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Forum Social européen de Paris. Séminaire Télécom bien public mondial. Privatisation des télécom en Afrique : bilan, perspectives, alternatives. Plan détaillé de l’intervention de Bruno Jaffré (CSDPTT)

mardi 18 novembre 2003, par Bruno JAFFRE

FORUM SOCIAL EUROPEEN SAINT DENIS jeudi 13 novembre 2003

Séminaire Télécommunications Bien Public Mondial

Les conséquences de la libéralisation et des privatisations sur le service public : aménagement du territoire, égalité d’accès, relations Nord / Sud, l’exemple de l’Afrique,etc. Comment faire des télécommunications un bien public mondial ? Comment agir face aux multinationales ?

voir présentation du séminaire

Privatisation des télécommunication africaines : bilan, perspective alternative

Plan de l’intervention de Bruno Jaffré pour CSDPTT

Pour la source de l’intervention on se reportera...

Origine des privatisations

Conséquences de l’accord de l’OMC sur la libéralisation des télécommunications signé en 1987 qui va consacrer l’ouverture des marchés occidentaux.
Les opérateurs historiques jusqu’ici en situation de monopole se préparent à la concurrence Réformes nationales (années 90) et stratégie de conquêtes de nouveaux marchés à l’extérieur pour compenser les pertes subies sur leur territoires.
Plan d’ajustement structurel et pression pour le remboursement des dettes
Augmentation de la place de la bourse dans l’économie. Les télécoms nouvelles valeurs spéculatives juteuses .... Jusqu’au crach récent

En Afrique : Office des Postes et Télécommunications

Partout pression du Fond Monétaire International. Ouverture du marché des télécommunications est une des premières conditions pour obtenir les prêts d’ajustement. Peu de pays résistent.

Jamais un choix national (sauf Sénégal ?). Les OPT grâce au secteur des télécommunications, en général en bonne santé même si la qualité de service est rarement au rendez-vous, constituent une source importante de revenus pour les Etats mais aussi pour les classes dirigeantes qui y piochent sans retenu soit pour les maigres investissements à réaliser dans leur pays soit pour leurs intérêts personnels et bientôt leurs campagnes électorales.

Situation des opérateurs en général difficile, dettes, et très faible développement du réseau, moins d’une ligne pour 100 habitants et peu de téléphonie rurale.
Dans les anciennes colonies françaises à noter la séparation à l’indépendance des exploitation des réseaux nationaux et internationaux aux mains de 2 sociétés différentes, l’OPT d’une part et une société mixte dans laquelle France Câble radio (qui va devenir filiale à 100% de FT) détient une part de capital. Contrôle des communications internationales, surveillance politique, et revenus...

Pression de la Banque Mondiale pour fusion des deux sociétés. Pression de FCR pour devenir actionnaire de la nouvelle société contre l’annulation de la dette (sans donc apporter d’argent frais). Refus de la Banque Mondiale. En général la manœuvre échoue à quelques rares exceptions près.

Déréglementation et Privatisation
Processus actuellement en cours non terminé.
Paysage et bilan diversifiés des premières privatisations intervenues en 1996.

Première phase (suite de la précédente)
Une part du capital des opérateurs nationaux sont cédés aux opérateurs historiques des anciennes colonies, sans appel d’offre ( Portugal Telecom, allié souvent à l’international à l’opérateur espagnol Telefonica comme au Cap Vert, ou seul Sao Tomé et en Guinée Bissau, et France Télécom en Centrafrique et Madagascar)
Quelques opérateurs parmi les plus prometteurs, (Ghana, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Sénégal...) sont partiellement privatisés après appel d’offre, là où les autorités politiques l’acceptent le plus facilement. Beaucoup de candidats opérateurs historiques occidentaux à la recherche de nouveaux marchés (américains, européens). Souvent aussi montage compliqué avec des banques locales. Pour Sénégal et Côte d’Ivoire processus contesté par les salariés qui font grève puis finissent par demander une part du capital (au Sénégal France Télécom n’est choisi qu’après qu’un accord n’ait pu intervenir avec Telia d’abord choisi). En Côte d’Ivoire, forte contestation du choix de France Télécom dans la presse.
A noter que la création des Agences de régulation n’interviendra qu’aprés.
En gros l’accord passé prévoit d’abord une participation minoritaire avec option de rachat de nouvelles actions, des objectifs de développement du réseau, monopole conservé pendant environ 6 ou 7 ans sur les téléphonie fixe..) .

Deuxième phase :

Plus récente. A part quelques opérateurs prometteurs (Ile Maurice au profit de FT, Maroc Telecom au profit de Vivendi), les privatisations sont difficiles.
Soit on en trouve pas preneur et le choix se fait sur un seul candidat, (ex Niger), soit plusieurs candidats se succèdent et aucun n’arrive à payer (voir le cas du Cameroun où le première repreneur a été choisi en 2001 et plusieurs à la suite ont décliné l’offre faite de pouvoir payer. Ceci est une des retombées du crach de la bulle Internet qui a fragiliser le secteur et raréfier les capitaux.

Des opérateurs comme le Ghana (qui se sépare de Malaysia Télécom) et le Kenya qui n’arrive pas à privatiser, préfèrent ou sont contraints (faute de repreneur sérieux et fiable) de signer des contrats de gestion plutôt que vendre des parts de capital ce qui laisse entrevoir les solutions alternatives à rechercher plutôt dans le retour de la coopération publique.
Nombreux sont donc ceux qui ont du mal actuellement à retrouver preneur, des pays comme le Burkina Faso ou le Mali ont voté des textes il y a plusieurs années et le processus avance peu.

Troisième phase

Selon un schéma préétabli qui n’est que l’exportation de ce qui s’est passé dans les pays occidentaux, (si ce n’est que la privatisation et la levée du monopole s’est faite partout après le développement d’un fort service public développement et modernisation des réseaux et de l’usage du téléphone) la dernière phase c’est l’ouverture du fixe à la concurrence. La loi le permet dans certains pays comme Madagascar mais n’a que peu d’effet.

Les pays concernés sont le Sénégal et la Côté d’Ivoire et sans doute d’autres encore. A noter que cette ouverture va se faire alors que le service public minimum n’est toujours pas réalisé à savoir le raccordement de tous les villages.

A noter la situation insolite du Mali. Une licence a été attribuée à IKATEL (SONATEL France Télécom) pour concurrencer la SOTELMA alors que la privatisation de la SOTELMA traîne depuis près de 4 ans faute de repreneur et probablement à cause de résistance interne.
A noter enfin que les opérateurs privatisatisés (A Maurice et au Sénégal) s’apprêtent à s’ouvrira la concurrence et qu’ils ont des ambitions d’aller compenser leurs pertes chez les voisins (encore l’exportation du schéma occidental). A Maurice l’ambition existait avant la privatisation, au Sénégal elle s’est traduite par la licence d’IKATEL au Mali.

Bilan perspectives et alternatives

Bien sur le bilan est extrêmement mitigé, nous avons cité des exemples de pays qui se sont séparés de la multinationale ayant pris des parts de capital faute d’avoir satisfait à ses obligations.

Des pays comme le Sénégal et l’Afrique du Sud sont présentés comme des réussites mais leur performance mérite des études approfondies. En Afrique du Sud l’apartheid avait nettement laissé deux paysages e, terme de téléphonie (zones blanches où le service était équivalent à celui des pays occidentaux et zone noire équivalent à celui des pays africains les plus pauvres). Juger de la performance c’est constater le rattrapage. Où en est-on ? Mais surtout les syndicats font état de 20000 licenciements, de nombreuses lignes fixes ont été résiliées et pas toute pour prendre les mobiles mais aussi parce que le prix du service augmente. Comme en Europe, le schéma est toujours le même,on augmente l’abonnement et la taxation locale pour diminuer la longue distance et l’internationale ce qui touche surtout les couches les plus défavorisées de la population.

On notera que contrairement à ce qui est dit, la privatisation ne sert pas à développer les opérateurs les plus pauvres qui ont besoin de financement mais plutôt à prendre des parts dans les opérateurs les plus rémunérateurs ce qui se traduit par une exportation de leur bénéfice au profit des multinationales.

Les alternatives se profilent d’elle-même. Le crash du secteur est une opportunité de remettre en cause la privatisation des opérateurs.
L’investissement nécessaire est très important
Nous préconisons dès aujourd’hui un moratoire sur les privatisations.

L’alternative doit être pensé par la combinaison des actions suivantes :
- Le retour de la coopération publique complètement refondé (objectif moyen acteurs). CSDPTT montre dans les actes les possibilités (raccordement de villages et construction d’un réseau de compétences de gens motivés
- Facilité de prêts pour l’investissement public (la théorie aujourd’hui c’est que les télécoms sont rentables et que l’on doit passer par le circuit bancaire habituel) et taxation du rapatriement des bénéfices, voir mise en place de la taxe Tobin ou tout autre mécanisme permettant de générer des ressource et la dissuasion de la spéculation
- La reconnaissance des ONGs et des représentant du personnel au sein de l’UIT et la refondation sur de nouveaux objectifs du bureau de développement des télécommunications
- La mobilisation en Europe et en Afrique des salariés et de la société civile qui commencent ça et là à se saisir de la revendication du droit à la communication pour tous.

Bruno Jaffré
CSDPTT Ile de France

Messages

  • Bonjour,

    Je suis ivoirienne et actuellement en formation au Centre de Formation et d’Etudes Bancaires Ouest Africain à DAKAR.

    Je voudrais juste dire que je salue la justesse de votre analyse et votre courage. En effet, à bien y regarder de près, l’ensemble des privatisations menées dans les secteurs dits stratégiques en Afrique ont uniquement profité aux multinationales des ex-métropoles. A ce jour, il s’avère difficile, voir fastidieux d’obtenir des données chiffrées réelles sur les investissements réalisés. Par ailleurs, ces multinationales, ne privilégiant que leurs profits (ce qui est naturel) au détriment de l’intérêt public dont l’Etat assurait la garantie (d’où indirectement une augmentation des dépenses publiques pour lutter contre la paupérisation des populations), on est tenté de s’interroger sur les effets bénéfiques des privatisations surtout en afrique ? La privatisation en afrique est-elle donc un leurre ?
    Un autre secteur que j’aimerais vous voir aborder et qui me tient à coeur est celui de la privatisation du secteur de l’Eau.
    Merci et bon courage.