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A propos des académies CISCO de Jean Louis Fullsack (mai 2003)

jeudi 3 juillet 2003, par Bruno JAFFRE

A propos des académies CISCO

De Jean Louis Fullsack

La formation Cisco est dispensée pour la promotion
des équipements "maison" mais aussi -et surtout- pour la promotion
de ses concepts de réseau dits "de nouvelle génération",
le tout "baigné" dans la monoculture IP.

Pour cette raison cette formation présente au
moins trois effets pervers.

- En termes d’équipements de réseau IP,
Cisco est en situation de quasi-monopole de fournisseur puisqu’il détient
85% du marché. C’est exactement la même part que Microsoft
pour les logiciels commercialisés. Il est alors piquant de constater
que le plus virulent pourfendeur des "monopoles étatiques" 
(les opérateurs publics de télécoms non déréglementés)
est parvenu au même stade ! Sur le plan de l’évolution technologique
et économique des équipements ce n’est pas de bonne augure.

- En termes de concept de réseau il impose son
architecture qui est rarement compatible avec le réseau existant
(surtout dans les PeD) et nécessite alors un réseau superposé,
véhiculant le trafic IP, par rapport à l’existant qui
continue à véhiculer le trafic commuté. On a alors
à gérer et exploiter deux sous-réseaux distincts jusqu’au
jour où tous les services commutés auront été
"basculés" sur IP, ce dont on n’est pas encore aussi près
que ne le proclame Cisco. En termes économiques mais aussi
évolutifs cette approche est plus que critiquable !

- La monoculture IP est le meilleur moyen d’imposer à
la fois les équipements et les concepts Cisco et lier ainsi les
opérateurs au fournisseur unique puisque monopolistique, mais dans
les "académies Cisco" cette monoculture est "enseignée" comme
une matière, basique et neutre.

Ce sont en raccourci les raisons qui motivent ma forte
prévention contre l’emprise de Cisco dans la formation, auxquelles
j’ajouterai la non-transparence (c’est un euphémisme) dans
d’autres co-aventures de Cisco avec les institutions internationales et
en tout premier celles du système onusien et celles de Bretton Woods.
On peut affirmer que dans ces institutions Microsoft et Cisco se sont constitué
un empire ... et une rente de situation.

C’est pour cela que je continue de protester contre ce
que l’on peut considérer comme un "abus de position dominante" -économique
et conceptuelle- et que je condamne le principe des "académies Cisco".

Je ferai aussi trois commentaires :
1 - A travers ses contrats "d’académies" notamment
via l’UIT et le PNUD, Cisco s’est arrogé un marché potentiel
, celui de l’Afrique et d’autres PeD, à très peu de frais.
Pour quelques millions de dollars il s’y fait une autopromotion dont ses
concurrents ne peuvent que rêver.

2 - Si Cisco a pénétré dans
les instituts de formation supérieure en France (par exemple), son
"enseignement" est moins critique car il y a suffisamment d’enseignants
professionnels pour le garder dans les limites de "tolérance" ou
d’opportunité. En d’autres termes, Cisco n’y "fera pas son
numéro". Je côtoie suffisamment de responsables du Groupe
des Ecoles des Télécoms (GET) pour connaître leur opinion
et leur réaction, y compris leur scepticisme.

3- Si Cisco a acquis cette position et le chiffre d’affaires
correspondant qui lui permet de dégager quatre milliards de dollars
de bénéfices au dernier semestre, rien ne lui interdit de
verser une subvention de fonctionnement (ou de faire un don) "d’un montant
significatif" aux institutions académiques et technologiques africaines
pour que celles-ci puissent non seulement assurer leur survie, mais -pourquoi
pas- acquérir des équipements Cisco s’ils le souhaitent et
que les besoins le justifient. Le choix sera alors plus clair et laissera
toute liberté à ces institutions pour donner notamment aux
jeunes ingénieurs et techniciens africains les formations -généralistes
et applicatives- qui répondent aux besoins et contraintes des opérateurs
et entreprises de service africains. Ceux-ci choisiront alors à
leur tour les équipements qui leur permettent de faire évoluer
au mieux -sur les plans technologique et économique ainsi que sur
celui des services- leurs réseaux existants vers des réseaux
cibles planifiés.

J’ajoute pour terminer que d’autres constructeurs passent
déjà par de tels types de financements ; un autre exemple,
plus critiquable pour d’autres raisons, est le système des "centres
d’excellence" sous la houlette de l’UIT auxquelles des constructeurs européens
surtout contribuent sans imposer leur concepts.

Jean-Louis Fullsack (CSDPTT Strasbourg)
 
 
 

Messages

  • Bonjour,

    Je trouve votre critique trop dure, en effet, nous faisons partie du programe Academies CISCO a Dakar (ESMT) et cela ne nous a apporte que du bien :

    1/ des contenus de cours riches mis a disposition, multimedias, agrementes de nombreuses photos, et simulateurs, le tout en francais et mis a jour avec les evolutions technologiques (un plus non negliables pour les pays africains qui ne peuvent pas facilement developper du contenu)

    2/ la possibilite de proposer a nos etudiants une certification leur permettant de se placer sur le meme pied d’egalite que les autres jeunes (ou moins jeunes) certifies dans le monde (la encore, quand on connait la valeur des diplomes africains dans le monde, ce n’est pas negligeable)

    3/ enfin, le programme Academies CISCO c’est un reseau de contacts entre les institutions de formation en Afrique (francophone et anglophone), avec de nombreux echanges et des formations de formateurs (la fin de l’isolement ou des partenariats nord-sud uniquement).

    Pour toutes ces raisons, je ne voudrais pas cracher dans la soupe, d’autant plus qu’il faut reconnaitre que les operateurs utilisent du materiel CISCO donc il faut bien former des gens qui sachent les utiliser (les personnes certifiees restent pas longtemps au chomage).

    Merci,

    Bruno ROGER,

    ESMT/DI