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Vers des partenariats de type nouveau : Etude d’un exemple au Burkina Faso : Raccordement de villages enclavés au réseau téléphonique

lundi 28 juillet 2003, par Bruno JAFFRE

Ce texte est un une communication préparée à la demande des organisateurs pour les Colloque Africanti/Imcom :
Les fractures numériques Nord/Sud en question :
Quels enjeux ?
Quels partenariats ?

qui est organisé dans le cadre des rencontres d’Hourtin (Gironde), du 25 au 28 août 2003.

Vers des partenariats de type nouveau

Etude d’un exemple au Burkina Faso :
 Raccordement de villages enclavés au
réseau téléphonique

de Emile Quesada, Jean Louis Fullsack, Bruno Jaffré
CSDPTT 

1 Introduction
La coopération française dans le domaine des télécommunications
n’existe plus. L’Etat français épouse les thèses néolibérales
selon lesquelles le développement des télécommunications
passe par la déréglementation et les privatisations. Cette
orientation s’accompagne du soutien à France Télécom,
qui bénéficie ainsi, dans la conquête de licences ou
de part dans le capital d’opérateurs historiques, des services du
ministère des affaires étrangères en France et à
l’étranger. Apparaissent ça et là des interventions
pour exporter le modèle de l’Agence de Régulation des Télécommunications
ou du service universel. Il existe aussi quelques actions à travers
une mission chargée des Nouvelles Technologies mais celles-ci semblent
essentiellement tournées vers l’étude ou le développement
des usages. On annonce il est vrai depuis 2 ans, un projet de soutien aux
accès publics.
Cette absence ouvre paradoxalement des possibilités nouvelles.
Il devient possible de refonder la coopération. Pour autant cette
renaissance peut s’appuyer sur des relations établies entre l’Afrique
Noire francophone et la France. La coopération passée, au-delà
de ses graves insuffisances et contradictions, avait aussi permis
que des relations amicales s’établissent. Les coopérants
issus des PTT reflétaient la diversité du personnel de cette
administration, entre ceux qui profitaient du pouvoir et d’un niveau de
vie qu’ils n’auraient jamais pu espérer atteindre en France et ceux
qui étaient animés de l’idéal du service public et
de sentiments de solidarité. Certains s’investissaient sans compter
dans ce qu’ils considéraient comme une mission, notamment dans la
formation, essayant par leur action personnelle de faire avancer
les choses, non sans parfois un certain paternalisme mais aussi quelques
risques y compris pour leur carrière personnelle. Si dans leur activité
de coopérant ils rencontraient parfois sur place des agents attentifs
et motivés, l’inertie locale et le manque réel de volonté
politique des dirigeants d’aller vers une réelle indépendance
rendaient difficile une coopération véritablement efficace
dans la mesure où un agent motivé de l’opérateur local
ne pouvait totalement s’engager.
Nous nous rendons compte aujourd’hui que la mémoire de ces relations
interrompues à la fin des années 80 existe encore et que
ni d’un côté ni de l’autre l’échec et la fin de la
coopération passée, n’ont mis un terme à la volonté
de part et d’autre de travailler ensemble. En Afrique, on peut s’appuyer
sur une bonne opinion que l’on se fait du niveau technique du personnel
de France Télécom tandis qu’en France subsiste la fascination
qu’exerce l’Afrique pour des raisons que nous n’allons pas développer
ici. Enfin il existe une volonté de mettre en pratique dans le concret
des sentiments de solidarité qui persistent au sein d’une partie
du personnel malgré la mutation interne opérée au
sein de France.
De plus, le mouvement alter-mondialiste tout comme l’aspiration à
s’engager dans des actions concrètes, touchent les salariés
des entreprises, par ailleurs citoyens. Certains s’engagent dans des ONG
de solidarité internationale. Ils y puisent leur réflexion
sur le développement « durable » . En parallèle
les directions des entreprises, sensibles à leur image extérieure
« d’entreprise citoyenne » d’une part et à la recherche
de projets mobilisant leurs salariés d’autre part, se lancent aussi
dans des actions « humanitaires » ou de « développement
 ».
Enfin s’il y a quelques années l’orientation néolibérale
ne rencontrait aucune résistance, le développement du mouvement
alter- mondialiste, la crise durable que traverse le secteur des télécommunications
suite à l’éclatement de la bulle créée par
cette orientation et le bilan très contrasté des privatisations
des opérateurs historiques en Afrique, ouvrent de nouvelles perspectives.
Réfléchir à la refondation de la coopération
n’est plus tout à fait hors du temps. Cette réflexion peut
en outre s’appuyer sur des expériences concrètes. L’objet
de cette communication est de rendre compte de l’une d’entre d’elles, et
d’essayer à partir de cet exemple de tirer tous les enseignements
nécessaires à sa généralisation et plus particulièrement
au développement de ce type d’expérience.

2 Le projet
2.1 Historique
L’association CSDPTT (Coopération Solidarité Développement
aux PTT) est créé en 1988 alors que la coopération
technique se pratique encore selon sa forme classique. Constituée
au départ par d’anciens militants politiques ou syndicaux, il s’agit
alors d’agir concrètement dans le domaine professionnel de ses adhérents,
à savoir la poste et les télécommunications.
Les PTT étant encore une administration, CSDPTT revendique le
statut d’association du personnel qui doit lui permettre de bénéficier
d’aides. Après quelques démarches infructueuses, le manque
de courage de certains responsables contactés et l’esquive de la
décision (chacun se renvoyant la balle en rivalisant de mauvaise
foi), il faut se rendre à l’évidence : CSDPTT ne peut s’attendre
à bénéficier du statut d’association de personnel.
Décision est prise de ne plus rechercher une reconnaissance officielle.
Dès lors, l’association ne doit plus compter que sur ses deux
atouts pour se lancer : les compétences professionnelles de ses
membres d’une part et la possibilité de récupérer
du matériel déclassé qui devait permettre de réaliser
des projets à moindre coût d’autre part.
Le projet dont il va être question ci-après est le premier
à s’appuyer résolument sur ces deux opportunités,
mais aussi à se situer au cœur de l’activité de France Télécom,
la téléphonie.
Assez rapidement en effet, CSDPTT dont plusieurs membres ont séjourné
en Afrique avait comprend l’importance du besoin de communication à
distance auquel le téléphone parait le mieux à même
de répondre. La demande est très clairement exprimée
par des agents de l’ONATEL (Office national des télécommunications)
du Burkina Faso avec qui CSDPTT a commencé à tisser des liens.
Au départ, il est question d’installer une liaison radio entre
Sérékéni, un village du Kénédougou au
Burkina Faso, et le chef lieu de la Province Orodara. Pourquoi ce village
 ? Un adhérent de CSDPTT s’y est déjà rendu plusieurs
fois, et puis il faut bien commencer. L’installation de la liaison radio
nécessite une autorisation et l’attribution d’un couple de 
fréquences qui devait être délivré par un service
de l’ONATEL. Celle-ci ne vient pas. Mais après deux ans d’attente
l’ONATEL écrit qu’un projet de téléphonie rurale est
prévu dans la région. CSDPTT abandonne donc.
Entre temps, des contacts ont été établis avec
quelques cadres de l’opérateur qui s’intéressent à
cette activité. Il faut du temps pour qu’une relation de confiance
s’établisse mais plusieurs rencontres informelles ont eu lieu qui
ont permis à CSDPTT de préciser sa façon de travailler.
En retour des cadres de l’ONATEL expliquent ce que la direction ne dit
pas à savoir qu’installer des liaisons radio ne permettra pas une
réelle collaboration avec l’ONATEL même si CSDPTT prend le
soin de proposer que les appels à Orodara soient gérés
par l’ONATEL. Il faut plutôt faire des liaisons intégrées
dans le réseau téléphonique.
On décide alors de rechercher en France de façon volontariste
des techniciens travaillant dans les zones rurales en téléphonant
tout simplement dans les services où ils sont susceptibles de travailler.
A Nice, où se situe un service rayonnant sur les Alpes Maritimes, 
cet appel rencontre une oreille attentive par quelques techniciens qui
entrent dans l’association. Ils sont non seulement compétents et
entreprenants mais en outre ils expliquent que du matériel en bon
état de fonctionnement est désinvesti et obtiennent l’autorisation
de le récupérer.
On peut donc tenter de raccorder des villages enclavés au réseau
téléphonique. Pour cela, il s’agit de redéployer le
matériel radio récupéré du désinvestissement,
et de réaliser une liaison radio entre un village déjà
raccordé au réseau et un village éloigné et/ou
isolé, au moyen d’un jeu de deux coffrets équipés
de diverses cartes et d’une antenne qui permettent l’échange du
signal téléphonique (appels et conversations) en propagation
hertzienne entre les deux villages dans 2 gammes de fréquence (450Mhz
et 160Mhz -16 canaux disponibles dans chaque gamme). Les caractéristiques
du matériel et la technique de communication par ondes hertziennes
nous limitent en distance mais permettent néanmoins de pouvoir aller
jusqu’à 30km dans le meilleur des cas (160Mhz avec un espace de
propagation dégagé).
De plus, le projet ne peut se réaliser sans l’opérateur
puisque cette fois il s’agit de relier des villages au réseau téléphonique
sous monopole de l’ONATEL avec la contrainte de respecter le plan des fréquences
de l’opérateur et d’obtenir son accord pour l’introduction des canaux
utilisés dans son réseau. Ces cadres de l’ONATEL qui
ont entamé des relations informelles avec CSDPTT vont effectivement
jouer le rôle qui avait été imaginé sans pourtant
se créer en association. Leur rôle a sans doute été
fondamental. Ils vont effectivement servir d’intermédiaire entre
CSDPTT et la direction générale, seule habilitée à
donner l’autorisation de réaliser un tel projet. La Direction Générale
ne souhaitant sans doute pas donner son accord écrit, c’est donc
oralement que ces cadres informent CSDPTT de l’accord de la Direction Générale.
Après une petite analyse et grâce à l’éclairage
que donnent les cadres de l’ONATEL soutenant le projet, décision
est prise de prendre le risque de passer à la réalisation
Les conditions semblent cette fois réunies pour un projet de
raccordement de villages au réseau téléphonique. M.
Nyamba ethno-sociologue à l’université de Ouagadougou avait
par ailleurs déjà donné son accord pour accompagner
le projet d’une analyse socio-économique. Après l’abandon
de Sérékéni, on lui propose de réaliser le
projet dans sa région ce qui faciliterait l’introduction du projet 
D’où le choix de villages dans la région de Toma.
Le projet consiste à raccorder des villages de la région
sous la contrainte qu’ils ne doivent pas être distants de plus d’une
quinzaine de kilomètres. Ces téléphones seront gérés
par la collectivité au sein des différents villages et raccordés
au réseau téléphonique de l’ONATEL qui en assurera
la maintenance. Les recettes de communications reviendront à l’ONATEL.

2.2 Le déroulement
Un adhérent de Nice, accepte d’en prendre la responsabilité
. Il conclut sur place à la faisabilité du projet, entame
des négociations avec l’ONATEL sur une convention qui devait être
signée précisant les rôles respectifs de CSDPTT et
de l’ONATEL, rencontre plusieurs fois un cadre de l’ONATEL, M. Paré
qui deviendra l’interlocuteur privilégié de CSDPTT durant
le projet. La direction de l’ONATEL promet une signature rapide la convention
sans laquelle CSDPTT assure ne pas vouloir commencer à travailler.
Il se met aussi d’accord avec M. Nyamba, ethno-sociologue, spécialiste
du changement social sur les conditions de son intervention. Dès
le début en effet, CSDPTT souhaite un accompagnement extérieur
du projet, et une étude sociologique sur ses retombées.
Ainsi, M. Nyamba réalise une pré-étude puis une
étude de faisabilité sur le terrain, avec l’aide d’étudiants
expérimentés qui procèdent à des enquêtes
et retient finalement 4 villages sur les 6 initialement proposés
. Outre la monographie et les attentes des habitants, il apparaît
comme un partenaire actif du projet en favorisant de façon consensuelle
la désignation de gérants des cabines et en sensibilisant
la population de la nécessité de se mobiliser en particulier
pour construire des cases pour abriter les terminaux téléphoniques.
La signature n’arrivant pas, après quelques hésitations,
CSDPTT prend le risque d’organiser quand même une mission d’installation
à laquelle participent deux adhérents de CSDPTT Nice. Elle
se déroule dans des conditions difficiles , ce qui traduit sans
doute la difficulté qu’a alors l’ONATEL à s’engager dans
une telle collaboration, totalement inédite ; L’installation ne
peut être entièrement menée à son terme. Mais
l’ONATEL a finalement collaboré notamment en logeant les membres
de la mission, en réglant les frais de douane.
Une autre mission est donc nécessaire qui permet cette fois
l’installation complète mais tous les problèmes techniques
ne seront pas réglés. Les deux membres de CSDPTT Nice vont
donc retourner sur place . Cette fois la collaboration avec l’ONATEL est
totale. Elle procède à l’installation de l’alimentation en
énergie solaire. La mission est cette fois couronnées de
succès, même si on découvre plus tard par exemple que
les antennes n’ont peut-être pas été pointées
à l’optimum. Pour réaliser une liaison parfaite il faut en
effet pouvoir mesurer le niveau de réception du signal et l’optimiser
par un affinage du pointage des antennes. Or, l’ONATEL n’ayant pas pu mettre
à disposition de l’équipe ces appareils de mesures comme
préalablement convenus par téléphone, il s’en est
suivi un pointage approximatif. A leur retour en France toutes les liaisons
fonctionnent.
Au cours d’une nouvelle mission pour l’étude d’un autre projet
de téléphonie rurale cette fois pour le village de Sérékéni,
dont il a été question plus haut, deux adhérents,
cette fois issus de la région Rhône Alpes retournent sur les
lieux. De nouveau la coopération avec l’ONATEL s’effectue dans d’excellentes
conditions. Ils constatent de nombreux dysfonctionnements, y compris des
liaisons qui ne fonctionnent plus. En collaboration avec les techniciens
locaux ils remettent tout en état de fonctionnement.

2.3 Un premier bilan
En décembre 2002, un autre adhérent d’Ile de France,
en congé pour 2 semaines au Burkina, retourne sur les lieux en compagnie
de M. André Nyamba, des 2 principaux responsables de la SODEPOSTEL
(Solidarité Développement dans les Postes et Télécommunications)
et du chef de centre de transmission de l’ONATEL de la région.
Cette dernière visite permet de faire un premier bilan.
On en retiendra principalement :
- L’installation à Koin est en panne depuis 3 mois. En fait,
il s’agit de problèmes de connexion et la réparation sera
effectuée une dizaine de jours après le passage de la mission
- Les 3 autres fonctionnent mais deux d’entre elles rencontrent des
problèmes des régulateurs. Ces dispositifs permettent
d’assurer une régulation entre l’énergie solaire fournie
par les panneaux et la batterie tampon assurant la continuité du
courant la nuit.
- Le gérant de Biba a été remplacé par
les habitants pour ne pas avoir été à la hauteur de
sa tâche. Il semble qu’il réglait toujours les factures en
retard.
- Les gérants des cabines ne sont pas contrôlés
par de véritables comités de gestion. Ainsi il n’y a pas
de véritable comptabilité et il est difficile de connaître
combien gagnent effectivement les gérants de cabines. La gestion
n’est pas non plus facilitée par le système de facturation
de l’ONATEL. En particulier une partie des gérants semble ne pas
comprendre les échéanciers. Pourtant les conditions sont
réunies pour une mise en place d’une comptabilité, puisque
les appels sortants sont consciencieusement notés sur un cahier,
avec le coût de la communication et parfois la durée.
- La facturation est la même que celle qui a cours pour l’ensemble
des télécentres, c’est-à-dire que 30% du prix de la
communication revient au télécentre qui doit avec en couvrir
les l’abonnement en particulier. Les prix sont affichés dans les
télécentres mais quelques erreurs, au détriment des
villages, ont été relevées qui devraient normalement
maintenant avoir été rectifiées. En outre les gérants
bénéficient d’une source de revenus supplémentaire.
Ils font payer 100FCFA chaque fois qu’ils doivent aller chercher une personne
appelée. Ils se plaignent d’ailleurs que les gens en question rechignent
souvent à payer.
- Les usagers contestent le chronométrage du temps de la communication,
effectué avec une montre, mais surtout le principe que toute minute
commencée est une minute facturée.
- On constate environ 6 à 8 appels par jour en moyenne, plus
de 10 pour Yaba, qui est aussi une préfecture . Ce sont donc des
lignes dont le trafic paraît important. Une estimation rapide permet
d’estimer autour de 3 et 5 millions de FCFA la recette pour l’ONATEL
annuelle de ces 4 télécentres en intégrant les appels
reçus.
- Ces nouvelles installations réparties dans la brousse se traduisent
par un travail supplémentaire pour les techniciens de l’ONATEL alors
que le matériel n’est pas celui installé par l’ONATEL pour
d’autres projets de téléphonie rurale.
Ainsi, si l’on considère que le projet qui consiste en l’installation
des téléphones communautaires est terminé, un suivi
reste néanmoins nécessaire y compris dans le futur. Plusieurs
améliorations dans la gestion et le suivi technique doivent être
apportés. Le projet est certes réalisé pour autant
l’intervention des acteurs doit se poursuivre. Pour CSDPTT, le fait que
les téléphones continuent à fonctionner est certes
un objectif de tout premier plan qui n’est pas encore tout à fait
assuré. Pour autant, l’association ne saurait s’en satisfaire. Soucieuse
d’un développement dont l’objectif est de pouvoir à terme
de passer de l’aide, elle doit préparer les conditions de ne plus
avoir à intervenir.

2.4 Assurer la durabilité
Nous sommes ici au cœur de la problématique du développement
durable, de la finalité de l’aide, et plus particulièrement
du rapport entre aide et développement.
Pour CSDPTT, il s’agit d’enclencher un processus ou plutôt de
participer à son déclenchement. Une fois quelques installations
réalisées dans lesquelles CSDPTT joue un rôle central,
la dynamique doit se lancer. CSDPTT peut encore quelques temps fournir
du matériel pour des installations identiques et assurer sa maintenance.
Mais rapidement, les membres de CSDPTT ne doivent plus participer directement
aux installations. Le matériel doit être envoyé par
fret aux frais de l’ONATEL.
Plusieurs des techniciens burkinabé devraient pouvoir à
terme procéder à ces nouvelles installations. A cet effet
une formation de plusieurs jours leur a été dispensée
en deux parties distinctes. L’une théorique présentant ce
matériel, nouveau pour eux, avec une vulgarisation du fonctionnement
( la technique étant proche de celle utilisé d’une manière
générale en transmission hertzienne) et l’autre pratique
sur une maquette constituée par le matériel de maintenance
(la propagation remplacée par une ligne d’affaiblissement réglable
simulant l’espace aérien entre les deux terminaux). En support de
cette formation, une documentation d’aide à la maintenance et au
réglage des cartes a été donnée. Afin de rendre
encore plus effective cette finalité, il serait souhaitable d’étendre
cette formation à l’ensemble des techniciens de l’ONATEL opérant
dans ce domaine. Nous essaierons à l’avenir de mettre en place ce
partenariat qui, outre qu’il permettrait l’autonomie dans le domaine de
l’installation, présenterait l’avantage d’une possibilité
d’entraide entre les techniciens lors de problèmes rencontrés.
Les techniciens de CSDPTT peuvent si nécessaire assurer un soutien,
soit à distance par téléphone ou Internet soit au
cours de mission qui doivent demeurer exceptionnelles, étant entendu
qu’un stock de matériel de rechange a au préalable été
fourni. Au cours d’autres missions, les membres de CSDPTT pourront venir
constater que le matériel est bien installé et fonctionnent
dans de bonnes conditions. Ce matériel étant déjà
ancien, il présente un gage de fiabilité limité dans
le temps. De plus les cartes défectueuses n’étant plus réparées
en France, le stock récupéré ne s’avérera pas
inépuisable, il conviendra donc d’appliquer la convention signée
par l’ONATEL pour les villages de Biba, Koin, Nimina, Yaba, qui stipule
que le remplacement doit s’effectuer au bout de 10 ans et de conserver
ce stock afin de désenclaver le maximum de villages avec la
restriction due aux paramètres de distances et de fréquences
utilisées.
On comprend ainsi tout l’intérêt de préparer dès
maintenant l’installation de liaisons avec du matériel récent,
toujours en cours de fabrication, dont l’approvisionnement en pièces
de rechange est encore assuré. De la même manière qu’en
France on procède au remplacement de ce type de matériel
par la génération plus récente, il serait là
encore souhaitable d’établir un partenariat dans ce domaine qui
consisterait pour CSDPTT à apporter une information en matière
de nouveau matériel en terme de coût et de possibilité
technique. En effet la nouvelle génération offre la possibilité
d’acheminer 2 voies radio au lieu d’une avec une qualité supérieure,
une portée de près de 60 kilomètres, grâce à
la possibilité d’amplifier le signal, et la possibilité d’offrir
le service Internet, certes à un débit faible de 9,6 kbits,
mais suffisant dans un premier temps. Cependant des débits supérieurs
sont possibles par l’adjonction d’une liaison spécialisée.
Les conditions de la pérennité du projet paraissent donc
objectivement pouvoir être assurées y compris avec la disparition
progressive de l’intervention de CSDPTT. Paradoxalement alors que l’on
accuse le plus souvent, et à juste raison, les ONGs occidentales
d’être responsables de l’échec de nombreux projets, souvent
pour ne pas avoir su justement préparer les conditions d’une durabilité,
ce ne saurait être le cas ici puisque la responsabilisation des acteurs
locaux joue un rôle central. Et si l’on pousse le raisonnement jusqu’au
bout, cela signifie aussi qu’en cas d’échec, CSDPTT ne saurait être
le seul acteur à en être rendu responsable.
Quelques conditions paraissent nécessaires :
- La volonté politique de la direction de l’ONATEL, actuellement
encore sous la tutelle de l’Etat, ou si ce n’est plus le cas, l’existence
d’une pression suffisante sur l’opérateur afin qu’il s’engage dans
la voie d’une extension des téléphones communautaires.
- L’engagement et la participation consciente de son personnel à
cette expérience.
- La pérennité de CSDPTT dans le temps alors qu’elle
rencontre de grandes difficultés à trouver des subventions
publiques
- L’amélioration des problèmes de gestion des cabines.
On pourrait se contenter de télécentres quasi privés
sans retombée collective pour le village si ce n’est la possibilité
de disposer d’un moyen de communication à distance, mais pour des
questions plutôt éthiques, l’objectif est de faire des téléphones
communautaires générant une source de revenu pour le village
grâce aux bénéfices réalisés, ce qui
devrait être possible à travers une gestion rigoureuse.
- L’intervention d’acteurs locaux autres que l’ONATEL partageant avec
l’opérateur la responsabilité de la suite des évènements.
La durabilité de fonctionnement des téléphones
communautaires reposant sur les acteurs, il demeure que leurs rôles
et les responsabilités méritent d’être précisés
de même que les contradictions qui les traversent.

2.5 Les acteurs du projet
2.5.1 CSDPTT
Nous n’allons pas revenir ici sur l’historique de la création
de CSDPTT longuement traité précédemment . Le nombre
d’adhérents progresse , mais cette progression quantitative oblitère
cependant un certain nombre de contradictions au cœur du développement
de l’association. Bien sûr, comme dans nombre d’ONG du Nord, les
adhérents sont divers mais tous motivés par une envie d’être
utiles et pour une partie d’entre eux aussi par la soif d’aller à
la rencontre de cultures différentes, de rapports humains plus chaleureux.
Ce n’est bien évidement pas suffisant pour être efficace et
il appartient à la structure de l’association de "réguler"
l’activité. Par ailleurs, le bénévolat militant, nullement
remis en question en interne tellement il semble évident, 
permet certes une indépendance d’action dans la mesure où
il n’est pas nécessaire de rechercher des fonds pour payer des intervenants,
mais en même temps l’activité repose exclusivement sur le
bon vouloir des uns et des autres.
Les missions ne peuvent durer plus de 15 jours du fait que les adhérents
sont salariés et certains souhaitent même que leurs durées
ne dépassent pas une semaine. Ces durées paraissent bien
courtes, compte tenu du faible nombre de missions, alors qu’il est difficile
de prévoir les difficultés rencontrées sur place et
la réactivité des partenaires. En même temps cela nécessite
des préparations rigoureuses et surtout responsabilise d’autant 
les partenaires locaux.
L’économie de moyen et le refus du sponsoring constituent des
freins importants et sont responsables de retard dans la réalisation
des projets d’autant plus que les procédures d’attribution des subventions
publiques sont souvent lourdes et peu adaptées. De plus, cette économie
de moyen et le bénévolat ne favorisent pas le développement
d’une expertise dans la recherche de financement. Pourtant contrairement
à de nombreuses autres associations, CSDPTT est capable demain de
se lancer dans des projets sans avoir à rechercher de subventions
grâce à une gestion rigoureuse et l’accueil permanent de nouveaux
adhérents dont les cotisations constituent l’essentiel des revenus.
CSDPTT s’affirme association de personnel des PTT, Poste et France
Télécom, ce qui imprègne fortement l’identité
de l’association, mais se refuse à solliciter toute subvention de
l’entreprise ce qui questionne souvent les nouveaux adhérents entraînant
des débats et parfois des incompréhensions internes d’autant
plus que l’association attire par son efficacité des gens surtout
attirés par l’idée d’être utile et surtout efficace.
Cette orientation, régulièrement confirmée lors de
l’assemblée générale annuelle de l’association, permet
des relations désintéressées avec les opérateurs
africains ou les partenaires, bien qu’elle nécessite souvent de
longs débats. Elle est dictée par la volonté de garder
son indépendance et de ne pas être instrumentalisée
par France Télécom engagé dans une stratégie
d’expansion en Afrique. Elle permet aussi à l’association de développer
une réflexion propre et spécifique sur l’évolution
du secteur des télécommunications et de l’Union Internationale
des Télécommunications, au cœur de la déréglementation
néolibérale. Peu d’associations travaillent ainsi concrètement
sur les mêmes sujets d’où le très fort impact qu’ont
pu avoir les interventions du délégué de CSDPTT à
laPREPCOM2 du Sommet mondial de la Société de l’Information.
Cette réflexion n’en est que plus importante pour le mouvement social,
dont CSDPTT se rapproche petit à petit.
L’association a déjà prouvé que l’aide de France
Télécom n’était pas nécessaire sauf l’autorisation
de pouvoir récupérer du matériel réformé
qui de toute façon devrait être aliéné. Par
ailleurs CSDPTT possède déjà un petit stock, constitué
dans le plein respect des règles comptables, lui permettant de réaliser
un certain nombre de liaisons. De plus elle a entamé une réflexion
interne et un travail de perspective afin de pouvoir mettre en oeuvre des
équipements neufs de génération actuelle.
Enfin, la réflexion interne s’est nourrie d’un rapprochement
avec des chercheurs ou acteurs burkinabé qui ont largement participé
à la formation des adhérents sans que celle-ci prenne une
forme didactique mais plutôt grâce à des échanges
réguliers, à partir de situations réelles y compris
sur ce présent projet. Ainsi M. Nyamba, ethno-sociologue de l’Université
de Ouagadougou a toujours pris de son temps pour dialoguer avec les différents
membres de CSDPTT qui se sont succédé en mission. Plus récemment
CSDPTT s’est aussi rapproché de l’association Yam Pukri dont le
Président M. Sylvestre Ouedraogo a écrit un article sur l’aide
vue par les ONG du Sud, et avec qui les échanges ont été
soutenus . D’autre part, les rapports s’intensifient avec l’AVDTM (Association
des Volontaires pour le Développement des Télécommunications
au Mali) qui rassemble des salariés de la SOTELMA. Ils viennent
de se nouer avec la toute récente SODEPOSTEL (Solidarité
Développement des Postes et Télécommunications) et
s’annoncent prometteur.
Sans vouloir trop généraliser à l’ensemble des
ONGs, il semble cependant que cette approche critique des questions de
développement et leur éclairage par un rapport direct avec
des partenaires développant eux-même une réflexion
critique sur les ONGs du Nord constituent une démarche originale.
Ceci non par le fait d’avoir des rapports avec des partenaires en Afrique
mais surtout du fait que les partenaires ne sont pas en relation de dépendance.
En effet les associations SODEPOSTEL et AVDTM sont constitués
de salariés des opérateurs ONATEL et SOTELMA. D’autre part
MM. André Nyamba et Sylvestre Ouedraogo ne manquent pas de proposition
de « consultation » et n’ont donc aucun besoin de CSDPTT
pour arrondir leur fin de mois. Contrairement donc à la plupart
des rapports de partenariat entre ONG du Nord et du Sud, où l’existence
de celles du Sud employant des salariés est dépendante des
subsides que leur versent celles du Nord projet par projet, les rapports
institués sont affranchis de toute relation de dépendance
financière. On peut donc espérer une expression libre et
critique de part et d’autre.

2.5.2 L’Office National des Télécommunications
CSDPTT, de par son identité d’association de personnel d’un
opérateur (totalement public lors de la création) a toujours
recherché un partenariat avec l’ONATEL, l’opérateur public
burkinabé. Il fallait construire petit à petit une relation
de confiance et si cela ne semblait guère poser de question à
CSDPTT, il n’en a certainement pas été de même au sein
de l’ONATEL. Un tel partenariat, ONG - entreprise publique, n’a semble-t-il
pas d’antécédent si l’on met de côté les services
sociaux comme la santé ou l’éducation. Il existe des expériences
proches avec une association interne à l’EDF, le CODEV, mais cette
dernière s’est positionnée sans état d’âme au
cœur de la stratégie de l’entreprise.
Mais pour CSDPTT deux raisons président à l’obligation
d’un partenariat avec l’ONATEL D’une part, elle emploie des cadres et techniciens 
des télécommunications avec qui l’association souhaite développer
des relations d’amitié et d’échange. D’autre part, après
s’être positionnée dans la réalisation de raccordement
de villages au réseau téléphonique, la coopération
avec l’opérateur dont l’exploitation et la gestion du réseau
est la raison d’être, s’impose.
Enfin, à chaque étape de la construction de cette coopération,
CSDPTT a sollicité les avis précieux de salariés de
l’ONATEL, bien au fait de la culture interne, lui permettant d’évaluer
ce qui était possible. Bien entendu l’appartenance à France
Télécom permet aussi d’appréhender la logique interne
d’un opérateur public même si d’importantes différences
existent.
L’ONATEL est bien sûr avant tout un opérateur. Bien que
public, il doit composer avec des contraintes de rentabilité et
d’équilibre interne. Il reste sous la tutelle d’un ministère
et donc d’une orientation gouvernementale. Sans doute, l’Etat et/ou la
classe politique ont pioché ou piochent-ils encore dans les bénéfices
soit pour des opérations politiques soit pour effectuer des investissements
dans des domaines éloignés des attributions de l’ONATEL.
Il n’en reste pas moins qu’elle est l’une des entreprises les plus riches
de ce pays parmi les plus pauvres du monde ! Aussi la politique de l’ONATEL
navigue-t-elle entre des ambitions de modernisation, de développement
du réseau y compris dans des zones enclavées, mais aussi
de développement de services en direction des segments de marché
les plus rentables. Le pari qu’a fait CSDPTT c’est qu’au milieu de ces
sollicitations diverses, il y a un espace pour des projets sociaux.
Le Burkina est un pays sous ajustement structurel, donc sous
le contrôle des experts du FMI et de la Banque Mondiale. Il 
doit préparer son opérateur à la privatisation ce
qui entre en contradiction avec une véritable politique sociale
qui fixerait comme objectif prioritaire le raccordement de l’ensemble des
villages. Les dirigeants de ce pays se réclament parfois comme porte-parole
du tiers monde. Il existe donc bien un espace pour que se réalise
ce type d’expérience, d’autant plus que les investissements demandés
à l’ONATEL ne consistent qu’en l’installation de l’alimentation
en énergie. On pense à CSDPTT que la participation de l’ONATEL
devrait être plus importante mais on est prêt à faire
des concessions car il faut aussi convaincre l’opérateur de la viabilité
d’un tel projet avant qu’il ne s’engage davantage. N’aurait-il pas été
illusoire de penser qu’un tel opérateur ait pu faire confiance à
une petite association sans que celle-ci ait eu à faire ses preuves ?
Mais cet opérateur est aussi un regroupement d’individualités.
Chacun y vit traversé de multiples contradictions et de sollicitations
diverses. Difficile pour les salariés de cette entreprise à
tous les niveaux de rester insensibles aux demandes de raccordements de
villages qui leur arrivent de toute part. D’autant plus que l’urbanisation
n’est que toute récente et que la plupart des familles des agents
ont des attaches très fortes avec leur village. Aussi les membres
de CSDPTT ont toujours senti de la part des dirigeants de l’ONATEL, une
écoute attentive et intéressée, parfois même
condescendante, lorsqu’ils présentaient leur projet.
Et puis, nous avons rencontré à plusieurs reprises des
cadres d’opérateurs jusqu’au plus haut niveau. Tous exprimaient,
une fois la conversation engagée en toute confiance, une grande
défiance devant les perspectives de privatisation, d’autant plus
qu’en règle générale ces opérateurs sont des
entreprises en bonne santé même s’il y persiste des blocages.
On peut d’ailleurs se demander s’ils n’ont pas d’autres origines que l’attitude
de la classe politique.
L’action de CSDPTT et de la SODEPOSTEL constitue en un certain sens
une forme de pression en direction de l’opérateur ce que tendraient
à prouver les débuts difficiles du projet. Car si les demandes
se multiplient, l’exemple de ce que nous l’espérons pourra bientôt
constituer une réussite, rendra difficilement justifiable le refus
de l’opérateur de travailler à mieux les satisfaire. Notons
d’ailleurs que les techniciens chargés de la maintenance ne voient
pas toujours d’un bon œil cette surcharge de travail. En même temps
on sent de la part de tous ceux qui ont participé à la réussite
du projet, y compris des cadres supérieurs de l’entreprise, une
certaine fierté voire un engouement pour ce type de projet. Cette
pression reste donc non conflictuelle.
Sans ces conditions finalement assez favorables et malgré les
contradictions que nous venons d’évoquer, il aurait été
de toute façon difficile de réussir. Mais n’est-ce pas pourtant
la naissance de la SODEPOSTEL et son implication rapide qui va créer
les conditions de durabilité ?

2.5.3 L’association SODEPOSTEL (Solidarité Développement
dans les Postes et Télécommunications)

Dès les origines CSDPTT a toujours suscité la création
d’association au sein des opérateurs regroupant des salariés.
Il s’agissait au départ de créer des relations directes d’amitié
et de solidarité, comme l’affirment les statuts, sur lesquelles
pouvait se construire une coopération qui se voulait plus proche
des besoins du personnel. Petit à petit un tel partenaire est apparu
indispensable pour promouvoir un développement durable à
l’échelle des projets de CSDPTT. Il existe des acteurs dans les
opérateurs locaux, des techniciens et cadres, qui n’attendent qu’un
chaînon manquant pour devenir de véritables acteurs de développement.
Il ne s’agit pas d’oblitérer l’image négative qu’ont les
populations africaines des techniciens travaillant dans les opérateurs.
Encore que nombre d’entre eux, malgré un environnement difficile,
effectuent leur travail avec sérieux et engagement encore motivé
par l’attachement au service public. Il s’agit de faire le pari que, mis
dans un contexte différent, il existe dans ces opérateurs
des gens compétents et motivés par le développement
de leur pays, capables de se mettre en mouvement non plus pour leur seul
intérêt mais pour l’intérêt général.
Il faut travailler au rassemblement de ces gens compétents et motivés.
Au Burkina, des techniciens et cadres de l’ONATEL agents ont souvent
prêté une oreille attentive à l’action de CSDPTT, lui
ouvrant même à l’occasion les portes de différents
services ou même celles de la Direction lors des différents
missions qui se sont succédées dans ce pays. Pourtant 
il a fallu plus de 10 ans jusqu’à ce que cette association se créée
officiellement. Cela a d’ailleurs été l’occasion de découvrir
que sans la Présidence d’un « ancien », une telle association
parait difficilement concevable. Celui-ci M. Mousbila Sankara, et
le secrétaire général, M. Jean Tiendrebeogo sont d’ailleurs
des retraités. C’est le premier qui en a pris l’initiative, soutenu
sans doute par beaucoup de ceux que CSDPTT avaient côtoyés,
mais il manquait une personnalité qui en prenne l’initiative.
La première rencontre a eu lieu en décembre 2002 au Burkina.
Après une heure de discussion, la satisfaction était partagée
des deux côtés. L’identité de vue était totale,
que ce soit sur l’initiative de travailler au raccordement de villages
au réseau téléphonique, de généraliser
l’expérience en parallèle avec un retrait progressif de CSDPTT,
sur le rôle dévolu à SODEPOSTEL de prendre en charge
les problèmes à régler au Burkina y compris les négociations
avec, les termes du partenariat futur, mais aussi la volonté de
part et d’autres de s’impliquer dans les débats et de travailler
à une réflexion critique sur les privatisations.
De plus les animateurs de SODEPOSTEL ont rapidement traduit par des
actes leur volonté de s’impliquer. C’est ainsi qu’ils ont
organisé la tournée des villages que nous avons évoquée
plus haut. Cette association avait de plus travaillé de sa propre
initiative à une généralisation de l’expérience
qui cette fois devait passer au préalable par la mise en place de
comité de gestion. Ce travail est consigné dans un document,
qui constitue un véritable mode opératoire de cette généralisation.
Et ce avant même la visite des villages installés ou l’absence
de ces comités constituent une des insuffisances majeures à
l’origine des difficultés dans la gestion comme nous l’avons vu.
Durant cette tournée, ils ont rapidement pris les choses en
main, multipliant les questions, sensibilisant les techniciens locaux de
l’ONATEL, dialoguant avec les gérants des cabines téléphoniques
et les villageois. Si bien que le représentant de CSDPTT a pu assez
rapidement se mettre en retrait. N’est-ce pas là un des objectifs
majeurs de l’expérience ?
Depuis, leur mobilisation paraît intacte. Un contact direct a
été établi avec un technicien de CSDPTT qui prépare
le raccordement de Sérékéni. Aux dernières
nouvelles, ce sont les membres de la SODEPOSTEL qui se sont occupés
de récupérer le matériel au Burkina courant avril
2003. Ils viennent par ailleurs de nous informer de l’intérêt
de l’ONATEL pour la généralisation de l’expérience,
prouvant par la même qu’ils ont poursuivi le contact suivi avec la
direction de l’ONATEL.

2.5.4 Les villages
Nous n’allons pas développer ici la forme de partenariat développé
avec les villages. M. Nyamba a longuement développé cet aspect
dans l’étude que nous avons citée plus haut. Nous avouons
modestement notre incompétence et préférerons laisser
place à des gens beaucoup plus expérimentés. Cela
ne signifie pas bien sur que nous nous y désintéressons,
au contraire, cela nous passionnerait même plutôt. Mais nous
clamons suffisamment que les ONGs du Nord prennent trop de place jusqu’à
étouffer leur partenaire pour ne pas tomber dans les mêmes
travers. En réalité au risque de ne pas profiter pleinement
du retour si valorisant d’un tel projet, comme savent si bien le faire
les habitants des villages burkinabé, nous préférons
laisser la SODEPOSTEL animer le partenariat avec les villages.
Nous regrettons simplement la difficulté que nous avons à
trouver les financements pour que M. Nyamba puisse compléter son
travail par une étude sur place sur le changement social généré
par le projet.
Les techniciens de CSDPTT qui ont réalisé sur place les
liaisons n’ont malheureusement guère eu le temps de prendre le temps
de nouer des relations approfondies avec les habitants de ces villages,
pris qu’ils étaient par le temps. Mais un technicien de CSDPTT appelle
cependant régulièrement les gérants pour échanger
des nouvelles
Il n’en sera pas de même avec Sérékéni où
des relations d’amitié se sont développées depuis
de nombreuses années. Et compte tenu de l’organisation collective
avancée qu’il y a dans ce vernier village, une étude comparative
des projets sur ces lieux différents permettrait une meilleure analyse
des difficultés de gestion que nous avons évoquées.

3 Etendre le champ d’action de CSDPTT ?
L’action de CSDPTT et les principes qui la guident ont été
montrés à travers cet exemple de réalisation
sur le terrain dans lequel ont été profondément impliqués
les intervenants de CSDPTT, leurs partenaires de la SODEPOSTEL, l’opérateur
burkinabé, et les habitants des villages.
Nous allons voir que les actions du type de celle que nous avons longuement
décrite, peuvent se développer en s’appuyant sur lesmêmes
principesà d’autres secteurs que le raccordement de villages isolés
au réseau national des télécommunications et ce dans
le cadre actuel .

3.1 Etendre le champs d’action de CSDPTT
3.1.1 Le positionnement de CSDPTT
CSDPTT a privilégié les rapports directs avec des associations
de personnel, d’abord pour développer des relations d’amitié
et d’échange, puis des rapports d’entraide entre collègues
de même professions. C’est ainsi qu’au Mali, CSDPTT a déjà
organisé des formations en direction de ses partenaires rassemblés
au sein de l’ADTM (Association des Volontaires pour le Développement
des Télécommunications au Mali ) ; une pour consolider des
connaissances en transmission dans une région et une autre d’initiation
au maniement des micro-ordinateurs et à l’utilisation d’Internet 
Les rapports avec la direction de la SOTELMA (Société Des
télécommunications du Mali) n’ont pas atteint le niveau de
ceux qui existent avec l’ONATEL au Burkina et qui résultent de la
collaboration établie lors de la réalisation de projets de
téléphonie rurale dans ce pays. Mais des projets identiques
sont en phase de préparation avancée au Mali aussi, qui devraient
permettre la mise en place d’un partenariat identique à celui réalisé
au Burkina en particulier.
Dans le domaine de l’appropriation d’Internet, CSDPTT a signé
une convention de collaboration avec l’association Yam Pukri au Burkina
Faso pour une durée de 3 ans et a participé à une
formation au Niger sous l’égide de l’association africacomputing.
Des besoins sont exprimés qui permettraient d’étendre le
champ des actions de CSDPTT. Il reste que ces évolutions entraînent
des débats internes et rien de ne permet de trop présager
l’ampleur qu’ils pourraient prendre. CSDPTT de par son identité
n’a pas pour vocation à se substituer aux responsabilités
de la France et ces extensions resteront limitées et ciblées.
C’est surtout l’absence de coopération institutionnelle qui fait
que CSDPTT se retrouve à avoir à combler ce vide en se retrouvant
destinataire de demande qui devrait précisément être
du ressort de cette coopération. Mais ces expériences peuvent
s’avérer riches d’enseignement dans l’éventualité
d’une renaissance de la coopération institutionnelle française
ou européenne.
CSDPTT rassemble des adhérents de services extrêmement
différents dans les domaines aussi divers que la transmission,
la téléphonie rurale, le commercial, l’ingénierie,
Internet, l’informatique, la gestion. En même temps son réseau
de connaissance étendue peut éventuellement lui permettre
de faire appel à des professionnels au-delà des adhérents
comme cela a été envisagé récemment. Il reste
cependant que des projets qui pourraient répondre à des besoins
directs des populations continueront à remporter les faveurs de
l’association. Cela dit, CSDPTT peut étendre dès aujourd’hui
son champ d’action pour deux raisons :
- le raccordement des villages est en phase d’appropriation progressive
par les collègues des deux opérateurs concernés, et
pourra être assurés dans l’avenir proche avec un support CSDPTT
« allégé » (sauf peut-être les aspects
liés à la fourniture de matériels, de génération
actuelle ou de nouvelle génération) ;
- les besoins nouveaux sont apparus, grâce au développement
de ses relations qui se situent dans d’autres secteurs d’activité
des télécommunications, au niveau du réseau comme
au niveau des services.

3.1.2 Une démarche d’extension des activités
S’il est exclu que CSDPTT soit présente sur l’ensemble des besoins
à satisfaire, elle propose une démarche qui s’inspire de
son expérience acquise sur le terrain et des liens qu’elle a tissés,
décrite dans la première moitié du document. Une telle
démarche sera à même de faire face à ces besoins,
à une double condition :
- Trouver pour les y associer des partenaires en France et/ou en Europe,
inspirés de la même éthique : primauté du service
public, priorité aux finalités sociales et importance des
liens de solidarité entre les partenaires des projets. Cette condition
induit une place importante pour la « fédération »
des partenaires dans un même projet ou dans une action commune.
- Trouver des ressources financières qui laisseront l’entière
liberté d’action et ne mettront pas en cause l’indépendance
de CSDPTT. Comme on l’a vu dans la partie précédente, la
réutilisation d’équipements récupérés
auprès de France Télécom posera en effet de plus en
plus de problèmes. Ces ressources permettront donc d’acquérir
les équipements, de les livrer et de couvrir les frais des missions
pour les mettre en oeuvre ou pour assurer les autres tâches dont
nous reparlerons plus loin.
Cette démarche implique des compétences élargies
tant dans le domaine opérationnel des raccordements au réseau
des villages et communautés isolés que des problématiques
du domaine conceptuel concernant la connectivité, la compatibilité
technologique et l’intégration dans le réseau existant et
programmé/planifié des réalisations effectuées
au titre de la coopération.
Cette démarche doit donc placer tout projet dans une perspective
de développement, dans le temps (durée de vie de l’équipement,
renouvellement, émulation) et dans l’espace (extension du réseau,
évolution du débit offert, nouveaux services potentiels).
Dans cette démarche, les partenaires de CSDPTT, associations locales/régionales/nationales
et associations de professionnels des OPT, jouent un rôle pré-éminent
dans la mesure où ils collectent les données associant le
développement du réseau au développement socio-économique
et humain dans les zones concernées. En contrepartie ils pourront
recourir à la collaboration initiale de CSDPTT ou d’autres acteurs
inspirés des mêmes principes pour élaborer un schéma
de développement cohérent.
Chacun de ces projets comporte un volet formation. Celle-ci n’a pas
pour rôle de se substituer à celle des Centres de formation
africains. Nous avons en fait pu constater que les techniciens locaux avec
lesquels nous avons collaboré dans le cadre des différents
projets, avaient pour la plupart un bon niveau de formation dans leur spécialité.
La formation proposée par CSDPTT correspond plutôt à
un accompagnement à l’introduction d’un nouveau matériel
et prend plutôt la forme d’un soutien, comme celle qui a été
décrite précédemment pour le projet de raccordement
des villages de la région de Toma ; elle nécessitera toutefois
des approfondissements pour l’initiation aux nouvelles technologies radioélectriques.

3.1.3 Deux exemples
a) Le déploiement d’un réseau en zone rurale
Une illustration pratique de cette démarche est l’étude
du raccordement d’un ensemble de sites isolés en deux ou trois phases
 :
- En première phase, l’étude de réalisation devra
conduire à la mise en œuvre des raccordements demandés.
- En deuxième phase, une étude de faisabilité
concernera la recherche d’autres sites à relier dans un périmètre
donné du réseau existant (par exemple une trentaine de km
« autour » du réseau existant), et à évaluer
leur raccordement en utilisant au mieux la synergie avec la réalisation
en 1ère phase, tant sur le plan technologique que sur le plan économique.
- En troisième phase, une étude prospective élargira
le périmètre de recensement de sites à une limite
supérieure, par exemple une cinquantaine de km « autour »
du réseau existant ou programmé dans une zone géographique
déterminée.
Ces études sont menées en associant étroitement
les partenaires nationaux (opérateur, association professionnelle)
et locaux/régionaux comme les associations villageoises. Les rapports
d’études (de réalisation, de faisabilité et prospectives)
sont le résultat des convergences entre partenaires concernés
et sont présentés en tant que tels aux responsables de l’OPT.
Dans la mesure où les raccordements sont réalisés
par voie radioélectrique, ces études prennent en compte tous
les aspects liés à l’utilisation du/des plan(s) de fréquence
et indiquent les solutions les plus appropriées, y compris alternatives
le cas échéant.
 
b) L’intervention sur le réseau de transport
Dans le cadre du prolongement de l’activité de raccordement
au réseau des villages ou communautés isolés, on peut
ainsi voir l’étude d’un faisceau hertzien ou une artère en
câble, voire une liaison par satellite pour les sites les plus à
l’écart du réseau existant. Il ne s’agit pas d’un cas d’école
puisque CSDPTT a eu à travailler sur deux demandes d’origines différentes
portant sur des artères de transmission qui n’ont pas abouti à
un projet pour des raisons que nous n’exposerons pas ici.
Cet exemple répond à des besoins vitaux pour les OPT
et pour l’ensemble des populations qu’ils doivent desservir.
La démarche proposée peut aussi porter non plus seulement
sur le réseau d’accès mais sur le réseau de transport
(réseau d’infrastructure, réseau dorsal, réseau national).
A titre d’exemple pour illustrer ce propos, CSDPTT a été
sollicitée par l’OPT d’un pays sahélien pour donner son avis
- et éventuellement un concours plus soutenu- sur l’évolution
de l’artère hertzienne nationale dont les équipements sont
obsolètes et trop fréquemment hors d’état de fonctionnement.
Ce nouveau type d’activité requiert une expérience avérée
en faisceaux hertziens et la connaissance de matériels de génération
courante ou future. Les besoins sont importants mais paradoxalement ils
attendent d’être affichés car la plupart des OPT africains
sont soit alliés à des « partenaires stratégiques
 » (c’est alors eux qui contrôlent le processus et imposent
leur solution) soit en expectative et hésitent alors à prendre
des décisions, au grand dam des intérêts du pays et
des besoins de la population. Le cas cité est représentatif
de la problématique en instance : une liaison hertzienne est construite
sur une infrastructure (stations hertziennes avec pylône et énergie
autonome) qui est élément du patrimoine de l’OPT, voire national
eu égard à son rôle et son coût. Toute réflexion
sur l’évolution d’une telle liaison doit donc avoir en mémoire
cette caractéristique et privilégier une approche où
l’intérêt de l’utilité publique est le critère
principal.

4 Conclusion : mobiliser les acteurs pour une « nouvelle coopération
 »

Les exemples cités ci-dessus montrent simplement et concrètement
que les besoins des pays africains sont à la fois urgents et immenses
et que leurs spécificités ne sont pas prises en compte dans
les pratiques actuelles dites de partenariat qui se sont substituées
à la coopération technique des années 70-80.
Nous avons voulu montrer à partir des exemples des pratiques
actuelles de CSDPTT, basées sur les principes de solidarité
et le sens aigu du service public, et essentiellement centrées sur
le domaine opérationnel, que d’autres domaines peuvent être
ouverts et couverts pour répondre aux besoins réels des pays
africains. Cette ouverture doit privilégier le renforcement du rôle
de l’Etat dans les décisions majeures en faveur de son développement
et l’intérêt de service public pour l’ensemble de sa population.
La desserte des zones rurales et/ou éloignées est l’exemple-type
de cette action.
Ces actions doivent s’appuyer sur des pôles-relais forts et sur
les relations internes de solidarité si elles ambitionnent l’efficacité
et la durabilité. C’est ainsi que se constitueront les partenariats
réels car reposant sur des hommes et femmes engagés et compétents
et sur les liens personnels très forts qui les unissent. Cet engagement
et ces liens de solidarité soutiendront leur ambition et leur volonté
de développer leur domaine d’activité comme catalyseur et
outil indispensable du développement de leur pays au profit de l’ensemble
de ses citoyens.
Ces exemples interpellent aussi par la même occasion les responsables
des pays industrialisés et plus particulièrement la France,
ainsi que les institutions de l’Union Européenne (dans le cadre
des accords de Cotonou qui lient l’UE avec les Etats ACP) pour un nécessaire
« aggiornamento » de la coopération et l’adoption des
principes développés ici pour initier cette « nouvelle
coopération » au plus grand bénéfice des PeD.
Les acteurs de cette « nouvelle coopération » sont
déjà en place à l’instar de CSDPTT et ses partenaires.
Le champ élargi de leur activité et l’urgence des besoins
des pays africains militent pour un financement qui assure l’indépendance
des intervenants et le respect de leurs principes d’action.
C’est la responsabilité des Pays Industrialisés et tout
particulièrement de la France que de veiller à ce que des
ressources financières soient mises à la disposition de ces
acteurs. C’est aussi l’assurance que la « nouvelle coopération
 » est reconnue comme outil de choix pour réduire le fossé
(social avant d’être numérique) entre les pays riches et les
Pays en développement particulièrement africains.
Dans ces conditions, une « nouvelle coopération »
ne serait pas seulement possible mais elle paraît aussi indispensable
voire urgente en particulier pour de nombreux pays du continent africain.

Emile Quesada (CSDPTT Nice) Responsable des projets de téléphonie
rurale

Jean Louis Fullsack (CSDPTT Strasbourg) Délégué
de CSDPTT au Sommet Mondial de la Société de l’Information

Bruno Jaffré (CSDPTT Ile de France) Président de
CSDPTT