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Quand l’Internet se met au rythme du Tam Tam

samedi 8 mai 1999

de Benoit Dumoulin coordinateur de globenet. mai 1999

Quand l’Internet africain se met au rythme du Tam tam ...

En matière de nouvelles technologies de l’information et de la
communication (NTIC), l’Afrique n’est pas toujours laissée pour compte.
Preuve en est le financement de la première fête de l’Internet qui s’est
tenu les 19 et 20 mars derniers dans la plupart des pays d’Afrique
francophone.
Les NTIC ont certes fait leur apparition en Afrique comme l’illustre la
publicité affichée sur les bus de Bamako par la société publique de
télécommunications malienne visant à promouvoir l’accès au réseau
mondial. Mais elles sont en outre devenues un nouveau créneau de
coopération : après s’être montrées parfois très réticentes, les grandes
agences de coopération multilatérale et bilatérales ont désormais défini
des lignes budgétaires destinées à financer des projets visant à
promouvoir les NTIC sur le continent africain. Le principal credo des
bailleurs de fonds est d’aider à combler le fossé qui risque de se
creuser entre info-riches et info-pauvres. Tels sont ainsi les objectifs
du projet de l’Université Africaine Virtuelle formulés dans son document
de présentation visant à permettre à l’Afrique, qui n’a pas vu passer la
révolution industrielle, de prendre en marche le train de la révolution
informationnelle.
Ces bonnes intentions peuvent néanmoins laisser sceptique face aux réels
besoins en développement d’une Afrique souvent " en retard " en matière
de technologies tout court. En témoigne cette réflexion exprimée par un
responsable de programme de radios rurales au Mali, pour qui il peut
paraître contradictoire d’équiper une radio d’un PC multimédia dernier
cri alors que les journalistes disposent à peine de micro ou d’émetteur
pour faire leurs émissions locales. Dans le même sens, on peut douter que
le projet de Télécentre multimédia à Tombouctou ait la capacité de
fournir aux publics cibles, à savoir les populations rurales de cette
zone sahélienne, des informations adaptées à leurs besoins qui restent
très liés à des réalités locales précises peu représentées sur Internet.
Plus largement, faut-il réfléchir longtemps pour s’apercevoir que
l’Afrique des villages et des quartiers, qui n’est pas toujours si
éloignée pourtant des grands hôtels climatisés des capitales, demeure
pour une grande part sous équipée en moyens de communication classique et
s’inscrit surtout dans une forte tradition orale et demeure encore assez
peu réceptive aux discours tenus sur l’impact et les enjeux sociétaux que
ces nouveaux outils sont censés d’apporter.
En Afrique, le nombre des connectés à l’Internet dépasse à peine les 100
000 personnes (hors Afrique du Sud). Ce nombre compte une majorité
d’expatriés ou d’africains déjà privilégiés quant à l’accès aux outils de
communication tels que le téléphone portable et les ordinateurs.
On est alors en droit de se demander pourquoi l’effort financier
actuellement consenti à la promotion des réseaux multimédia n’a jamais eu
d’équivalent pour le développement d’outils et de services de
communication et d’information au profit de populations dépourvues de
téléphone, de bureaux de poste ou d’accès à la radio. A l’heure où des
milliers de villages africains et de nombreuses agglomérations
périphériques des grandes villes attendent le téléphone depuis parfois
plusieurs années, ne serait-il pas en effet plus judicieux d’aider les
africains à "fêter" le téléphone en appuyant notamment les initiatives
des ONG ou les efforts des compagnies nationales de télécommunications
pour installer des équipements en zone rurales ?
Les grands gagnants de l’Internet africains sont encore pour l’instant
des vendeurs de technologies et des consultants payés pour prévoir
combien les budgets des agences de coopération (dont les montants
s’avèrent colossaux par rapport aux bénéficiaires) seront dépensés dans
le cyberespace africains ou pour inventer de nouveaux types d’usages
propres à l’Afrique.

Benoit Dumoulin
Coordinateur de Globenet


CSDPTT coopération Solidarité Développement aux PTT BP8 75261 Paris Cedex 06