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Les autoroutes de l’information et la privatisation de la Sotelma au Mali : Privatisation des biens et services communs de l’humanité : cas des télécommunications

lundi 8 septembre 2003, par Bruno JAFFRE

Ce texte est extrait du site http://www.penserpouragir.org qui contient un compte rendu très complet du forum de Siby, l’anti -G8 africain qui s’est tenu 3 jours durant à partir du 31 mai
2003 au Mali. Le forum a mobilisé 563 participants. Il y a eu la participation de 10 pays africains, 3 pays européen et le CANADA. Toutes les régions du Mali étaient présentes au rendez
vous.

Ce texte reprend la communication M. Youssouf Sangaré le secrétaire général Secrétaire général du SYNTEL (Syndicat de la SOTELMA). Nous avons d’autre part engagé le débat avec l’auteur de ce texte à propos de la privatisation de la SOTELMA (voir sur l’adresse du site
ci-dessus).

A noter aussi la participation à ce forum de 2 membres de l’AVDTM (Association des Volontaires pour le développement des Télécommunications au Mali), notre partenaire pour les projets
de téléphonie rurale.


Ce texte est extrait du site http://www.penserpouragir.org 
qui contient un compte rendu très complet du forum de Siby, l’anti G8 africain qui s’est tenu 3 jours durant à partir du 31 mai 2003
au Mali.


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Les autoroutes de l’information et la privatisation
de la Sotelma : Privatisation des biens et services communs de l’humanité
 : cas des télécommunications

de Youssouf Sangaré Secrétaire général
du SYNTEL (Syndicat de la SOTELMA)

Le retour en force de la doctrine économique libérale
dans les années 1970/1980 aux Etats-Unis et dans quelques pays européens
a suscité un vaste mouvement de déréglementation,
ou de dérégulation, notamment dans les domaines des transports
aériens et de la finance.

 Les télécommunications n’ont pas
échappé à cette tendance. Le capital étranger
a pris le contrôle ou une participation majoritaire dans pratiquement
toutes les entreprises privatisées, s’assurant de cette manière
une domination sans exemple jusque-là sur l’économie du monde.

Sans nier le fait que les investissements étrangers
peuvent jouer un rôle dans le développement économique
du pays, il faut reconnaître qu’actuellement le coût pour les
pays pauvres est plus grand que le bénéfice qu’ils peuvent
en retirer. En capitalisant la dette, les nouveaux partenaires étrangers
n’apportent ni capitaux frais ni nouvelles technologies ni nouveaux marchés
en devises. Ils acquièrent un actif à un prix très
avantageux et très bas qui leur donne à bref délai
des bénéfices spéculatifs substantiels, contrôlent
des entreprises en bon état de fonctionnement et présentant
souvent un caractère stratégique.

On mesure le danger pour la sécurité nationale
que représente le contrôle étranger sur les entreprises
du secteur des télécommunications. Tout aussi évidente
est la retombée négative de la privatisation (avec son lot
de déflatés donc de nouveaux pauvres) sur la lutte contre
la pauvreté.

Exemple de biens communs de l’humanité : les autoroutes de
l’information

En quoi est-ce que ces infrastructures appartiennent-elles
à l’humanité. Il faut reconnaître que la globalisation
de l’économie mondiale se base essentiellement sur les infrastructures
de télécommunications. Rien désormais ne peut se faire
dans les hautes finances sans la mise en œuvre des autoroutes de l’information.

Les télécoms sont les vaisseaux sanguins
qui irriguent le corps de l’économie mondiale. Ces biens de par
leur mise en œuvre sont un patrimoine utilisé par toute l’humanité
en bonne intelligence. Biens appartenant aux différents Etats, les
équipements de télécommunications de par le monde
forment une chaîne continue dont les maillons ne reconnaissent pas
de frontières.

Toutefois, avec la privatisation des opérateurs
historiques dans presque tous les pays du monde, ces biens appartiennent
de plus en plus à des individus et 
des grands groupes privés, qui ne voient que l’aspect rentabilité
de ces infrastructures. Toutes choses qui rendent inaccessibles les autoroutes
de l’information aux ¾ de la population mondiale. Voilà le
grand danger du marché planétaire. Tous les pays sont passés
à la trappe, et comme le disait un jour Mme Aminata D Traoré
 : « Les dés sont pipés » . Le Mali, notre pays
ne fera pas exception.

Privatisation : cas de la sotelma
Inscrite dans le programme gouvernemental de la reforme
économique, la privatisation de la Sotelma est, depuis quelques
années, gérée de manière chaotique. Le cadre
réglementaire (Déclaration de Politique Sectorielle, DPS)
a été tracé, mais apparemment personne ne sait qui
doit faire quoi.

Les deux volets de la réforme du secteur des télécoms
au Mali sont la privatisation de l’opérateur historique et la libéralisation
du secteur. Le chronogramme concocté par la défunte cellule
technique d’appui à la reforme des télécoms (CTART)
et approuvé par la Banque Mondiale prévoyait en premier lieu
la privatisation de la Sotelma et un régime d’exclusivité
de cinq ans avant la libéralisation. Ce, dans le noble but de permettre
à la Sotelma de se mettre à niveau pour mieux affronter la
concurrence. Mais à la surprise générale, le secteur
a été libéralisé avant la privatisation de
la Sotelma.

Actuellement la cellule d’appui à la privatisation
(CAP) est entrain de travailler à trouver la stratégie la
plus adaptée en la matière. Cette cellule travaillera sous
la lumière d’un comité inter-ministériel chapeauté
par le SEGAL du ministère de tutelle.

Des préalables ont été posés
pour le début effectif du processus. Mais à la volonté
politique de privatiser, il manque le courage politique de faire les premiers
pas car la vache laitière est encore productive.

Pourquoi le syndicat de la Sotelma veut aller à la privatisation
le plus rapidement possible ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le syndicat
de la Sotelma a hâte de voir aboutir cette transaction. Cela ne se
justifie pas par la seule mauvaise gestion exhibée comme le mobile
de la privatisation ; mais aussi par les pesanteurs du politique qui empêchent
la Sotelma d’investir à bon escient.

Il est bon à rappeler les investissements colossaux
(hors mission) faits par la Sotelma pour la couverture télévisuelle
du Mali et ceux faits pour le prestige de la CAN. Tout cela n’a pas servi
à donner le téléphone aux maliens mais au contraire
à le priver d’un bien qui n’est pourtant plus un luxe. Nous voulons
donc aller à la privatisation pour nous sortir des contraintes des
politiciens véreux qui n’ont pas le souci de ce pays.

Mais quelle privatisation ?
Nous savons qu’il y a une éthique dans la mondialisation
qui puisse nous épargner les dangers du marché planétaire.
IL s’agira de donner la priorité aux apporteurs locaux de capitaux
dans la géographie du capital de la nouvelle Sotelma . Le syndicat
est entrain de préparer une stratégie qui aura l’avantage
de prendre en compte les attentes des travailleurs.

Le rôle des syndicats dans la privatisation
Le rôle traditionnel d’un syndicat dans la privatisation
est la défense des seuls intérêts des travailleurs
en veillant à la meilleure gestion de la dimension sociale. Toutefois
ce rôle a tendance à être assez nuancé car si
avant, les syndicats cherchaient coûte que coûte à éviter
les dégraissages, actuellement il s’agit plutôt de bien accompagner
les partants dits « volontaires ».

Les syndicats sont apparemment associés à
la transaction de la privatisation. En réalité les grandes
décisions se prennent contre leurs avis. La technique utilisée
c’est de faire représenter les syndicats par un petit nombre de
personnes (une ou deux) dans les instances de gestion de la privatisation
(comme la cellule d’appui à la privatisation à la Sotelma).
Ce petit nombre est noyé dans le grand groupe d’administrateurs
non soucieux de la sauvegarde de l’emploi des pauvres travailleurs.

Les syndicats conscients de la non prise en compte de
la dimension sociale, montent de plus en plus au créneau pour non
seulement dénoncer cet état de fait, mais aussi pour faire
fléchir la position des autorités (qui dès fois se
retrouvent repreneurs de l’entreprise à privatiser).

L’actionnariat salarié proposé comme mesure
incitative se révèle être un leurre car il est incontestable
que les travailleurs ne sont nullement en mesure de faire suffisamment
d’économies pour acheter des actions, malgré les mécanismes
de financement prévus par les gouvernements. Si bien que les syndicats
se voient contraints de revoir à la baisse leur prétention
sur la répartition du capital.

Les conséquences de la privatisation
La privatisation peut conduire à une perte du
contrôle public sur la politique économique du pays. Dans
les pays les moins avancés, le contrôle des entreprises publiques
représente un instrument majeur de la politique économique
au service du développement, de la stabilité économique
et d’une plus grande prospérité pour la majorité de
la population. Cet instrument est mis en cause par la politique actuelle
de privatisation. Certains secteurs stratégiques de l’économie
nationale (télécoms, électricité/eau, santé)
passent sous le contrôle de groupes privés et du capital transnational.

La privatisation est un grave danger pour la croissance
économique du pays puisqu’elle représente le transfert partiel
ou total d’un secteur sobre (le secteur public) à un secteur plus
dispendieux (le secteur privé). La direction de l’entreprise privatisée
cherche dans l’immédiat à maximaliser les bénéfices,
sans considération du progrès technologique ni de la stabilité
de l’entreprise et des investissements à long terme. Ce dont il
s’agit ici, c’est du choc des intérêts mercantiles et de l’intérêt
public à l’efficacité sociale, mesuré aux acquis du
développement économique et à la prospérité
de la population.

Le Chômage, la misère matérielle
et plus encore morale, causés par les privatisations sont à
la base de l’émergence de l’intégrisme religieux et du fondamentalisme
ethnique.

Conclusion
Les privatisations font partie de l’esprit du temps.
La transnationalisation des firmes, l’affaiblissement des régulations
étatiques, l’obsolescence du concept de souveraineté sont
les nouvelles caractéristiques d’un monde devenu un village dont
le chef est celui qui détient les armes. C’est la marchandisation
du monde.

Tout cela a été préparé de
longue main dans les départements d’économie des universités
américaines. Ces derniers ont progressivement réussi à
coloniser la quasi-totalité des facultés d’économie
de la planète. Ainsi est née ce que l’on a appelé
la pensée unique. « Ce n’est pas la pensée qui est
unique, c’est la réalité » disait Alain Minc, le technocrate
libéral. IL s’agit en fait du règne sans partage d’une conception
du monde fondée sur le libéralisme économique à
outrance où tout est dicté par un seul maître. Nous
ne sommes donc pas loin de l’apothéose du marché. Ceux qui
y résisterons seront combattus sans ménagement.

 Tout n’est certes pas condamnable dans les évolutions
qui se produisent sous le nom de mondialisation/globalisation, mais c’est
l’approche qui est très souvent perverse. C’est d’ailleurs pourquoi
on parlera souvent de l’éthique de la mondialisation, qui est le
combat quotidien des organisations comme Jubilé 2000. Ce combat
est noble et leurs animateurs sont à magnifier.

Nous remercions les organisateurs de ce forum qui, un
jour permettront aux nantis de se retourner pour jeter un coup d’œil sur
la majorité de la population mondiale qui ne demande qu’à
vivre décemment sans guerre, ni faim ; mais aussi sans relation
dominants/ dominés.

 Bravo Jubilé 2000

Youssouf Sangaré, Secrétaire général
du SYNTEL (Syndicat de la SOTELMA) chargé de mission du PDG de la
SOTELMA.

 

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