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Télécentres en Afrique : durabilité, relations-privés/communautaires.

vendredi 25 avril 2003, par Bruno JAFFRE

Synthèse réalisée par Ken Lohento (Bénin) avec l’appui de Moustapha Mbengue (Sénégal)

Ce document est une synthèse d’un forum thématique sur le thème des télécentres qui s’est déroulé sur la liste africa_net (voir http://fr.groups.yahoo.com/group/africa_net/) en février - mars 2003. Les débats étaient animés par Ken Lohento et Moustapha Bengue.
Nous avons sollicité l’autorisation de publier cette synthèse sur notre site car de nombreuses personnes ayant participé à ces dissussions sont effectivement impliquées sur le terrain
dans des projets de mise en place de télécentre. Ce débat nous a donc paru riche en informations et en expériences.

 

Le lancement du thème « Télécentres
en Afrique…. » a marqué le démarrage du second
forum thématique organisé sur la liste Africa_net (10 février
au 29 mars 2003). Pour nourrir les réflexions, deux
textes de lancement ont été proposés par les deux
animateurs du thème. Ces textes présentaient différentes
problématiques que les contributions ont traité, tout en
abordant d’autres questions. On peut structurer ces interventions sur les
axes suivants : terminologie et typologie des télécentres
et des services, services payants ou gratuits, durabilité, rentabilité
et financement, usages, pertinence des contenus, questions techniques. 
Cette structuration qui n’est pas étanche, rend surtout compte de
l’importance des contributions obtenues sur ces différents axes.
Dans le texte, nous utilisons les initiales des contributeurs pour les
désigner ; le lecteur est invité à se reporter en
fin de document pour consulter les noms entiers des intervenant(e)s ainsi
qu’une liste des documents diffusés sous forme de liens.

1. Terminologie et typologie des télécentres
et des services

Si les contributions s’accordent à entendre par
le vocable « télécentre » une structure proposant
des services collectifs d’information et de communication (téléphone,
internet, etc.), la différence entre les trois termes « télécentres
communautaires », « télécentre » et « 
cybercentre ou cybercafé » ne semble pas évidente,
par rapport aux types de services proposés ou à proposer,
et aux porteurs de ces projets (association, service de l’Etat, entreprise
privée). En effet, quand est-ce qu’un télécentre est
dit « communautaire » ? Comment définir si un télécentre
géré par une association est « communautaire »
surtout si les services sont payant comme dans chez les privés ? 
Si des réponses et un consensus clairs n’ont pas été
obtenus sur ces questions, on peut noter les remarques intéressantes
de certains contributeurs Ainsi, RS définira le cybercentre
comme « un télécentre (téléphone, photocopie,
fax...) offrant des services internet. » ; pour OL, « un centre
d’accès communautaire (CAC) est bien (et doit être) différent
d’un cybercafé. » ; Un CAC est un lieu de rencontre et de
promotion des TIC pour la communauté, à cet titre son objectif
premier n’est pas de faire du bénéfice, mais de promouvoir
les TIC, de former les novices, de permettre l’accès au plus défavorisés
 » ; SO dira « Nous constatons en Afrique (Sénégal,
Burkina, Mali...) qu’il y a peu d’accès communautaire au vrai sens
du terme. Les quelques accès communautaires qui existent ne sont
pas situés toujours dans des endroits où il y a la demande
 ». On peut aussi noter que « Les termes existant
pour désigner la même réalité (à la base)
sont trop nombreux, et ceci à cause notamment du désir de
visibilité des différentes institutions appuyant la mise
en place des télécentres ». (KL). On a ainsi les PAJE,
(Point d’Accès aux Inforoutes pour la Jeunesse) les CMC, (Centres
multimédias communautaires), les TCP (Télécentres
Communautaires Polyvalents », etc.

2. Services payants ou gratuits
Un débat vif a émergé à propos
du caractère gratuit ou non des services dans les télécentres
servant les classes défavorisées, et en général
dans les services proposés aux populations, qu’ils aient trait à
la communication ou pas. SO recommande de « Ne jamais faire une formation
gratuite. Ce qui est gratuit n’a pas de valeurs ou cache un
piège, pensent les gens le plus souvent . . J’ai constaté
que sur 10 personnes que l’on forme gratuitement, 1 personne termine la
formation. Par contre, 100% de ceux qui paient termine la formation et
viennent même régulièrement….C’est une loi naturelle
de payer un bien ou un service. La gratuité nous a conduit à
l’accoutumance dans la consommation de certains produits et services et
après on était obligé de les acheter à prix
d’or. ». DJ contestera cette opinion en déplorant le fait que
les africains soient sensibles au discours internationaux sur le « 
tout privé » : « Je plaide pour la gratuité des
services y compris de santé, d’éducation, d’information et
de communication dans les zones rurales et dans les zones de pauvreté
…Je vois que dans les pays développes riches tout le monde plaide
pour l’accès a internet gratuit dans les écoles, dans
les administrations, dans les lieux publics…Tout le monde plaide pour la
gratuite des soins SIDA sauf les africains cela les dérange de faire
gratuitement les choses... Dans les villages visites en Afrique les gens
déterrent des racines pour survivre...L’expérience des radios
rurales communautaires à service entièrement gratuit pour
les populations villageoises gérant en autogestion leur outil est
la pour prouver que l’associatif et le communautaire peut marcher ! ».
SB précisera que « la demande d’initiatives privées
et commerciales vient surtout des bailleurs de fonds (USAID ne finance
des projets que s’ils sont commerciaux à 100 %) et de organismes
de tutelle comme le FMI ». D’autres contributeurs tels DR soutiendront
OS « Nous organisons des formations gratuites et nous sommes désagréablement
surpris que le travail que nous apportons, les moyens mis en œuvre ne 
semblent pas pris en considération par les élèves.
Ceux ci viennent, repartent, décalent à volonté les
rendez-vous »). D’autres adopteront des positions médianes
comme AD, EM : « Il me semble nécessaire de distinguer les
actions qui nécessitent un investissement psychologique de la part
de ceux qui en bénéficient (par exemple l’accès à
des formations), des actions qui ne font pas intervenir cette notion de
motivation (par exemple l’accès aux soins médicaux)…. Mais
la gratuité n’est peut être pas souhaitable dans tous les
domaines, notamment lorsque la motivation entre en jeu » ; KL : 
« on peut faire de la gratuité, mais ciblée, ponctuelle…En
contre partie des services payants nous menons beaucoup d’autres opérations
gratuites : l’information sur les TIC au Bénin, l’organisation de
conférences et manifestations de sensibilisation gratuites, etc.
 ».

3. Durabilité, rentabilité et financement
Cette question a été également l’une
des plus abordées. Elle a été traitée, par
rapport à l’implantation des services en zone rurale ou urbaine, 
et par le mode de gestion de l’initiative (privée ou non, associative),
même si les intervenants ne précisent pas toujours le type
d’initiatives à laquelle il(s)/elle(s) réfère(nt).

Le constat général est que les télécentres
connaissent de graves problèmes de durabilité et de rentabilité,
qu’ils soient privés ou non, appuyés par des institutions
internationales ou non. MMb constate au Sénégal que « 
Les télécentres communautaires subissent de plus en plus
la loi des grandes entreprises commerciales. De plus en plus de télécentres
mettent la clé sous le paillasson puisqu’ils n’arrivent pas à
suivre la concurrence déloyale des mandarins. J’en ai pour preuve
la chute de Metissacana premier cyber d’Afrique de l’Ouest qui a fini par
céder à la pression de Sonatel » Il se demande si un
« fournisseur d’accès également concurrent des télécentres
(ses clients) peut être objectif dans les services qu’il fournit
aux clients ? ». SO lui répond en partie : « les providers
internets n’arrivent pas à s’en sortir : ils sont donc obligés
de se rabattre sur des secteurs rentables en utilisant leurs lignes spécialisées
et casser le coût des accès internets ». PD constate
une guerre des prix aboutissant à la fermeture de certains cybercentres
 : « Les ISP n’ont pas baissé les coûts de la connexion
mais les cybercentres baissent tous les jours leur tarif réduisant
la marge bénéficiaire au strict minimum ». AH précisera
en parlant du cas du Bénin : « ceux qui ferment sont pour
la plupart du temps de simples hommes d’affaires qui n’ont pas la technicité.
Si en plus des énormes charges l’exploitant d’un télécentre
doit faire appelle aux services d’un prestataire, il se retrouve finalement
avec des charges largement supérieures à ses recettes. Mieux,
il y a un autre cas…c’est celui des messieurs qui ont besoin d’une activité
pour blanchir de l’argent sale…Ils cassent les prix et continuent d’ouvrir
malgré les pertes successives qu’ils enregistrent ». TON fera
remarquer que la concurrence a quand même eu ses bons côtés
avec la baisse des coûts de navigation (de 6000 FCFA à 1000
F par heure au Gabon). MB se demandera si on doit « parler de modèle
économique et/ou de modèle socialisant (créateur de
tissu social autant que de savoir et/ou de richesse ? ». RS, soutenue
par d’autres, affirmera que la survie des « cybercentres »
dépend de la loi du marché et que « les moins efficaces
mourront ». MM précisera : « S’il s’agit d’une affaire
commerciale comme c’est souvent le cas, il me semble que le sort de l’activité
est celui de toute affaire commerciale…En ce qui concerne les initiatives
associatives, on pourrait penser à un modèle de recouvrement
des coûts, à l’exemple de ce qui est fait par exemple dans
le secteur de la santé…l’élaboration du projet doit intégrer
l’implication de la communauté bénéficiaire, et les
principes de bonne gouvernance ». Pour SO, « Les télécentres
qui s’insèrent dans une dynamique déjà existante (ONG,
Associations, Mairies, Hôpitaux, écoles et collèges...)
sont aussi plus solides. Plusieurs frais sont réduits : locaux, électricité,
gardiennage... L’erreur que l’on commet le plus souvent, c’est de croire
au bénévolat.. ». Conséquence, des initiatives
internationales de télécentres sombrent surtout lorsque les
financements de départ arrivent à terme, pourtant les bailleurs
sont informés des problèmes de durabilité que connaissent
les télécentres parfois avant même de les mettre en
place. L’avenir des structures créées, est alors en question
 : « Après la valse des expériences pilotes subventionnées,
qui continuent encore à certains endroits (pour l’instant) que fera
- t-on ? Que feront les porteurs des projets locaux ? Que fera l’Etat ?
La responsabilité des éléphants blancs risque d’être
collective ! » (KL). TN a semblé alors proposer qu’on ferme
simplement les télécentres communautaires ayant des difficultés
économiques, d’autant qu’ils auraient déjà atteint
leur « double objectif : susciter l’intérêt des futurs
entrepreneurs et sensibiliser à l’Internet les jeunes désormais
futurs clients ». L’organisation des accès collectifs en réseau
(associations, collectifs) a été envisagée comme un
moyen d’action efficace. Des contributeurs engagés dans de telles
initiatives ont alors parlé des difficultés de fonctionnement
de ces associations dans leurs pays.

 Sur la question d’implication de la communauté
précisément dans les zones rurales, KL remarquera que « 
Même avec l’intervention des populations, la viabilité n’est
pas souvent réelle, car, ce n’est pas souvent prouvé
que les communautés rurales aient tellement besoin de l’internet
qu’elles soient prêtes à financer les télécentres
 ». SO déplore qu’on oublie que ces populations utilisent des
médias traditionnels. JS s’étonne : « Ce qui est un
peu artificiel à mon avis c’est l’obsession par l’application des
télécentres communautaires au monde rural. L’auto-suffissance
d’un télécentre devrait être toujours cherchée
pour qu’il soit soutenable à la longue, et cela exige une concentration
de population importante : milieu urbain …J’ai écouté dernièrement
la présentation de plusieurs projets de télécentres
en milieu rural où j’avait l’impression que la moitié du
projet avait pour bout de créer le besoin et l’autre moitié
de le satisfaire ! ». Son point de vue est légèrement
contestée par MMb qui affirme : « dans certains des coins
les plus reculés de mon pays des immigrants sénégalais
envoient encore des mails à leur parents qui ne savent ni lire ni
écrire encore moins utiliser un clavier. Ces parents se contentent
de faire traduire le message par le gérant et de dicter leurs réponses
 ». DB n’en dit pas moins : « ce débat qu’"Internet doit
être réservé aux lettrés, à ceux qui
peuvent se payer un micro et une liaison" je le rejette ». Pour RS,
la diffusion de l’internet dans les communautés rurales peut être
aussi facilitée par la théorie du two-step flow of communication :
« En ce qui concerne les centres communautaires, même les paysans
analphabètes ou non peuvent y aller. Seulement et si seulement si
la communication à deux étages aboutit, ie (ex des sociétés
Mossé) si le feu vert est donné par le Chef quand bien même
ceux-ci sont informés de l’utilité des centres. ». BS
n’en pense pas moins, en parlant des résultats positifs qu’on obtient
lorsqu’on explique aux populations les avantages qu’elles peuvent en tirer.
Des contributions ont affirmé que certaines expériences étaient
plutôt concluantes. SN affirmera : « il ne faut pas croire
que le villageois qui n’a actuellement pas accès à certaines
informations, ne rêve pas secrètement d’avoir certaines connaissances.
 ». JS reconnaît toutefois « qu’il faut être prudent
avant de donner des règles générales, il peut avoir
certains cas où quelque chose n’a pas de sens et la même
chose réussit bien ailleurs. »

 Répondant à la question de savoir
si l’Etat ne pouvait pas venir en aide aux « télécentres
populaires », contribuant à la démocratisation des
NTIC, OL affirme qu’un centre d’accès communautaire « ne peut
pas fonctionner avec un busines plan, mais plutôt sur la base de
subventions, cotisations des membres et autres aides. Le tout étant
de permettre la pérennisation des activités du centre et
non de faire des bénéfices dans une logique commerciale ».
SO les comparent à un centre social, en affirmant qu’ « un
centre social ne peut jamais être autonome à 100%. ».
Soulignant le rôle prépondérant que l’Etat doit jouer,
CA indique : « qu’aucun commerçant n’irait installer les cybers
ou télécentres dans une brousse sans un accompagnement
où le peuple est analphabète et où il n’y a pas un
grand flux d’activités. » ; KLas a renchérit : « 
le développement des télécentres en Afrique est aussi
l’Affaire de l’Etat .Par exemple le cas Burkina Faso, l’Etat est gestionnaire
et propriétaire de l’internet, même les opérateurs
(ISP) privé ont un débit et une tarification tributaire de
ceux de l’Etat. Aussi la simple ligne téléphonique connaît
le même problème. Il y a des zones ou quelque soit ta fortune
tu ne pas avoir le téléphone fixe ». DB contestera
son opposition au financement des initiatives privées : « 
Ce débat que l’"Etat doit subventionner les telecentre privés"
pour que certains s’en mettent plein les poches et que d’autres se trouvent
des missions civilisatrices et moralisatrices en se plaçant comme
providers zèles je le rejette ». Quant à PV il indique
que : « Quelles que soient les bonnes volontés associatives
ou des porteurs de projet individuels, sans une volonté réelle
des pouvoirs publics d’investir dans cette démocratisation numérique,
les réalisations, même si elles seront toujours très
utiles, resteront marginales. ». JLR donnera l’exemple de la France
 : « jusqu’a maintenant … la plus grosse aide de l’Etat Français
en matière de politique d’accès public à l’internet
est une aide au FONCTIONNEMENT puisque l’Etat finance 80% du salaire mensuel
des emplois-jeunes … L’aide aux associations via des subventions est possible
tout comme le recours a des fonds de fondation. D’autre part, sur le plan
principalement de l’investissement - et de la formation du personnel- il
existe des crédits le plus souvent régionaux, complétés
souvent par des fonds européens. ».

Des exemples de divers pays africains et non africains
ont été donnés pour montrer que le pouvoir public
intervient déjà pour appuyer ces initiatives. Le sentiment
général était donc que l’appui de l’Etat puisse être
non seulement consolidé, mais que les activités de formation
aux NTIC mais également à la gestion des télécentres
soient assurées, au risque de voir les initiatives sombrer à
terme (PYG et DG).

Usages dans les télécentres
 Les contributions des participants au forum ont
également beaucoup abordé cette thématique. La question
principale était d’appeler ou non à un usage « socialement
utile » des NTIC, en particulier lors des séances navigation.
MMb a introduit cette question en écrivant : « certains jeunes
de Dakar ne se branchent que pour faire de la "e-drague ". Ils passent
des heures au Chat pour dire des banalités à une fille qui
est au bout du monde… ». Et il demande : « Est ce que n’importe
qui peut gérer un télécentre ? Ne faudrait il pas
réserver cette tache à des éducateurs capables d’accueillir,
d’orienter et d’assister sans imposer et sans vexer tous les jeunes (les
plus gros clients des télécentres) ? TON a approuvé
MMb en indiquant que « la plupart des jeunes utilisent l’outil pour
suivre des images pornographiques, les tchatches, amour.com, et que sais-je
encore sous l’oeil complice des gérants qui ne semblent se préoccuper
que de leurs gains...Il serait souhaitable que l’on arrive à former
les tenanciers des télécentres pour que l’outil soit réellement
utilisé dans une option de développement  ». 
VT affirmera que « nos » populations ne sont pas matures et
qu’il faut les canaliser et que « la logique du policier n’est pas
mauvaise dans la mesure où nous savons que nous fonctionnons très
souvent au bâton ». Ces positions vigoureusement contestées
par d’autres contributeurs. Par exemple Tehache. répliquera
en ironisant : « Pourquoi ne pas tout simplement mettre un policier
dans chaque télécentre, ce serait encore mieux...L’Africain
est comme tous les autres humains, il aime les loisirs, le sexe….Avec les
années ils (jeunes) s’assagiront tous (en tout cas la plupart) sans
aller vers des carrières en rapport avec l’industrie du sexe ».
Toutefois, TON insiste : « Faut-il au nom de la démocratie
laisser l’installation de l’anarchie ? Des jeunes de moins de 15 ans qui
suivent des images pornographiques dans les télécentres,
je pense que si c’est au nom de la démocratie, alors la démocratie
est une mauvaise chose… Et pour ma part les télécentres doivent
jouer un bien meilleur rôle : sans pour autant interdire le divertissement
(utile pour la jeunesse) on peut cependant le canaliser, car il y
a des bons et des mauvais divertissements ». SN renchérira
 : « je pense que ce serait une grave erreur que d’affirmer que l’on
doit laisser les élèves/collégiens/lycéens
décider du contenu qu’ils ont envie de voir. Ce serait une démission. ».
SO a rappelé le débat ayant eu lieu l’année antérieure
sur les enjeux culturels de l’internet, qui avait tout en reconnaissant
la pertinence de cet argument, montré sa relativité et les
difficultés de son application, d’autant que les jeunes sont également
en face de la pornographie à travaux d’autres canaux. Il apparaît
qu’il faut adopter une position médiane.

La pertinence des contenus
La question des contenus a également été
abordée, non seulement dans le cadre de leur consultation dans les
télécentres mais aussi de façon générale.
SB à provoqué le débat en écrivant : « 
Cette question du contenu m’agace beaucoup. Il suffit de passer une heure
dans un cybercafé en Afrique à regarder par dessus l’épaule
des clients pour voir que l’application la plus utilisée, et de
loin, est le courrier électronique… Avec Internet, on ne doit plus
se préoccuper de contenu : comme avec le téléphone,
on crée un média, pas un spectacle. ». PM répliquera
 : « Il ne suffit pas d’avoir le média pour avoir le message,
tout comme avoir une langue (l’organe physique) ne suffit pas à
parler bien, clairement et avec les mots venant aisément... Le courrier
électronique est une chose, mais la numérisation de nos savoirs
et cultures, et leur "présentation" via le web est le véritable
challenge…. Les utilisateurs veulent se connecter sur des sites de Wemba,
de Youssou qui soient localisés à Dakar, à
Kin ». Dans le même ordre d’idée, KL s’étonnera
 : « Même si le courrier électronique est en Afrique,
comme dans le monde entier, l’application la plus utilisée, cela
justifie t-il le fait qu’il n’y ait pas un besoin de contenus locaux à
créer ? … N’est-il pas utile que des agents travaillant dans le
secteur rural puisse avoir une plateforme d’informations en ligne (sorte
d’extranet) qui puisse leur permettre de pouvoir, depuis les diverses localités
du pays, s’y référerpourmieuxfaireleurtravail,plutôt
quede se déplacer sur des kilomètres ou d’attendre la poste
à chaque fois pour avoir l’information recherchée ? Etc.
 ». PV approuvera en indiquant : « Je pense que les cybercentres
peuvent avoir un rôle important à jouer en terme de formation
et de création de contenu. Ils pourraient devenir des centres de
capitalisation et de diffusion du savoir, en les couplant peut-être
avec d’autres medias tels que la radio dans les zones les plus reculées.
 », alors que MMb affirmera : « Le net Africain se fera avec
un contenu ou ne se fera pas ». SN quant à lui précisera
 : « Dire qu’il suffit de numériser les contenus existants
et a mon avis assez simpliste. Il y a toute une démarche à
créer d’abord : d’abord être sur d’avoir des utilisateurs
(ça parait évident, mais ce n’est pas si sur), savoir comment
le leur présenter et pouvoir faire vivre ce contenu. Toute cette
démarche n’est malheureusement pas encore ancrée dans la
mentalité des "faiseurs de contenus africains" ».

Questions techniques
Les contributeurs du forum ont également réfléchi
sur les aspects techniques liés au fonctionnement des télécentres,
tout en l’élargissant sur des problématiques générales.
Ainsi JMM s’est demandé s’il ne fallait pas œuvrer pour l’optimisation
de la bande passante africaine puisque son coût contribue à
alourdir les dépenses, entre autres au niveau des télécentres
 : « Ne trouvez vous pas cela paradoxal que la majorité des
africains « checkent » leur mails Yahoo ou Caramail....c’est
à dire qu’un malien pour envoyer un mail de Bamako à Dakar
a de fortes chances d’utiliser un compte Yahoo…c’est-à-dire utiliser
cette bande passante internationale (si chère) ». MMb se demandera
si l’utilisation des logiciels libres ne pourraient pas contribuer à
la réduction des charges au niveau des télécentres,
logiciels pour lesquels SO réaffirme sa réserve : « Je
ne veux pas d’un internet libre qui nous maintient dans un environnement
esclave où je ne suis qu’un simple consommateur ; En fait, rien
n’est libre, on quitte un environnement pour aller se rendre prisonnier
dans un autre. ». DO, rappellera qu’on a « tendance à
penser qu’une fois l’ordinateur branché est fourni, l’accès
est établi ...Quels logiciels, claviers conviennent mieux aux besoins,
comment mieux faciliter l’emploi de l’audio par les utilisateurs, quelles
langues faut-il supporter dans des sociétés multilingues,
etc. ? C’est une question qui concerne avant tout les télécentres
 ». Il s’interrogera également sur la conformité
entre la disposition du clavier et les langues des utilisateurs : « 
si on veut saisir quelque chose dans une langue qui utilise des caractères
non prévus par les claviers et dispositions de claviers standards,
comment faire ? C’est effectivement un empêchement pour utiliser
beaucoup de langues africaines. ».

Partage d’expériences et de documents
Au total dans la discussion du thème, des expériences
de divers pays ont été présentées ou mentionnées
(Bénin, Burkina Faso, Gabon, Mali, Sénégal, Niger,
Congo, France, Belgique, Brésil, etc.). Différents documents
(liens) ont été proposés aux abonnés de la
liste. Les mentions entre parenthèses représentent les initiales
des personnes les ayant proposés. Plus de 140 messages ont été
envoyés au total sur ce thème, dont plus de 90% correspondant
au thème. Quarante-trois personnes on contribué, dont au
moins deux femmes.

Liens des documents proposés (non exhaustive parce
que certains documents étant contenus directement dans les messages) :

- "Comment bâtir un telecentre ? http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001230/123004e.pdf",
(JMM)

- http://www.iafric.net/div/ouvrages/coralie.htm note
de lecture sur le livre « Les accès publics d’accès
à l’internet » (KL)

- Etude sur les NTIC au Burkina http://www.burkina-ntics.org/publica.html
 ; (SO)

- Etudes sur les espaces publics en France http://www.123interview.com/Rapport-EPM
- Appel d’offres a/s télécentres au Bénin
http://www.gouv.bj/offre/pnud1.htm (CA)

- Expérience d’accès gratuit par les logiciels
libres au Brésil http://www.mediasol.org/xarticle.php3?id_rubrique=8&id_article=2972 ;
(PV)

- Initiatives internationales de télécentres
http://intif.francophonie.org/PAJE/ ; http://www.f-i-a.org/reseau-paje/,
http://www.unesco.org/webworld/build_info/gct/index.shtml ; http://www.idrc.ca/pan/teleproj.html
 ; (KL)

- Textes sur les télécentres et leurs durabilité
http://www.developmentgateway.org/ict/telecenters (DR)

- TIC dans le monde rural http://www.ictdevagenda.org/frame.php?dir=07&sd=10&id=364
 ; (GL)

- Espaces publics en Belgique : http://www.veille-citoyenne.be/download/EPN_Wallonie_A5.pdf
 ; (DR)

- Logiciel libre de gestion de télécentre
créé en France http://epnadmin.pierrefitte93.fr/ »
(PV)

- Expérience WIFI en milieu rural, http://www.jhai.org/jhai_remoteIT.html
 ; (L)

- Etude des cas indiens http://www.ticad.gouv.bj/ppt/Rajesh-fr_fichiers/frame.htm  ;
(L)

- « La folie du web au Burkina) http://www.afrik.com/journal/decouverte/?dec-712-10.htm
- Evaluation des télécentres http://www.educ-pop.org/379  ;
(PV)

Contributeurs
ALI DAO (AD) ARMAND MAVINGALassana KABORE (KLas) Baudouin
Schombe (BS) Brice TOFFOUN (BT) Christian Akplogan (CA) Dacosta Aly Denis
Pansu Djiby Bathily Djilali Benamrane (DB) Don Osborn (DO) Emmanuel Lacroix
(EL) Tanguy NZUE OBAME (TON) Fullsack Jean-Louis (FJL) GBAGUIDI Donaldine
(GD) George(s) Lessard (GL) Guy Raoul GBAGUIDI (GRG) Javier Simó (JS) Jean
Michel Mas (JMM) Ken Lohento (KL) Lawase Akpolou Leguss (Roland) 
MALIN AMANI (MA) Jean-Luc RAYMOND (JLR) Michel Bongiraud (MB) Misse Misse
(MM) Moustapha MBENGUE (MMb) Ousmane Ly (OL) Patrick Yvon GANKPA (PYG) Paul
MOUKETA (PM) Pierre DOVONOU (PD) Philippe Villette (PV) Rakotonoera
Denis (RD) Ramata Sore (RS) S. ABOU GUIGMA Seydina Ndiaye (SN) Stephane Bortzmeyer
(SB) Sylvestre.ouedraogo (SO) TehacheTshimbulu Ntambue (TN) Vivianne Tchatchoua
(VT) Xulucity

Synthèse réalisée par Ken L.
avec l’appui de Moustapha Mbengue

Ce document est une production de la liste africa_net. 
copy left - Africa_net

 
 

Messages

  • Bravo pour cette très intéressante synthèse autant que rétrospective des "télécentres".

    Si le contenu et les aspects sociétaux (accès, adéquation, réponse aux besoins "in situ", ... ) ont été abondamment illustrés, il me semble qu’un paragraphe sur les aspects technico-économiques n’aurait pas été inutile.

    Concernant les "modèles" il serait aussi intéressant de comparer celui de l’UNESCO à celui de l’UIT (avis aux thésards en mal de sujet).

    En tous cas un grand merci à Ken pour son travail si intensif et à Bruno pour en faire bénéficier les camarades et amis de CSDPTT !

    Bonne continuation et bien amicalement
    Jean-Louis Fullsack
    a

  • Félicitations à Bruno et à Ken pour cette synthèse combien intérèssante et instructive sur les "Télécentres" en Afrique. Tout en relevant une insuffisance du débat sur les questions technico-économiques(problèmes et coût d’électrification de nos pays, je veux apporter une contribution sur le volet services payants/gratuits. Il y a trois positions là-dessus,mais il faut se rendre à l’évidence que le service gratuit n’existe pas dans les systèmes de représentations sociales en Afrique. Il y a un prix symbolique à tout service. Il se traduit en un gain de capital social ou politique dans la majorité. D’où, il faut se pencher vers une abordabilité des services et non vers la gratuité.

  • Bonjour
    Je remercie bien vivement Monsieur Stéphane Dabiré pour ses félicitations et l’appréciation positive qu’il a bien voulu porter sur mon article. Ainsi, l’intérêt qu’il porte au monde rural est manifeste.
    C’est pour cette raison que, ayant le plus grand plaisir à lui donner
    les réponses ci-après, je souhaite que tous ceux et toutes celles qui
    sont intéressés par la question apportent leur contribution pour un
    débat de fond au bénéfice du monde rurale.

    1)- L’appui au processus de décentralisation et la réduction de la
    pauvreté demeurent quelques uns des fondements de la politique du
    gouvernement sénégalais depuis un certain nombre d’années. Les NTIC ont
    été considérées comme un levier important pour la mise en œuvre de
    cette politique. Le Comité national informatique (CNI) a été constitué
    en 1972 et chargé de formuler et coordonner une politique nationale en
    matière d’informatique. En 1987, la Délégation à l’informatique (DINFO)
    fut créée pour mettre en place les éléments d’une stratégie pour le
    développement de la technologie de l’information. Le décret 2001 – 476
    du 18 juin 2001 portant création de la direction informatique de l’Etat
    (DIE) vient en approfondissement à cette politique. Celui-ci assigne à
    la DIE entre autres missions les tâches suivantes :
    - La mise en place d’un cadre cohérent de promotion des Nouvelles
    Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) pour les
    prochaines années ;
    - La définition du rôle de l’administration dans la promotion des NTIC ;
    - Le renforcement des instruments de mise en œuvre de la politique
    nationale par l’amélioration des mécanismes de partenariat avec les
    principaux acteurs de développement des TIC au niveau national et
    international.
    Il s’agit aujourd’hui d’adapter aux exigences et réalités locales un
    concept quasi universel plutôt que de réinventer l’histoire ; dès lors
    trois enjeux majeurs au développement de l’économie des NTIC au Sénégal
    se déclinent comme suit :
    - Un enjeu politique : il s’agit de renforcer le processus démocratique
    et la bonne gouvernance par l’utilisation des NTIC dans
    l’administration ;
    - Un enjeu économique : il s’agit de favoriser l’émergence d’un secteur
    privé de services à valeur ajoutée compétitif, et d’une diversification
    des centres de décision en matière économique avec un partage des
    ressources, de l’information et du savoir ;
    - Un enjeu culturel : puisqu’il s’agit d’une reconnaissance, voire d’un
    encouragement à l’expression des diversités locales. Par ailleurs, de
    définir les valeurs de la société de demain pour que l’avenir éclaire
    les décisions du présent.

    2)- Ces préoccupations doivent concerner toutes les populations du
    pays, urbaines comme rurales, car la disponibilité de l’information
    rend encore plus aisée l’utilisation des moyens de communication
    participatifs au profit des communautés rurales. Or, les nouvelles
    unités de gouvernance locale (les communautés rurales notamment) se
    trouvent confrontées à une pénurie d’informations utiles pour une
    gestion rationnelle des ressources locales. Il leur manque l’équipement
    et la maîtrise des outils des Technologies de l’Information et de la
    Communication (TIC) qui leur est nécessaire pour accéder aux
    informations, les maintenir à jour, et les diffuser aux élus, électeurs
    et autres segments de la population concernée. Dans le domaine des
    TIC, il ne doit pas être question d’entretenir une marginalisation
    continue des populations à la base. Il conviendra donc dans une
    approche dynamique de développement, de mettre l’accent sur les usages
    locaux des TIC pour la résolution des problèmes locaux de développement
    (santé, éducation, économie, gouvernance locale, etc.) L’accès aux
    technologies de l’information et de la communication devient alors une
    nécessité pour : a) - Amener des populations à découvrir, à connaître
    les TIC et à mesurer leur importance dans leurs activités (gain de
    temps, réduction des coûts de déplacement par l’utilisation du
    téléphone par exemple) ;
    b) - Résoudre en partie, les problèmes de l’emploi par l’exploitation
    de télécentres, notamment communautaires, avec accès à Internet,
    services de photocopies et de traitement de textes ; c) – Effectuer un
    commerce électronique rudimentaire par l’utilisation des télécentres
    pour la vente de produits agricoles transformés (l’information sur les
    prix des produits peut être obtenue sans déplacement dans les centres
    urbains et autres localités rurales éloignées grâce au téléphone)
    d)- Permettre aux populations d’être aussi des producteurs et pas
    seulement des consommateurs de contenus de programmes radio et
    télévisions (en préparant et émettant leurs propres programmes en
    fonction de leurs besoins spécifiques).
    - La mise à contribution et la formation des acteurs au développement
    (jeunes, femmes et personnes âgées) pour la mise à profit des TIC dans
    toutes les actions de développement.
    - Combattre globalement l’ignorance et la pauvreté par les TIC
    (téléchargement de programmes éducatifs pour les écoles et pour les
    vulgarisateurs ruraux, etc.).

    3) - Expérience de la Communauté rurale de Malicounda Comprenant les
    enjeux liés à l’émergence et au développement des TIC dans tous les
    secteurs de la vie sociale, le conseil rural de Malicounda, organe
    délibérant de cette collectivité locale a décidé de tout mettre en
    œuvre pour connecter la Communauté Rurale de Malicounda au monde des
    TIC et à la Société Ouverte de l’Internet. Il s’agit, grâce à un
    important projet financé par l’OSIWA (Open Society Initiative for West
    Africa) et réalisé par l’ONG CRESP (Centre de Ressources pour
    l’Emergence Sociale Participative), de faire bénéficier la localité de :
    - un site Web (www.sip.sn/malicounda) visible au niveau national et
    international, contenant une base de données d’informations pour
    prendre des décisions au niveau local et pour les membres de la
    communauté ;
    - un centre de formation et de ressources informatiques avec 20
    ordinateurs connectés à Internet ; - des formateurs experts engagés
    dans l’éducation de la population de Malicounda aux techniques de
    secrétariat et à l’utilisation d’Internet ;
    - un cyber centre fonctionnel avec 15 ordinateurs ;
    - près de 300 personnes formées et préparées à l’utilisation de ce
    cyber centre. Cela inclut 200 diplômés des deux premières sessions et
    100 diplômés supplémentaires ;
    - un plan de gestion qui permettra aux deux centres d’activité de
    demander des prêts et d’en financer sans problème.
    En conclusion, nous pensons que les populations rurales, s’appropriant
    les TIC, gagneraient exactement ce que gagnent les populations
    urbaines. Mais l’accès aux infrastructures de base comme l’électricité,
    reste une des conditions essentielles pour l’ouverture du monde rural
    aux Technologies de l’information et de la Communication.
    Je vous remercie des contributions que vous voudrez bien apporter au débat.

    Bakary Faye, Conseiller rural.


    Universite Cheikh Anta DIOP - DAKAR