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Reportage : mes premiers pas au Burkina- juin 2002. Formation de formateurs à Yam Pukri (Internet)

lundi 1er juillet 2002

Mes premiers pas au Burkina- une expérience de formation de formateurs Yam Pukri en juin 2002.

Mes premiers pas au Burkina.

Nuit du Dimanche 16 au lundi 17 juin
Arrivée à Ouaga à minuit et demi, avec 1h heure de retard.
C’est mon premier séjour en Afrique, et la chaleur m’assaille dès la sortie de l’avion, il doit faire aux alentours de 30°. Et pourtant, il faisait la même température à Paris au départ….
Après les formalités de douanes, Sylvestre le président de Yam Pukri m’attend, accompagné de Alfred, un ami. Le pauvre Alfred m’a déjà attendu la veille à tous les avions du soir, suite à une incompréhension. Il faudra être plus précis pour les prochaines missions.
Nous nous rendons chez Sylvestre qui m’hébergera chez lui le temps de la formation, et me présente sa femme Patricia. L’accueil est chaleureux et agréable, moi qui suis plutôt réservé, je suis mis à mon aise d’entrée.
La nuit est chaude, la saison des pluies est en retard d’un mois, je transpire sous la moustiquaire.

Lundi 17
Réveil matinal, 6h30. Je rencontre le reste de la famille, Harold 8 ans, Sharon 4 ans et Aude la petite dernière 6 mois ½.
La journée débute par une tournée de divers artisans auxquels Sylvestre fait appel pour modifier une porte, réparer une roue, puis à l’université de Ouaga où il a « ses » bureaux. J’en prends plein les yeux que je garde grands ouverts pour ne rien manquer. C’est l’Afrique au-delà de mon imagination, vivante et pauvre, je suis fasciné par tout ce que je vois.
Arrivée à Yam Net. Sylvestre me fait visiter les locaux de l’association. Locaux assez vastes et bien équipés, contenant une vingtaine d’ordinateurs. Un serveur d’accès avec Wingate, utilisé comme Proxy ou comme routeur. Tous les micros sont sous Windows 98. Je rencontre Aziz un formateur et Amélie la coordonnatrice de Yam Pukri. Nous discutons du déroulement des formations, et je sens qu’il va falloir que j’improvise pour le contenu et le timing. Amélie souhaite des tranches de 2 heures, à tour de rôle.
En fait, je verrai plus tard que nous aurons 4 heures le matin et 2 heures l’après midi, voire plus, pour tous et ensemble.
Vers midi, nous rentrons pour déjeuner, la chaleur s’intensifie, le brésil gagne 2-0 à la RTB.
Je fais ma première sieste, bercé par le bruit des maçons qui font une dalle en ciment, en plein soleil, alors qu’il fait 37 ou 38° à l’ombre….
16h retour à YamNet, j’ai besoin d’eau, ce sera le cas tous les jours, 1 à 2 bouteilles. Je commence à retenir les prénoms : Aziz, Téo, Salam, Marie-Thérèse, Jean-Emmanuel, Nestor, Benoît. Ils seront mes stagiaires, permanents ou occasionnels.
Nous commencerons les cours le mardi.
Je sors fumer, il se met à pleuvoir… enfin…Je déchante rapidement, d’intense, la chaleur devient étouffante.

Mardi 18
Je dors bien, malgré la chaleur. Réveil à 6h30.
Ce matin les cours commencent. Les horaires prévus : 8h-12h et 15h-17h. Le début du cours, avec la théorie, intéresse visiblement tout le monde. J’attaque par des généralités et la présentation du déroulement du cours.
- Notions de Réseau
- Le modèle OSI
- Installation du réseau
- Les équipements du réseau : hub, routeur
- Les protocoles TCP/IP
- Les services
- Netbios
- Installation d’un serveur Web : EasyPHP (Apache, MySQL, PHP)
- Notions de HTML
- Notions de PHP
- Notions de MySQL
- Utilisation de SPIP
2 semaines, c’est un peu juste pour entrer dans les détails, mais c’est une bonne approche pour commencer à comprendre. Mon emploi du temps des mois précédents ne m’a pas permis de réaliser un support de cours. Nous les préparerons pour les autres formations à venir.
Il faudra rectifier le tir pour les prochaines formations. Je me sers du tableau pour leur permettre de prendre des notes.
18h30 fin du cours. Bonne avancée, mais la théorie est toujours aussi fastidieuse, quoique indispensable.
Amélie la coordonnatrice a téléphoné à M. Etienne PARE de l’ONATEL, rendez-vous est pris pour le lendemain 18h à Yam Net.
Je rentre à pieds chez Sylvestre, 50 mn d’Afrique en solitaire, j’en prends plein les yeux. J’ai craqué ma sandale, et pas un cordonnier en vue. Pourtant il y a de tout comme artisans le long de la route.
Je suis bêtement inquiet, les fantasmes ont la vie dure. Pourtant personne ne m’accoste, juste quelques bonjours amicaux. Un blanc ne passe pas inaperçu dans ce quartier excentré de Ouaga, où il y a peu de touristes.

Mercredi 19
Il est 22h, une bonne journée.
Je ne bronze pas, je ne vois pas beaucoup le soleil, on verra ça la dernière semaine.
Le cours se passe bien, mais les disparités de niveau ne facilite pas les choses. Certains sont visiblement un peu justes, mais bon, j’ai l’habitude, j’essaye que tout le monde y trouve son compte.
Ce soir à 18h, j’ai rencontré M. Etienne Paré. Il habite tout près de Yam Net, mais n’est jamais entré.
Nous allons boire un pot à deux pas, et le contact s’établit avec Sylvestre. M. Paré va me prendre rendez-vous avec le responsable de FASONET, et me rappellera.
L’association est presque constituée, elle regroupera des agents de l’ONATEL et de la SONAPOST, comme CSDPTT.
Je pense que Sylvestre et M. Etienne Paré peuvent s’entendre sur la réalisation de projets, à suivre et à renforcer. Nous discutons notamment d’Internet dans les bureaux de Poste, tout le monde semble d’accord sur l’intérêt tant pour la SONAPOST que pour les utilisateurs. Un projet à lancer dont nous avions déjà discuté avec Philippe DARROUY. J’apprendrai plus tard qu’un projet de CyberPoste est en route, mais sans résultats visibles depuis 2 ou 3 ans.
J’ai pris rendez-vous avec l’ambassade pour le lendemain 10h.
Ce soir, Ouaga By Night, ce ne sera pas la dernière fois…
Mes sandales sont réparées, pour 400CFA (4 frs !!!). Elles tiendront jusqu’à la fin du séjour.
Sujet important, les moustiques. Je n’en vois pas la queue d’un. Il ne pleut pas, donc pas de moustiques, super !!!!

Jeudi 20
Bonne journée de nouveau. Il semble que ce soit désormais un leitmotiv. Le cours avance, je suis un peu brouillon, mais j’ai peu de temps. Je fais moins de théorie et plus de pratique. De toute façon, sans support, pas simple la théorie.
A 10h, rendez-vous avec l’ambassadeur, qui me reçoit agréablement dans son bureau « climé », mon premier test de la clim à Ouaga. Bien, mais un peu frais à mon goût. J’expose les raisons de ma venue, et je lui parle des projets en cours, la téléphonie à Sérékéni, le partenariat avec Yam Pukri, et le projet de la province du Sourou. La réponse pour les NTIC est claire, il ne peut pas financer ce type de projet. Tout ce qui touche aux Nouvelles Technologies est malheureusement trop pris par les projets globaux comme le NEPAD, le futur (et hypothétique ?) ADEN. En bref, les projets seront menés à une échelle supérieure.
Pour la téléphonie par contre, il est toujours intéressé par la démarche de CSDPTT, et me confirme qu’il est d’accord pour continuer à participer, dans la mesure où les dossiers seront bien montés.
La règle est 1/3 du budget prévisionnel à la charge du partenaire (CSDPTT), 2/3 pour la subvention. Il met l’accent sur la nécessaire contribution des populations pour qui cela doit représenter un investissement, ce qui permet la responsabilisation.
M. Etienne PARE m’a pris rendez vous avec le responsable d’Internet à l’ONATEL, ou plutôt FASONET. Mardi matin.
Les stagiaires semblent prendre du plaisir, c’est le meilleur moyen d’apprendre. L’accès Internet à Yam Net est à peine limite, 33,6 Kb/s, et ce débit est partagé entre les différents micros. A comparer avec les accès ADSL à 1Mb pour une seule personne !!!

Vendredi 21
Fin de la partie réseau pure, on attaque l’installation d’un serveur Web. Serveur Apache, avec serveur MySQL et moteur php. Le tout grâce à EasyPHP.
Ce soir Sylvestre et Théo ont rendez-vous avec François Laureys, un Hollandais d’origine belge, qui fait de la coopération dans le domaine des NTICs. Il fait partie de l’ONG hollandaise IIDC ( International Institute for Communication and Development).
Il connaît CSDPTT, et suit un peu ce que nous faisons. La démarche et le créneau téléphonie l’intéresse. Il me propose de voir si une collaboration entre IICD et CSDPTT serait possible. Ils ont un projet en cours vers Orodara, et il est possible que Sérékéni puisse les intéresser. Leur démarche, pour ce que j’en ai retenu : mettre autour d’une table les représentants d’associations, d’organisations gouvernementales, d’ONG, etc .. pour discuter d’un problème lié au développement, et voir comment les NTICs peuvent aider.
Cela reste un peu flou pour moi.
J’accompagne Sylvestre et Théo à leur rendez vous, c’est en centre ville, j’en profiterai pour visiter les alentours du grand marché qui est fermé, mais dont les alentours sont encore très animés.
Je les rejoins plus tard à l’hôtel de François, et j’y rencontre un Burkinabé qui a monté un studio d’enregistrement multimédia d’assez grosse envergure. Les projets de téléphonie l’intéressent. Il peut communiquer avec le monde entier en quelques minutes ou secondes, mais ne peut pas joindre sa mère qui habite à 35km. Le paradoxe africain.
Ce soir c’est la fête de la musique, mais je suis trop fatigué pour y aller.

Samedi 22
Je fais cours ce matin. Le temps est tellement compté, que c’est nécessaire. La semaine qui suit me donnera raison.
En arrivant, je m’aperçois que j’ai oublié mon argent à la maison. Pas d’argent, pas d’eau !! J’emprunte une mobylette pour éviter la déshydratation. Ouf !!!
A midi, François nous invite au resto, où je mange une pizza (!!!) Nous discutons de développement, même si je ne suis pas trop fort sur le sujet.
Après le repas, Sylvestre va acheter une nouvelle batterie pour la voiture. Cela m’évitera de pousser comme tous les matins. Surtout que Sylvestre veut me facturer le club de sport qu’il m’offre ainsi !! C’est près du grand marché, nous y entrons, et là c’est une expérience, parfois pénible à cause des sollicitations, mais intéressante au final. On me prend pour un crésus occidental.
J’ai l’honneur de rencontrer le chef du village de Sylvestre (enfin du quartier de Ouaga où il habite). Il ne connaît pas la langue, et Sylvestre sert d’interprète. Il me fait cadeau de mangues, je lui donne un de mes paquets de cigarettes. Nous sommes contents tous les deux.
Ce soir il a plu. La pluie s’annonce par un mur de poussière jaune marron, poussée par un vent fort. Il faut tout fermer, pour se protéger de la poussière. Gare aux moustiques !!!

Dimanche 23
Journée de repos pour le formateur, journée de découverte pour le touriste. Petite grasse matinée jusqu’à 8h.
Je vais me promener dans les rues de Ouaga. Je suis frustré, les Ouagalais ne sont pas très friands de photos, j’arrive tout de même à en « voler » quelques-unes unes.
Dès 11h il me faut rentrer, rapport à la chaleur. Je ressortirai vers 16h pour une découverte du centre ville à pieds. Petit fanta dans un maquis, et retour dans un taxi brinquebalant, mais à 30km/h, je me sens en sécurité.

Lundi 24
Journée classique de formation, nous attaquons le codage HTML, juste ce qu’il faut pour ce que je me suis fixé comme objectif. Suivre un fil conducteur permettant de réaliser un site web dynamique utilisant PHP et MySQL.
Passage au bureau de Poste pour quelques timbres, superbes.
Il fait 38° dans la maison, et je tiens bien. L’organisme est élastique. Il a failli pleuvoir, mais seule la poussière est au rendez-vous. Ca a commencé par un ciel jaune, qui devient marron, puis le vent, violent et rafraîchissant.
Il ne fait plus que 31° dans la maison, un peu moins dehors. Les enfants se couvrent, ils ont froid…

Mardi 25
Visite de FASONET avec M. Etienne Paré.
Je suis reçu par Mr Lamoussa OUALBEOGO, Directeur de l’Informatique et des Nouvelles Technologies. Nous discutons des raisons de mon séjour, et il me confie aux bons soins de Mr GANAME, le responsable du nœud Internet de l’ONATEL. Nous discutons technique et architecture.
Je ferai une présentation d’Internet au Burkina, que je lui enverrai.
Il me confirme la liaison unique vers le Canada, ce que j’avais vu en cours avec les stagiaires. L’ONATEL semble manquer de formateurs, et ce sont les techniciens qui doivent assurer, en plus de leur charge de travail. Avec les limites que cela impose.
En cours, on débute PHP.
Mercredi 26
Fin du PHP, début de MySQL. Ca roule, mais c’est dur, trop rapide.
Jeudi 27
Pas d’électricité ce matin. Des pylônes sont tombés à la sortie d’une centrale hydraulique de l’est. Ca contraint la SONABEL à des délestages tournants. J’ai bien fait de venir samedi matin pour avancer le cours, je recommencerai samedi prochain.
J’attends jusqu’à 10h, toujours rien. Nestor m’emmène en centre ville où je loue une mobylette. 6000F/jour, c’est un peu cher, mais je la prends pour 5 jours, jusqu’à mardi matin, jour de l’arrivée de ma femme. Pas simple de louer, ils leur faut tout, passeport, permis, adresse, téléphone. On m’accompagne même jusqu’à YamNet.
Mais bon je suis motorisé.
Toujours pas d’électricité, j’enfourche ma nouvelle acquisition, et vais me perdre dans les rues excentrées. Je m’arrête en bordure de la ville, sans oser aller plus loin. Je n’ai pas encore confiance dans l’engin, qui a visiblement des heures de « vol ». Près de moi, deux hommes curent un puits. Nous discutons un moment. Celui du fond, à environ 5m, pose des questions que me traduit celui du dessus. Sympathique.
Il est midi, direction la maison L’électricité revient l’après-midi. Ouf ! Nous allons pouvoir finir MySQL.

Vendredi 28
Deuxième matin sans électricité.
J’explore un nouveau quartier. Après le nord hier, en route vers le sud.
Vers 11h toujours pas d’électricité à Yam Net.
Après midi de cours, nous voyons SPIP, c’est bref, mais ça n’est pas trop compliqué.
Vers 18h, nous allons boire un pot à notre QG habituel, à 2 pas de YamNet. Alfred qui nous a rejoint est une mine inépuisable d’histoires drôles. Nous y restons 2 ou 3 heures, sans que je ne vois le temps passer.
Ce soir, deuxième Ouaga By Night. Boite de nuit, dont je ne suis pas friand, puis Maquis genre Caf’Conc’, où j’apprécie un chanteur Ghanéen. Nous parcourons dans notre périple les quartiers chauds de Ouaga, des « 6 mètres » bordés de tabourets, bien évidemment utilisés par des femmes en attente du client.
2 heure du mat’, extinction des feux ou presque. Je n’ai pas fermé la moustiquaire, et 2 moustiques m’attendent. Guerre totale jusqu’à élimination.

Samedi 29
Réveil à 8h, il pleut, c’est bon la température devient acceptable.
C’est la dernière journée de cours, que je passe à affiner, et à répondre aux questions, plutôt qu’à des choses nouvelles.

Bilan
J’aurai tenu mon planning et mon objectif.
Les formateurs de Yam Pukri sont contents. S’ils ne sont pas des spécialistes, la formation a démystifié le réseau. D’utilisateurs passifs, ils sont devenus des débutants en réseau. La différence, si elle paraît mince, est sensible.
J’ai déjà une bonne idée du besoin pour les sessions à venir.
Une formation sur le système d’exploitation Windows NT ou Windows 2000. La partie administration de serveur. Tout est basé sur Windows 98, qui n’offre pas de sécurité, ni de moyen de gérer les répertoires pour un cybercentre. Un serveur de domaine améliorerait la gestion du centre.
Une formation approfondie sur les réseaux et les protocoles TCP/IP. Pour faire des stagiaires de véritables spécialistes, condition indispensable pour en faire des formateurs réseaux.
Le centre aurait aussi besoin d’une optimisation de son architecture pas physique, mais logicielle. Elimination de NetBEUI, utilisation de la fonctionnalité routeur de Wingate, etc…
La formation a été appréciée, ce que Yam Pukri m’a prouvé le soir de mon départ, en m’invitant au restaurant avec ma femme, et en nous offrant chacun un cadeau.
Seule ombre au tableau, je n’ai pas eu le temps de rencontrer la SONAPOST, ce qui était un de mes objectifs, mais bon….

Alain Roblin Demont CSDPTT Ile de France
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