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A la découverte des télécommunications maliennes

juillet 1999

Reportage de Philippe Darrouy .juillet 1999

A la découverte des télécommunications maliennes

BAMAKO, premiers contacts
Principale ville du Mali, Bamako est également le point d’entrée
international et dessert tout le pays au moyen de liaisons hertziennes.
Il existe, dans la ville seulement, un réseau cellulaire analogique qui
sera remplacé prochainement par un GSM. Notre premier contact a été
grandement facilité par Bassirou DIARRA, chez lequel nous étions logés.
Il nous a permis de ne pas perdre de temps tout en nous faisant découvrir
les endroits intéressants de la ville avant notre départ pour Kayes.
Nous avons de nouveau séjourné à Bamako une grande partie de la seconde
semaine. Malheureusement, nous n’avons pas pu avoir de rendez-vous avec
la direction de la SOTELMA (société des Télécommunications du Mali),
toute occupée semble-t-il à préparer la privatisation. Avant notre
départ, nous avons reçu un fax de Monsieur Samba SOW, PDG de la SOTELMA,
par l’intermédiaire du secrétaire général Monsieur Diadié TOURE qui
confirmait l’intérêt porté à notre action et le souhait de nous
rencontrer. Notre temps étant compté nous avons tout de même pu saluer Mr 
Diade TOURE entre deux réunions. Dommage, nous aurions aimé l’interviewer
sur l’avenir de la SOTELMA, des télécommunications au Mali et sur nos
relations.
Lors de mon dernier passage à Bamako, j’ai pu rencontrer plus longuement
Django DIAKITE qui nous avait précédemment reçus dans les locaux de la
SITA qu’il dirige. Il a été formé en France à l’INT (Institut des
Télécommunications), du temps où cette école servait à la formation
interne des cadres de France Télécom, puis a quitté la SOTELMA au sein de
laquelle il a gardé de nombreux contacts. Ce qui n’empêche pas les
retards de livraison, plusieurs mois pour une liaison 64 Kbits/s avec la
France, qu’il attend encore. Lors de notre passage une première liaison à
2Mbits/s était en test de mise en service. Bref, les mêmes problèmes
qu’en France mais pas à la même échelle. Sa grande connaissance des
télécommunications et ses contacts à l’ONP, l’Office National des Postes,
et à la SOTELMA nous seront très utiles. Il nous a confirmé par ailleurs
la grande ouverture d’esprit et l’intérêt porté à notre association par
les dirigeants principaux des deux établissements, confirmant ainsi nos
impressions.
KAYES, un air de Far West
Dernière ville avant la frontière Sénégalaise, au bord du fleuve Sénégal,
au bout d’une piste éprouvante, accessible après 12 heures de train quand
tout va bien, Kayes offre un visage déstructuré où l’anarchie semble
régner, image renforcée par les détritus plastiques omniprésents qui
trahissent le manque d’organisation.
En ce qui concerne les télécommunications l’isolement est également de
mise avec seulement 49 circuits disponibles pour " sortir "vers Bamako
sur une liaison hertzienne analogique vieillissante à la qualité
incertaine. L’autocommutateur, saturé actuellement avec 1000 abonnés, va
bénéficier prochainement d’une extension de 1000 abonnés supplémentaires
mais le lien avec Bamako représentera toujours un goulot d’étranglement.
Le nombre important d’organismes et d’associations résidents, ajoutés à
la population dont beaucoup d’émigrés sont issus et aux professionnels,
créent une forte demande de téléphone et de fax mais également en
technologies nouvelles comme Internet.
De plus Kayes dessert toute sa région au moyen de boucles radios pour les
villes les moins éloignées et de faisceaux hertziens pour les autres, ce
qui ajoute à l’encombrement. Notons que le matériel est essentiellement
canadien dans cette région. L’état des pistes, seules voies routières
possibles, a un impact très important sur l’économie locale freinant le
développement par une augmentation des coûts de production liée aux
transports et par un coût de la vie plus élevé. La SOTELMA n’y échappe
pas, les déplacements des équipes techniques demandant plus de temps,
rallongeant ainsi les délais d’interventions.
La discussion avec les agents a vite tourné au débat autour du rôle de
notre association, son positionnement par rapport à l’opérateur Malien,
ses domaines d’intervention et les moyens mis en uvre. Nous avons reçu
d’emblée un écho très favorable pour la suite de notre voyage, notant
tout de même que le message de la direction nous apportait une
crédibilité certaine. Au contact d’expatriés de différentes associations
nous avons pu mieux nous rendre compte des difficultés locales liées à la
téléphonie. Liaisons difficiles et de mauvaise qualité quand on a la
chance d’avoir le téléphone, obtenu parfois prioritairement moyennant
finances.

YELIMANE, aux portes du désert
Initialement, nous nous rendions à Yélimané pour rencontrer le receveur
Tibou MAIGA et également répondre à une demande de radiotéléphone pour un
véhicule de l’hôpital. Après 6 heures de taxi brousse sur 150 kilomètres
de piste défoncée, nous mesurons mieux l’isolement et encore sommes-nous
en saison sèche. Tout s’aggrave avec l’hivernage, saison des pluies de
juin à septembre.
L’accueil qui nous est réservé, s’il nous ravit, nous gêne quelque peu
tellement nous sommes bien reçus. Nous pénétrons de plein pieds dans la
vie d’une famille malienne à quelques kilomètres de la frontière
Mauritanienne, région d’origine de beaucoup d’émigrés, en France
notamment. Le cercle de Yélimané ne connaît l’électricité que fournie par
des panneaux solaires ou des groupes électrogènes.
Le centre Télécom n’échappe pas à la règle, relié à Kayes par un
faisceau hertzien alimenté par des panneaux solaires et des batteries. Le
centre en gestation comprend une cabine publique et un bureau de
recouvrements, ne faisant pour l’instant que de l’exploitation. Une fois
par mois une équipe de maintenance venant de Kayes intervient. Un agent
s’occupe des antennes et des dérangements survenant dans le village, en
relation avec Kayes pour les essais, mais sans le moindre outil fourni
par l’employeur.
Le cercle, d’un rayon de 70 kms, comprend 12 villages raccordés au
téléphone dont celui de DIONGAGA qui a 60 abonnés. Apparemment,
l’opérateur rencontre des problèmes de division dans certains villages
concernant l’arrivée du téléphone, cela rejoint les conclusions de
l’étude faite au Burkina (lettre CSDPTT n°37).
Concernant le véhicule de l’hôpital, le problème est vite réglé celui-ci
étant en panne depuis 4 mois. Le second véhicule est à Bamako en
réparation depuis 1an. Ce centre de santé jouit d’une bonne réputation
mais sans véhicule les problèmes s’intensifient. Il existe un système de
radio fixe administratif ( RAC) reliant 14 centres de santé mais des
problèmes d’horaires de vacation et de fréquences différentes selon les
matériels aboutissent à une plus grande utilisation du téléphone. Et
l’information est vitale en cas de problème mais surtout pour prévenir
les épidémies de choléra ou de méningites.
Un autre moyen existe à travers la radio locale qui émet de 9 heures à
16h30 , lorsque les batteries alimentées par des panneaux solaires sont à
bout de souffle, ce qui est également le cas lorsque l’ampli fonctionne à
pleine puissance pour "arroser " tout le cercle. Les programmes composés
de reportages, d’informations générales et pratiques, de musiques (peule,
soninké et étrangères ) sont très suivis dans les villages, car
représentant souvent le seul lien extérieur, essentiel également lors de
problèmes d’épidémies, tout cela avec très peu de moyens mais beaucoup de
courage et de fierté.
Nous nous sommes souvent posés la question, au sein de l’association, de
l’intérêt du téléphone dans les villages isolés. Les conditions de vie
très difficiles alliées à un isolement aggravé parfois par les
intempéries nous montrent combien il est vital que tous les moyens soient
mis en uvre pour venir à bout de la fatalité . Ce n’est pas parce que
l’on vit parfois dans le dénuement que l’on n’aspire pas à vivre mieux et
le manque d’information fait souvent le lit de la désinformation. Comment
inciter les populations à consommer l’eau des forages plutôt que l’eau
des fleuves, vecteur d’épidémies sinon par des moyens de
télécommunications qui puissent toucher tous les villages quand les
déplacements sont rendus impossibles.
Des études ont été menées récemment concernant justement le cercle de
Yélimané et les moyens de développer l’accès au téléphone sous toutes les
formes possibles, extension du réseau, projet de téléphone par satellites
commun à toute l’Afrique . Cette région possède la particularité de
compter beaucoup de familles d’émigrés à la solvabilité certaine. N’est -
il pas à craindre que les techniques nouvelles, génératrices de
communications plus coûteuses, ne prennent le pas sur un développement
classique de service public ? A qui profiterait cette manne ? Le débat
est ouvert.

SEVARE, le carrefour
Retour à Bamako puis départ pour Ségou ou nous rencontrerons la situation
la plus enviable en infrastructures routières comme téléphoniques. Ici
pas de problèmes de saturation concernant l’autocommutateur numérique ou
la liaison hertzienne numérique à 34 Mbits/s vers Bamako et la qualité
des communications est excellente. Ce qui n’est pas le cas à Sévaré ou je
rencontre pour la première fois Talift BILLAL, avec qui je corresponds
depuis 6 mois. Il dirige le centre de transmission de cette ville,
carrefour pour le pays Dogon, Gao, Mopti et Ségou. Le trafic routier y
est incessant et à quelques jours de la Tabaski, tout ce qui roule se
doit de transporter les moutons bichonnés et ensachés, dans les soutes ou
sur le toit, promis à un avenir définitif.
Sévaré est reliée à Ségou par un faisceau hertzien analogique dégradé
dont un seul canal fonctionne, pas de secours. Seuls 36 circuits sont
disponibles pour joindre Bamako dont 24 passent par Ségou. Le centre
dessert, par faisceau hertzien numérique, plusieurs localités voisines
dont la plus importante, Mopti où réside André TOGO, un autre de nos
correspondants. Le commutateur analogique d’une capacité de 500 abonnés
est saturé depuis pratiquement son installation datant de 1985. Ces
problèmes se retrouvent partout dans le pays. En 6 mois de
correspondance, nous avons identifié les problèmes rencontrés et
déterminé des priorités. C’est ainsi que j’amène du matériel de base
comme du petit outillage, un métrix, des fers à souder, une valise de
test basse fréquence, des combinés téléphoniques de test , tout cela
représentant une vingtaine de kilos dont je ne suis pas mécontent de me
débarrasser après tous ces voyages en bus qui me laissaient craindre le
pire quant à l’état à l’arrivée.
Outre l’apport de matériel répondant à leurs besoins est prévue une
formation pratique sur le TNE2G ( terminal numérique d’extrémité) qui
leur permet l’interface entre commutation analogique et transmission
numérique. 6 personnes y participeront sur 2 jours. L’attente en
formation, denrée très rare, est très importante quel que soit le domaine
et les agents enthousiasmés d’y participer. Nous utilisons des
équipements identiques mais souvent dans des conditions différentes aussi
les questions furent nombreuses et il est regrettable que les réponses se
trouvent simplement dans la documentation spécifique généralement absente
sur le terrain, car non fournie par le constructeur ou égarée par manque
d’organisation ou de suivi à plus haut niveau. Exemple édifiant que cette
liaison DOMSAT, liaison satellite sur matériel américain prévue pour une
manifestation internationale mais arrivée trop tard, installée depuis à
Sévaré et ne servant qu’à la réception télé faute d’interface
numérique/analogique avec le commutateur.
Ces 2 jours nous ont permis de faire un large tour d’horizon du monde
des télécommunications en général mais le souci principal reste
l’ouverture du capital synonyme de privatisation. Espoir des uns,
inquiétude des autres, étape obligatoire pour la modernisation du réseau
selon certains, crainte de nouvelles compressions de personnel , fin des
impayés d’organes officiels, tous les avis sont exprimés et en ce sens la
SOTELMA ressemble fort aux opérateurs occidentaux. Ce qui n’est pas le
cas en matière de social plus en rapport avec le niveau de vie du pays.
Pas d’indemnisation en cas d’accident dans le cadre du travail, logement
de fonction à loyer prélevé sur salaire supérieur aux prix pratiqués à
l’extérieur et induisant une présence permanente sur le lieu du travail
en raison de l’état des équipements, mutations arbitraires au gré des
changements à la tête de l’entreprise, abus d’autorité pour détourner
l’affectation d’un véhicule ou d’un équipement dont la nouveauté suscite
la convoitise sont quelques exemples que j’ai pu recueillir au cours du
voyage.
Un certain paternalisme règne dans l’entreprise ou le respect de la
hiérarchie n’est pas un vain mot et les positions dominantes très
marquées mais l’enthousiasme est bien réel et contraste avec les
difficultés rencontrées. Fatalisme bienvenu quand on maintient coûte que
coûte des faisceaux hertziens obsolètes pour lesquels le constructeur
français n’assure plus de réparations. C’est le second domaine dans
lequel nous allons essayer d’apporter notre contribution en essayant de
récupérer les mêmes équipements que nous désinvestissons et
"poubellisons" en France.
Notre objectif est qu’une association jumelle à la nôtre voit le jour au
Mali afin de dialoguer d’égal à égal quel que soit le contexte et nous
avons signé un protocole d’accord qui désigne la future association
propriétaire du matériel fourni. C’est une façon d’affirmer notre
solidarité envers des collègues qui n’en manquent pas non plus. La veille
de mon départ un ami de la SOTELMA en fonction à Gao (à 500 kms ) a
téléphoné à Talift afin qu’il lui fasse parvenir des médicaments
introuvables sur place. Un petit crochet par la pharmacie, une
connaissance de passage et l’enfant du " promotionnaire " sera soignée
dés le surlendemain. Pas besoin d’expliquer plus longuement la nécessité
du téléphone et des voies de communications. Solidarité qui s’étend à
toute la population à travers des notions de service public démodées chez
nous, telle la possibilité d’utiliser collectivement le chargeur de
batteries du centre afin de s’assurer plusieurs jours de programmes
télévisés moyennant une taxe forfaitaire destinée à l’amortissement de
l’équipement.

TERMINUS
Du voyage mais pas de nos relations. Nous avons enregistré durant notre
séjour des demandes de téléphone pour des villages non raccordés
actuellement. Ces demandes émanent de particuliers et nous allons en
premier lieu solliciter la SOTELMA pour connaître ses projets concernant
l’extension du réseau, fidèles à notre volonté de travailler en accord
avec l’opérateur du pays. Nous souhaitions faire connaître notre
association et nous avons établi beaucoup de contacts, à nous maintenant
de pérenniser ces relations et de travailler ensemble. Nous avons des
personnes-clés sur qui repose la création de l’association jumelle, étape
importante pour notre action car elle facilitera les contacts et assurera
notre indépendance en ces temps de privatisation. Sujet d’inquiétudes
sociales et d’espoir de modernisation, l’ouverture du capital est au
centre des discussions et préoccupations.
Quoi qu’il en soit l’opérateur devra répondre à la demande grandissante
de liaisons téléphoniques de qualité, incompatibles pour l’instant avec
le réseau interurbain vieillissant et sous-dimensionné raccordé à des
machines de commutation dépassées et saturées. Nous avons rencontré des
agents motivés et très compétents qui font tout leur possible pour
maintenir un réseau défaillant avec très peu de moyens. Certes c’est le
lot de la grande majorité de la population débordante d’énergie,
d’enthousiasme et de solidarité dans des conditions de vie difficiles
mais si nous pouvons apporter un tant soit peu d’aide et de soutien
alors faisons le, nous avons beaucoup à y gagner également.

Philippe Darrouy
CSDPTT Toulouse


CSDPTT coopération Solidarité Développement aux PTT BP8 75261 Paris Cedex 06

Messages

  • Bonjour

    Je viens de decouvrir cet article relatif à la situation du reseau telecom au Mali.
    Je constate bien entendu que j’accuse un retard sur la publication de cet article de 5 années.

    Beaucoup de choses se sont passées depuis (de l’eau a coulé sous les ponts depuis)

    toutefois, je serais interessé de voir l’evolution des choses

    En ma qualité de gerant d’une PME de telecom en Algerie, pays voisin du Mali, pays ami à la fois ; je pourrai peut etre aider de mon coté avec mon savoir-faire dans ce domaine precis :
    Je dispose des moyens de réalisation de tout reseau telecom : reseau à grande distance par tout support (FO ou FHN), reseau filaire ou CDMA WLL, reseau urbain avec des cables à cuivre de è à 1800 paires en sous terrain (en canalisations. Montage et mise en service de centraux telephoniques publics numeriques, particulièrement le type Ericsson AXE 10 ou plus recent.
    Bref, je pourrais étudier et réaliser tout reseau ou toute infrastructure TELECOM, y compris la telephonie mobile du type GSM (MSC BSC BTS/RBS)
    Nos prix seront assurement plus competitfs, ce qui favorisera la concretisation de certains projets à moindres frais.

    Salutations à Monsieur Philippe Darrouy

    TMC de Bejaia