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Lettre d’Aout 1996

Aout

jeudi 1er août 1996


La Lettre de aout 1996
No : 11

 
Sommaire :

 

Editorial
Dettes des Télécoms des
pays africains
 ! Et si on ouvrait le débat ?

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Echos de csdptt et de la vie
associative

CSDPTT à Madagascar
Lancement du groupe de travail Télécoms
au CFSI.

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Echos des postes et télécoms
dans le monde

Protestations contre la privatisation
d’INTELCAM
au Cameroun.

Matra lance un nouveau système
de téléphonie par satellite
.

Réseaux GSM au Ghana, au
Malawi et en Afrique du Sud
.

TRT France veut bénéficier
des prêts de la COFACE
.

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Economie
Economie : Embellie africaine ?


Editorial
Dettes des Télécoms des pays africains !
Et si on ouvrait le débat ?

Ce qui vient de se passer au Cameroun (voir page suivante)
amène quelques réflexions. Le Cameroun se retrouvant avec
une importe dette en matière de télécommunications
envers la France, celle-ci a fait pression pour obtenir une partie
du capital de la nouvelle société créée après
privatisation partielle en échange de l’annulation de cette dette.

Comment cette dette en matière de télécommunications
s’est-elle accumulée ? Nous ne traiterons ici que des pays de la
zone franc. Une douzaine de pays africains se trouvaient après l’indépendance
avec une société d’économie mixte, (Etat-France Câbles
Radio filiale de France Télécom) exploitant les télécommunications
internationales, les plus rentables, tandis que le réseau national
était géré par l’administration des PTT. C’est ainsi
que s’est accumulée la dette. Des gouvernements nouvellement mis
en place ont dénoncé le laxisme et l’irresponsabilité
des administrations d’alors. Pour les télécoms cela se traduisait
par le fait que les dirigeants de ces pays, ceux des différentes
administrations ou sociétés d’Etat téléphonaient
sans compter sans se soucier des coûts des communications téléphoniques.
Le fait que la plupart des directeurs des administrations locales des PTT
soient généralement doublés par des coopérants
français, ne semblait guère pouvoir arrêter ce système.
Par contre un petit pays comme le Burkina Faso qui a décidé
d’exploiter seul ses communications internationales depuis plus d’une quinzaine
d’années avait remboursé sa dette de trafic dès 1991.

De plus, et quelle que soient leurs directions d’appel,
la quasi-totalité des appels internationaux transitaient
par la France, y compris entre pays africains ce qui augmentait d’autant
le coût des communications internationales. N’est-ce donc pas un
système dans son ensemble qui a participé à l’augmentation
de cette dette ? Continuer à en réclamer le paiement ou employer
des artifices pour obtenir des remboursements quasi forcés c’est
faire comme si ces pays dont ne nions pas leur part de responsabilités
seraient les seuls responsables.

Aujourd’hui nombre de pays se sont séparés
de FCR même si cette filiale de France Télécom est
encore présente dans quelques pays. Les administrations se sont
transformées en entreprises publiques souvent les mieux gérés
du pays et parfois même les seules rentables. Elles auraient bien
besoin de ces sommes consacrées au règlement de leurs dettes
pour réaliser les ambitieux projets de développement du téléphone
y compris dans les zones rurales.

Nous ne disposons certes pas de l’ensemble des données
concernant la dette des pays africains en matière de télécommunications
mais il nous semble nécessaire d’ouvrir le débat.

 
Bruno Jaffré

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Echos de csdptt et de la vie
associative

CSDPTT à Madagascar 
.

Bruno J. en congé à Madagascar en a profité
pour nouer de nouveaux contacts dans ce pays. C’est ainsi qu’il a pu rencontrer
le DG de Telecom Malagasy M. Bruno Andriantavison, celui de Paositra Malagasy
(la Poste malgache) M. Sylvain Vahiako, ainsi que le chef de cabinet du
ministère auquel ils sont rattachés. Il leur a présenté
les activités de CSDPTT.

L’entretien avec le premier a porté sur les performances
de Telecom Malagasy depuis sa réforme de structure mais aussi sur
l’évolution des télécommunications dans les pays africains.
Une lettre de remerciement concernant notre envoi de postes de téléphone
à la suite des cyclones Daisy et Zéralada nous a par ailleurs
été délivré. Le second a semblé vivement
intéressé par notre soutien aux courriers cyclistes du Burkina
Faso.

Un compte-rendu détaillé du contenu des
entretiens sera ultérieurement envoyé aux adhérents.

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Lancement du groupe de travail
Télécoms au CFSI.

La première réunion du groupe de travail
« Télécoms décentralisés » (voir
la Lettre de CSDPTT N°8) sur l’initiative du Réseau Solidarité
Entreprises du CFSI (Comité Français de Solidarité
Internationale) s’est tenue à Paris en présence d’une dizaine
de participants dont Jean B. pour CSDPTT. Il s’agit de réfléchir
aux différents problèmes que pose l’extension rapide des
réseaux de télécommunications aux zones rurales :
coûts trop élevés, identification des besoins, recherche
d’acteurs locaux, conflit entre services publics et libéralisation 
dans les télécoms. Et ce en se situant bien dans
la période actuelle d’évolution rapide des techniques et
des coûts.

L’objectif annoncé d’aboutir à l’élaboration
d’un projet d’étude faisabilité en vue de le présenter
à des bailleurs de fonds a donné lieu à discussion.
L’aboutissement du groupe n’a cependant pas été définitivement
arrêté.

Il a été convenu de poursuivre en insistant
sur les éléments suivant :

- prise en compte les questions de maintenance et de
facturation,

- articulation des approches techniques et des contextes
sociaux et économiques,

- Nature des organisations de populations dans la gestion
du service mis en place.

Les prochaines séances seront consacrées
à l ‘étude de projets réussis ou non.

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Echos des postes et télécoms
dans le monde

Protestations contre la privatisation
d’INTELCAM au Cameroun.

Le gouvernement a annoncé en juin que France Câble
Radio rentrerait dans le capital de la société des télécommunications
internationales INTELCAM en échange de la résorption de la
lourde dette de cette société (400 millions de F) envers
France Télécom. (AFP 14 JUIN).

Cet accord aurait été obtenu dans le bureau
même du Président camerounais M. Paul Biya contre l’avis
de Banque Mondiale qui tout en poussant partout à la privatisation
des télécommunications souhaite cependant qu’elle se fasse
par appel d’offre. L’accord stipule que « France Télécom
apportera le financement nécessaire au développement des
télécommunications internationales, d réseau de téléphonie
mobile et permettra d’améliorer l’accès au téléphone
par un réseau de publiphonie ». Il permettra en outre à
INTELCAM d’avoir de nouveau accès « aux circuits de télécommunications
internationales ».

Cet accord a été largement critiqué
par la presse indépendante accusant le Président de
« braderie du patrimoine national » et France Télécom
de menacer de couper les télécommunications internationales
juste avant l’ouverture du sommet de l’OUA. Selon l’AFP de nombreux usagers
camerounais avaient constaté des difficultés pour obtenir
l’internationale. Un député d’un Parti dont le leader M.
Dakolé Daïsala est ministres Postes et Télécommunications
a employé les termes de « ventes aux enchères de la
patrie ».

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Matra lance un nouveau système
de téléphonie par satellite.

A l’occasion du salon Americas Telecoms 96, qui a rassemblé
40 ministres, 4000 délégués représentant 185
nations, 360 exposants de 24 pays, la société Matra a présenté
son nouveau projet dénommé EAST (Euro African Satellite Telecommunications).

Il s’agit de lancer un satellite géostationnaire
qui émettra des faisceaux multidirectionnels en bande « L
 » afin de toucher le marché de téléphonie mobile,
et « KU » pour celui des services fixes comme la téléphonie
rurale. Les terminaux permettront l’accès aux réseaux terrestres
et aux réseaux satellites d’une part ou aux réseaux satellites
seuls d’autre part et fonctionneront avec les normes GSM et DCS.

Matra Marconi Space entend se limiter à la fourniture
de la technologie et des équipements et ne compte pas devenir opérateur
laissant les autorités nationales ou régionales conserver
le contrôle.

Le système EAST serait opérationnel à
la fin du siècle selon les prévisions de la société
et ne devrait toucher que les régions commercialement rentables.
Il pourra absorber conjointement 6000 communications téléphoniques
sur un faisceau. Un nouveau satellite serait lancé dans le cas d’une
saturation. Destiné principalement à l’Europe, l’Afrique
et le Moyen Orient, le coût total avoisinerait les 750 millions de
USD. Le coût des communications devrait être d’environ 0,80
USD par minute pour les mobiles et 0,30 USD pour les services fixes.

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Réseaux GSM au Ghana,
au Malawi et en Afrique du Sud.

L’opérateur ghanéen Scancom est le premier
à avoir obtenu une licence d’exploitation pour le premier réseau
de type GSM au Ghana. Sa capacité initiale atteindra 8000 abonnés.
Il couvrira la capitale Accra et la ville de Tema (Est d’Accra) et devrait 
être opérationnel fin Octobre.

Scancom a choisi le groupe suédois Ericsson pour
réaliser le réseau, pour qui c’est le premier contrat de
téléphonie mobile en Afrique de l’Ouest.

Ericsson a par ailleurs signé un contrat de 174
millions de dollars avec le groupe sud-africain Mobile Telephone Networks
pour le développement de son réseau GSM, un contrat qui comprend
les commutateurs, les stations de relais radio et les équipement
terminaux.

Quant au Malawi c’est Alcatel Télécom,
filiale d’Alcatel Alsthom qui avait remporté un contrat de 40 millions
de francs fin 95 pour la fourniture d’un réseau GSM dans 4 zones
urbaines à la société Telekom Networks Limited (société
conjointe entre Telekom Malaysia et Malawi Poste and Telecommunication
Corportation).

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TRT France veut bénéficier
des prêts de la COFACE.

TRT France racheté récemment à Philips
par l’américain Lucent Technologies souhaite continué à
être considérée comme une entreprise française
pour continuer à bénéficier des garanties à
l’exportation de la COFACE. Rappelons que le système de téléphonie
rurale de cette société est largement répandu en Afrique.

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Economie
Economie : Embellie africaine ?
La croissance en Afrique devrait atteindre 5,3% en 96
contre 3,2% en 95 ce qui signifierait une rupture de la spirale d’appauvrissement
observée depuis plus d’une décennie.

Selon le PNUD, cette amélioration résulterait
d ’ « une meilleure stabilité politique et sociale et des réformes
de la politique économique dans certains pays  » entendons
par là les ajustements structurels et la dévaluation du franc
CFA mais selon l’hebdomadaire ALTERNATIVES ECONOMIQUES, ce résultat
serait fragile car principalement dû à une hausse des matières
premières.