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Reportage au Mali : A la découverte de la poste malienne

samedi 8 mai 1999

Reportage de Joël Perier suite à une mission au Mali pour le compte de CSDPTT. mai 1999

Découverte de la poste malienne

C’est à Kayes qu’ont donc commencé les premiers contacts postaux avec le
Mali.
Là, nous serons reçus avec bienveillance par M. Moussa Camara, Directeur
Régional et un de ses collaborateurs, employé dans le bureau de poste
même, chargé du contrôle des mandats et de leur traitement. Celui-ci aura
d’ailleurs le réflexe de m’en montrer quelques-uns, déjà en instance ou
tout juste arrivés de France. Avec beaucoup d’intérêt, et forcément un
peu d’émotion, j’aurai l’occasion de parcourir des yeux des adresses, à
Paris ou dans la banlieue parisienne et d’imaginer, dans un raccourci
extrême, le travail et les efforts, dans les difficultés que l’on
n’oublie pas, de tous ces travailleurs maliens si souvent à la pointe de
l’actualité ces temps-ci avec le problème des sans-papiers.
Tous les deux auront la bienveillance de prendre sur leur temps pour nous
présenter leur travail, leur zone de compétence et pour évoquer avec nous
les réalités quotidiennes de leurs activités.
Nous pourrons ainsi nous rappeler que Kayes est depuis très longtemps une
terre d’émigration et mesurer d’autant plus l’importance de ces
transferts de fonds effectués par ces travailleurs expatriés pour aider à
la subsistance des familles restées sur place.
C’est ce problème, celui du règlement des mandats qui constitue le
problème majeur de la Poste au Mali.
Ainsi, pendant l’hivernage, période par excellence des travaux agricoles,
les bénéficiaires hésitent d’autant plus à quitter leurs occupations que
les routes, du fait des pluies, sont impraticables ou presque, qu’il faut
parfois plus d’une journée pour parvenir au bureau de Poste quand des
villages entiers ne sont pas carrément coupés de tout pendant plusieurs
semaines.
Quand on sait que les mandats, par mesure de sécurité, sont payables
seulement en mains propres, que leur montant maximum est de 2000 francs,
que forcément leurs destinataires doivent être avisés, (qu’il faut
d’abord parvenir à les joindre), on comprend alors que si pour une raison
ou une autre ils restent trop longtemps en instance, ils dépassent
d’autant leur durée de validité et deviennent périmés.
On comprend ensuite que l’accumulation progressive de tout ces mandats
non encore touchés mais exigibles tout à coup tous ensemble provoque la
2ème difficulté de la Poste malienne : la rupture de trésorerie.
La Poste française acceptait jusqu’à présent d’effectuer des avances de
trésorerie, mais récemment elle aurait décidé de ne pas prolonger plus
avant ces facilités ,qui selon elle ne semblaient finalement jamais rien
régler.
Si cette décision a été rapportée, les difficultés avec d’autres postes
africaines, apparaissent régulièrement : les sommes envoyées là aussi par
les travailleurs maliens sont bien encaissées par ces différentes postes,
mais celles-ci tardent souvent à en effectuer le transfert à la poste
malienne, rendant ainsi aléatoire ou très difficile leur règlement auprès
des destinataires.
Quand on apprend dans le même temps que les recommandations de l’Union
Postale Universelle en la matière n’ont aucune valeur contraignante.....
Nous apprendrons aussi que là, comme souvent au Mali (et comme souvent en
Afrique), il n’y a pas à proprement parler de distribution postale comme
en France par exemple ; pour des raisons liées par exemple aux
infrastructures routières, à la maîtrise, au développement et à la
diffusion de l’écriture et de la lecture, et pour d’autres encore, le
trafic postal (au moins les lettres) reste encore à l’état embryonnaire
(nous n’avons pas pu recueillir des données quant au trafic postal au
Mali). Seules existent des boites postales, installées dans un bâtiment
attenant au bureau de poste. A Kayes, elles sont 400, d’ailleurs pas
toutes régulièrement utilisées, où les destinataires viennent retirer
leur courrier.
Il existe enfin un service concernant la délivrance des colis postaux qui
s’occupe également du traitement de la messagerie express (Chronopost et
autres...)

Après Kayes, nous irons comme prévu à Yélimané ou j’ai des contacts
réguliers avec le receveur. Nous logerons chez lui pendant 2 jours ; une
étape forcément trop courte qui nous permettra cependant de regarder le
bureau dans son activité quotidienne.
Pour toutes les difficultés évoquées plus haut, Tibou MAIGA, le Receveur,
ne ferme jamais vraiment la porte de son établissement et accepte de
recevoir presqu’à toute heure les clients/usagers qui se présentent.
Il a aussi plein d’idées pour développer l’activité postale, des idées
qui mériteraient d’être évaluées : par exemple transporter du fret pour
rentabiliser la distribution postale dans tous les villages de sa zone(60
à 70 km), installer aussi des boites postales dans le bureau, ou encore
électrifier, même ponctuellement, le bureau de poste, et proposer les
services d’une photocopieuse, un service très recherché.
Il conseille déjà l’utilisation des lettres recommandées avec A.R,
particulièrement pour tous les envois concernant la liquidation des
retraites des travailleurs maintenant revenus au pays.
Nous aurons à réfléchir à tous ces projets ; plus rapidement, il nous faut
maintenant nous positionner par rapport à la liste de petits matériels
que Tibou nous a déjà envoyée.
J’aurais aimé quant à moi pouvoir rester plus longtemps et l’accompagner
dans une tournée de distribution postale ; c’est du moins ce que j’avais
imaginé avant mon départ.
Trois imprévus, plus ou moins liés tous ensemble, empêcheront la
réalisation de ce souhait : les impératifs de notre emploi du temps et
nos autres rendez-vous, l’absence de véhicule dans l’organisation
actuelle de la distribution postale locale, la contrainte météo enfin. Il
fait déjà très (trop !) chaud pour que je puisse, en ce qui me concerne
tout du moins, envisager la moindre distribution, en voiture ou à pied,
distribution par ailleurs suspendue du fait de l’absence (provisoire ?) de
l’agent travaillant normalement avec Tibou à Yélimané.
Cela reste cependant un projet que j’aurai à coeur de réaliser, dès que
l’occasion pourra se présenter, et sous des conditions météo vivables
pour moi, s’entend !

De retour à Bamako, je ferai une visite de courtoisie auprès de Mme KEITA
MARIAM N’DIAYE, Directrice Générale Adjointe de l’Office National des
Postes du Mali, informée de notre visite à Yélimané.
J’aurai là l’opportunité de lui présenter notre association et ses
activités, en précisant bien, une fois encore et comme partout nous avons
du le faire, qu’il s’agit d’une association indépendante de
l’administration ou Entreprise Publique, dont elle n’est en rien
l’émanation et qui ne représente qu’elle même et personne d’autre.
Force sera de constater que notre démarche et notre type d’
" organisation" et de fonctionnement suscitera là encore à la fois de
l’étonnement, de l’incrédulité, peut-être un peu d’admiration, plus
encore quand nos interlocuteurs apprennent que nous sommes entièrement
bénévoles, et que nous prenons sur nos congés pour exercer nos activités
dans l’association.
Notre totale indépendance, fruit de notre volonté absolue, fait ici à la
fois notre force et peut-être un peu notre faiblesse, dans la mesure où
l’absence de tout lien institutionnel et/ou d’accréditation peut avoir
tendance dans un premier temps à nous confiner dans le défaut majeur des
activités associatives, celui des bonnes volontés, oblitérées alors par
un handicap rédhibitoire : l’amateurisme.
On retrouve là, dans le concret, ce qui a été à mon sens un des débats et
une des nécessités de notre dernière assemblée générale : celui
d’acquérir une efficacité, une rationalité, une crédibilité, sans
lesquelles, certes, nous ne sommes rien ni ne pouvons rien, mais sans
oublier pour autant qu’au delà du strict management entrepreneurial, la
vie associative est aussi (d’abord ?) un lieu d’apprentissage permanent
et de créations relationnelles différentes (?) d’une entreprise
habituelle (?)
Incontournable et permanent débat, qui ne doit pas nous faire oublier à
son tour ni les objectifs déjà réalisés et les expériences acquises ni
les projets à venir !

JoëL Perier CSDPTT Ile de France


CSDPTT coopération Solidarité Développement aux PTT BP8 75261 Paris Cedex 06

Messages

  • pourqoi ne pas deleguer dans un village carrefour,une annexe poste
    qui delivrerai les mandats,recommandes et courrier de particulier,2personnes qui feraient une distribution ponctuelle ?Quitte à se faire accompagner d’un policier pendant la tournée qui n’excèderait pas 2 ou 3jours ?

    Voir en ligne : reportage au mali.a la decouverte de la poste

  • Je me présente Melle BAGAYOKO Coumba.
    Je suis actuellement postière en france et j’ai été très touchée et concernée par les propos de votre article car je suis moi même d’origine malienne née en france.

    Je souhaiterais apporter mon soutien dans un projet d’améloiration du service postale malien.
    Tout récemment la poste français a ouvert le marché sur les mandats internationaux vers le mali et vice versa.

    Je voudrais vous apporter mes idées concernant l’ouverture d’un nouveau trafic postal au mali.

    L’inconvenient est que ne je n’ai aucun contact au mali,et ce projet me tiens réellement à coeur et je souhaite que le mali avance.