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Point de vue : Développement durable et entreprise citoyenne.

vendredi 20 décembre 2002, par Bruno JAFFRE

Il y a quelques années ou quelques mois, pour être dans le coup dans les salons, on devait pouvoir discourir sur la démarche qualité, Internet, la mondialisation, etc… Aujourd’hui,
pour paraître « in », il vous faut parler « développement durable et entreprise citoyenne ». Peut-être ne vous en êtes vous pas aperçu ! Mais, si vous êtes dans une entreprise « 
moderne », elle donne déjà dans le « développement durable » et elle est « citoyenne ».

Point de vue : Développement durable et entreprise citoyenne.

Il y a quelques années ou quelques mois, pour être
dans le coup dans les salons, on devait pouvoir discourir sur la démarche
qualité, Internet, la mondialisation, etc… Aujourd’hui, pour paraître
« in », il vous faut parler « développement durable
et entreprise citoyenne ». Peut-être ne vous en êtes
vous pas aperçu ! Mais, si vous êtes dans une entreprise « 
moderne », elle donne déjà dans le « développement
durable » et elle est « citoyenne ».

Comme il est particulièrement dangereux de le
dire sans le faire ! Elle le fait sans le dire, tout en donnant à
comprendre qu’elle le fait. Seules le donnent à croire sans le faire
véritablement, des entreprises malhonnêtes que vous ne connaissez
évidemment pas ! Donc, pour que vous compreniez bien ce qui se fait
déjà, ou ce qui se fera demain dans notre société
occidentale et dans toute bonne entreprise, voyons de quoi il s’agit !

Que trouve-t-on dans cette auberge espagnole ?

Qu’est ce que le développement durable et la responsabilité
sociale pour une entreprise ?

Cette nouvelle idéologie est à priori,
apparue pour la première fois en 1987 dans un rapport de l’ONU intitulé
« Répondre aux besoins des générations présentes
sans compromettre la capacité des générations futures
à répondre aux leurs ». Dixit, les maîtres de
cette nouvelle école, « C’est une conception renouvelée
du développement ». En 1987, certains penseurs Onusiens, ont
re-découvert que le développement d’une entreprise est durable,
si ses responsables trouvent et conservent un équilibre entre trois
ensembles de contraintes :

· Les précautions environnementales
· L’équité sociale
· L’efficacité économique.
Ne souriez pas, c’est une évidence qui n’apparaissait
pas à tout le monde puisque :

· Ce n’est qu’en 1989, deux ans après le
rapport de l’ONU, suite aux « problèmes » causés
par l’échouage de L’Exon-Valdez en Alaska, que les Etats Unis ont
véritablement pris conscience de l’intérêt de ce « 
nouveau concept » et que depuis, Busch a accepté les accords
de Kyoto (Non ! Bon et bien, cherchez l’erreur !)

· Ce n’est que treize ans plus tard, en 2000 que
l’Europe, après avoir mûrement réfléchi, s’est
« précipitée » dans la brèche lors d’un
conseil européen à Lisbonne. Et que l’OCDE et l’OIT ont,
eux aussi, pris en compte les questions liées au développement
durable et à la responsabilité sociale des entreprises, en
particulier pour les entreprises multinationales.

En ce qui concerne le concept d’entreprise « citoyenne
 », toutes les civilisations ou sociétés sont censées
l’avoir appliqué dans leur phase hégémonique. Seul
varie d’une époque à l’autre le nombre de personnes à
en avoir profité. En ce qui concerne le concept d’entreprise « 
durable », il s’agit de l’habillage moderne de concepts et valeurs
existants depuis un certain nombre d’années pour ne pas dire de
siècles dans des civilisations non-occidentales.

Tout le problème est donc de savoir si les entrepreneurs
vont construire des entreprises expansionnistes, jetables ou durables.
Pour aider les responsables d’entreprise à prendre leur décision,
il faut savoir qu’aujourd’hui aux USA, en France comme dans d’autres pays
« riches », une masse importante de capitaux, s’investissent
dans les entreprises « durables ». Ces capitaux sont les « 
fonds socialement responsables ».

Exemples :
· Aux USA un dollar sur 8 est investi sur la base
de ces critères soit 2 000 Md$ (ce qui fait dire aux mauvais esprits
que le montant investi peut justifier de l’intérêt des valeurs
sociales sous tendues par le discours ).

· Depuis le 15 mai 2001, en France, le rapport
aux actionnaires comprend également des informations sur la manière
dont la société prend en compte les conséquences sociales
et environnementales de son activité.

Mais, petit problème, comme depuis 1987, la majorité
des entreprises sont devenues « durables et citoyennes » ou
sont en passe de le devenir, comment les comparer entre elles sans norme
de référence.

Dit autrement, le mètre étalon des entreprises
« durables » n’est toujours pas sorti du pavillon de Sèvres.

Donc, en admettant que l’entreprise X et l’entreprise
Y font dans le « durable » comment quantifier l’appréciation
de la chose pour justifier de l’investissement sur X ou sur Y.

Faute de comparatifs quantifiables, si elle s’est dotée
d’une bonne communication, toute société ou toute entreprise
appliquant les « règles » ou semblant les appliquer
peut prouver qu’elle est socialement responsable et respectueuse de son
environnement dans le cadre d’un développement économique
harmonieux.

Quoiqu’il en soit, en attendant de concrétiser
les premiers concepts avec des instruments de mesures, nos politiques et
certains philosophes poursuivent leur réflexion. Ainsi, d’un point
de vue national (cocorico) et international, un certain nombre de projets
sont conduits sur ces concepts pour élargir la responsabilité
de l’entreprise car nous sommes tous concernés, tous acteurs. (CF.
sur la mondialisation « Info-riches » ou « Info-pauvres
 » Et si l’on questionnait la mondialisation marchande ? du 6 juin
2002)

Nous devons apprendre à respecter les droits humains,
autant ceux dus aux Hommes du présent que ceux dus aux Hommes du
futur. Et, si l’on veut que des entreprises durables acceptent une responsabilité
sociale, nous devons nous même chaque jour veiller à ce que
notre petite entreprise personnelle soit « durable et citoyenne ».
Après, nous pourrons commencer à critiquer. Et, pour vous
faire travailler un peu, vous aussi, voici un petit exercice !

Comment traiter internationalement le respect des
droits « humains » sur les chaînes de production quant
on sait que les Hommes sont loin d’avoir les mêmes droits et les
mêmes valeurs d’une région à l’autre ? Quant on sait
que pour survivre certains enfants préféreraient pouvoir
travailler à la chaîne plutôt que d’aller chercher leur
pitance dans des mines de sel, sur les décharges publiques de grandes
métropoles ou être à l’écoute de certains touristes.

Si vous êtes à cours d’exercices, j’en ai
d’autres du même mauvais goût pour ceux qui subissent. Ne nous
y trompons pas, hormis les abrutis, nous disons tous que nous voulons construire
une civilisation « durable » et « citoyenne ». Mais,
sommes-nous capables de le faire, de passer des concepts aux actes ? Lorsque
je, non, nous découvrons que ces concepts nous obligent chaque jour
à remettre en cause nos idées reçues et notre confort,
sommes-nous toujours prêts ? Lorsqu’on constate que DIEU lui-même
semble ne pas avoir su être équitable entre CAIN et ABEL,
serons-nous capables de faire mieux  ?

Je ne dis pas, surtout pas qu’il faille renoncer, mais
en ce qui me concerne ce n’est pas toujours brillant ! Lorsque je vois
la gueule que je fais quand je manque d’eau pour arroser mes rosiers ou
laver ma Mercedes, vous parlez d’un citoyen du monde... Non, pour moi,
l’exercice est particulièrement difficile, si je veux que ma société,
mon entreprise soit durable et citoyenne, il faut que chaque jour, je sois
« durable et citoyen ». Il ne faut pas que je tombe sous le charme
des beaux parleurs ou dans la facilité. (Là, en me relisant,
je ne vois plus à quel caviar pleurnicheur je fais allusion !)

Ah ! que de choses à préserver, développer
pour nous, nos amis, nos voisins, nos enfants, et leurs enfants et surtout
pour des gens que nous ne connaissons même pas que l’on ne verra
jamais ! Leurs valeurs sont-elles nos valeurs ? Ont-ils raison ? Avons-nous
tort ? Plus de questions que de réponses.

Mais avons-nous le choix ?
Ah ! Au fait, pour revenir plus terre à terre,
d’après le journal La Tribune du 12 mars 2002, Suez, Lafarge, Vivendi
Environment, EDF, SEB, etc. seraient des entreprises françaises
« durables et citoyennes ». Et rassurez-vous, si celles
ci ne vous suffisent pas, il en existe d’autres... Et, je suis certain
que comme moi, vous connaissez et peut-être appartenez à des
entreprises qui, sans le savoir, en tout cas sans le dire, depuis des siècles,
furent, sont et restent « durables et citoyennes ». Même
si parfois quelques coucous ou quelques merles siffleurs en ont occupé
le nid. Nous devrons y veiller. C’est aussi cela être « durable
et citoyen ».

En résumé, l’entreprise qui donne dans
le "durable et citoyen" est une entreprise qui associe le vivable, le viable
et l’équitable. C’est comme le disait mon banquier une entreprise
qui recherche l’efficacité économique et l’équité
sociale tout en exploitant son environnement en père de famille.
Maintenant, si comme moi, vous considérez la mise en œuvre de ces
concepts beaucoup trop ardus et stressants, deux possibilités s’offrent
à vous :

· Jouer sur les normes, l’équitable ou
le vivable ne peuvent-ils être réduits à leur portion
congrue ? Le viable est-il utile ?

· Lire les journaux de ces derniers jours, et
vous constaterez que nous ne sommes pas obligés de nous appliquer
ce que l’on demande aux autres !

Ah au fait je vous parie que nos futurs fonds de retraite
seront des fonds socialement responsables qui seront investis dans des
entreprises durables et citoyennes. Pendant ce temps le quart monde
continue de crever de faim…et les beaux discours donnent bonne conscience
 !

Sincèrement, si c’était pour en arriver
là, notre ami commun aurait mieux fait de me laisser continuer à
dormir dans mon fauteuil. Au moins, je rêvais de choses plus importantes,
la France avait gagné la coupe du monde de football 2002. C’était
du « durable », les journaux l’avaient écrit. Paf !
Au réveil, je me retrouve avec une équipe « jetable
 » et une bourse envahie par de méchants spéculateurs.
Mais, c’est moins grave que pour les paysans de Cote d’Ivoire qui ont utilisé
les pesticides américains. Alors qu’oubliés, ils espéraient
devenir « durables », ils ont muté et sont devenus jetables
 !

CESARIN  Pseudonyme d’un cadre supérieur
de la Poste.