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Etude de faisabilité pour l’installation et la gestion du téléphone dans 4 villages du Burkina Faso (Etude de M. André Nyamba ethno-sociologue de l’université de Ouagadougou)

août 1998

Cetté étude a été réalisée à la demande de CSDPTT, par M. Nyamba professeur d’ethno-sociologie à l’université de Ouagadougou et une équipe de ces étudiants. Elle fait partie intégrante du projet.
Une autre étude sera réalisée après l’installation effective des téléphones.

Les attentes de trois villages du Burkina-Faso
ETUDE DE FAISABILITÉ POUR L’INSTALLATION ET LA GESTION DU TÉLÉPHONE EN MILIEU RURAL DANS QUATRE LOCALITÉS DE LA PROVINCE DU NAYALA (TOMA) : BIBA, KOIN, NIMINA ET YABA [1]

Par André NYAMBA [2]


TABLE DES MATIERES
Remerciements

Introduction générale
I. Le village de Biba
A. Les engagements de la population à s’approprier le projet de téléphonie rurale

Le lieu d’implantation de la cabine téléphonique
Le local de sécurisation du matériel téléphonique
La désignation du gestionnaire de la cabine téléphonique
Les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine téléphonique
Le contexte social de signature du contrat entre le village, l’ONATEL et CSD PTT
B. Les potentialités socio-économiques du village

Les structures démographiques du village
Les exploitations agricoles du village
La situation du cheptel dans le village
- Le cheptel vivant
- Le cheptel mort
Les activités artisanales dans le village
Le niveau de vie général du village
- Les moyens de transport
- L’habitat.
Conclusion partielle

II . Le village de Koin
1. La situation sociale globale du village de Koin au moment de l’enquête de faisabilité
2. Les engagements de la population vis-à-vis de l’ONATEL et de CSD PTT
3. Analyse du degré d’engagement du village de Koin pour la téléphonie rurale
4. Les potentialités socio-économiques du village de Koin
Conclusion partielle sur le village de Koin
III . Le village de Nimina
A. Les engagements de la population à s’approprier le projet de Téléphonie rurale

Le lieu d’implantation de la cabine téléphonique
Le local de sécurisation du matériel et les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine téléphonique
B. Les potentialités socio-économiques du village de Nimina

Les structures socio-démographiques du village
Les exploitations agricoles dans le village
La situation du cheptel dans le village
3.1. Le cheptel vivant
3.2. Le cheptel mort
Les activités artisanales et commerciales
Le niveau de vie général du village
Conclusion partielle sur le village de Nimina

IV. La localité de Yaba
A. Les engagements de la population de Yaba à s’approprier le projet

Le lieu d’implantation de la cabine téléphonique et le local de sécurisation du matériel
La désignation du responsable, gestionnaire de la cabine téléphonique
Les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine téléphonique
B. Les potentialités socio-économiques de Yaba

La structure des ménages
Les exploitations agricoles dans la localité de Yaba
La situation du cheptel dans la localité de Yaba
- Le cheptel vivant
- Le cheptel mort
Les activités artisanales et commerciales à Yaba
Le niveau de vie général dans la localité de Yaba
Conclusion partielle sur la localité de Yaba

Conclusion générale
a) La situation sociale et économique dans les villages

b) La perception du Projet de téléphonie rurale par les populations

c) Le silence des femmes

Commentaires en guise de recommandations sur le projet de téléphonie rurale dans les villages de Biba, Koin, Nimina et Yaba, initié par CSD PTT et l’ONATEL


INTRODUCTION GÉNÉRALE
L’étude prospective sur les conditions socio-culturelles de réalisation et de fonctionnement du téléphone dans six (6) localités de la Province du Nayala au Burkina Faso avait fait ressortir l’engouement et la disponibilité des populations concernées pour accueillir le nouvel outil de communication qu’est le téléphone en milieu rural. Cette étude-ci porte sur la faisabilité pratique de l’implantation et de la gestion des cabines téléphoniques dans quatre (4) localités de la même province : Biba, Koin, Nimina et Yaba.

Une étude de faisabilité rend compte des conditions réelles à la fois physiques, matérielles, sociales et psychologiques de mise en oeuvre effective d’un projet. Elle ne remet pas en cause l’engouement et la disponibilité première exprimées lors de l’étude prospective ; elle les canalisent plus concrètement, en termes de conditions effectives de l’installation et des modalités de gestion des cabines téléphoniques dans chaque village concerné. L’étude de faisabilité prolonge et précise l’étude prospective : elle doit être en mesure de déceler tous les "non dits" de la première étude prospective, afin que les promoteurs du projet sachent à quoi s’en tenir exactement pour réaliser l’installation des cabines téléphoniques.

Cette étude a commencé par une enquête réalisée avec la méthode dite de "focus groupe" et de l’entretien semi structuré, dans chaque village, du 14 au 19 août 1998 ; dans chacun des quatre villages, ces entretiens ont été réalisés avec des groupes cibles réduits et des personnes-ressources diverses : le délégué administratif du village, le chef du village, des jeunes, des vieux, le chef "responsable de la terre", "l’ancien combattant" du village ; nous avons mis à contribution toute autre personne dont les services pouvaient aider à "imaginer" l’installation et la gestion des cabines téléphoniques.

Signalons la très faible participation des femmes à ces entretiens, du fait des pesanteurs sociologiques traditionnelles qui freinent encore l’épanouissement de la femme en milieu rural ; par ailleurs, la saison des pluies reste pour les femmes le moment de l’année où elles sont le plus sollicitées dans de multiples activités quotidiennes ; cette situation a quelque peu gêné leur pleine mobilisation.

L’étude de faisabilité devait :

jauger le degré d’engagement des populations à s’approprier le projet de téléphonie rurale, en participant effectivement à l’installation des cabines téléphoniques ;
aboutir concrètement à la désignation par consensus général :
- d’un endroit approprié techniquement et socialement pour l’implantation de la cabine téléphonique dans le village.
- d’une personne physique qui serait responsable de la cabine et de sa gestion ; l’ONATEL attribuerait à cette personne le numéro téléphonique du village ;
amener les populations du village à construire ou à aménager un petit local pour sécuriser le matériel ;
dégager les potentialités socio-économiques du village qui rendraient possible une bonne exploitation de la cabine téléphonique ;
l’ensemble de la démarche devait aboutir concrètement à la signature d’un contrat par le village ; contrat qui l’engagerait vis-à-vis de l’ONATEL et de CSD PTT.
Si ces principaux objectifs ont été globalement atteints, il reste que l’étude a buté sur des détails sensibles tels que les modalités de rémunération du responsable gestionnaire de la cabine et la participation de l’ONATEL à l’édification du petit local de sécurisation du matériel ; nous verrons tout cela en détail, village par village.

Par ailleurs, le contrat qui devait engager le village vis-à-vis de l’ONATEL et de CSD PTT n’a pu être signé, parce qu’il n’était pas encore prêt au moment de l’enquête ; la signature de ce contrat a été reportée à une date ultérieure ; en tout cas, avant le début des travaux d’implantation des cabines dans les villages.

Enfin, il faut noter que cette étude a révélé, au delà du consensus et de la paix sociale qui caractérisent de fait chaque village, de puissants rapports de force entre les habitants : à cause des intérêts divergents et des désirs inavoués de groupes de pression latents qui ne se manifestent pas clairement ... Mais tout cela entrait dans les objectifs de cette étude de faisabilité : rendre compte concrètement des conditions devait présider à l’installation et à la gestion des cabines dans chaque localité.

En définitive, l’étude se présente sous la forme d’une analyse de situation de chaque village, avec le plan global suivant :

A. Les engagements de la population à s’approprier le projet de téléphonie rurale
A1. Le lieu d’implantation de la cabine téléphonique
A2. Le local de sécurisation du matériel
A3. La désignation du gestionnaire de la cabine téléphonique
A4. Les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine téléphonique

B. Les potentialités socio-économiques du village pour une bonne exploitation de la cabine
B1. Les structures socio-démographiques du village
B2. Les exploitations agricoles dans le village
B3. La situation du cheptel dans le village
B4. Les activités artisanales et commerciales,
B5. Le niveau de vie général du village.

Une conclusion générale évalue les capacités et la situation réelle des villages à s’approprier le projet de téléphonie rurale initié par CSD PTT, en collaboration avec l’ONATEL.


I. LE VILLAGE DE BIBA

A. Les engagements de la population à s’approprier le projet de téléphonie rurale
1. Le lieu d’implantation de la cabine téléphonique

Le lieu retenu est l’ex-permanence CR (Comité Révolutionnaire). Ce choix se justifie parce que selon la population du village, le téléphone est très précieux : de ce fait, il doit être implanté dans un endroit sûr, afin d’être surveillé à tout moment. Ce lieu choisi (et que nous avons visité), est proche du domicile du chef du village et de celui du délégué administratif ; il est assez proche de la grande voie qui traverse le village. De l’avis général de la population, la sécurité seraainsi assurée. Les conditions techniques semblent également réunies car, l’endroit est un peu surélevé ; de plus, le village de Biba n’est pas éloigné de Toma où se dresse le grand mât de l’ONATEL.

2. Le local de sécurisation du matériel téléphonique

La population est prête à construire un local de sécurisation du matériel. D’ailleurs le chef du village projetait de faire construire au même emplacement une salle de réunion ; d’après les enquêtés, y compris le chef lui-même, il n’y a aucun problème de faire de cet endroit le lieu d’implantation du téléphone, puisque cela contribue au renforcement des liens dans le village.

En guise de requête, la population a souhaité avoir une aide matérielle sous forme de tôles, de portes, de fenêtres métalliques et de chevrons. Etant donné que les constructions en banco se détériorent plus facilement, le village sollicite du ciment afin de construire le local "en dur", c’est-à-dire avec des matériaux définitifs. Une demande d’éclairage de la maison a également été formulée par la population.

L’étude retient que le principe de construire un local de sécurisation du matériel est acquis ; les conditions pratiques, notamment les différentes requêtes ne constituent pas des freins absolus à la réalisation du local. Mais nous nous devions de transmettre les doléances du village.

3. La désignation du gestionnaire de la cabine téléphonique

Le délégué administratif du village, KY Siaka, a été désigné à l’unanimité comme "responsable" de la cabine téléphonique. Le téléphone étant considéré comme un bien collectif précieux, la population a choisi Ky Tibou pour seconder le premier responsable. Soulignons que toutes ces deux (2) personnes ont un niveau d’instruction leur permettant de mener à bien les tâches qui seront les leurs : tenir une petite comptabilité, de même que lire, écrire et parler un peu le français.

4. Les modalités de gestion et d’exploitation des cabines téléphoniques

Le village de Biba a surpris par ses propositions en matière de gestion des cabines téléphoniques : la population se dit disposée à payer des cartes téléphoniques pour leurs appels ! Lors des discussions, un des enquêtés a fait savoir qu’ils ont l’habitude de payer des cartes téléphoniques, à Abidjan notamment quand il y allaient ; ils connaissent donc e système.

La population accepte le principe d’un léger supplément issu de la majoration des coûts d’appels téléphoniques, en vue de prendre en charge le responsable d’une part ; et d’autre part de participer aux multiples projets de développement du village. Si par exemple un appel coûte officiellement 100 F cfa, tarif l’ONATEL, les éventuels clients payeraient 125 ou 150 F cfa.

Cependant la rentabilité étant incertaine au début du fonctionnement de la cabine téléphonique, le village souhaiterait une prise en charge du responsable pendant la première année ; il leur a été signifié que cela ne sera une obligation ni pour l’ONATEL, ni pour CSD PTT. Il reste entendu que tout cela fera l’objet de précisions ultérieures par l’ONATEL, notamment en ce qui concerne les modalités d’appel ; l’option d’une cabine à sous n’est pas du tout exclue !

Comme moments d’appels, le village a retenu les intervalles de temps suivants :

le matin de 6 heures à 9 heures ;
le soir de 16 heures à 21 heures.
Notons que par principe la cabine serait ouverte en permanence pour d’éventuels appels urgents et/ou réceptions de coups de fil urgents.

5. Le contexte social de signature du contrat entre le village, l’ONATEL et CSD PTT

Le village de Biba est disposé à signer le contrat qui leur a été expliqué, vues l’importance et la nécessité du téléphone ; il leur a été signifié que seul le gestionnaire est le responsable de la cabine devant l’ONATEL qui ne collabore dans ces cas là qu’avec des personnes physiques à qui il concède une gestion privée.

En ce qui concerne la situation socio-politique d’ensemble du village de Biba, notons qu’elle est sereine, pour ce que nous avons pu constater. Cela se manifeste d’une part par la cohésion entre les différentes ethnies qui composent le village : les Sanan, les Mossi, les Peuls.

D’autre part, il n’existe aucune confrontation entre le pouvoir traditionnel et celui moderne. En effet, lors de nos entretiens, nous avons constaté des discussions franches entre le chef du village, le délégué administratif et les représentants de chaque quartier. Pendant les discussions, c’est d’ailleurs le chef du village lui-même qui a proposé le délégué administratif comme responsable de la cabine téléphonique ; proposition qui a été approuvée de façon unanime par l’ensemble de la population. La cordialité et la joie qui se dégageaient des débats apparaissaient comme des gages de bonne entente dans le village ; ce qui présage d’une bonne gestion et d’une bonne exploitation de la cabine téléphonique à installer.

B. Les potentialités socio-économiques du village
1. Les structures socio-démographiques du village

Selon des données récentes de l’enquête nationale de 1996, la population de Biba est estimée à 3208 habitants. Le nombre de ménages s’élève à 518. La population se répartit de la façon suivante :

SEXES

AGES
MASCULIN

FEMININ

0 - 3 ans 205
206

4 - 15 ans 680
542

16 ans et plus 733
841

TOTAL 1619
1589

2. Les exploitations agricoles du village

A Biba, chaque ménage possède en moyenne deux champs. Les superficies moyennes cultivées sont de 7 hectares pour les vivres, et d’un hectare pour le coton.

Les principales espèces cultivées sont le petit mil, le sorgho et le coton ; d’autres spéculations telles que le sésame, le fonio, l’arachide et l’oseille sont aussi cultivée à Biba.

Un ménage récolte en moyenne 14 "charretées" de vivres (sorgho, petit mil) lorsque la saison est bonne ; 7 "charretées" ou parfois presque rien en cas de mauvaise saison. Un ménage récolte en moyenne une tonne de coton si la saison est bonne ; 0,5 tonne, si elle est mauvaise. Le revenu que procure le coton est d’environ 180 000 F cfa par tonne ; les dépenses diverses, (engrais, pesticides, location de charrue, salaires des ouvriers journaliers, etc...) s’élèvent à environ 80 000 F cfa. Le bénéfice net serait donc globalement de 100 000 F cfa.

A titre d’illustration, notons que le village a récolté quelque 24 tonnes de coton au cours de l’année 1996 qui a été moyennement bonne et 11 tonnes seulement au cours de l’année 1997 qui fut une année de mauvaise saison.

3. La situation du cheptel dans le village

Le cheptel vivant
Le tableau suivant fait état d’une estimation du cheptel vivant du village.
NATURE NOMBRE

Bovins 1604

Ovins 4812

Volaille 8020

Caprins 500 ânes - 9 chevaux

Ces données datent de 1998 et ont été recueillies auprès de la Direction Provinciale de l’élevage, selon les enquêtés eux-mêmes. Nous y émettons quelques doutes ; à moins qu’il y ait des animaux confiés pour le pâturage ailleurs, comme c’est parfois la pratique au village.

Le cheptel mort
Il faut entendre par cheptel mort tout matériel moderne entrant dans la production végétale (agriculture, cueillette et autre) ou dans la production animale (élevage, embouche et autre) ; l’expression "matériel moderne" ici s’oppose à "instrument traditionnel" (la daba par exemple) ; il s’agit donc ici de tout outil de travail utilisé actuellement par les paysans. Le tableau qui suit en donne une idée :

NATURE
NOMBRE

CHARRUES 518

FUSIL Armes perfectionnées 10

Fusils de traite 6

CHARRETTES 65

4. Les activités artisanales dans le village

Dans le village de Biba, outre l’activité principale de production agricole et pastorale, la population s’active surtout en saison sèche, à d’autre activités ; c’est ce que montre le tableau suivant :

ARTISANS
EFFECTIFS

Tisserands 20 personnes

Petits commerçants 15 personnes

Bouchers 7 personnes

Forgerons - Potières 3 ménages

Toutes ces activités procurent des revenus aidant à la bonne gestion des ménages.

Les femmes jouent un rôle important dans le développement économique du village de Biba. La quasi totalité des femmes exerce des activités rémunératrices telles que la vente de galettes, de haricots, de légumes, du dolo (alcool local), des fruits locaux, des céréales, la fabrication du pain local, le jardinage, etc ... Selon les enquêtés, ces différentes activités génèrent d’importants revenus leur permettant de satisfaire à leurs besoins essentiels le plus souvent. Ces revenus sont souvent utilisés pour la nourriture de la famille, la santé, la scolarisation des enfants, les frais de moulin, l’habillement, etc ... Cet état de fait traduit la participation effective des femmes au développement du village, même si elles restent "silencieuses" dans les décisions qui orientent l’avenir du village.

5. Le niveau de vie général du village

Le niveau de vie est assez bon en période normale, c’est-à-dire quand il n’y a pas de sécheresse. On note comme indicateurs assez positifs un certain nombre de biens de consommation dans le village ; ainsi, on peut recenser :

Les moyens de transport
NATURE
NOMBRE ESTIME

Bicyclettes 518, soit 1 vélo en moyenne par ménage

Mobylettes 15

Voitures 0

L’habitat
Maisons en dur (construites entièrement en ciment). 2

Maisons en banco, mais avec un toit de tôles ondulées. 50

Les autres maisons sont construites en banco, avec un toit de terrasse également en banco.

En conclusion partielle

Le village de Biba dispose d’importantes potentialités socio-économiques. L’élevage et la culture de rente y sont bien développés ; c’est ce qui génère des revenus relativement considérables pour la population.

Par ailleurs, on note une bonne harmonie entre les différentes composantes sociales du village, et cela entraîne une paix et une entente sociales remarquables. Les conditions sont donc réunies pour que le village de Biba accueille favorablement le téléphone et l’exploite positivement ; il reste qu’il faut l’y accompagner avec clairvoyance, sans y développer un esprit d’assistés, tout en comprenant leurs problèmes objectifs.


II. LE VILLAGE DE KOIN

L’étude de faisabilité dans le village de KOIN a réservé des surprises ; et ce d’autant plus que la première étude prospective n’avait pas donné toute la mesure du déchirement social du village : nous y avons décelé présentement une atmosphère sociale lourde, mais pénible, qui dénote une profonde mésentente. Cette situation serait consécutive aux rivalités politiques nées des dernières élections législatives qui auraient profondément divisé les habitants du village.

Les résultats d’enquête que nous analysons ici sont donc teintés de l’ambiance de mésentente sociale dans le village ; en termes de faisabilité, ces résultats révèlent également une situation réelle mitigée dans le village par rapport à la mise en oeuvre concrète du Projet : malgré l’acceptation du téléphone, et même un certain engouement à le gérer et à l’exploiter, le village de KOIN ne semble pas se donner les moyens positifs pour rendre effective la réalisation du projet de téléphonie rurale qui leur est proposé.

Cependant des indices existent et montrent que le projet peut être réalisé complètement. Lesquels ? Et comment se présentent-ils ?

1. La situation sociale globale du village de KOIN au moment de l’enquête de faisabilité
Rappelons que le village de KOIN est situé à 8 km de Toma, sur l’axe Ouagadougou-Koudougou-Toma.

Le village de Koin, à l’instar des autres villages du Nayala est construit dans son ensemble avec des briques de terre et du banco. Les maisons sont de forme carrée ou rectangulaire, avec des toits de terre battue. Il existe quelques maisons avec des toits en tôles ondulées et des maisons entièrement construites en ciment, appelées "maisons en dur".

Le village de KOIN est l’un des plus peuplés de la Province de Nayala, avec une population de 4000 habitants environ. Le village compte environ 700 ménages avec une taille moyenne de 7 personnes par ménage. Le ménage est surtout composé du chef de famille, de la mère et des enfants.

Les jeunes gens apparaissent peu représentés dans le village, à cause de la forte migration vers les contrées voisines, à la recherche de la fortune, en quête d’aventures, ou pour parer aux difficultés socio-économiques les plus pressantes. La question de la migration vers des contrées comme les pays côtiers est très préoccupante dans le village, surtout en cette saison des pluies où il y a un grand besoin de bras valides pour les travaux des champs.

" - L’année passée, disaient certains enquêtés, les récoltes n’ont pas été bonnes, nous vivons la famine actuellement et cela touche nos animaux aussi, en plus de leurs maladies habituelles ; ce qui fait que beaucoup d’animaux sont morts. Nos jeunes se sont vus dans l’obligation de quitter le village".

Le village, au moment de l’enquête traversait effectivement de véritables difficultés économiques, en plus de celle qu’il vivait déjà, à savoir la crise sociale des dernières élections législatives au Burkina Faso.

L’observation de l’atmosphère sociale de Koin révèle une fausse entente entre l’ancienne autorité traditionnelle représentée par le chef du village et la nouvelle autorité administrative représentée par le délégué du village.

Ainsi, le délégué administratif a pu dire, en présence de l’assistance du "focus groupe" : " - Pour ne pas avoir de problèmes, je préfère ne pas être responsable (gestionnaire) de la cabine téléphonique, je ne la veux pas chez moi non plus".

Ces paroles du délégué administratif qui annonçaient ainsi déjà le contexte social des débats ont été lourdes de conséquences et laissaient présager des discussions tendues et l’impossibilité de consensus général dans les prises de décisions.

" - Autrefois, le pouvoir du chef du village était le seul reconnu ; je souhaiterais que la cabine soit implantée chez lui", a répliqué un autre participant au "focus groupe".

2. Les engagements de la population vis-à-vis de l’ONATEL et de CSD PTT
C’est dans une ambiance de climat social assez tendu que nous avons abordé les principaux points de l’enquête. Du reste, l’assistance était assez réduite ; par moment, cette même assistance aurait préféré un cadre plus large, pour obtenir plus de consensus dans les décisions à prendre ; pour être plus en accord avec le sentiment réel du village.

En ce qui concerne l’installation du téléphone dans le village, le choix du lieu d’implantation de la cabine s’est porté sur un espace situé entre l’Eglise et l’école, en bordure de la voie principale à gauche, allant vers Ouagadougou.
Pour ce qui est du local de sécurisation du matériel téléphonique, la population souhaiterait que ce soit une réalisation de l’ONATEL, car disent-ils, ce n’est pas à eux de construire une maison pour l’ONATEL.
Le choix du gestionnaire a aussi été une question remise à plus tard pour une décision plus réfléchie, selon l’assistance.
Pour les modalités d’utilisation et de gestion des cabines téléphoniques, l’assistance du "focus groupe" a porté son choix sur les cartes téléphoniques, car dit-elle, elle connaît ça déjà.
La signature d’un contrat n’a pas pu avoir lieu, pour les raisons que nous avons évoquées plus haut.

3. Analyse du degré d’engagement du village de KOIN pour la téléphonie rurale
Au regard du contexte particulier dans lequel est intervenue notre enquête de faisabilité, l’analyse suivante pourrait être avancée. Cette analyse ne remet pas en cause l’acceptation du téléphone par les populations, ni même leur engouement ; elle ne concerne que les conditions de mise en oeuvre concrète de l’installation et de la gestion de la cabine téléphonique.

Le village de KOIN a laissé apparaître beaucoup de points de désaccords dans les discussions ; les discussions révélaient de la rivalité entre différents groupes appartenant respectivement aux camps du chef traditionnel du village et du délégué administratif du village. Cette situation a beaucoup influencé les débats, voire les déterminer. Nous en donnons la juste mesure ici, tout en pensant qu’il s’agit d’une situation ponctuelle qui se dissipera rapidement, lorsqu’il s’agira concrètement d’installer ou pas la cabine téléphonique.

Le lieu choisi d’installation du téléphone semble se prêter aux conditions techniques, surtout parce que le village de KOIN n’est pas éloigné de TOMA, et donc du grand mât de l’ONATEL. Mais le choix de cet endroit est intervenu parce qu’il ne dérange personne ; il s’agit d’un endroit "neutre" qui ne fera pas "jaser" qui que ce soit, de l’un ou de l’autre camp rival. Cette neutralité nous semble suspecte, car elle n’engagera pas le village pleinement pour la surveillance de la cabine téléphonique ; à moins que le gestionnaire à élire y soit le plus souvent possible ! Mais l’emplacement "neutre" du téléphone dans le village de KOIN apparaît comme un moindre mal pour la gestion et l’exploitation de la cabine téléphonique !

S’agissant par contre de la construction ou de l’aménagement d’un local de sécurisation du matériel téléphonique, l’affirmation selon laquelle ce serait à l’ONATEL de construire "son local", contient beaucoup d’agressivité, outre le fait qu’elle révèle de la part de ses auteurs un grand manque de compréhension de l’esprit du projetqui est d’amener les populations elles-mêmes à s’approprier une technologie nouvelle de communication, pour leur intérêt, pour leur propre désenclavement. Il faut cependant signaler que cette agressivité émane d’une minorité ayant déjà une expérience de vie en dehors du village ; ce qui fait qu’elle "conduit" la majorité sur un terrain de revendication qui n’a ni sa place, ni sa raison d’être ici !

Par ailleurs il est certain que la situation de division et de mésentente générales dans le village est à l’origine de cette agressivité manifestée ; en effet, comment ne pas imaginer que le blocage dans la décision de construire ou d’aménager un petit local pour sécuriser le matériel téléphonique ne soit pas dû à la retenue, voire à l’abstention d’un camp rival par rapport à l’autre ; dans une situation de "wait and see", il est plus facile de se décharger sur un autre ; en l’occurrence ici, c’est l’ONATEL, mais pas CSD PTT, parce que le village ne le connaît pas bien encore ; et aussi parce que le village sait que c’est cette association qui donne le matériel téléphonique !

Il y a là une situation de blocage qu’il faut résoudre au plus vite, peut-être par un nouveau retour au village avec des arguments plus frappants et de la conviction plus pertinente ...

Quant au choix d’un responsable, gestionnaire du matériel téléphonique, le fait de le différer, ce choix, c’est la suite logique du manque d’engagement profond de l’assistance présente au "focus groupe" ; elle préfère attendre plus tard ; sans doute pour qu’il y ait un plus grand consensus, tout en dépassant les antagonismes "politiques" actuels qui divisent le village. Tout cela devrait faire l’objet d’un point important de rencontre à nouveau avec les populations du village de KOIN ...

Enfin, les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine téléphonique ont été en partie différées ; pouvait-il en être autrement, vue la situation d’ensemble du village ?

Par contre, l’option de cartes téléphoniques apparaît comme une surprise, si ce n’est pas purement et simplement le désir de certains enquêtés présents au "focus groupe" de montrer qu’ils connaissent ce système d’appel ... De toute façon, la décision finale revient à l’ONATEL, compte tenu de ses impératifs techniques.

4. Les potentialités socio-économiques du village de KOIN

Les potentialités socio-économiques du village de KOIN sont assez grandes.

L’agriculture est l’activité principale de ce village ; les espèces cultivées sont : le sorgho, le petit mil, le haricot, l’arachide, le sésame. Ces espèces sont produites sur des superficies allant de 1 à 3 ha selon la capacité physique et technique de chaque ménage.

Le tableau ci-dessous indique pour un ménage la production moyenne, en cas de bonnes récoltes.

Espèces principales cultivées
Quantités globales récoltées

Sorgho 5 charretées

Petit mil 8 charretées

Arachide 6 sacs

Haricot 4 paniers (un panier correspond environ à trente kilogrammes)

Ces données varient naturellement en fonction des superficies exploitées et des techniques utilisées. Dans la plupart des ménages, l’auto-suffisance alimentaire est atteinte en période de bonnes récoltes.

En plus de l’agriculture, l’élevage est fortement pratiqué à KOIN ; en atteste le tableau ci-dessous :

ESPECES ELEVEES NOMBRE DE TETES EN MOYENNE PAR MENAGE
Moutons 10
Chèvres 10
Bovins 2
Porcs 3
Anes 1
Volaille non estimé

Le nombre de têtes du cheptel vivant par ménage nous a été donné par nos enquêtés lors de l’entretien "focus groupe". Il s’agit d’estimations par les paysans eux-mêmes.

Bien que l’on retrouve les femmes dans les travaux champêtres, elles ont pour activité principale le jardinage et la préparation du dolo. Elles semblent ne jouer qu’un rôle de second plan, puisqu’elles ne participent pas aux prises de décision. En effet, nous avons constaté que lors des entretiens de "focus groupe", il n’y avait pas assez de femme. Une des enquêtées de l’entretien individuel a même laissé entendre qu’elle s’en remettait à la décision des hommes.

Pourtant ce sont les activités rémunératrices féminines qui rapportent le plus à la résolution des questions matérielles dans les ménages.

En conclusion partielle sur le village de KOIN

Les difficultés d’organisation du village de KOIN sont liées en très grande partie à son déchirement social actuel, en plus de la famine qui y sévit, surtout en cette période de soudure. Par ailleurs, l’autorité traditionnelle n’y est plus forte ; elle cohabite avec l’autorité administrative nouvelle qui semble lui en imposer.

Si les deux autorités n’ont pas pu donne le nom d’un responsable, gestionnaire de la cabine téléphonique, la population a cependant laisser entendre qu’elle décidera de cela après nous et donnera des noms de personnes qui pourront assumer les tâches attendues pour la gestion de la cabine.

Quant aux potentialités socio-économiques du village de KOIN, elles sont en réalité très significatives. L’élevage semble être vraiment un atout majeur ; en témoignent les troupeaux de petits ruminants, de bovins et la volaille rencontrés dans le village et aux alentours du village. Cette saison, les champs présentent une physionomie acceptable et promettent une bonne récolte, au cas où la pluviométrie se maintiendrait. Peut-être que de là viendrait le déblocage psychologique de la situation actuelle !

La situation du village dans son ensemble reste propice à l’installation d’une cabine téléphonique ; et cela malgré les difficultés du moment que nous considérons comme circonstancielles.


III. LE VILLAGE DE NIMINA

Le village de NIMINA se situe à l’intérieur des terres, à 14 km, à l’ouest de Toma.

A. Les engagements de la population à s’approprier le projet de téléphonie rurale
1. Le lieu d’implantation de la cabine téléphonique

L’entretien avec la méthode du "focus groupe" était composé essentiellement d’hommes ; cela est dû au fait que la femme reste encore au second rang dans les prises de décision. Il est ressorti des discussions que les habitants de NIMINA choisissent comme lieu d’implantation de la cabine téléphonique une sorte d’élévation dans le village et qu’ils appellent : "sur la roche" ou "sur la colline" ; c’est un endroit situé au Sud-Ouest du village et qui se prêterait techniquement aux conditions de réception et d’envoi de messages téléphoniques, surtout avec l’érection d’un grand mât ; en effet, par rapport à Toma et au mât de l’ONATEL, le village de NIMINA se trouve dans un bas-fond pas très profond ; mais du fait des arbres assez importants en nombre et en taille entre le village de NIMINA et la localité de TOMA, sans doute sera-t-il plus indiqué d’ériger un grand mât.

2. Le local de sécurisation du matériel et les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine téléphonique

La population s’engage à construire un petit local pour sécuriser le matériel téléphonique.
Comme modalités d’exploitation et de gestion de la cabine, elle ne trouve pas beaucoup d’inconvénients à l’utilisation des cartes téléphoniques, mais préférerait le système de cabine à pièces.
Enfin les habitants de NIMINA, d’un commun accord, choisissent Monsieur Gabriel NYAMBA comme personne physique responsable de la gestion de la cabine téléphonique.
Notons cependant que la population de Nimina souhaiterait que l’ONATEL la soutienne dans la prise en charge du gestionnaire de la cabine. Aucun engagement n’a été pris en cela, sinon que de transmettre la doléance. Du reste, des discussions ont conduit à envisager d’autres possibilités de prise en charge du responsable, gestionnaire de la cabine, telle qu’une légère majoration du coût d’appel téléphonique.

B. Les potentialités socio-économiques du village de NIMINA

Les entretiens sur les potentialités socio-économiques du village de NIMINA ont porté sur les ménages, sur les exploitations agricoles, sur l’exploitation du cheptel, sur le niveau de vie général et enfin sur les activités artisanales et commerciales. Toutes les structures socio-démographiques des villages étaient représentées aux entretiens, avec les personnes-ressources tels que le délégué administratif du village, les représentants des quartiers et des vieux.

1. Les structures socio-démographiques du village

Au recensement de 1996 le village de Nimina comptait 2025 habitants avec 289 ménages (source : INSD). Chaque ménage est composé de 7 personnes en moyenne. On trouve en moyenne une femme par ménage et la femme a en moyenne 5 enfants. Il existe beaucoup de jeunes gens dans le village de NIMINA et de nombreux enfants.

2. Les exploitations agricoles dans village

Les habitants de Nimina pratiquent tous l’agriculture. Ainsi chaque ménage a en moyenne 2 champs s’étalant sur une superficie variant entre 3 et 10 hectares.

Les spéculations cultivées sont essentiellement le mil, le sorgho, le haricot ; mais l’on trouve aussi le coton qui est cultivé de plus en plus par beaucoup de paysans.

Les quantités récoltées se mesurent en charretées et chaque ménage peut récolter en moyenne 2 charretées par hectare en cas de bonne pluviométrie. Une charretée fait environ 3 sacs de 100 kg, soit 300 kg par charretée.

Le tableau qui suit montre les quantités récoltées par an et par ménage pour chaque type de spéculation cultivée.

PLANTES COURANTES CULTIVÉES
QUANTITES MOYENNES

Mil 1 575 kg

Sorgho 1 936 kg

Haricot 233 kg

La culture du coton à grande échelle étant récente dans ce village, il manque des données chiffrées pour évaluer les quantités récoltées.

3. La situation du cheptel dans le village

3.1. Le cheptel vivant

A NIMINA, en plus de l’agriculture, les habitants pratiquent aussi l’élevage. L’élevage joue un rôle important dans l’économie des ménages. Ainsi, des entretiens menés, il ressort que chaque ménage a entre 15 et 20 têtes d’animaux (ovins + bovins), plus une vingtaine de volaille. Le tableau qui suit présente les espèces et les quantités d’animaux élevées dans le village de NIMINA, en moyenne par ménage :

ESPECES
NOMBRE DE TETES ELEVEES

Petits et grands ruminants : moutons, chèvres, boeufs, ânes ... 17

Volailles : poules, pintades, canards, dindons 20

3.2. Le cheptel mort

Rappelons que le cheptel mort, c’est l’ensemble des outils de travail de la population, surtout les outils modernes.

On compte dans le village une cinquantaine de charrettes et une centaine de charrues. On y dénombre une dizaine de fusils, autant de fusils de traite que des fusils perfectionnés.

4. Les activités artisanales et commerciales

L’artisanal est assez bien développé dans le village de NIMINA : on y rencontre surtout des sculpteurs, en plus de quelques tisserands et des forgerons.

La sculpture génère par an un revenu moyen de 270 000 F cfa à chaque artisan. Et les artisans participent souvent aux expositions provinciales et parfois nationales. Le tissage génère par an un revenu moyen de 50 000 F cfa à chaque artisan également.

En plus de l’artisanat, il y a des activités commerciales permettant à la population de satisfaire à certains besoins. En ce sens, on rencontre des vendeurs de miel, des vendeuses de dolo, de soumbala et autres victuailles, essentiellement les jours de marché.

Le miel génère un revenu de 75 000 F cfa par an et par ménage
Le dolo génère un revenu de 40 000 F cfa par an et par ménage
Le soumbala génère un revenu de 30 000 F cfa par an et par ménage
5. Le niveau de vie général du village

L’habitat à NIMINA est essentiellement constitué de maisons en banco avec des terrasses de terre ; on y trouve aussi des maisons en banco avec des toits de tôle ondulée et quelques rares maisons entièrement construites avec du ciment, appelées "maisons en dur". Dans chaque concession comportant en moyenne 3 ménages, on trouve de 2 à 3 vélos et/ou 1 mobylette pour le transport.

Le village, avec son école à six (6) classes et son autre école d’éducation rurale, reçoit les enfants des villages environnants.

En temps normal, c’est-à-dire une période de bonne saison pluviométrique, le village atteint dans l’ensemble l’auto-suffisance sur le plan alimentaire.

En conclusion partielle sur le village de NIMINA

L’on peut dire que le village possède de grands atouts socio-économiques.

Le village de NIMINA pourra accueillir le téléphone et en assurer une bonne gestion et une bonne exploitation. La misère des gens et les mésententes entre familles rivales peuvent être dépassés, au moins à l’occasion, pour l a réalisation de ce projet de téléphonie rurale.


IV. LA LOCALITE DE YABA
Yaba, chef lieu de préfecture, se situe à 11 km, au Nord-Est de TOMA

A. Les engagements de la population de YABA à s’approprier le projet
1. Le lieu d’implantation de la cabine téléphonique et le local de sécurisation du matériel
Le choix du lieu d’installation de la cabine téléphonique a porté sur la préfecture par consensus général. Ce lieu a été approuvé unanimement d’autant plus qu’il y existe déjà un local qui ne demandera qu’à être aménagé.

Le local choisi est contigu aux bureaux de la préfecture. Par ailleurs, le préfet de Yaba a montré une grande disponibilité à aménager le local dont il a appuyé la proposition.

2. La désignation du responsable, gestionnaire de la cabine téléphonique

A ce niveau, les entretiens ont été chauds : il est apparu des rivalités entre les autorités administratives et coutumières ; ces dernières ne voulaient pas participer aux entretiens, alléguant qu’elles n’ont pas été prévenues.

Il y a eu cependant unanimité sur la personne de PARE Narcisse, fortement recommandé d’ailleurs par le préfet de Yaba. Monsieur PARE Narcisse est très reconnu par tout le village, étant déjà bénévole à la préfecture.

3. Les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine téléphonique

La population a compris le souci de l’ONATEL de promouvoir les cartes téléphoniques. Seulement des inquiétudes ont été exprimées en ce qui concerne les prix des cartes ; beaucoup de paysans pensent ne pas pouvoir acheter ces cartes. Il est donc apparu clairement que la préférence va à un système de cabine à pièces, supposée plus accessible à tout moment.

Pour la gestion des cabines, il a été proposé les jours ouvrables de 8 h à 12 h et de 15 h à 17 h ; mais en cas d’urgence, on pourrait faire appel à tout moment au responsable gestionnaire de la cabine ; ce dernier n’y a trouvé aucun inconvénient.

D’autre part, la population a approuvé l’idée de réaliser un bénéfice sur la vente des cartes ou sur le coût d’appel, bénéfice qui devrait être versé dans une caisse populaire pour servir à d’autres besoins de la population et/ou à rémunérer le gestionnaire.

Quant au contrat engageant le village vis-à-vis de l’ONATEL et de CSD PTT, il n’a pas pu être signé, pour les raisons évoquées en introduction.

B. Les potentialités socio-économiques de la localité de YABA

1. La structure des ménages

La population de la localité de YABA est estimée à environ 7000 personnes.

La taille des ménages varie énormément ; mais elle reste toujours importante. La polygamie apparaît comme un régime matrimonial très important à YABA ; cette pratique concerne plus de la moitié des ménages. Le nombre d’épouses par ménage est de 2 femmes en moyenne.

La taille des ménages augmente le plus souvent à cause d’autres membres de la grande famille présents dans les concessions. Ce qui fait que la taille moyenne de chaque ménage peut atteindre 10 personnes ou parfois bien plus.

2. Les exploita tions agricoles dans la localité de YABA

Chaque ménage possède en moyenne 2 champs : un grand pour la culture du mil et un petit pour le haricot, l’arachide, le maïs, l’oseille, etc.

Les petits champs sont généralement entretenus par les femmes.

La taille des exploitations est en moyenne de 4 ha pour les grandes exploitations et 1 ha pour les petits champs.

La quantité de la récolte varie en fonction des précipitations pluviométriques. L’on retiendra 12 "charretées" par ménage en moyenne. La récolte est destinée à la consommation des ménages.

3. La situation du cheptel dans la localité de YABA

3.1. Le cheptel vivant

Outre l’agriculture, la population de Yaba pratique l’élevage. Les deux activités semblent indissociables. Les espèces élevées sont : les boeufs, les moutons, les chèvres, les cochons et la volaille. Chaque ménage possède l’une ou l’autre espèce, en moyenne une dizaine, pour ses besoins ponctuels et pour satisfaire aux obligations de funérailles et d’alliances matrimoniales. Notons ici déjà l’importance du commerce de bétail autour de la localité de YABA.

3.2. Le cheptel mort

On distingue 2 sortes de matériel agricole utilisé par les paysans :

la charrue généralement tirée par les boeufs ou par des ânes
la houe manga, également à traction animale.
Chaque ménage possède en moyenne une charrue et/ou une houe manga. Par ailleurs, l’on dénombre beaucoup de charrettes dans la localité de Yaba : environ 150, selon les enquêtés.

4. Les activités artisanales et commerciales à YABA

Les activités artisanales ne sont pas très développées dans le village de Yaba, à cause sans doute de l’agriculture et de l’élevage qui occupent une place prépondérante dans tous les ménages.

En ce qui concerne le commerce, on peut remarquer l’existence de quelques boutiques où l’on peut trouver toutes sortes de produits ; des produits de premières nécessités (savon, sucre, pétrole, etc.) aux produits céréaliers (mil, riz, etc.). Il n’y a pas de spécialisation en fait ! Il n’y a pas non plus de profession de commerçant exclusivement ; les habitants pratiquent l’activité de commerce en saison sèche, ou simultanément pour certains avec l’agriculture ; dans tous les cas, l’activité commerciale reste secondaire.

Il faut noter que les femmes pratiquent l’agriculture dans les petits champs, autour des concessions. Elles cultivent des haricots, du maïs, des arachides, de l’oseille et d’autres condiments. En plus de cela, certaines exercent des activités agro-alimentaires, en préparant du riz, du haricot et du dolo qu’elles revendent.

5. Le niveau de vie général dans la localité de YABA

Les principaux moyens de déplacement à Yaba sont les vélos et les mobylettes, pour ceux qui en ont. Dans chacun des ménages il existe en moyenne 2 vélos et/ou 1 mobylette. Les maisons sont généralement construites en briques de terre et en banco. L’on y trouve aussi des maisons faites entièrement avec du ciment, avec des toits de tôle ondulées.

L’existence de plusieurs écoles primaires, d’un centre sanitaire, d’une maternité et d’un collège d’enseignement général dans la localité de YABA lui confère beaucoup d’importance ; de même que sa situation de chef-lieu de préfecture en bordure d’une route de grand trafic.

En conclusion partielle sur la localité de YABA

YABA est une localité importante dans la province du Nayala. L’on y note cependant la rivalité sourde qui existe entre l’administration et le pouvoir traditionnel du chef de village ; les partisans de ce dernier n’ont même pas exprimé leurs avis sur les questions débattues ; il est à craindre une certaine retenue de leur part, lors des travaux d’implantation de la cabine téléphonique.

Mais en dépit de toutes ces difficultés, il existe un besoin réel de communication qui est commun à tout le monde ; la probabilité que la situation se bloque et paralyse l’installation de la cabine reste faible ; Yaba peut donc se mobiliser pour recevoir le téléphone, le gérer et l’exploiter correctement.


CONCLUSION GENERALE

L’étude de faisabilité confirme l’engouement et la disponibilité des populations de chacun des quatre villages à accueillir le téléphone chez elles. Mais elle révèle aussi des écueils qui peuvent bloquer cette disponibilité et cet engouement, et ainsi compromettre la mise en oeuvre concrète du projet de téléphonie rurale dans les villages, même si la situation diffère d’un village à un autre. Comment apparaissent ces difficultés en définitive ?

Elles se situent à plusieurs niveaux et pourraient se résumer de la façon suivante :

La situation sociale et économique dans chaque village ;
La perception du projet de téléphonie rurale par les populations ;
Le silence des femmes, alors qu’elles sont des utilisatrices potentielles des cabines téléphoniques, du fait de leurs multiples activités de production économique, et du fait de leur rôle socio-culturel dans l’organisation d’ensemble du milieu rural.

a) La situation sociale et économique dans les villages

L’étude de faisabilité a révélé les caractéristiques propres de chaque village ; ces caractéristiques s’expriment en deux points fondamentaux : le contexte social des relations et les données économiques qui sont globalement insatisfaisantes dans tous les villages.

En définitive, ces deux points caractéristiques des villages sont intimement liés, à cause de la relation entre l’état de pauvreté chronique des populations concernées et l’exaspération au niveau des relations sociales ; des rivalités et des antagonismes naissant à la faveur d’une telle situation ; et le politique, au sens de la "petite politique politicienne" trouve son compte dans cette nouvelle forme de changement social ; car c’est bien cette politique-là qui a accéléré la détérioration des rapports sociaux dans les villages !

Le changement social amorcé dans les campagnes du Burkina Faso a pour conséquence, entre autres, de remettre en cause les formes de pouvoir qui ont maintenu jusque là les équilibres de la société, tant sur le plan de la production économique, de la reproduction sociale au sens le plus large, que sur celui des modes de consommation. Et c’est dans ce contexte que le Projet de téléphonie rurale, pour aider et accompagner le changement social, dans un domaine très sensible comme celui de la communication. Il n’est donc pas étonnant que les points de désaccord apparaissent à l’annonce de cette donnée nouvelle dans les villages : le téléphone. En effet ce nouvel outil ouvre un champ de compétitions et de concurrence entre les structures sociales en présence ; tout simplement parce que son appropriation, sa gestion et son exploitation confèrent un nouveau statut social supérieur ou considéré comme tel ; l’on comprend dès lors les divisions et les mésententes sociales plus ou moins profondes selon le village ; et cela, à tous les niveaux de manifestation et d’appropriation du téléphone : le choix du site d’implantation de la cabine, la construction et/ou l’aménagement du local devant abriter le matériel, le choix du gestionnaire responsable et les modalités de gestion et d’exploitation de la cabine.

C’est cette situation qui doit conduire à notre avis à la définition et à la clarification des relations techniques et de service entre les villages impliqués dans le projet de téléphonie rurale et l’ONATEL ; de même qu’à la compréhension objective des liens de coopération, de solidarité et d’aide au développement entre les villages concernés et CSD PTT, via l’ONATEL. A cette condition, toutes les difficultés encore effectives peuvent être surmontées dans chacun des quatre villages, et l’installation des cabines se réaliser ; ce ne sera pas sans problème, il faut le dire aussi !

b) La perception du Projet de téléphonie rurale par les populations

La bonne perception du Projet de téléphonie rurale par les populations n’est pas encore acquise. Pour eux, la compréhension globale de ce projet, malgré les explications de l’étude prospective, est la suivante : "des Blancs (il faut entendre CSD PTT), veulent nous apporter quelque chose, le téléphone ; et ils passent par notre gouvernement !"

Un tel état d’esprit ne porte pas à une pleine coopération qui signifie entre autres s’impliquer dans le projet et se l’approprier. La demande assez agressive des populations du village de KOIN voulant que ce soit l’ONATEL qui prenne en charge la construction du local de sécurisation du matériel téléphonique signifie une très mauvaise compréhension de la coopération d’une part entre CSD PTT et l’ONATEL, et d’autre part entre ces populations et CSD PTT, via l’ONATEL. Dans tous les cas il existe une ambiguïté qu’il est souhaitable de lever.

Par ailleurs, les populations des villages qui souhaitent la prise en charge totale ou partielle par l’ONATEL des responsables gestionnaires des cabines téléphoniques ont elles aussi une mauvaise compréhension de l’esprit qui anime ce projet de téléphonie rurale ; à savoir que CSD PTT les aide et les accompagne dans la satisfaction d’un besoin important pour eux, le téléphone ! A moins que la pauvreté chronique dans les villages ne les paralyse à ce point ! Dans tous les cas, leur attitude et leur logique de comportement et de réaction s’opposent à celle de l’ONATEL qui est certes un service public, mais tout de même commercial ; c’est pourquoi, les cabines téléphoniques à installer dans les villages concernés par le Projet seront à considérer comme des télécentres concédés à la gestion privée, avec avant tout une logique de rentabilité pour l’ONATEL !

c) Le silence des femmes

Le silence des femmes est un trait culturel ; il traduit un aspect de leurs comportements et de leurs vécus culturels qui sont aujourd’hui anachroniques avec le rythme du changement social et les nouveaux impératifs actuels de survie ; les femmes ne se sont pas (ou si peu) manifestées, alors qu’elles peuvent être les utilisatrices les plus assidues du téléphone dans les villages ; il faut espérer que le temps va accélérer leur implication effective dans le Projet.

COMMENTAIRES EN GUISE DE RECOMMANDATIONS SUR LE PROJET DE TELEPHONIE RURALE DANS LES VILLAGES DE BIBA, KOIN, NIMINA ET YABA, INITIE PAR CSD PTT ET L’ONATEL

Pour finir, il faut affirmer la faisabilité de la téléphonie rurale dans chacun de ces quatre villages identifiés. A cet effet, une petite formation technique sera indispensable ; elle consistera essentiellement en une série d’informations sur l’utilisation technique des installations et sur la juste appréciation de la relation tripartite du village, de l’ONATEL et de CSD PTT.

Les difficultés qui s’annoncent sont différentes d’un village à un autre. S’il fallait opérer un classement de faisabilité, notre ordre de classement serait le suivant :

Biba
Nimina
Yaba
Koin
Il ne s’agit que d’un ordre indiquant la facilité d’exécution des travaux d’installation des cabines téléphoniques, compte tenu des difficultés relevées au cours des enquêtes de faisabilité !

Août 1998


1 Docteur d’État en éthno-sociologie, Université de Ouagadougou

2 Etude menée pour le compte de CSD PTT

3 Remerciements

Je remercie le groupe d’étudiants et d’étudiantes qui a participé à l’enquête de faisabilité. Au delà de l’expérience professionnelle acquise, ils en ont appris un peu plus sur l’Homme, en partageant quelques temps, la vie des populations concernées.

Il s’agit de :
- CISSE Aminata Fili
- CISSE Bakari
- COMPAORE Placide
- COMPAORE Rakièta
- COMPAORE T. Solange R.S.
- COULIBALY Perthiou Yaya
- DAO Mamadou
- DICKO Boubacar


CSDPTT coopération Solidarité Développement aux PTT BP8 75261 Paris Cedex 06