contre largement inconnu du monde rural au sud du Sahara ! Il existe un véritable blocage à la fois politique et financier, en tout cas moins technique, à des échelles et à des degrés divers pour la mise en route et la réalisation d’une bonne téléphonie rurale ; c’est que les enjeux sont énormes !

Et puis, les politiques de ces pays subsahariens favorisent-elles la réalisation de la téléphonie rurale ? : « si jamais ces gens-là accèdent au téléphone…etc », doivent se dire les politiciens ; bref, il n’apparaît pas clairement une véritable volonté politique de développer la téléphonie rurale, ne serait-ce qu’à cause de la situation de « brouillard » actuellement incertaine dans laquelle nagent les opérateurs officiels des pays concernés, pris qu’ils sont entre des impératifs politico-économiques de privatisation de leur secteur et la nécessité de développer un véritable service public. Or il faut vulgariser le téléphone en milieu rural, en dépassant de telles préoccupations circonstancielles et anachroniques (ou en les replaçant à leur juste place et dans leur juste proportion !)

- la deuxième série de questions, celle sur laquelle j’insisterai beaucoup, concerne les « dispositions » des populations elles-mêmes à accepter le téléphone. A quel prix l’accepteront-ils ? Et pour reprendre une idée de Cheikh Hamidou Kane dans l’Aventure Ambiguë, je dirais : ce que les populations gagneraient dans l’acceptation du téléphone vaut-il ce qu’elles y perdraient ? Loin de moi l’idée de souhaiter maintenir les populations dans une soit disant communauté chaleureuse, plus rêvée d’ailleurs qu’elle ne l’est vraiment, avec son sens de l’hospitalité et ce côté humain qui lui resterait encore, et que certains auraient perdus sous d’autres cieux ! Au contraire, les populations rurales ont un impératif d’adaptation parce qu’elles sont engagées, bon gré, mal gré, dans la violence du changement social et de la mondialisation ! L’impératif d’adaptation des populations rurales au sud du Sahara s’exprime en termes d’ouverture sur l’extérieur ; c’est une nécessité absolue, si elles ne veulent pas accélérer leur propre décomposition identitaire, structurelle et organisationnelle.

PREALABLE METHODOLOGIQUE

Je partirais de l’analyse du cas concret des Sanan du Burkina Faso chez qui une étude sur les conditions socioculturelles de réalisation et de fonctionnement du téléphone dans leur espace socioculturel a été faite [1].

L’enquête a porté dans chacun des quatre villages directement concernés sur un échantillon de 130 individus représentatifs des différentes classes d’âge du village et proportionnellement à la taille des différents quartiers [2].

Quant aux entretiens, ils ont concerné des personnes-ressources du village : le chef du village, les chefs de lignage, les représentants des corps de métiers spécialisés, les anciens migrants de retour, soit au total 15 à 20 personnes, en fonction de l’importance numérique du village. Deux villages qui ne faisaient pas parti de l’étude au départ, ont servi néanmoins de villages tests pour confirmer ou infirmer l’intensité des dires des autres.

La procédure dans ce travail a été une démarche à la fois quantitative et qualitative ; mais pour l’analyse présente, j’ai privilégié les résultats de l’enquête qualitative, et donc ceux des entretiens, qui me semblent mieux rendre compte de l’impact sociologique de la « venue » du téléphone dans les villages et qui traduisent mieux les appréhensions des populations au delà de leur enthousiasme premier.

Cette étude avait en même temps une dimension prospective de faisabilité. Elle rend compte certes d’un véritable enthousiasme des populations à l’idée et à l’annonce que « le téléphone vient » dans leur village ; mais en même temps, les villageois se demandent comment « ils prendraient cet étranger » !

Dans les systèmes de représentations des Sanan, l’étranger, même bien accepté à priori, doit se faire admettre ; or voilà que celui-là, le téléphone, va « entrer dans le village » avec bruit, voire par effraction. Comment ? C’est à cette question que j’ai essayé de répondre dans ce travail de recherche appliquée.

Le présent document tente donc non seulement de faire la synthèse des besoins exprimés par les villageois, mais également de comprendre, au delà de la « matérialité » de ces besoins, leurs significations réelles pour les espaces sociaux concernés et pour les individus qui y vivent. Il s’agit certes de nouvelles formes de représentations qui se construiraient à la faveur de l’éclatement de leurs structures ancestrales dans lesquelles les populations ont jusque là vécu. Et l’évolution de ces nouvelles représentations traduit une certaine dynamique d’adaptation à une situation nouvelle.

Aujourd’hui, du fait de la présence de plusieurs « développeurs » dans les espaces de production socioéconomique des Sanan, (les Ong, les projets divers et multiformes de développement et la radio rurale, en particulier), le changement a commencé. Quel rôle spécifique jouerait le téléphone pour les populations du milieu rural, avec les effets à la fois verticaux et horizontaux de cet outil : en effet, avec le téléphone, elles recevraient des nouvelles de l’extérieur ; mais aussi, elles en enverraient, ce qui est une nouveauté d’importance.

Dans un premier temps, je propose de voir rapidement la « situation » de la téléphonie rurale dans le contexte de l’expansion actuelle des nouvelles technologies de communication pour comprendre les raisons de « l’exclusion » des zones rurales ; dans un deuxième temps, d’analyser la « parole du téléphone » dans les espaces ruraux étudiés ; enfin, dans un troisième temps, d’illustrer tous ces propos et toutes ces analyses par l’étude d’un cas concret de changement social que provoquerait le téléphone en milieu rural chez les Sanan.
S’il est vrai que l’on ne pourra pas généraliser le cas de ces quatre villages d’enquête ni à tous les villages des Sanan, ni à tous les groupes ethniques du Burkina Faso, l’on peut tout de même tirer certaines conclusions que l’on remarquerait dans des sociétés de tradition orale comme celle des Sanan ; et au delà des faits, ce sont l’état d’esprit et la disposition (disponibilité ?) des populations vis à vis de « leur étranger » qu’il faut mettre avant tout en relief.

L’EXPANSION DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE COMMUNICATION ET LA SITUATION DU TELEPHONE EN ZONE RURALE SUBSAHARIENNE

Les débats actuels sur la téléphonie rurale suscitent en fait des préalables qui vont en quelque sorte servir d’introduction à ce que les villageois eux-mêmes ont appelé « la parole du téléphone ». En effet, « la parole du téléphone » au village est étroitement liée au contexte mondial de l’expansion des nouvelles technologies de communication, aux enjeux qu’elles entraînent et aux décisions qui les orienteront ou pas (ou mal) vers le monde rural, particulièrement subsaharien. Les populations rurales le savent-elles ?

A1. La situation du « village » dans les débats sur la téléphonie rurale

L’expansion des nouvelles technologies de communication a entraîné une grande restructuration, irréversible à mon sens, des services traditionnels de télécommunications, tant dans les pays dits développés que dans ceux dits sous-développés. Tout cela annonce à l’aube du 21è siècle ce que d’aucuns ont appelé la bataille pour la révolution planétaire de la communication.

Mais à l’aube de ce siècle, « l’Afrique des Villages » paraît exclue de cette bataille. Pourquoi ? Ou plutôt je devrais dire : comment ? Elle est exclue d’abord à cause de sa méconnaissance de ces nouvelles technologies de communication et de leurs enjeux tant sur le plan mondial que celui local ; elle sait seulement que le téléphone pourrait lui « servir à quelque chose » ; mais à quoi précisément ? Et dans quelle intention ? La culture du téléphone qui a une longue histoire sous d’autres cieux va se forger et se construire sous le ciel des Sanan en confrontation avec leur propre forme d’organisation sociale : les Sanan ont-ils une idée précise de cette confrontation ?

L’on nous apprend par exemple que les pays industrialisés regroupent 15% de la population mondiale et détiennent cependant 80% des lignes téléphoniques, avec en moyenne 120 lignes pour 200 habitants. Et pendant ce temps, en Afrique subsaharienne, il n’y a qu’une ligne téléphonique pour 200 habitants, tous les espaces sociaux (rural, semi-urbain et urbain) confondus. Mais dans les villages où vivent 80% des populations, surtout ceux au sud du Sahara, la situation est bien pire : une ligne pour 2000 habitants ! Si les statistiques le plus souvent « gonflent les yeux » sans une signification directement révélatrice de la réalité, ici, par contre, elles « crèvent les yeux » ! « L’Afrique des villages » est bel et bien absente des débats sur les télécommunications ; mais surtout elle apparaît absente en réalité des décisions qui la concerneraient pourtant : on veut « développer » l’Afrique des villages sans les villages, et parfois sans les africains eux-mêmes !

Par exemple, lorsque l’on pense qu’il suffit « d’apporter le téléphone au village » pour que bon nombre de problèmes soient résolus, il y a là à mon avis une vision incomplète du monde rural, car l’on ne prend pas en compte ce que le téléphone entraînera comme nouvelles formes d’organisation sociale ; l’idée de communauté ici devient trop globalisante ; or c’est sur cette idée que se fonde la nécessité du téléphone, comme si son utilisation « communautaire » ne poserait aucun problème. Quelque part apparaît un ethnocentrisme désuet auquel participent de fait certains africains, notamment au niveau du politique.

Un phénomène d’individualisation s’est amorcé dans les villages au sud du Sahara à tel point que les pratiques dites « communautaires » ont aujourd’hui une autre signification et une autre portée ; et par rapport au téléphone « communautaire », il se produira d’autres types de comportements et d’organisation nécessairement !

A2. Analyse d’un cas concret d’enclavement social.

Au delà de cette bataille déjà mal engagée pour « l’Afrique des Villages », c’est la situation même des zones rurales qui se présente assez catastrophique, tant elles sont totalement déconnectées (depuis toujours d’ailleurs) des services traditionnels de télécommunications qui existent pourtant dans les centres urbains et semi urbains, malgré leurs imperfections certes ; le cas du Burkina Faso est éloquent à ce sujet : d’un côté les responsables en charge des télécommunications se disent fiers de leurs résultats obtenus [3] ; de l’autre, dans la plus grande partie des zones rurales de ce pays, le téléphone reste inaccessible.
Il ne s’agit pas ici d’établir des responsabilités, mais d’une part de faire ressortir le contraste et la contradiction entre le milieu rural démuni sur le plan du téléphone et les bénéfices que les services de télécommunications réalisent ; et d’autre part de montrer l’ampleur de la situation catastrophique des zones rurales dans ce domaine précis de la téléphonie rurale.

Par ailleurs, l’on aurait pu penser que les formes de sociabilité intra-urbaines et interurbaines apparues avec l’utilisation du téléphone résidentiel, notamment la sociabilité externe en direction des parents restés au village, gagneraient les zones rurales : il n’en a point été ainsi, et le téléphone est resté bel et bien un outil de communication éminemment urbain !

Une telle situation a contribué certainement à isoler davantage les populations rurales, en les confinant dans leurs expressions et dans leurs modes de communication toujours soumis aux conditions limitatives du temps et de l’espace ; ce qui hier fonctionnait bien dans l’organisation sociale traditionnelle d’une communauté rurale est devenu aujourd’hui une situation d’enclavement social dramatique et intolérable ! Tous les villages du Burkina Faso connaissent cette situation. Et les responsables politiques le savent …

Enfin, comme je l’avais exprimé plus haut, le désir (ou le souvenir) nostalgique d’une communauté villageoise chaleureuse relève aujourd’hui d’une mauvaise représentation de « l’Afrique des villages » ; il s’agit d’idée et de concept savamment entretenus par les partisans d’un développement local à la mesure de ce qu’ils appellent d’ailleurs les identités locales ; quelle aberration, à l’heure où dans le moindre petit village du Burkina Faso, l’on peut rencontrer des jeunes, (souvent de retour d’un séjour en ville ou en Côte-d’Ivoire), portant un walkman dans les oreilles et se dandinant au son d’une musique qu’eux seuls apprécient ; pour sûr, ils se font envier des autres qui ne rêvent que de cela !
Le phénomène de la mondialisation prend de vitesse les populations des zones rurales avec de multiples contradictions en leur sein. Et les traditions de solidarité se sont évanouies dans ce contexte-là. Les premiers émissaires du phénomène de la globalisation ont pour noms « nouveaux appareils autonomes de communication individuelle », « nouveaux rythmes de danse et de musique », etc.

Que devient alors la fameuse « Afrique des villages », chaleureuse, dansant et chantant « au clair de lune », écoutant la nuit les contes de grand-mère autour d’un feu de bois et prête à accueillir l’étranger de passage ?

C’est dans ce contexte de désorientation des structures et de confusion des identités qu’arriverait le téléphone dans les villages sanan du Burkina Faso : Quelle sera alors la « parole du téléphone » dans ces villages ? Elle sera le reflet des contradictions dans lesquelles sont prises les populations. Il faut comprendre cela, pour mieux saisir la portée et l’impact du téléphone qui arriverait dans les villages des Sanan.

B. LA « PAROLE DU TELEPHONE » OU LES SIGNIFICATIONS SOCIALES ET INDIVIDUELLES DU TELEPHONE CHEZ LES SANAN DU BURKINA FASO.

B1. Qui sont les Sanan et quels étaient leurs systèmes de communication et leur organisation sociale avant la venue du téléphone ?

B1.1. Origine et organisation sociale

Chez les Sanan, la parole a une très grande importance, à cause de l’histoire spécifique de ce groupe et à cause de son système d’organisation sociale. Pour comprendre la « parole du téléphone », il faut analyser leur système d’organisation, avec l’importance qu’y prennent la parole et les autres modes de communication.

Selon les historiens et les linguistes, les Sanan seraient d’anciens migrants venus des régions de la Dorsale Guinéenne du mont NIMBA au Libéria, vers le milieu du 17è siècle ; ils seraient partis par vagues successives avec d’autres populations telles que les Bissa du Burkina Faso, les Guéré de Côte d’Ivoire et les Busa du Nigeria. Les Sanan se sont sédentarisés dans la région nord-ouest du Burkina Faso, après avoir traversé le pays mandingue ; d’où leur apparenté avec les populations mandé [4]. L’histoire de l’origine des Sanan n’est pas étrangère à leur ouverture sur l’extérieur et sur l’étranger, eux-mêmes étant d’anciens étrangers.

Les Sanan constituent des communautés villageoises de taille moyenne, avec une population de cinq cents à deux mille personnes par village ; rarement plus de trois mille habitants. Les villages se distinguent en quartiers plus ou moins autonomes. Dans les villages, il existe plusieurs corps de métier spécialisés tels que ceux des forgerons, des griots et des potières.

Les Sanan ont une structure sociale patrilocale : c’est-à-dire que la figure du père de famille est prépondérante dans tous leurs systèmes de représentations ; ils ne connaissent pas l’exercice d’un pouvoir centralisé très fort, comme chez leurs voisins, les Mossi.

Les Sanan croient en un Dieu appelé Lawa ; Lawa veut dire « la pluie » ; et Dieu chez eux a de fait une connotation de pluie bienfaisante. La pluie bienfaisante signifie les bonnes récoltes ; et les bonnes récoltes annoncent la paix sociale !
De nos jours les religions importées, islam et christianisme, prennent de l’ampleur au point de marquer les relations sociales sur le plan de la communication et de l’expression sociale des Sanan ; par exemple, dans leurs salutations désormais, ils invoquent les noms de Jésus, de Marie ou d’Allah.

B1.2. Système éducatif et système de reproduction sociale

L’autorité du chef de la concession est surtout d’ordre moral, de même que celui du chef de terre. Leur parole a souvent une connotation d’ordre ou de commandement, même si son expression n’en a pas la forme.

Les Sanan pratiquent la polygamie dans un système matrimonial endogame généralement, mais parfois exogame. Ce qui veut dire que les familles sont de grande taille le plus souvent.

D’ailleurs, il s’agit d’une société très nataliste où les enfants pour plusieurs raisons ont une grande importance et occupent une place socio-familiale précise dans la vie de tous les jours.

Dans un tel système d’organisation, l’individu entretient une relation étroite avec le groupe familial ; il y reçoit sa première éducation avant de devenir l’enfant de la communauté villageoise.

Aujourd’hui, « l’école du Blanc », encore appelée de cette façon, a introduit un changement dans le système d’éducation des Sanan, dans le sens d’une individualisation des éléments du groupe, au détriment du groupe social lui-même et de son système d’organisation familiale. Comme il n’y a pas des écoles suffisamment pour tous et partout, les Sanan ont pris l’habitude d’effectuer de longues distances à pied pour aller à l’école, le plus souvent dans des villages voisins qui en ont.

Sur le plan économique, tous les Sanan sont des cultivateurs, même lorsqu’ils appartiennent à des corps de métiers spécialisés.

La division sexuelle des tâches est de rigueur dans l’organisation sociale des Sanan ; et cela produit des modes et des formes d’expression spécifiques à chaque catégorie sexuelle ; je ne résiste pas à l’envie de me poser déjà la question de savoir si le téléphone saura rendre ces spécificités de communication en cas de besoin ?
De nos jours certains font du commerce et cela est nouveau chez ce peuple devenu sédentaire agricole. Pour eux, le téléphone s’annonce porteur d’autres significations, en termes d’avantages et de profits dans l’exercice de leur nouveau métier [5] ; quel type d’organisation faudra-t-il pour eux ?

L’impact des fonctionnaires, « ceux qui font un travail de Blanc », comme disent les Sanan eux-mêmes, (mais il s’agit en fait de tout salarié), est également important sur eux ; chaque lignage et presque chaque famille en possèdent. Cela va être déterminant également dans leurs rapports au téléphone, ne serait-ce que sur le plan des relations avec ceux qui sont partis des villages, pour la ville ou pour d’autres pays, comme la Côte-d’Ivoire, la Mali, ou même des pays européens, américains et asiatiques ; la quête de la parenté n’ayant pas de limite chez eux, il va se poser de plus en plus des difficultés de communication.

B.2. Le changement social des Sanan par le téléphone

Après la présentation des Sanan, j’en viens à l’expérience de terrain [6] : l’étude prospective des conditions socioculturelles d’installation et de fonctionnement du téléphone chez eux !

B.2.1. Les problèmes d’organisation que pose la « venue » du téléphone dans les villages

Par ordre d’importance, et dans la totalité des villages où les enquêtes se sont déroulées, ces problèmes ont porté :
- sur la désignation du responsable gestionnaire de la cabine téléphonique ;
- sur le choix de l’emplacement de la cabine téléphonique ;
- sur les moments (heures) d’utilisation du téléphone ;

Dans le premier cas, la désignation d’un responsable gestionnaire de la cabine téléphonique, le consensus se dégageait en faveur de celui qui apparaissait comme le plus « éclairé » parmi les habitants du village ; ainsi, dans la plupart des cas, ce choix s’est porté sur des individus qui avaient fait l’école ; ce qui veut dire qu’ils étaient « sortis » du milieu au double sens du terme : l’école les avait rendus différents des autres ; et de ce fait, ils sont sortis de leur milieu d’origine ; leur propre connaissance de l’extérieur en a fait des individus « autres » par rapport à ceux qui n’ont pas été à l’école et qui sont restés au village ; ils ont eu les « yeux ouverts », comme le disaient les Sanan eux-mêmes pendant les entretiens.
Les individus choisis sont donc assimilables au téléphone dont ils auront la charge : ils sont en quelque sorte « étrangers » comme le téléphone à venir, et « insolites » dans l’espace social des Sanan, comme le téléphone le sera dans l’espace physique de leur village.

Signalons d’ailleurs qu’aux premiers temps de l’époque coloniale, les Sanan, dans leur sagesse intuitive, disaient : « il faut laisser les choses étranges aller aux choses étranges » ; dans les faits donc, ils laissaient aller à la rencontre des premiers Blancs des individus qui étaient insolites dans le village pour telle ou telle raison, souvent de tempérament et de caractère atypiques. Se comportant de cette façon, les Sanan signifiaient par là l’impérieuse nécessité de préserver leur « normalité et leur identité », face à un étranger inconnu ; or le téléphone, d’origine occidentale, s’apparente curieusement à un étranger inconnu ; il en est la représentation presque parfaite, en tant que « chose de Blanc ».

Tout de même, au delà de cette méfiance du téléphone, il y a en réalité une compétition entre les habitants du village pour la gestion de la cabine téléphonique ; en effet, il y aura des avantages non pas en termes de salaire, mais de prestige social : le gestionnaire sera celui qui aura la primeur des informations et des nouvelles venant de l’extérieur ; le gestionnaire sera le lien entre un extérieur envahissant et menaçant et une communauté qui cherche son équilibre dans un monde en pleine mutation sociale et dont elle ne peut plus se protéger.

Le choix des responsables des cabines téléphoniques est donc un choix raisonné en fonction de l’idée que les Sanan se font d’eux-mêmes et de l’étranger.

Dans le second cas, le choix de l’emplacement de la cabine, il est apparu nettement une sorte de compétition entre les quartiers du village.

Je l’ai dit plus haut, les quartiers chez les Sanan sont très autonomes ; les habitants s’identifient aux quartiers qui se sont par ailleurs constitués à partir des lignages dont ils protègent soigneusement la renommée. Alors, avoir « cette chose de Blanc » dans son quartier, c’est se considérer comme grandi, en tout cas honoré ; et partant le lignage aussi !

Par moment, les discussions étaient telles que les arguments techniques d’implantation du mât à l’endroit le plus élevé du village semblaient futiles ; tant l’enjeu social leur importait plus que la logique technique qui préside à l’emplacement du mât. Ils étaient conscients certainement de cette impératif technique ; mais ils ont d’abord privilégié un impératif social : il s’agit d’une autre façon logique de se comporter, lorsque des rapports de pouvoir entrent en ligne de compte.

Après bien des « palabres », cette autre forme de discussions, de communication et de négociations, le consensus s’est porté le plus souvent sur des lieux publics à caractère neutre ou déjà d’utilité publique : l’école, le dispensaire, la place du marché, la concession du délégué administratif du village, etc ; et cela, pour ne susciter aucune « jalousie » !
Là encore, il faut noter des comportements qui empruntent à l’organisation sociale où les systèmes de représentations traditionnels restent très forts.

Dans le troisième cas, l’accord sur les temps et les heures d’appel, le consensusest apparu vite, puisque l’on ne prévoit pas la plupart du temps d’être appelé ; les hommes n’ayant pas de prise sur le cours des évènements, les populations décidèrent de ne pas trop restreindre ce volet de la venue du téléphone. De fait, les cas d’urgence les plus évoqués lors des entretiens sont les décès et les maladies qui ne « préviennent pas », selon leur propre expression ; et donc à tout moment l’on peut être appelé, tout comme l’on peut être amené à appeler à tout moment.

Mais ce qu’il faut remarquer le plus dans ce comportement, c’est qu’il signifie que désormais les populations vont avoir une conscience plus aiguë du temps : en effet, il faudra être à l’heure exacte pour un appel venant de l’extérieur ou savoir à quelle heure appeler quelqu’un à l’extérieur pour avoir des chances de le trouver.

De ce point de vue, en rentrant dans le village, le téléphone va accélérer désormais les relations sociales et leur imprimer un autre rythme ; c’est un des prix du téléphone, et non des moindres ; et les populations en ont été conscientes pendant les débats.

B.2.2. Les relations sociales et l’utilisation du téléphone

Les résultats des enquêtes ont fait ressortir certes des besoins effectifs de communication des populations avec l’extérieur : cela va de l’entretien de leurs relations avec l’extérieur à la gestion des rapports mêmes de parenté, en passant par la nécessité d’intensifier les échanges économiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du groupe.
La fréquence des contacts avec l’extérieur culminerait jusqu’à plus de 89%, selon les intentions des personnes interrogées contre un peu plus 5% qui ne pensent pas en entretenir. Les cas d’annonce de décès ou de maladie plus rapidement à l’extérieur représenteraient également un peu plus de 5%.

Il se dégage donc l’idée que les Sanan dans leur grande majorité ont des besoins de contact avec l’extérieur ; en effet, l’enclavement du milieu rural, ajoutés à cela l’éloignement des centres semi-urbains et le coût des moyens de déplacement habituels, (à pied ou à vélo, ou plus rarement à cyclomoteur), tout cela constitue des facteurs qui freinent le contact avec l’extérieur : voilà pourquoi environ 97% des Sanan en milieu rural souhaitent ardemment la venue du téléphone dans les villages, contre environ 3% qui n’en voudraient pas : soit par peur de l’extérieur, soit à cause de besoins qu’ils jugent prioritaires pour les villages (dispensaire, banque de céréales, pharmacie villageoise, etc).
Il faut signaler aussi que plus de 76% des personnes interrogées savent ce qu’est un téléphone, même si son utilisation actuelle se situe à un autre niveau de problème ; ils disent : « c’est parler dans le fils de la corde », faisant allusion au fil téléphonique tendu entre des poteaux, qu’ils ont vu sur certaines routes et qui leur apparaît bien mince par rapport aux cordes que eux fabriquent habituellement.

Par ailleurs, lorsque, au cours des entretiens dans les villages, le volet « modalités de paiement » des appels téléphoniques a été abordé, ceux qui étaient « sortis » déjà du village ont aussitôt proposé des appels avec des télécartes : c’était bien plus pour parler de « choses » que les autres ne connaissaient pas !

C. LA DIMUNITION DE LA PAROLE DES SANAN PAR LE TELEPHONE

Pour mieux comprendre cette partie de l’analyse, il faut se représenter l’importance de la parole dans une société de tradition orale.

C.1. Le rôle de la parole dans l’organisation sociale des Sanan

La parole est au cœur de l’organisation sociale des Sanan ; elle fonde non seulement les relations à autrui, mais également révèle l’individu et le groupe. Les Dioula auxquels sont apparentés les Sanan ne disent-ils pas :

« L’Homme n’a ni queue, ni crinière

par lesquelles il puisse être attrapé

C’est par sa parole qu’on l’attrape… »

C’est tout dire sur la signification de la parole : la parole dite, la parole donnée, la parole répétée, la parole chantée, la parole ritualisée, la parole couverte (métalinguistique), la parole sacrée et la parole consacrée.

Les Sanan parlent dans de multiples circonstances de leur vie : à la fête, au décès, lors de funérailles, dans les relations sociales, etc ; c’est pourquoi, dans leur système d’éducation, il existe une éducation à la parole ; les veillées de contes sont des occasions d’apprentissage de la parole ; c’est le temps du « savoir-dire » qui précède celui du « savoir-faire » et celui du « savoir-être ». Mais en réalité les deux derniers savoirs se construisent sur le premier. D’où l’importance de savoir maîtriser la parole, en tout lieu et en tout temps !

Que deviendrait cette parole avec la « venue » du téléphone qui imposera un temps limité de parole, ne serait-ce qu’à cause du prix qu’il faudra payer pour utiliser le téléphone ? Comment se reformulerait cette parole désormais dans les relations sociales ? Les Sanan pourront-ils encore recourir aux litanies de souhaits et de bénédictions qui caractérisent leurs salutations et qui nourrissent leurs relations sociales ? Je propose d’analyser un exemple concret.

C.2. Le cas des salutations et l’utilisation du téléphone

L’analyse du cas des salutations fait ressortir ce que les Sanan devront céder de leur culture et de leur identité pour payer les avantages du téléphone qui leur arriveraient .
Les salutations dans la vie familiale sont fréquentes ; elles constituent un des indicateurs de l’identité individuelle et de l’appartenance à un lignage.

Le matin, après s’être « lavé les yeux », l’on va saluer l’aîné de la famille, s’enquérir de sa santé, savoir s’il a passé une bonne nuit ; il s’agit de longues litanies répétitives dont l’objectif de toute évidence n’est pas prioritairement d’ordre informationnel ; l’objectif est d’entretenir les bonnes relations familiales, avec ces longues litanies des bénédictions et des souhaits ; le rituel s’étend également jusqu’aux belles-familles à côté de la concession ou dans d’autres quartiers du village.

Et selon l’expression consacrée des Sanan eux-mêmes, pour dire qu’il s’est écoulé un long temps entre deux visites, on commence toujours par une phrase presque stéréotypée : « salut à toi…il y a deux jours ! » Il s’agit bien évidemment de métaphore pour souligner la longue durée entre les visites, et pour exprimer l’idée que l’on a dû manquer l’un à l’autre ; 2 jours étant la limite tolérable pour des parents et des alliés qui vivent dans le même espace social !

Que se passera-t-il lorsque le téléphone viendra et qu’il sera à la portée de beaucoup de gens ? N’y aura-t-il plus de déplacements vers les proches ; et les salutations ? seront-elles plus brèves ? Se maintiendront-elles toujours ? Là, il y aura un double prix à payer au téléphone : un prix en argent et un prix en terme de diminution de la parole. La valeur sociale de la parole s’en trouvera du coup limitée.

QUE DIRE EN GUISE DE CONCLUSION ?

La « parole du téléphone » arrive chez les Sanan : elle changera bien des comportements et bien des habitudes, tant sur le plan collectif que sur le plan individuel. L’on peut s’attarder sur un certain nombre d’effets possibles du téléphone chez eux , à partir des analyses faites :

- d’abord sur le plan individuel, il se dégage la nécessité d’une redéfinition de l’identité de l’individu, en terme de nouveau rôle à jouer, de nouveau positionnement dans les différentes structures en reconstruction : famille et espace villageois notamment ; et tout cela à cause d’une sorte de nouveau pouvoir acquis : le devoir d’information et le devoir d’être informé.

Par ailleurs le téléphone exercera sur l’individu une pression pour reconsidérer désormais sa représentation du monde extérieur ; par exemple, il ne se lancera plus dans une aventure d’émigration sans une information au préalable.

- ensuite sur le plan collectif, il est à prévoir désormais de nouvelles formes d’expression sociale des relations : en effet, la nouvelle de la « venue » du téléphone dans ces villages sanan n’a pas été seulement positive ; elle a aussi annoncé et accéléré leur quête d’ouverture ; la prise en compte du facteur « temps » va accélérer les relations à la famille, au lignage ; paradoxalement cette accélération des relations socio-familiales s’accompagnera de la restriction formelle de leur expression, en termes de durée essentiellement ; sans pour autant savoir si ce sera en bien ou en mal ; et les réflexions du genre « pourquoi tu ne m’as pas appelé ? » deviendront à la fois nouvelles et courantes dans le groupe, car il existera toujours le désir d’entretien de ces relations ; or, avant la question ne se poserait même pas.

Il faut par ailleurs signaler les conséquences de l’ouverture spatiale des Sanan sur leur propre organisation sociale ; l’espace du village habituellement fermé, fonctionnera désormais comme un espace ouvert au voisin, à l’étranger et au monde entier ; ainsi, la nouvelle donnée de l’information changera certainement des habitudes et des pratiques en matière de production économique et de reproduction sociale.
L’on pourrait allonger la liste des changements qu’apporterait le téléphone chez les Sanan ; à mon avis, il importe peu finalement de les cataloguer ; ce qu’il faut comprendre, c’est que désormais la spécificité de ce groupe de tradition orale changera, en prenant un autre contenu et une autre forme : les Sanan auront leur « parole du téléphone » ; mais ils la forgeront eux-mêmes, en fonction de leur antériorité culturelle !

Au regard de tout cela, l’on peut affirmer que c’est la prise en compte de cette spécificité qui sera déterminante dans leurs rapports au téléphone, dans les modalités de son acceptation ; en cela, les Sanan se distinguent du monde rural global et globalisé bien souvent par des courants de pensée qu’on leur impose. Mais n’est-ce pas le cas de tous les groupes sociaux du monde rural ? Toute politique d’introduction du téléphone dans leur milieu, ou même toute innovation technologique de façon générale, devra tenir compte de chaque spécificité en milieu rural. Voilà une nouvelle façon de voir les choses qui, à terme, peut aider à préciser l’aide au développement : une meilleure implication des « bénéficiaires » pour qu’ils puissent mieux s’approprier ce qu’on leur propose.

André Nyamba

REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUES

- Réseaux, revue de (communication, technologie société)
Dossier : usages du téléphone
Numéro 55. Septembre - Octobre 1992
Numéros 82-83. Mars - Juin 1997.
CNET, 1997.

- Les conditions socioculturelles de réalisation et de fonctionnement du téléphone en milieu rural : étude de cas de six (6) villages dans la province du Nayala (Toma). André NYAMBA (sous la direction de) Département de Sociologie. Université de Ouagadougou. Avril - Juin 1998

- ONG et Développement (Société, économie, politique) J.-P. Deler, Y._A. Fauré, A. Piveteau et P._J. Roca (sous la direction de) Karthala, 1998.

- Violence technologique et développement (La question africaine du développement ) Sidiki Diakité
L’Harmattan ; coll. Points de vue, 1985

- "Le conte,lieu et souce du discours. L’exemple de la société san". PLATIEL (Suzanne) in Cahiers de littérature orale, n° 21.Publications langues ’O, Paris, 1987.

- "Chants de funérailles sanan" PLATIEL (Suzanne) et NYAMBA (André) in Textes Manding, Paris, ACCT, 1980 ; pp. 146-181.

- Langues et groupes ethniques de Haute-Volta, TIENDREBEOGO (Gérard) ILA et ACCT, 1983.


[1A la demande de l’association française de Coopération, Solidarité, Développement aux PTT, (CSD-PTT)

[2C’est le nombre de concessions habitées dans le quartier qui a été pris en compte dans la constitution de notre échantillon d’enquête.

[3Lors d’un discours d’inauguration du téléphone « mobile cellulaire » dans une ville moyenne du Burkina Faso, le premier responsable des services de télécommunications, après avoir présenté leurs performances, mais aussi leurs bénéfices chiffrés en milliards de francs cfa, s’est écrié : « Qui dit mieux ? ». C’est tout dire effectivement ; mais sur le dos du monde rural malheureusement !

[4Selon Suzanne PLATIEL, linguiste ayant fait une thèse d’Etat sur la langue des Sanan, il y aurait environ 25% de mots d’origine mandé (ou dioula) dans la langue des Sanan

[5Aujourd’hui, au Burkina Faso, les télécentres font leur apparition, très nombreux ; pour le moment, il s’agit d’un évènement plus urbain et semi urbain que véritablement rural ; cela ne va pas tarder !

[6L’étude a été conduite au mois d’Avril 1998, dans la province du Nayala, dans les villages de Biba, Koin, Nimina et Yaba. Le critère de sélection de ces localités est leur situation géographique sur des axes routier en terre ; sauf le village de Nimina où l’enclavement est total ; cela pouvait servir de comparaison.