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Marginalisation de l’Afrique dans la société de l’information, dépêche de l’agence PANA à la suite d’une interview de JL Fullsack

mercredi 16 octobre 2002, par Bruno JAFFRE

Marginalisation de l’Afrique dans la société de l’information

Nota : Vous trouverez ci-dessous après le texte de la dépêche les commentaires de Jean Louis Fullsack sur la restitution de l’entretien.

Paris, France (PANA) - Le processus devant aboutir à l’organisation, en décembre 2003 à Genève, du sommet mondial de la société de l’information tel qu’il est engagé actuellement pourrait conduire à une marginalisation totale de l’Afrique, a estimé mardi à Paris M. Jean-Louis Fullsack, expert français en télécommunications.

S’exprimant lors d’un entretien accordé à la PANA, M. Fullsack, qui a passé une bonne partie de ses 40 années dans le secteur au sein de l’Union internationale des télécommunications (UIT), à Genève, a précisé que si des dispositions ne se sont pas rapidement prises, l’Afrique sera peu présente au prochain rendez-vous mondial du secteur.

"Sur le budget de 7 millions de francs suisses prévu pour l’organisation du sommet en décembre de l’année prochaine, il n’y a aucun volet prévoyant un appui financier aux pays africains afin qu’ils viennent faire entendre leurs voix à cette rencontre", a-t-il déploré.

Seuls quelques Etats du continent, a-t-il souligné, ont pu participer aux réunions préparatoires du sommet où la représentation qualitative de l’Afrique laissait à désirer en raison de l’absence des techniciens des télécommunications originaires du continent. "Il est illusoire de penser que les ambassadeurs africains à Genève qui sont venus aux réunions préparatoires au nom de leurs pays puissent défendre les intérêts de l’Afrique dans une enceinte où les autres parties du monde envoient plus des techniciens que des politiques", a averti l’expert français.

M. Fullsack, qui a longtemps servi en Afrique pour le compte de l’UIT, fut entre 1978 et 1998 le coordonateur du projet de connexion de l’Afrique de l’Ouest. Il affirme redouter que ce sommet mondial, décidé par une résolution des Nations unies, serve davantage les intérêts des firmes comme Microsoft qu’à autre chose. Selon cet expert, qui continue à travailler sur les télécommunications en Afrique à travers l’association Coopération, solidarité et développement en matière des postes et télécommunications (CSDPPT), le sommet mondial n’aura rempli sa mission que s’il permet de réduire la "fracture numérique" entre les pays africains et ceux du Nord.

"Sur insistance de l’UIT, de nombreux pays africains se sont mis ces dernières années à s’occuper des aspects réglementaires, négligeant du coup de procéder à des restructurations qui auraient pu permettre de sauver les opérateurs nationaux. "Puis, lorsque ces opérateurs sont devenus des miettes, des investisseurs occidentaux viennent les ramasser", s’est indigné l’expert français, qui a en outre dénonce l’absence d’approche multisectorielle dans les plans de restructuration des télécommunications proposés par la Banque mondiale aux pays africains.

En Afrique pour être efficace, le développement des télécommunications doit associer les réseaux aux énergies, renouvelables notamment, afin de renforcer les capacités des opérateurs nationaux.

"Il faut que les pays africains fassent le siège de l’UIT chargée d’organiser le sommet, qu’ils fassent pression sur les Nations unies qui ont décidé de la rencontre afin de mieux prendre en compte les intérêts de ce continent qui, au rythme où vont les choses, sera le grand perdant du sommet mondial de la société de l’information", a-t-il prévenu. A cet effet, l’ancien haut fonctionnaire international conseille aux Africains de s’appuyer sur les cadres du continent comme le Malien Amadou Touré, chef du Bureau du développement des télécommunications (BDT) pour mieux défendre leurs spécificités.

Décidé par l’assemblée générale des Nations unies, le sommet mondial de la société de l’information se déroulera dans sa première phase à Genève, en Suisse en 2003 et dans une deuxième partie en 2005 à Tunis, en Tunisie.
Paris - 15/10/2002


Note de Jean-Louis Fullsack à propos de la restitution de cet entretien

C’est toujours une épreuve particulière qu’un entretien avec un journaliste. Je dois d’abord remercier le journaliste africain de
m’avoir accordé sa confiance sur ce sujet bien controversé. De même je le remercie pour la restitution de notre entretien dont je
garde un très bon souvenir.

J’aimerais cependant "modérer" certaines expressions et rectifier quelques points pour respecter la teneur de mes propos, en espérant
qu’ils seront intégrés dans une version "actualisée" ou au moins enregistrés comme compléments d’information.

Les "rectifications" proposées ci-après feront référence au rang des divers alinéas et sont indiquées sous forme d’extraits de texte
modifiés :

- 3ème alinéa : remplacer "il n’y a aucun volet" par "il n’apparaît aucun volet" car les documents publiés ne le mentionnent nulle
part.
- 4ème alinéa : ajouter à la fin de l’alinéa "sauf pour trois ou quatre pays (dont le Mali et le Sénégal)."
- 5ème alinéa : remplacer à la fin "plus de techniciens" par "plus de spécialistes".
- 6ème alinéa : je propose la rédaction suivante pour la première phrase de cet alinéa :
"M. Fullsack qui a effectué entre 1978 et 1998, des missions fréquentes et plus ou moins longues en Afrique pour le compte de l’UIT,
fut à ce titre entre 1980 et 1982 le coordonateur du projet d’interconnexion des Etats de l’Afrique de l’Ouest dans le cadre de la
CEDEAO."
Dans la deuxième phrase je propose de remplacer "les intérêts des firmes comme Microsoft" par "les intérêts des firmes comme Cisco et
Microsoft".
- 8ème alinéa : remplacer "des restructurations qui auraient ..." par "des restructurations de leurs réseau et services qui auraient
..."
- 10ème alinéa : remplacer "afin de renforcer les capacités des opérateurs" par "renforcer la fiabilité des réseaux et les capacités
des opérateurs".

Par ailleurs l’article aurait pu mentionner le problème que j’avais soulevé de formation -notamment des cadres- comme un des
éléments-clés de l’insertion de l’Afrique dans le processus du SMSI et regretté que l’UIT n’ait pas rempli son rôle sur ce plan.

J’espère que le journaliste voudra bien m’excuser de ces rappels (il m’avait semblé comprendre que l’article serait soumis au
préalable à Bruno Jaffré) et prendre en compte leur objet ; d’avance je l’en remercie et lui renouvelle ma disponibilité pour évoquer
ces problèmes qui nous sont chers et communs : l’avenir de l’Afrique.

Jean-Louis Fullsack

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