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" Si l’avenir a un berceau, j’ai le sentiment qu’il pourrait être au Mali "

jeudi 1er février 2001, par Bruno JAFFRE

« Si l’avenir a un berceau, j’ai le sentiment qu’il pourrait être au Mali »

Cet article est écrit après le séjour
d’Hervé Massy en novembre 2000 au Mali dans le cadre d’une mission
de CSDPTT en compagnie de Patrick Faillon. Il nous relate ses impressions

Une Hospitalité inaltérable et contagieuse
Je dois avouer qu’il m’est bien difficile de vous raconter
ce que nous avons vécu et ressenti pendant la mission que nous venons
d’accomplir au Mali pour le compte de notre association. Je peux avant
tout vous assurer que Patrick et moi avons mis à l’épreuve
l’hospitalité de nos hôtes. Nous sommes arrivés avec
quelques heures de retard et avons été accueillis dans la
famille FOMBA où l’on nous attendait avec beaucoup d’impatience
et un bon repas. Par nos interrogations incessantes, par l’envie de préparer
les choses au mieux pour les initiations et informations sur l’informatique,
par le souci de mener à bien les opérations que nous avons
entreprises. Nous rentrions souvent tard le soir et toujours un bon repas
servi nous attendait. Une famille mais aussi quelques amis, voisins ou
curieux nous recevaient le visage tout sourire avec ces petites empreintes
de moquerie (rictus) auxquelles il est bien difficile de résister.
La joie qui parfume l’air de ces contrées est, en constatant les
conditions de vie, un défi à notre entendement. Cette hospitalité
semble parfois inaltérable et contagieuse car réellement
généralisée. Venant de l’AVDTM (Association des Volontaires
pour le Développement des Télécommunications au Mali),
nous avons, après un certain temps, compris qu’elle ferait partie
de notre quotidien. A dire vrai, assez rapidement on nous a annoncé
que nous aurions pour la durée du séjour un véhicule
avec chauffeur (les cartes étaient jetées) Mais nous avons
été surpris par celles venant de personnes avec qui nous
ne faisions pas commerce. Sékou Coulibali (coordinateur du projet
côté malien), nous avait envoyé un mail avec ce dicton
de chez eux : « Celui qui se déplace pour te rendre visite,
vaut mieux que toi »

Le programme que nous avions et que nous nous sommes
donnés était bien chargé et s’est passé pour
une grande partie dans la ville de Bamako. Capitale qui comme bon nombre
de ses homonymes dans le monde en voie de développement est un bouillon
de véhicules en tous genres qui concourent dans une pétarade
généralisée. Bruyante mais aussi cherchant tel le
poulpe en possession de tous ses moyens à disparaître derrière
une nuée de fumée qui sent moins bon que la joie. Camions,
voitures, trois et deux roues en tous genres et dans tous les états
déplacent une population encore plus nombreuse et qui est de surcroît
soutenue par une papardelle de piétons. Les piétons, se présentent
sous les formes de bipèdes originaux car en guise de chapeau, se
couvrent la tête de charges qui donnent plus que souvent l’impression
d’être massives (et ce n’est pas toujours qu’une impression). Il
y a moins de diversité dans la couleur de gars qui habitent dans
le quartier que dans les composants de ces surprenantes coiffes. Il est
indiscutable que les maliens sont noirs et que les colis qu’ils transportent
recèlent les objets les plus surprenants et les plus variés.
De la bassine emplie de tout ce qu’elle permet d’y mettre, au seau d’eau,
au sac de grains ou de ciment ou autre matière bien pesante, en
passant par les empilages d’objets à vendre ou à livrer et
j’en passe et des meilleures.

Il me semble que les Maliens ont autant de solidarité
dans le sang que de pigment sur la peau.

Nous sommes allés au 5e jour de notre périple
accompagner les membres d’une association (aidés par une ONG hollandaise)
pour distribuer dans deux villages qui se trouvent aux environs de Bamako,
des fournitures scolaires et autres matériels qui rendent possible
le vieux rêve (il date de dix ans) qui consistait à doter
ces villages d’une école et un centre de santé communautaire.
Il faut croire qu’il y a toujours plus pauvre que pauvre. Mais ils sont
riches de cette entraide, de cette considération. Ils sont prêts,
il se battent et ils se privent au quotidien pour améliorer les
futures conditions de vie de leurs proches en espérant qu’ils resteront
au village. Nous avons là aussi été reçus avec
beaucoup d’honneur, n’étant pourtant que des spectateurs. Comment
vous entretenir de ce que nous avons pu ressentir en voyant ces gens des
campagnes qui s’organisent pour prétendre à une vie meilleure
 ? Tout ou presque, le village était là pour débattre
du bien fonder de cette nouvelle donnée qu’est une école
et qui va modifier profondément les rythmes de vie. Pourquoi les
enfants doivent aller à l’école ? Pourquoi donner un salaire
a un instituteur qui retient les enfants loin des champs où se trouve
l’habituelle besogne ? Tout ceci est bien moins simple qu’il n’y paraît
mais nous avons vu qu’ils y croyaient.

Un programme chargé
La semaine qui suivie, était, elle aussi, orientée
vers des horizons nouveaux : « Les NTIC ». Les nouvelles technologies
de l’information et de la communication sont plus que jamais à l’ordre
du jour dans ce pays. Elles étaient à part entière
dans le programme de cette mission. Le président du Mali, Monsieur
Alpha Oumar Konaré, a émis le vœu de connecter au réseau
Internet l’ensemble des 701 communes qui composent le pays. Il faut ajouter
que Patrick et moi avons eu un plaisir immense à travailler dans
ce domaine. Pourquoi nous direz vous ? Nous avons la sincère impression
que dans ce domaine la disparité des connaissances ne se fait pas
sentir avec autant de douleur que pour bien d’autres secteurs. Nous ne
savons pas si ceci est le simple fait que les NTIC sont nouvelles pour
tous ou la croyance en une possible ouverture pour l’Afrique vers le reste
du monde donne à ses ressortissants une attention et une volonté,
elles aussi nouvelles. Quoiqu’il en soit, nous avons pris un réel
enthousiasme à diffuser des informations qui peuvent cheminer vers
une autonomie naissante et un droit à l’expression plus libre. Patrick
pourra vous en dire long sur les comportements surprenant des stagiaires
qui ont suivi ces séances. Ils restaient jusqu’à point d’heure.
Les visages rivés sur ces machines qui rayonnent mais ne vous font
point bronzer pour autant…

A la suite d’un de nos nombreux repas de communication,
nous avons décidé de nous séparer, Patrick et moi,
afin de nous permettre de visiter un plus grand nombre de sites et de personnes.
Une opportunité s’est présentée à nous, sous
la forme d’un 4X4 qui emmenait les membres actifs d’une association (ADER)
qui sévit dans le Nord-Ouest de pays. Kayes, comme son nom ne l’indique
pas (voir même le contraire), est la ville la plus chaude de l’Afrique
Noire. Cette ville moyenne n’est pas très loin de Bamako (375kms)
pourtant avec quelques contraintes nous avons enduré 21 heures de
« tape cul » de luxe pour la rejoindre. En fait, je devrais
dire « tape tout » car certes nous étions assis (mais
dans quoi ?). Les pistes sont parfois si chaotiques que quatre roues paraissent
ne pas être suffisantes et ces véhicules manquent cruellement
d’air bag au plafond. Les paysages entr’aperçus dans les nuées
de poussière rougeâtre ne donnent qu’une impression plus profonde
sur le désert. Oh ! Non pas de ces déserts de sable qui auraient
des allures de Sahara, non le désert de rien, le désert de
ce qui ressemble à un champs de cailloux et de petits arbres qui
servent sur leur plateau un maigre repas aux maigres ovins qui paissent
par-là. De ces broussailles qui donnent de l’ombre aux serpents
et autres animaux que l’on ne fétiche pas sous forme de peluche.
Les terres sont arides et les distances longues, qu’en on a « la
pas chance » d’habiter par-là mais il fait chaud. Cela fera
plaisir aux frileux.

De l’utilité du téléphone et d’Internet
Le Mali est un pays de grande taille. Il fait approximativement
5 fois la superficie de la France, pour à peine plus de 10 millions
d’habitants. C’est vous dire qu’il peut y avoir des endroits où
on se demande. Mais aussi cela peut nous amener à mieux comprendre
ce que fait CSDPTT dans ces contrés sauvages. Mieux comprendre l’utilité
du téléphone quand il vous faut marcher des heures pour aller
à la cabine téléphonique la plus proche. En ayant
la chance (ça n’arrive pas qu’aux autres) qu’elle soit ouverte et
que la queue pour y accéder ne soit pas plus longue que la route
que vous avait faite…

Entre autre à Kayes, j’ai rencontré un
groupe de personnes qui travaillent avec beaucoup d’enthousiasme dans le
domaine de l’architecture et particulièrement dans la construction
de maison en banco. Le banco est la terre rougeâtre qui est utilisée
depuis des siècles pour le bâtiment. La technique de compression
de cette terre pour en faire des briques permet d’obtenir des maisons d’un
confort et d’un coût inégalable par le ciment. Les techniques
ne sont pas traditionnelles car il faut une presse à brique mais
le résultat obtenu est bien meilleur que celui du ciment. Toujours
pour les frileux, il est bon de savoir que les maisons en ciment se gavent
de chaleur et rendent la vie à l’intérieur plus rude qu’à
l’extérieur. Pourtant c’est le ciment qui est à la mode dans
le quartier. Il faut ajouter que de Kayes est le berceau de bons nombres
de migrants maliens en France et à l’étranger. Que l’un des
signes de richesse est de posséder une maison en ciment. On se demande
où les gens vont chercher des idées pareilles. Il fait souvent
moins chaud quand on regarde la TV que quand on habite dedans. On est plus
au sec quand on regarde des poissons dans l’aquarium que le contraire…

J’ai aussi rencontré des personnes qui travaillent
pour la SOTELMA. La SOTELMA est l’équivalent de France Télécom
ici. Il est apparemment plus difficile pour eux d’atteindre leur objectif
que pour nous ou leurs collègues de Bamako. Kayes est l’enfant pauvre.
La situation est particulièrement enclavée du point de vue
communication. Quand vous avez la veine d’avoir votre correspondant au
téléphone prié tous les saints de la terre que la
communication ne coupe pas. Il faut s’y prendre à plusieurs fois
pour avoir ne serait ce que la tonalité au combiné.

Alors je ne vous demande pas d’imaginer l’envoi des e-mails.
L’Afrique connaît une chose essentielle : « La patience ».
Mais la patience n’a de sens que si l’on obtient en fin de compte la chose
souhaitée…

Retour à Bamako
Le retour sur Bamako fut moins folklorique que la venue
à Kayes mais tout aussi riche. La voie de chemin de fer qui relie
les deux villes est unique. Cela permet donc tout et beaucoup de choses.
Il ne faut pas moins de 12 heures pour faire le périple. Le départ
était prévu à 7H30 mais nous n’avons démarré
qu’a 11H30 sans que personne ne vous annonce par haut-parleur ou humble
conteur : le retard. Rien ! Vous ne saurez rien sur l’heure de départ
du train. Et enfin quand le mouvement se prépare, vos voisins de
galère vous expliquent qu’ils prient ALLAH pour que le train croise
son homologue qui fait le trajet en sens inverse à un endroit du
parcourt qui ne nous obligera pas à descendre ou patienter encore
quelques heures pour que le croisement se fasse. L’avantage de vivre ce
type de situation est que quoiqu’il puisse advenir vous avez toujours la
possibilité de manger une spécialité du pays (malheureusement
pas de bière fraîche au bar du wagon-restaurant et pour tout
dire pas de wagon-restaurant).

Mais quand même ma vie est bien faite car à
l’arrivée, j’ai été accueilli par Patrick et Mohamed
(notre chauffeur) qui de suite m’ont emmené dans une oasis ou il
y avait de la bière fraîche. Le reste du séjour, nous
l’avons passé de nouveau à Bamako « La furieuse »
ou nous avons déjà presque des habitudes. Le travail c’est
la santé. Toutefois nous avons à ce passage là pris
le temps de faire quelques emplettes. Nous avons donc vagabondé
sur le marché ou comme il se doit le folklore bat son plein. Certes
le système qui régit notre terre pour le plus grand nombre
de pays est : « La consommation » mais nous avons pu sur cette
place vérifier l’ampleur du choix d’objets de toutes natures. Plus
haut je vous parlais de piétons aux coiffes surprenantes, et bien
je me suis demandé si le marché ne serait pas l’une des niches
d’où sort ce tourbillon qui fait valser la ville.

Si d’aucun me demande : « quelle fut l’émotion
la plus forte » Tant en qualité qu’en quantité, sans
aucun doute je répondrai : les visages souriants des enfants…Ce
pays est rempli d’une jeunesse qui en fait et fera pour longtemps sa richesse.

Si l’avenir a un berceau, j’ai le sentiment qu’il pourrait
être au Mali.

Hervé Massy CSDPTT Nice

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