Accueil > Focus > Projets / Réalisations > Mise en place d’un réseau de télécommunications rurales dans la Guidimakha (...) > Aux Niçois qui Mali pensent… Reportage sur une mission d’étude de (...)

Aux Niçois qui Mali pensent… Reportage sur une mission d’étude de développement d’un réseau de téléphonique rurale dans le Guidimakha au Mali

lundi 19 juillet 2004, par Bruno JAFFRE

Reportage sur une mission d’étude de développement d’un réseau de téléphonique rurale dans le Guidimakha au Mali

Du 28 février au 12 mars 2004, une mission d’étude, composée de 2 membres de CSDPTT, Claude SICARD et Emile QUESADA accompagné par le président de l’ADER (Association
pour le Développement Economique Régional) Diadié SOUMARE, s’est rendue au MALI.
Cette mission financée par l’ADER, émanation de la fondation Abbé PIERRE, a reçu un très bon accueil tant localement par le président de notre partenaire Mamadou SOUMARE
que par les responsables de l’AVDT ( Association du personnel de la SOTELMA ). Très bon accueil également des populations de la région concernée par le projet et les cadres de la
SOTELMA à Bamako et à Kayes.

Dés le lendemain, le dímanche 29, s’est tenue une réunion préparatoire à la mission dans le GUIDIMAKHA. Elle a réuni des membres de l’AVDT, Yaya NIARE le président, Oumar
FONBA, Cheikh TRAORE, les responsables de l’ADER, et nous-même. Elle a permis d’établir un calendrier assez précis afin d’optimiser la durée de la mission. C’est extrêmement
confiants que nous nous sommes accordés un après-midi de détente à l’ombre des manguiers de la propriété de Mamadou Soumare. Auparavant nous nous étions immergés dans la vie
malienne sur le marché de Kassela. Premier plat traditionnel également : « poulet sauce ».

Le lundi matin, première réunion de travail au siége de la direction de la SOTELMA. Le PDG, M. NIMAGA , a tenu à réunir tout son staff, ce qui nous donne à penser que notre
projet ne les laisse pas indifférent. Il souligne l’ambition et la noblesse d’un tel projet, nous remercie et nous assure de son soutien. Après nous être engagés à lui fournir plus de
précisions sur la structure du réseau envisagé et sur la liste des villages, nous lui remettons une proposition de convention et prenons rendez-vous à notre retour de la région de Kayes
afin de faire un compte rendu et d’affiner le projet. L’après-midi est l’occasion d’une rencontre avec Fanny BRECHART, adhérente CSDPTT, et présente au Mali au titre de responsable
du projet TANIMA 2000. Ce projet regroupe plusieurs villages de la région de Tanima et consiste à aider les populations dans le domaine des cultures passant par l’alphabétisation des
femmes et l’utilisation de fours solaires pour le séchage de produits. Vente des produits, exportation et stockage pour la saison d’hivernage sont les utilisations de cette technique.

Mardi 2, nous décollons pour Kayes avec un léger retard, mesdames les abeilles ayant décidé de squatter la queue de l’appareil qui nous était destiné.
Sitôt arrivés, nous nous rendons à la direction régionale de la SOTELMA pour y rencontrer le responsable Ousmane TOURE. Il nous paraît très préoccupé par des problèmes de
logistique et c’est après une longue discussion serrée que nous obtenons son feu vert pour bénéficier d’un véhicule et de la présence à nos côtés d’un technicien durant les 5 jours de
visite des villages. L’après-midi nous débutons la première visite technique du site de MEDINE qui doit servir de point haut relais pour la partie réseau IRT 1500. Dans la dernière rampe
d’accès au site, notre véhicule rend l’âme, inquiétant quand on sait que c’est ce même véhicule que nous devrons utiliser pendant la mission. Il redémarre : fausse alerte mais scepticisme
ambiant. Du point du vue technique, pas de problèmes majeurs hormis la nécessité de se renseigner sur les fréquences déjà utilisées par les antennes existantes. En début de soirée, à
l’initiative de Diadié SOUMARE, nous nous rendons au siège de la radio locale pour y faire diffuser une annonce relative au passage de la mission dans les villages. La population très à
l’écoute de l’émission du soir sera ainsi informée et nous perdrons moins de temps pour réunir la chefferie et expliquer notre projet. Première contrariété en fin de soirée avec l’annonce
par le technicien de la SOTELMA du report de la mission d’un jour, révision du véhicule oblige. Il va falloir revoir le programme et peut-être laisser certains villages de côté.

Mercredi 4 : nous profitons de ce contretemps pour rencontrer le responsable d’un GIE énergie ( Groupement Intérêt Economique ) travaillant dans le GUIDIMAKHA. Nous lui
proposons de nous fournir un devis à partir de notre projet que nous soumettrons aux responsables de la SOTELMA. Il nous semble que la présence d’une équipe énergie compétente
dans la région peut permettre une plus grande réactivité et donc assurer une continuité d’exploitation du matériel. Confirmation nous est donnée pour un départ demain vers 6 h du matin.

Petite heure de tourisme en fin de matinée avec une flânerie dans le marché de KAYES. Explosion de couleurs et de senteurs. Après le déjeuner, nous rencontrons le président du
conseil général, un ami de Diadié SOUMARE, qui nous remercie pour cette initiative d’entraide avec une région sous-équipée. Ensuite c’est au tour des responsables de l’association
GUIDIMAKHA DANKA de nous recevoir. Cette association regroupe des responsables locaux originaires pour la plupart des villages concernés. Notre projet requiert leur soutien à
l’unanimité. Nous décidons de nous revoir au retour pour faire le point. Décidément ce jeudi matin débute mal car nous ne partons qu’à 10 h, problème d’intendance de la SOTELMA. La
rigueur reste toujours un élément incertain en Afrique. Malgré un vent de sable assez violent, nous parvenons à effectuer l’étude dans 7 villages. A ce rythme, nous pouvons tenir le
planning malgré le jour de retard. Première constatation : si beaucoup de villages sont équipés de cabines satellitaires, nombreuses sont privées. Il faudra donc faire construire un local
communautaire le plus souvent. Point d’inquiétude pour cela tant la détermination et l’engouement des populations sont grands. Dans certains villages, les travaux pourraient commencer
dés notre départ si nous le demandions. Durant les 3 jours suivant, les visites se poursuivent avec le même accueil, la même chaleur humaine et le même engouement même si quelquefois
le choix du site de la cabine ou le lieu d’implantation du pylône nécessite une discussion plus longue. Un consensus finit toujours par se faire dans l’intérêt général. Pendant cette
mission nous avons visité 23 sites sur les 24 de la première phase du projet et le bilan que nous pouvons en tirer est que l’accessibilité n’est pas simple. Les pistes ne sont pas facilement
identifiables et une bonne connaissance du terrain s’avère importante ce qui nous conforte dans l’idée que le GIE énergie pourrait être un acteur important quant à la maintenance du
futur réseau si le projet est avalisé. Le retour à KAYES le dimanche soir est le bienvenu car malgré l’extrême gentillesse rencontrée et l’apport humain de ce périple, nous sommes heureux
de pouvoir prendre une douche et de nous reposer dans un lit.

Nous entamons la 2 éme semaine par une réunion chez M. TOURE, le Directeur Régional de la SOTELMA. Cette fois il se montre plus concerné et enthousiaste que lors de notre premier passage. Il se dit prêt à appuyer ce
projet ayant à plusieurs reprises reçu des délégations de villageois. Il est très conscient de l’importance de désenclaver cette région. En fin d’après-midi, c’est aux membres de
l’association GUIDIMAKHA DANKA que nous relatons les faits. A leur demande nous décidons de proposer à la SOTELMA d’intégrer cette association comme nouveau partenaire du
projet. Elle jouera le rôle d’intermédiaire auprès des populations et assurera le suivi des travaux. Avant le dîner, nous rendons une visite de courtoisie au représentant de la coopération
française dans la région, Pierre-yves RENAUD. Il nous brosse un état des infrastructures de la région qui nous permet de mieux mesurer à quel point le téléphone est vital. En effet, peu de
routes goudronnées, le rail pas toujours exploitable notamment durant l’hivernage. Il nous demande quel est notre lien avec France Télécom présent au Mali par l’intermédiaire de
l’opérateur concurrent de la SOTELMA, IKATEL. Nous lui expliquons que nous sommes indépendants ce qui nous permet de mener à bien des projets dans des régions ignorées par les
opérateurs et leur concurrent. Cette nuit du lundi restera comme un cauchemar car j’ai subi une attaque en règle des moustiques. Un acharnement ne permettant aucun salut pour un « 
blanc appétissant » comme moi.

De retour à BAMAKO, nous profitons de ce mardi et du report du rendez-vous avec le directeur du téléphone fixe M. BEN ZACOUR pour flâner dans le quartier de l’hippodrome.
Décompression autour d’une bière accompagnée de beignets. Détente aussi dans la soirée avec un succulent repas dans le cadre agréable du Pili-pili avec Mamadou SOUMARE. Avec
lui nous évoquons la vie politique au Mali. Le redressement opéré depuis plusieurs années s’est un peu ralenti mais on comprend aisément pourquoi. Difficile d’avancer avec un
gouvernement d’union nationale regroupant quasiment tous les partis. Pas d’opposition ou presque. Une situation atypique.
Comme promis, nous consacrons le mercredi à la visite des villages faisant partie du projet TANIMA 2000 en compagnie de FANNY et OLIVIER, son collègue. Nous assistons à des
cours d’alphabétisation, de séchage d’oignons et d’autres produits. Bel exemple de développement solidaire et durable. Néanmoins ça reste un travail de longue haleine car les obstacles
restent nombreux : l’argent, la disponibilité des femmes, l’assiduité, les contraintes climatiques, la difficulté d’assimilation des techniques.
En cet avant-dernier jour, la rencontre avec M. BEN ZACOUR annonce une négociation serrée pour demain avec les dirigeants de la SOTELMA car il évoque souvent le coût de ce
projet. En revanche, un partenariat dans le cadre d’une entraide pour assurer la maintenance du réseau IRT existant l’intéresse vivement. Nous lui remettons un exemplaire modifié de la
convention après l’étude de terrain.

Cette dernière journée est cruciale. De la rencontre avec le PDG dépendra la suite du projet. Encore une fois il a réuni tous ses cadres. Bien que certains de ses collaborateurs aient
exprimé des réserves, nous quittons cette réunion assez confiants. En effet, M. NIMAGA s’est attelé à minimiser les problèmes en mettant l’accent sur la nécessité de rendre ce projet
rentable et donc viable. Il a insisté sur l’importance pour son entreprise d’être la première présente dans la région, une région au potentiel économique immense. Il a réaffirmé la nécessité
de considérer la communication comme un élément essentiel au même titre que la santé. Il nous a remercié encore une fois pour cette initiative et nous a assuré de son soutien. Nous lui
avons remis un exemplaire de la convention définitive incluant l’association GUIDIMAKHA DANKA, précisant un peu mieux le rôle de chacun. En guise d’amitié nous lui avons remis un
tee-shirt de notre association.
Avant notre retour sur le vieux continent, nous avons partagé un dernier repas sur le sol malien avec nos amis de l’AVDT. Nous sommes tous optimistes quant à la réalisation de ce
projet mais conscients du chemin à parcourir.
L’Afrique nous aura encore réservé des surprises, certaines agréables, d’autres douloureuses comme cette rencontre avec un petit garçon que FANNY connaissait et qui mal nourri par
sa très jeune maman avait peu d’avenir. Dure réalité d’un continent exsangue.
Au cours de cette mission nous avons serré beaucoup de mains : des grandes et des petites, des blanches et des noires, des très grandes et des très petites, des calleuses et des très
douces, des mollassonnes et des très fermes mais ce fut toujours…des mains chaleureuses et amicales.

Les toubabs..

Emile Quesada et Claude Sicard (CSDPTT Nice)