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Reportage au Burkina : télécentre, téléphonie mobile, téléphonie rurale, projets de CSDPTT, développement rural

lundi 31 mars 2003, par Bruno JAFFRE

Ce reportage a été écrit à l’issue d’un voyage au Burkina Faso en décembre 2002. Il est centré sur les questions de télécommunications mais traite aussi du développement rural notamment à l’occasion d’un séjour à Sérékéni, village de la Province du Kénédougou.

Il rend compte aussi de l’activité de CSDPTT dans ce pays à travers le compte rendu des rencontres avec ses partenaires Yam Pukri et SODEPOSTEL.

Enfin le récit de la visite sur les sites où ont été installés des téléphones communautaires grâce à une collaboration entre CSDPTT et l’ONATEL (l’opérateur des télécommunications burkinabe) apporte un éclairage précieux sur les problèmes rencontrés pour en assurer un fonctionnement durable.

Reportage au Burkina : télécentre, téléphonie mobile, téléphonie rurale, projets de CSDPTT, rencontre des partenaires (décembre 2002)

Table des matières
Plus de problème de communication
à Ouagadougou

En route pour Sérékéni
 A Sérékéni
"on est éveillé"

 A la
découverte des champs

 L’école
l’infirmerie la maternité

Découverte de Yam Pukri
Séance de travail avec l’association
SODEPOSTEL

Visite des sites où est intervenu
CSDPTT pour l’installation de téléphones communautaires

 Koin.
 Toma
 Nimina
 Biba
 Yaba,
Un premier bilan
 

Plus de problème de communication à 
Ouagadougou

Les télécentres ont envahi la capitale,
il y en a partout, souvent munis de 2 téléphones… et
je m’en rendrai compte aussi au cours de mon périple, les villes
de province ne sont pas en reste. Une étude récente de Yam
Pukri fait état de 2712 télécentres dont 318 cabines
publiques (12%). J’ai eu à téléphoner de temps en
temps et j’ai pu remarquer que les femmes ne sont pas les dernières
à en assurer la gestion.

Pour nous consommateurs, c’est reposant. Les prix sont
fixes et affichés d’ailleurs... L’ONATEL (Office National des Télécommunications)
fournit un compteur qui calcule automatiquement le prix. Il en coûte
tout de même quelques 250000 FCFA au gérant des télécentres.
On téléphone et on règle le prix affiché, pas
de discussion possible. La taxation est un peu plus élevée
qu’à domicile. Les gérants conservent 30% du prix des communications.
Ils doivent payer l’abonnement, l’électricité, les impôts
et le reste est pour eux. Souvent deux ou trois personnes se relaient.
Si l’on en juge par leur nombre l’affaire est rentable. Reste qu’il est
toujours difficile d’obtenir une ligne...

Il me faut m’abonner à un réseau mobile.
J’ai besoin en effet qu’on puisse m’appeler car je vais être très
mobile… et mon hôte aussi charmant soit-il n’est pas chargé
de faire mon secrétariat.

Je prends quelques conseils ici et là. TELMOB
est le moins cher… mais il n’y a pas disponibilité…

On me conseille donc un de ses deux concurrents, l’un
propose la puce à 15000FCFA. Ma décision est prise. L’agence
est moderne climatisée, le personnel accueillant et bien habillé.
On m’installe une puce instantanément contre la somme requise. Aie…
Mon appareil est bloqué. Pas le code… Pas de problème ! On
m’indique à quelques pas de là un endroit où je pourrai
le faire débloquer. Avant de partir j’essaye de savoir combien de
temps je pourrai téléphoner. La réponse est évasive..
Ca dépend de la façon dont je l’utilise. De toute façon
je n’ai pas le choix, j’en ai besoin on verra bien.

L’endroit indiqué s’avère un petit kiosque
de rue. Tout l’attirail du parfait utilisateur de mobiles est disponible.
Moins de faste bien sur que dans une agence commerciale mais je trouve
l’accueil tout aussi sympathique. Peut-être même moins artificiel…
Comme si on était sur de son coup et qu’on avait pas besoin d’artifice.
Le langage est moins policé. Le patron arrive tout jeune tout sourire
aussi. Apparemment les affaires marchent bien. Et pour cause, 10000FCFA
le déblocage ! On m’enlève mon mobile quelques 5 mn le temps
pour mon ami d’échanger quelques plaisanteries typiques de relations
entre Samos et Mossis deux ethnies liées par la « parenté
à plaisanterie ».

Me voilà donc muni d’un téléphone
portable, ce soit-disant appareil moderne indispensable. Je ne suis pas
abonné en France, trouvant son utilisation trop onéreuse
alors que j’en éprouve pas le besoin. Je tempête d’ailleurs
à chaque réception des factures, en constatant les chertés
des appels des fixes vers les mobiles. En tout cas, ici, tous mes amis
possèdent un de ces petits appareils dont je découvre la
fascination quasi magique. Et tous ces petits services accessibles grâce
à l’écran lui conférant un attrait ludique, et parfois
éminemment utile, comme celui qui permet de savoir à tout
moment où on en est dans sa consommation, ou celui qui permet de
se passer de l’antique carnet papier… mais que je n’utiliserai pas faute
d’en apprendre la manipulation assez vite…Il me sera surtout très
utile ici d’autant plus que j’ai pas mal de rendez-vous à prendre
et j’ai besoin de pouvoir être joint.

Ici aussi j’enragerai contre la cherté du service,
j’ai du faire en tout une quinzaine d’appels tous très courts, idem
lorsque je reprendrai une carte de 5000FCFA. Certes, la carte prépayée
a sans doute permis un formidable développement du service permettant
le contrôle des dépenses mais qu’est ce que c’est cher ! Et
sur quel budget les utilisateurs de mobile rognent-t-ils pour se financer
ce que je n’ose plus tout à fait appeler un gadget tant il me paraît
maintenant utile ! Bien sur les minutes commencées sont facturées
 ! Une vraie arnaque ! En plus que de coupures, près d’un appel sur
deux et en plus on entend souvent très mal ! Ce qui ne fait qu’en
multiplier la cherté.

En route pour Sérékéni
J’ai prévenu depuis Paris que je souhaite me rendre
à Sérékéni, un village où je me rends
régulièrement 1984. Après de multiples péripéties,
il est finalement prévu que CSDPTT y installe une liaison téléphonique.

Laurent Siré Kinta Baro, mon ami de Sérékéni,
est arrivé à Ouagadougou 3 jours avant la date prévue
de mon départ pour m’accompagner durant le voyage. Agriculteur,
il est aussi coordinateur des alphabétiseurs et animateur du Comite
de Gestion du Terroir Villageois. Une amitié s’est créé,
basée sur notre curiosité mutuelle, nos différences,
notre volonté de compréhension et un grand respect réciproque
et déjà de nombreux souvenirs communs.

Nous décidons de voyager de nuit. Au moins 4 compagnies
de bus se partagent le marché et chacun de mes amis à sa
préférence. Cela fait 10 ans que je n’ai pas voyagé
par les transports en commun et je découvre les progrès réalisés
depuis. Chaque compagnie a maintenant son garage en ville Je n’ai rien
à redire de la propreté des WC, un endroit que je redoutais
auparavant. L’autocar est confortable. On nous dit que les places sont
numérotées, mais les gens se placent n’importe où
et un voyager fustigera les employés qui ne font pas leur boulot.
Pourtant le car n’est pas plein.

Je découvre la verve des paroles des chansons
ivoiriennes dont les burkinabés restent friands. Mon autre étonnement
sera de constater l’absence de contrôle des voyageurs par la 
police. Il est donc bien loin le temps des contrôles à chaque
localité. Nous sommes tout de même en plein conflit dont les
burkinabé font souvent les frais. Et nous ne serons retardés
qu’une fois par un contrôle de douane mais tout rentrera rapidement
dans l’ordre.

Nous passerons la nuit dans la gare routière de
Bobo en attente de la première « occasion » pour Orodara.
La nuit est bien calme. J’entreprends de questionner les petits vendeurs.
Le contact est toujours aussi facile. Ils m’informent que des convois arrivent
parfois de Côté d’Ivoire malgré la fermeture de la
frontière. Il y a deux jours près de 7 véhicules sont
arrivés. Ils sont passés par des « escaliers »,
des pistes secondaires dont la latérite au sol a fini par s’onduler.

Plusieurs transporteurs assurent la liaison Bobo Orodara.
La route est bonne et nous arrivons sans difficulté. De nombreuse
banderoles sont tendues rappelant la nécessité d’être
vigilant et de se protéger contre le SIDA. On n’en parle pas très
souvent mais cette maladie est là, bien là. On apprend des
décès au détour de conversation, parfois de gens que
j’ai connus. A Ouaga, lors de la visite d’un de mes amis, je fus confronté
à un spectacle insoutenable venant me rappeler la férocité
de cette maladie implacable. Une petite fille, presque immobile dans les
bras de sa grand-mère, tremblante paraissait à bout de force.
Le corps couvert de tâches sombres, était secoué de
multiples petites tremblements. Sa grand-mère avait du soulever
son petit bras amaigri pour nous saluer qui retomba aussitôt. Autour
d’elle le contraste de ses 2 cousines pleine de vie, semblant ne pas comprendre,
rendait la scène insoutenable.

A Orodara j’entreprends d’aller saluer les responsables
de la SONAPOST et de l’ONATEL. Le premier paraît intéressé,
ravi de l’existence d’associations telles que CSDPTT et la SODEPOSTEL (voir
plus loin). Il cherche en effet à faire construite un mur d’enceinte
pour que le bureau de poste soit protégé de la « divagation
 » des animaux comme l’ONATEL voisine. Avec le second, je prends le
temps d’expliquer l’état d’esprit dans lequel est réalisé
le projet de raccordement de Sérékéni au réseau
téléphonique, et les attentes que nous avons envers l’ONATEL
en particulier pour assurer la maintenance.

Puis nous prenons la route pour Sérékéni.
A 2 sur la moto de Laurent et mon gros sac en plus, le voyage est quelque
peu épique car la est en mauvais état. Laurent prudent va
doucement. Il s’en tire bien, tout juste s’il accepte que je mette pied
à terre lorsqu’on traverse un petite portion ensablée.

A Sérékéni "on est éveillé"
On arrive vers midi, l’animation bat son plein. C’est
jour de marché. Des camions sont venus apportant sont lot de commerçants.
Je pose à peine mes bagages, mon temps est compté, je dois
partir le surlendemain. La place du marché, sous un arbre monumentale,
est trop petite. Il est bien difficile de marcher. Beaucoup de visages
me sont familiers, il faut s’arrêter souvent pour des salutations,
échanger des nouvelles. L’accueil est chaleureux.

Une grande mosquée a été construite
en plein centre et Laurent n’est pas des moins assidus à la fréquenter.
Un panneau dont une partie est en arabe précise qu’il s’agit d’une
construction offerte par de l’Arabie Saoudite. Le village n’est pas
très propre en cette saison sèche ou des détritus
entourent les cases. Mieux vaut la saison des pluies où le mil au
plus haut verdit le pourtour en cachant même les maisons rafraîchissant
ainsi le paysage.

Laurent et le délégué du Comité
de Gestion du Terroir villageois organisent rapidement une réunion
pour l’après-midi. Environ 25 hommes m’entourent assis sur des bancs
disposés en rectangle. Laurent donne les dernières nouvelles
que je lui ai rapportées. Les essais de matériel qu’a effectués
Jean Claude en montagne en France permettent ont été concluants.
Nous recherchons actuellement une subvention… Mais CSDPTT devrait envoyer
une mission d’ici février mars (celle-ci a encore due être
retardée depuis). C’est la satisfaction générale,
depuis près de 8 ans que nous en parlons, nous n’avons jamais été
aussi proche de la réalisation. La réunion est courte. Le
village est prêt. Je n’ai aucun doute sur sa capacité à
s’organiser.

En poursuivant la visite, vers l’école, la maternité,
l’infirmerie, et dans les champs je flotte dans l’afro-optimisme. Ce village
ne bénéfice à ma connaissance d’aucune aide extérieure
si ce n’est celle des ressortissants installés en ville. Le progrès
est continu depuis mon premier séjour il y aura bientôt 20
ans. Les habitants ont tout pris en main jusqu’ici y compris même
les 15 km de piste jusqu’à la piste principale qu’ils remettent
en état après chaque saison des pluies. Si d’ailleurs il
y a une chose qui dépasse leur capacité c’est bien ça.

Le niveau de vie progresse petit à petit. Les
motos ne sont pas rares. Sur la place juste derrière la maison de
Laurent, les habitants ont construit une toiture en métal pour s’abriter
du soleil alors qu’autrefois elle était en bois. A mon retour je
ne cesserai de suggérer à mes amis enseignants à
l’université de faire une étude comparative entre ce village
et un autre aux caractéristiques identiques qui lui aurait bénéficié
d’aide extérieure d’ONGs européennes. Mes amis burkinabé
ma paraissent d’ailleurs souvent bien plus radicaux que nous. Qui n’a pas
accompagné un des ses amis au village ne l’a pas entendu râler
contre le manque d’initiative, les demandes permanentes de toute sorte
dont il est l’objet. Il m’en a fallu des séjours, des questions
des observations, une pratique aussi au sein de CSDPTT pour en arriver
à me poser la pertinence de l’aide des ONGs occidentales. Certes
Sérékéni n’est pas un village pauvre. Il bénéfice
d’une bonne pluviométrie qui lui évite la famine et des villages
pauvres qui, quelque soit la travail effectué, doivent être
aidés. Le tout c’est de savoir comment. Le défunt président
Sankara n’avait de cesse d’appeler son peuple au travail et de rappeler
sans cesse que l’aide ne devait servir qu’à supprimer l’aide.

L’homme est ainsi fait et ce quelque soit le continent,
si dans la difficulté, quelqu’un vient vous proposer de l’aide,
vous acceptez de bon cœur. Et si l’aide devient une habitude on finit
par l’attendre plutôt que de prendre en charge. Mais amis burkinabé
parlent de « fainéantise » et qui ne me semble pas adapter
et je préférerais « mentalité d’assistance ».
D’ailleurs qu’avons-nous à dire nous qui en occident n’avons pas
ressenti, la faim, la maladie, le besoin… Mais mes amis sont effectivement
des bosseurs et sont encore de la génération de ceux qui
lors de leur congé allaient travailler dans leur villages, pendant
les grandes vacances ce qui n’était pas de tout repos ni vraiment
une partie de plaisir.

Réfléchissons bien à ce que nous
faisons nous qui intervenons dans ce pays quelques soit les bonnes
raisons que l’on met en avant.

« Attention, nous on est éveillé
ici » me dira Laurent voulant dire par là que nous seulement
ils ont pris leur affaire en main mais aussi que l’on ne peut plus
leur raconter n’importe quoi ! Ici on est fier du développement
du village et on le dit .. Justement parce qu’on se prend en charge et
qu’on en a pris conscience. Messieurs les politiciens à Sérékéni
plus personne n’est dupe.

A la découverte des champs
On me demande quel sont mes souhaits pour le programme
du lendemain. J’opte pour une promenade en brousse à vélo
et émet naïvement le souhait d’aller voir des singes. On ne
me contredit pas par savoir vivre et on ira là où on est
susceptible d’en voir mais on trouve l’idée saugrenue. Après
tout les étrangers, sont bizarres d’autant plus s’ils sont blancs.

La promenade s’avère particulièrement plaisante.
Les vélos qui paraissent lourds semblent adapter et l’effort reste
raisonnable. La brousse est presque partout défrichée. On
traverse même un champs de près de 8 hectares. Beaucoup de
coton, c’est la récolte, de mil, et de « bissap »
ce qui serait de l’oseille et dont les fleurs servent à faire de
la boisson. Les champs sont défrichés à tour de rôle
puis laissés au repos. on respecte certaine règle comme par
exemple ne pas couper les arbres près du ruisseau. Je m’inquiète
des signes évidents de feux de brousse que révèle
le sol noirci. Laurent m’explique qu’ils sont autorisés et n’abîment
pas trop la terre quand l’herbe n’est pas trop sèche.

De Sérékéni, certains sont venus
en mobylette et en moto. Tout le monde se retrouve dans un champs où
l’on vient de terminer la récolte. Ils vont rassembler le mil en
petite bote. Ils se mettent en rond tout autour du mil entassé et
progresse petit à petit assis. Pas de femme car cette tâche
est réservée aux hommes. Du peu de ce que j’ai compris par
la traduction de Laurent ce travail effectué en toute convivialité
permet d’évoquer les problèmes du moment et d’échanger
les différents potins du village.

On mangera sur place le fameux taux accompagné
de sauce.

Ce travail fini nous continuons la promenade cette fois
à pied vers de tout nouveaux forages. De l’autre côté
du ruisseau je découvre une immense plaine défrichée,
avec un forage flambant neuf au beau milieu. Je demande aussitôt
qui a aidé à financer les 5 millions de FCFA nécessaires.
Un peu interloqué, Laurent me répond fièrement que
ce sont les villageois qui ont cotisé. En effet cette terre défrichée
devra servir à rassembler les bœufs de plus en plus nombreux, utilisés
de plus en plus pour le transport des récoltes. Ils obéissent
ainsi aux directives gouvernementales selon lesquelles il faut organiser
le terroir. Et s’ils y mettent tant d’argent c’est qu’ils en sont aussi
convaincus. Cette phrase me revient : « Nous sommes éveillés,
ici » . Il est temps que je fasse de même.

L’école l’infirmerie la maternité
à Sérékéni

Au retour nous allons saluer les fonctionnaires affectés
au village. L’école d’abord, un peu à l’écart du village,
est composé de 2 bâtiments de 3 classes face à face.
Deux instituteurs délaissent leur classe pour vernir nous saluer.
Les habitations des instituteurs sont réparties un peu plus loin
tout autour. Pas de clôture ici, il est vrai que l’on en craint pas
vraiment les intrus. Je les informe de l’arrivée prochaine d’une
ligne téléphonique ce qui provoque un certain étonnement
mais aussi tout de suite un certain engouement, eux qui sont éloignés
de leur famille tout au long de l’année. Inutile de leur vanter
les mérites du téléphone… Ma venue suscite quelques
remontrances des instituteurs auprès des amis qui m’accompagnent.
Il y a encore à faire des travaux dans les maisons… Si les instituteurs
sont payés par l’Etat, la construction des logements est laissée
aux villageois ! Ce qui ne va pas sans quelques animosités.

Nous poursuivons à l’infirmerie. Elle compte 4
employés et parait bien équipée. L’infirmer nous reçoit
ave gentillesse dans ses locaux, bien aménagés. Quelles sont
les maladies ici ? Le paludisme les diarrhées essentiellement. Et
le SIDA ? Peu encore, les gens ne voyagent pas tellement me dit-il. On
a soupçonné un cas il y a peu de temps, une femme mais
elle a quitté le village et depuis plus rien. Ouf ! Notre interlocuteur
exprime aussi son impatience de disposer d’un moyen de communiquer avec
les centres de santé mieux équipés. Et d’expliquer
le temps perdu, en cas de problème grave, passé à
envoyer quelqu’un pour aller cherche une ambulance. Un grand bâtiment
est en construction un peu plus loin. Une grande maternité. Ce sera
la troisième depuis ma première visite. Mais celle-là
inaugure-t-elle une nouvelle période ? Elle est en effet financée
par l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) pour laquelle
le Burkina a été jugée exigible. Une nouveauté
ici. Je m’en veux de ne pas avoir poussé plus avant mon questionnement.
Les villageois ont-ils été consultés sur le choix
de l’investissement ? Et la route ? Car de ce que j’entends depuis que
je viens, la plus forte demande concerne la construction de la route jusqu’à
la nationale à environ 17 km.

Comme à chaque fois ce séjour est trop
court mais combien riche d’échanges, d’amitié, de découvertes.
J’ai encore tant à demander à apprendre. Certes à
CSDPTT nous ne faisons qu’installer des téléphones, dont
l’utilité n’est plus à démontrer et à Sérékéni,
nulle inquiétude sur la capacité de gestion d’une cabine
communautaire. Mais doit-on pour autant se désintéresser
des problèmes de développement à l’échelle
d’un village. Au contraire, la connaissance du milieu dans le quel nous
intervenons, en collaboration avec l’ONATEL, est précieuse.

Cettefoisenfinnouspouvonspresquegarantirquenous
installeronsuneligne. Bien sur ce ne sera pas facile, et nous ne maîtrisons
pas tous les problèmes, bien sur il reste quelques interrogations
mais les techniciens de CSDPTT sont d’excellents professionnels, rigoureux
et ils suivront ce projet comme ils le font dans la région de Toma
et veilleront à ce que la maintenance soit bien faite. C’est la
raison pour laquelle à chaque mission nous tentons de rencontrer
la direction générale mais aussi les techniciens locaux qui
doivent être responsabilisés et accueillons avec la
plus grande attention la création d’une association locale pour
assurer la pérennité de ce projet et des autres à
venir.

Découverte de Yam Pukri
Retrouvaille avec Sylvestre Ouedraogo le Président
de Yam Pukri. Nous avons d’abord sympathisé sur Internet puis entamé
un échange fructueux dialoguer. Nous nous sommes depuis rencontrés
2 ou 3 fois, des rencontres riches intellectuellement découvrant
une soif d’échange, des centres d’intérêts communs
et un grand respect mutuel.

Nous avons rendez-vous au centre Yam Net, abrité
dans une villa aux « 1200 logements ». dans le quartier
de l’université. C’est pratique pour Sylvestre qui est enseignant
en économie. Son temps est compté et la proximité
de l’université est un gain de temps précieux. Nous nous
rencontrerons souvent durant ce séjour, de quoi me rendre compte
(à peine) de son activité débordante.

Yam Net est de siège de Yam Pukri. Ayant débuté
ses activités en fin 1997, cette association dispose de six
centres de formation en informatique et Internet, dont 2 en province, un
à Banfora et un autre à Bobo, 2 cybercafés et un parc
d’ordinateurs d’environ quatre vingt(80)micro-ordinateurs. Il arrive aussi
que Yam Pukri propose des formations itinérantes en province comme
tout dernièrement à Kongoussi au Nord du Burkina.

Entre 30 et 40 ordinateurs sont répartis entre
4 salles. La première la plus importante, semble-t-il consacrée
à l’usage courant, est la plus fréquentée. A l’entrée
un jeune surveille les entrées et sorties et encaisse les sommes
dues par les utilisateurs. Dans la deuxième salle les gens sont
plus concentrés, sans doute en train de se former. Sylvestre à
sa théorie bien arrêtée sur le processus d’apprentissage
comme sur beaucoup d’autre chose d’ailleurs. Un plan de formation progressif
a été élaboré pour les logiciels les plus courants.
Le formateur intervient un minimum et il faut laisser le stagiaire se débrouiller
avec sa machine.

Vient ensuite, une autre salle un peu plus petite pour
plus de tranquillité et tout au fond enfin une autre plus spacieuse
visiblement construite après les autres pour agrandir le centre.
Le matériel est y stocké avec quelques outils et Sylvestre
me confie qu’on s’y est livré à quelques expériences
originales comme habiller un ordinateur avec une calebasse. Aujourd’hui
une demie douzaine d’enfants se sont appropriés le lieu les yeux
rivés sur les ordinateurs. Un débat en ligne est organisé
en partenariat avec l’association Terre des Hommes Suisse, la première
ONG, suivie depuis par beaucoup d’autres, à avoir accordé
sa confiance à Yam Pukri. Des enfants d’une dizaine de pays débattent
via Internet sur un sujet choisi, aujourd’hui l’immigration si je me rappelle
bien. Ce débat est encadré dans un espace protégé
avec accès par mot de passe comme me l’explique Sylvestre pour prémunir
les enfants contre les pédophiles.

La villa possède encore deux bureaux. Un est occupé
par une femme qui fait la comptabilité du centre. L’autre est le
refuge de Sylvestre. C’est donc de là qu’il inonde le monde de ses
réflexions originales et le plus souvent pertinentes. Pourtant ce
n’est pas facile de se connecter. Sylvestre a son bureau toujours ouvert
dans lequel il est rarement seul. Parfois ce sont les enfants qui l’envahissent.
On sent qu’il aime leur compagnie. Le plus souvent c’est Théo, un
tout jeune homme de 22 ans, qui semble avoir plongé sans retenue
dans les « NTICs ». C’est lui qui met à jour le site
http://www.burkina-ntic.org et je suis admiratif devant la dextérité
avec laquelle il manie les logiciels utilisés pour la fabrication
de sites. Il a participé à la formation qu’a dispensée
Alain Roblin Demont de CSDPTT en juin dernier qu’il a semble-t-il parfaitement
assimilé. Il vole désormais de ses propres ailes. Nous imaginons
même de lui confier la réfection du site de CSDPTT, un pied
de nez à l’aide à sens unique. On va étudier ça…
D’apparence discret, Théo a cependant de la répartie comme
j’ai pu le remarquer en le taquinant un peu.

Il semble que le centre possède plusieurs formateurs
que l’on ne distingue souvent pas des usagers. La fréquentation
est variable selon les jours et les heures mais Sylvestre m’affirme que
parfois le centre est plein. De ce que j’ai pu voir ici ou là, en
passant de temps en temps, deux usages paraissent dominants : le courrier
électronique et la formation à différents logiciels
informatiques courant. On se partage ici une ligne téléphonique
et les connexions sont particulièrement lentes en général.
Mieux vaut attendre que le centre soit vide pour récupérer
ses messages. Cela devient alors à peu près acceptable

Bravo à Sylvestre Ouedraogo et à son équipe.
Je comprends mieux pourquoi Sylvestre se révolte souvent contre
les afro-pessimistes. Il croit beaucoup à l’avenir de son pays et
du continent pour peu que les gens acquièrent confiance en eux et
se mettent au travail !.

Séance de travail avec l’association
SODEPOSTEL

Dès mon arrivée El Hadj Mousbila Sankara
le président de SODEPOSTEL (Solidarité développement
dans les Postes et télécommunications). et Jean Tiendrebeogo,
le vice Président auront vite fait de me retrouver. Ils m’accueillent
chaleureusement et me font tout de suite part de leur forte motivation.
Tous les deux sont retraités et disponibles. Ils tiennent à
organiser très rapidement une réunion ce qui sera fait dès
l’après-midi. Ils m’emmènent dans les locaux de l’association
sportive de l’ONATEL dont El HadjMousbila Sankara est aussi le Président
semble-t il.

Nous passons en revue les raisons qui ont présidé
à la création de nos associations respectives. Le courant
passe. Nous sommes heureux de nous comprendre de voir que nous sommes si
vite d’accord. Nous avons besoin de la SODEPOSTEL comme partenaire privilégié
pour rassembler les salariés les plus motivés par la mise
en place de nouvelles formes de coopération afin de mieux satisfaire
les besoins des populations mais aussi comme interlocuteur de l’ONATEL.
Jean et Mousbila m’expliquent qu’ils se connaissent tous au sein de l’opérateur
et que ceux qui dirigent ce sont leurs petits frères ! Et qu’ils
les ont vus arriver ! Une dimension que je n’avais pas prise en compte.
Décidément chaque voyage est un nouvel apprentissage.

Nous convenons que la privatisation n’est pas la bonne
solution mais pour autant il faut se mobiliser, faire appel à la
responsabilité du personnel à sa créativité
à son engagement. Pour la direction de l’ONATEL, les projets de
téléphonie rurale ne sont pas prioritaires, il est bon que
des agents se mobilisent pour suivre les dossiers, susciter sa participation,
négocier les moyens qu’elle met peut mettre à la disposition.

La réunion de l’après-midi rassemble les
membres du bureau, Outre Jean Tiendrébéogo et El Hadj Mousbila
Sankara, Bernard Ouedraogo cadre supérieur de la poste, Mme Elisabeth
Kaboré, ancienne directrice de l’Ecole Nationale Supérieure
de la Poste, M. Youssouf Sawadogo, technicien supérieur de transmission,
Jean Marc Komba ancien chef de centre commutation du temps du Crossbar,
Pentaconta, et Koussoube, ancien technicien reconverti au commercial sont
là.

Nous échangeons aussi sur le Sommet Mondial de
la Société de l’Information. Je leur fais part de la 
campagne que nous y menons pour que ce sommet décide de la construction
massive planifiée de lignes en zone rurale, des moyens de lever
les financements et d’en assurer le contrôle. L’approbation est immédiate.
Comme si cela faisait longtemps qu’ils avaient envie de s’exprimer et de
se mobiliser là-dessus mais qu’il leur manquait le déclic
ou qu’ils sentaient trop isolés pour le faire.

Je ne suis pas au bout de mes bonnes surprises. Ils me
montrent un document sur lequel ils ont travaillé, encore provisoire.
Ce document précise la façon dont pourrait être généralisée,
l’installation des téléphones communautaires avec mise en
place de comités de gestion villageois et gestion des demandes.
Je suis assez impressionné par la qualité du travail. Après
près de 2 heures de réunion nous nous quittons. El Hadj Mousbila
Sankara et Jean Tiendrebeogo ont insisté pour venir faire la tournée
des téléphones que nous avons installés dans la région
de Toma en collaboration avec l’ONATEL. Ils tiennent absolument à
voir le matériel mais aussi à se rendre compte par eux-mêmes
des difficultés afin de s’organiser en conséquence. Ils tiennent
aussi à assister à la rencontre avec la direction de l’ONATEL
.

Visite des sites où est intervenu CSDPTT
pour l’installation de téléphones communautaires

Nous partons à Toma dans la voiture de El Hadj
Mousbila Sankara. Jean Tiendrebeogo, et André Nyamba, ethno-sociologue,
professeur à l’université de Ouagadougou sont aussi du voyage.
M. Nyamba a réalisé une étude de faisabilité
de ce projet de téléphonie rurale (lire
l’étude
) . Sur la route tout en goûtant le paysage, je
pose quelques questions lorsque je vois des poteaux transportant du câble
téléphonique. Jean me confirme qu’il est possible d’utiliser
un même poteau pour supporter un câble de téléphone
et un câble électrique. Ce serait une application pratique
de ce que notre ami Jean Louis de CSDPTT appelle la synergie des réseaux
 ! J’apprends pas la même occasion par Jean qu’il existait autrefois
des lignes communautaires rurales. D’ailleurs un des bourgs que nous traversons
en possédait une mais disparue depuis. Décidément
cette histoire des télécommunications en Afrique mériterait
d’être écrite !

 


Nous arrivons au premier site Koin.
Je suis d’abord agréablement surpris du petit bâtiment qu’ont
construit les villageois en brique rouge. Mais il va falloir vite déchanter.
Il est fermé à clé et il n’y a personne. Assez rapidement
des gens commencent à arriver. On nous ouvre. L’intérieur
est impeccable. La conversation s’engage. Cela ne marche pas depuis 3 mois. Les villageois ne sont
pas informés. On demande les carnets de comptes et les factures.
Cela semble ne pas correspondre. El Hadj Sankara et Jean Tiendrebeogo multiplient
les questions pour comprendre. Il était temps que nous passions
et compte tenu de l’engagement que montrent les deux amis de la SODEPOSTEL,
je me mets en retrait tout en essayant de comprendre. Je quitte Koin passablement
inquiet. Si c’est comme ça dans les 3 autres sites, notre projet
est un échec. Du moins pour l’instant car cela doit pouvoir s’arranger
d’autant plus si la SODEPOSTEL prend les choses en main. (La panne sera
finalement réparée par les techniciens de l’ONATEL, une dizaine
de jours après notre passage)..

Arrivé à Toma
le chef lieu de la Province, on ne peut pas rater l’ONATEL. Une antenne
de plusieurs dizaine de mètres s’y élève au-dessus.
M. Abou Dembele, le Chef de centre de transmission nous attend avec un
chauffeur

qui conduira une magnifique 4x4 de l’ONATEL. La conversation
s’engage un peu vivement compte tenu du mécontentement que nous
avons rencontré à Koin. Abou Dembele nous explique qu’il
a fait le nécessaire il pense qu’il faut réorienter les antennes
et qu’il a fait appel à des équipes centrales à Ouaga
de pylôniers mais qu’il ne sont pas encore intervenus. Je me rappelle
qu’effectivement à Ouaga, Etienne Paré, un des cadres de
l’ONATEL avec qui ce projet a été mis en place, m’avait fait
part du fait présentent l’informent
de l’existence de la SODEPOSTEL. Abou Dembele explique le fonctionnement
de la facturation, je décroche un peu mais El Hadj et Jean continuent
à poser de multiples questions.

Et puis l’ambiance se détend assez rapidement,
on fait mieux connaissance, Abou Dembele me fait part du bon souvenir qu’il
garde des séjours d’Emile Quesada et Claude Sicard (voir
le reportage
) d’abord puis de Jean Claude Coste et Alain Farges (lire
le reportage
) , tous de CSDPTT, qui m’ont précédé
ici. L’ambiance continue à se détendre au « restaurant
 » pas très loin où nous dégustons une soupe
au lièvre et un « riz sauce » que j’apprécie
particulièrement. Bien sur le tout accompagné des bières
si chères à Emile. Nous voilà prêts pour affronter
la suite. La présence d’Abou Dembele aurait été utile
à Koin car il aurait pu répondre à certaines interrogations.

Nimina est le village d’André
Nyamba. C’est d’ailleurs Gabriel Nyamba, son cousin, qui gère le
télécentre, une petite maisonnette en dur pas très
loin de l’école. Cette fois elle est ouverte et le gestionnaire
est bien là. Jean et El Hadj inspectent les lieux. Abou Dembele
effectue des mesures avec le chauffeur. Ouf, ici au moins ça marche.
On s’installe à côté. Le gestionnaire se plaint de
ne pas gagner beaucoup. Je laisse El Hadj et Jean multiplier des questions

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nimina

.Ils
essayent de comprendre les problèmes qui se posent. Il y a un problème
car les villageois payent après une convocation par téléphone
(2 fois par mois) alors que les factures sont mensuelles.

On nous montre le cahier comme à Koin. Ici aussi
seuls les appels sortants sont consignés. Gabriel s’en sort à
peu près même s’il se plaint un peu. Il ne paye que 70% des
recettes des communications à l’ONATEL et en, plus il fait payer
100FCFA lorsqu’il va chercher quelqu’un qui est appelé. Une petite
réunion s’improvise à l’ombre à côté
du télécentre. Abou Dembele, El Hadj Mousbila et Jean Tiendrebeogo
se relaient pour expliquer la facturation. Les tarifs sont affichés
mais il semble qu’ils ne soient pas très bien appliqués.

Les villageois se plaignent aussi d’avoir à payer
chaque minute commencée. Ce n’est pas moi qui vais leur donner tort
mais c’est malheureusement la pratique des opérateurs. Ceux qui
m’accompagnent sont fermes là-dessus : chaque minute commencée
est due. On se plaint aussi du système de chronométrage.
Celui-ci se fait avec une montre… Le matériel installé ne
permet pas en effet le renvoi de taxes à l’abonné ce qui
empêche l’installation d’un compteur de taxe. Il faudrait trouver
une solution à ce problème. Avec El Hadj on évoque
l’idée de munir les cabines de montre ou de réveil à
affichage électronique qui ne sont pas chers ici. Cela éliminerait
pas mal de tension. N’est-il pas possible aussi de mettre au point un petit
système électronique qui ferait office de compteur de taxe
 ? N’y aurait-il pas ici, ou parmi les adhérents de CSDPTT des passionnés
d’électronique qui pourraient fabriquer ce système ?

Il y a environ entre 7 et 10 appels sortants par jour.
Ce sont donc des lignes qui trafiquent bien mais il serait intéressant
aussi de savoir combien ces télécentres enregistrent d’appels
entrant.
Un conflit éclate. On veut nous prendre à témoin. Le
télécentre est installé à côté
de l’école et derrière c’est la brousse. Gabriel avait semé
autour alors que selon l’instituteur c’est là que les enfants font
du sport. Gabriel explique qu’il a enlevé les cultures mais que
dans ces conditions le maître veut récupérer son terrain
et faire déménager le télécentre. L’ambiance
est tendue et le ton monte. Suivant les conseils d’André nous nous
mettons à l’écart. Selon lui cette animosité est ancienne
et il soupçonne des histoires de femmes…

Nous reprenons la route vers le site suivant non sans
s’être arrêtés pour saluer les « vieux « 
d’André Nyamba. Nous repartons avec un passager supplémentaire,
un poulet.

 

A Biba, nous restons moins longtemps.
Abou Dembele nous avait dit que l’ONATEL avait du couper car les factures
n’étaient pas payées.

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biba

En
arrivant nous découvrons que le responsable de ces difficultés
à été remercié par les habitants de Biba. La
gestion est confiée depuis peu à une jeune femme. Celle-ci
ne peut donc trop nous dire quels problèmes elle rencontre. Je suis
de nouveau rassuré car ici ça a l’air de bien marcher comme
elle nous le confirme. Je repars néanmoins avec une petite contrariété.
Abou Dembele nous explique que les gens ici pensent que le téléphone
est à mettre au compte du jumelage avec la ville d’Alès.
J’entreprends de rétablir la vérité aux gens qui nous
entourent mais ils paraissent sceptiques.

 
 
 

Dernier site Yaba, une préfecture
et le télécentre est d’ailleurs installé à
la préfecture. Un fonctionnaire en assure la gestion. C’est donc
fermé le week-end. Je découvre là une véritable
cabine téléphonique. Je constate grâce au cahier où
sont consciencieusement notifiés tous les appels, que c’est ici
que le trafic est le plus important. Près d’un appel par jour se
fait en direction de la Côte d’Ivoire. Et encore me dit le gestionnaire
le nombre était plus important juste après l’installation.
Il se plaint de ne pas suffisamment gagner mais il touche déjà
un autre salaire

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yaba

contrairement aux autres gestionnaires. Il dit faire un
bénéfice entre 3000 et 7000FCFA mais ne comptabilise pas
les sommes rassemblées avec les 100FCFA qu’il demande aux gens pour
aller les chercher lorsqu’ils sont appelés. Il se plaint du manque
de moyen de transport, car les distances sont relativement importantes
pour aller chercher les gens du fait que la préfecture est un peu
à l’écart du village. Autre problème,
il semble que le régulateur, interface entre la batterie et les
panneaux solaires, est en panne depuis plusieurs mois Le maître des
lieux doit insister pour qu’Abou Dembele fasse plus de mesures et détecte
effectivement la panne. Le gestionnaire nous explique qu’il est obligé
d’aller recharger lui-même sa batterie chez lui, une batterie qu’il
avait du acheter lui-même. Je commence à ressentir la fatigue
et reste un peu à l’écart. Mais Jean Tiendrebeogo et El Hadj
Mousbila Sankara continuent à s’intéresser, à conseiller,
à poser des questions et à donner leur avis.

Un premier bilan
Les habitants sont bien sur satisfaits mais il reste
de nombreux problèmes à résoudre aussi bien techniques
qu’humains. Il faut parfaire la formation des gestionnaires. La communication
entre les agents de l’ONATEL et les gestionnaires devrait pouvoir s’améliorer
et prévenir d’autres problèmes.

Abou Dembele effectue deux tournées par mois.
Cela représente un ratio de coût de maintenance gestion par
ligne assez important. Mais l’avantage qu’en tire les villageois
est important et ne se traduit pas en bénéfice financier.
Nous voilà en pleine confrontation entre la rentabilité d’entreprise
et rentabilité sociale. Pour autant les recettes de l’ONATEL ne
sont pas négligeables En faisant un rapide calcul en prenant
une moyenne de 8 appels par jour à raison de 120FCFA par appel (valeur
approchée qui tient compte que l’ONATEL touche 70FCFA pour un appel
local de 3 mn, mais aussi des appels plus chers vers le mobiles, des appels
longues distances et même vers la l’international comme la Côte
d’Ivoire). Si l’on tient compte des appels entrant, et donc des recettes
que touche à l’autre bout l’ONATEL, on arrive à une chiffre
d’affaire de l’ordre de 2 à 3 millions de FCFA par an pour ces 4
lignes. Ces chiffres méritent bien sur d’être précisés.

Après la première étude de faisabilité,
nous sommes évidemment impatients de pouvoir disposer d’une nouvelle
étude d’André Nyamba. Il est prévu qu’il retourne
pour étudier les retombées économiques et sociales
du projet et en particulier appréhender les changements sociaux
que génère l’arrivée des téléphones.
Malheureusement à la suite du refus de l’université de Ouagadougou
d’intégrer cette étude dans les activités pédagogiques
ordinaires, nous recherchons toujours les financements.

Ce qui semble prometteur c’est que les membres de la
SODEPOSTEL ont vraiment montré leur volonté de s’investir.
C’est de là que viendra sans doute la résolution des problèmes
même si CSDPTT ne doit pas désengager pour autant. El Hadj
Sankara Mousbila et Jean Tiendrebeogo ont affiché la volonté
de revenir et passer plus de temps avec les habitants pour parfaire la
formation des gestionnaires, développer l’aspect communautaire et
utiliser pour les villages les bénéfices ainsi réalisés
sur les recettes des cabines
. Un bénéfice paraît
en effet possible pour le village même en assurant un salaire au
gestionnaire.

Bruno Jaffré
CSDPTT Ile de FRANCE
 
 
 

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