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Impressions de l’Ile Maurice

mardi 29 avril 2003, par Bruno JAFFRE

Impressions de l’île Maurice
 
Après un mois passé à l’ile Maurice, l’impression
qui me reste est celle que j’ai ressentie en débarquant :
un petit pays comme un monde miniature, avec sa mosaïque culturelle
et sa population très diverse, et surtout, un petit pays qui fonctionne
 :
Des infrastructures modernes et en bon état, des routes régulièrement
entretenues , un réseau électrique et téléphonique
opérationnel, un niveau de vie moyen nettement supérieur
au reste de l’ Afrique. Officiellement, Maurice se place au 2d rang derrière
l’Afrique du Sud pour le niveau de développement en Afrique.
Une pauvreté « régulée », pratiquement
pas de mendicité, très peu de sans logis. Un élément
de comparaison : la Réunion voisine compte plus de 30% de chômeurs,
contre moins de 10% à Maurice.

D’autres chiffres ? (source : www.uneca.org 1998)
- espérance de vie : 66 ans
- taux d’alphabétisation : 83%
- croissance soutenue de 5 à 6% l’an (1995 à 1998)
- salaire mensuel moyen (fourchette basse) : 150 à 200 €

Y-a que le téléphone qui vous intéresse ?
- télédensité : supérieure à 20%
(+3% l’an)
- numérisation : 100%
- parts de France Telecom / Mauritius Telecom : 40%
- action volontariste du gouvernement pour évoluer vers la Net
économie en se dotant d’un cyber centre et d’un réseau à
bande passante performant.
- Mauritius Telecom a contracté avec Sofrecom (filiale à
100% de France Telecom) la mise en place de services internet à
valeur ajoutée : consultation facture, commandes et paiement en
ligne

Les Mauriciens sont plutôt fiers (sans ostentation) de leur dynamisme
et de leur modèle de civilisation : entre les hindous, les plus
nombreux (45%) avec leurs temples rococos à souhait, ouverts à
tous - même aux touristes s’ils sont respectueux -, les créoles,
descendants d’esclaves, convertis par leur bon maître au catholicisme
(25%), les musulmans d’origine indienne (20%), et les chinois bouddhistes
(10%), la règle est la coexistence pacifique.
Pas de tension particulière, chacun pratique sa religion en
tolérant celle de l’autre (après tout ça multiplie
les jours fériés !) même si le « piston ethnique
 » existe et qu’il vaut toujours mieux appartenir à la même
confession que son patron… Le brassage culturel est une réalité
à Maurice, et l’ouverture aux autres naturelle. D’abord tout le
monde parle deux ou trois langues, l’anglais langue officielle, le français,
le créole (de souche française) qui est la véritable
langue nationale, plus le chinois, ou l’hindi ou encore une autre langue
indienne selon les familles. Ensuite les gens sont mieux informés
qu’ailleurs, et leur insularité ne les empêche pas d’être
concernés par la marche du monde : il faut savoir que tous les jours
on peut suivre à la télévision le journal de France
2, celui de la Réunion, de TV5 et de la BBC... sur une ou l’autre
des trois chaînes de service public. Ç’est la version Mauricienne
de « l’access prime time », toute comparaison avec ce que nous
servent les grands diffuseurs français ou européens serait
déplacée…

Pour relativiser il faut dire que pour les créoles, la situation
générale est plus délicate, c’est chez eux qu’on trouve
les plus pauvres, sans doute à cause de leur histoire qui les a
conduit après l’abolition de l’esclavage à continuer le travail
pénible et sous payé d’ouvrier agricole dans les champs de
canne à sucre. Consolation symbolique ? l’anniversaire de l’abolition
de l’esclavage (le 29 janvier 1835) est un jour de fête, et la question
des « réparations » est officiellement à l’étude
du gouvernement : par exemple des filières scolaires de « 
rattrapage » vont être financées pour assouplir le système
éducatif très élitiste de Maurice, qui fonctionne
par concours successifs (le premier en fin d’école primaire pour
accéder au collège) et qui laisse de côté un
trop grand nombre d’enfants de milieu défavorisé.
Dans les points positifs, il faut aussi noter la gratuité de
la scolarité, des soins médicaux, la facilité d’accession
à la propriété (environ 75% de propriétaires,
même si les logements neufs les moins chers sont souvent construits
loin de tout et mal finis, mais ils sont vendus par le gouvernement autour
de 1000€ plus 30€ par mois pendant 15 ans), et la proximité
du gouvernement. Avec une population de 1,1 Million d’habitants, les élus
et même les ministres sont accessibles : il est possible de saisir
directement son député pour un problème mineur au
plan national mais qui peut être vital pour un village ou une famille.
Il y a aussi les églises -au sens large, l’église catholique
n’est pas la moins active - qui organisent la défense des intérêts
de leurs fidèles directement ou à travers des associations
affiliées.
Et en dernier recours, il y a « Radio One », où
un matin sur deux « enquête en direct » développe
un sujet, même très particulier, jusqu’à rechercher
les responsables du problème, ou de sa solution. Souvent la question
est réglée en quelques jours, comme par exemple pour cette
école de Roche Bois (quartier pauvre de la capitale) délabrée,
sans fenêtres ni toilettes, pour laquelle le ministre a débloqué
des crédits dès le sur-lendemain de l’émission.
La presse est libre, et des « affaires » de corruption
sont régulièrement dévoilées, en ce moment
ce sont les dirigeants de la Mauritius Commercial Bank en charge du fond
national des retraites (National Pension Fund) qui font la une, accusés
d’un détournement de 500 Millions de Roupies (20 Millions d’euros).
Décidément, Maurice a tout d’une démocratie moderne
 !

Et quand on en revient, on se prend à rêver d’une France
multi-ethnique partageant les responsabilités dans le respect et
l’entente mutuelle…

Philippe Rigaud (CSDPTT Ile de France)
 

Messages

  • J’ai lu avec bcp d’atention vos lignes,croyez moi ca fai plaisir qu’un etranger lance autant de fleur sur mon pays.Je voudrais vous faire remarquer qu’il y a deux type de creol a maurice. Ceux qui ont trimé pour faire avancer leur enfants,lesquels sont des enseignant ou autre poste important ,a l’example Mme Navare ex Ministre.La liste est longue s’il faut ecrire.Moi meme cordonier avec six enfants aujourd’hui ils sont de prof, programer a chef d’entreprise.
    L’autre type de creole sont ceux qui viennent d’arriver de Rodrigues et e Diego ,ils vont s’en sortir avec le temp mais faut pas confondre avec les decendant d’esclavage qui s’en est sorti et les nouveau.
    Merci de me permettre d’apporter cette precision.

  • En réalité les indo-mauriciens ( hindous et musulmans confondus) représentent 70°/° de la population, le reste, 30°/° constitue ce qu’on appelle la "population générale" et rassemble créoles, blancs et chinois.
    A part cette petite erreur, et pour un mois de séjour seulement, c’est assez bien vu. Quand on reste un peu plus longtemps, et qu’on y travaille par exemple, on s’aperçoit que la réalité n’est peut être pas aussi idyllique qu’elle y paraît. Mais enfin il y a pire . . .

  • Intéressant diagnostic. je me permets de revenir sur quelques points : la compsition ethno-religieuse de Maurice n’est pas si aisée à établir. L’endogamie est assez forte, cependant il existe des groupes métissés que l’on rattachera à la population génarale, terme impropre et stupide, il est vrai
    je proposerais une répartition comme suit, celle qui est la plus utilisée : Hindous (52%), créoles et métis (27%), indo-musulmans (15%), Chinois (5%), Franco-Mauriciens (1%). Quoiqu’il en soit les pourcentages sont à prendre avec précaution car il n’y a plus de recensement sur une base ethnique depuis 1982... Il faut dire aussi que l’équilibre social est fragile. On ne peut pas vanter Maurice sans égratigner le vernis trop idyllique...
    Cela fait tjs plaisir de voir des "foreigners" s’intéresser à notre pays !