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Compte rendu du séjour à Cotonou à l’occasion du forum sur la téléphonie rurale

décembre 1999, par Bruno JAFFRE

Dans le cadre du forum de la téléphonie rurale qui s’est tenue du 2 au 7 décembre dans cette ville.

Compte rendu du séjour de Bruno Jaffré à Cotonou
dans le cadre du forum
Cotonou , capitale... de la téléphonie rurale

- Tout de suite dans le vif du sujet

Je voyage à l’aller en compagnie d’un commerçant béninois, importateur de
matériel électronique hi-fi et vidéo. La discussion se tourne très vite vers
le téléphone. Il est peu répandu au Bénin : " J’ai voulu l’installer dans
les faubourgs de Cotonou, on m’a fait payer 165000 FCFA car il y avait des
poteaux à poser. Mais ça durait. J’ai du donner 15000 FCFA au technicien
pour que l’installation se fasse. Il dit toujours qu’il manque telle ou
telle chose, du câble un combiné. Il y a des gens qui ont payé qui peuvent
attendre un an sans rien voir venir. "
Il se trouve que dans la navette qui transporte les conférenciers à leurs
hôtels, je me trouve avec les membres de RASCOM . j’en profite pour engager
la conversation. Je me plains du manque d’information de l’absence de site
Internet. J’apprends que les négociations avec ALCATEL ont duré près de 7
mois pour régler toutes les modalités. Le système de financement prévu est
de type BOT (build, operate, transfer). Alcatel doit entièrement installer
le système à ses frais et récupérer le chiffre d’affaires générées par les
communications pendant dix ans. Le système doit ensuite être cédé
progressivement à RASCOM qui doit alors prendre en charge la maintenance
mais récupérer aussi les bénéfices. RASCOM est basé sur le lancement de 2
satellites géostationnaires dont la durée de vie est d’environ 15 ans soit
près du double des systèmes à orbite basse tels Globalstar et Iridium.
Le premier satellite devrait être lancé en 2002, un délai trop long mais
selon mon interlocuteur un délai incompréhensible pour prendre en compte la
construction du satellite.
Je m’informe de savoir si Alcatel a touché des subventions, il pense que non
mais ajoute que ce n’est pas leur problème. Je lui fais part de mes
inquiétudes sur le fait que ALCATEL est partie prenante y compris comme
investisseur sur de nombreux projets de satellites en particulier
Globalstar. France Télécom et Alcatel ont en effet constitué une
joint-venture pour commercialiser les services de Globalstar dans une partie
de l’Afrique et de l’Amérique Latine. De même les opérateurs internationaux
possédant des capitaux dans les opérateurs nationaux africains, et présents
aussi dans des systèmes comme Globalstar ne risquent-ils pas de freiner le
développement de RASCOM. En guise de réponse, mon interlocuteur me dit que
Globalstar ne s’adresse pas à la même clientèle. Globalstar annonce pourtant
vouloir installer des cabines publiques dans les villages et lors de la
conférence on apprendra qu’en Mauritanie un accord a été conclu avec
Globalstar pour l’installation de cabines dans 1000 villages. Bien sur
l’ambition de RASCOM consiste à fournir 500000 terminaux, mais le début de
la commercialisation doit commencer au plus tôt deux ans après Globalstar.
Combien de clients auront alors été captés qu’il sera difficile de récupérer
et qui sans doute seront parmi les plus aisés et les plus gros consommateurs
de télécommunications ?

- Discours remarqué du Président du BDT

Le lendemain, vendredi 3 décembre, je découvre le lieu de la conférence. Il
y a au plus une soixantaine de personnes dans la salle. Peu de
représentations politiques si ce n’est des membres des agences de régulation
constituées un peu partout en Afrique mais surtout des représentants des
opérateurs qui ne sont pas non plus tous présents, loin de là. Ce à quoi
j’assiste n’est pas très passionnant. Les exposés ressemblent plutôt à des
publicités.
Le président du BDT (Bureau de Développement des Télécommunications de
l’UIT), M. Hamidoun Touré est là. Je profite d’une pause pour l’aborder et
lui donner en main propre la présentation de CSDPTT ainsi qu’un numéro de la
Lettre de CSDPTT. Il m’écoute poliment, prend mes documents. Je lui explique
que nous avons entendu parler des discussions en cours avec certaines ONG
pour l’intégration de celles-ci au sein de l’UIT. Et surtout je lui fais
part des démarches que nous avons entreprises auprès de l’UIT pour que la
récupération de matériel puisse être organisée en particulier du matériel de
transmission qui aurait pu servir au réseau PANAFTEL qui traverse l’Afrique
de part en part. Il n’est visiblement pas au courant et je lui donne donc le
nom de son collaborateur à qui la question a été posée par le porte-parole
du collectif d’ONG en discussion avec l’UIT il y a déjà pourtant plusieurs
semaines.
J’écoute attentivement l’exposé concernant l’expérience du TCP de
Tombouctou. Un exposé de la part du représentant de l’UIT en Afrique, basé à
Dakar, qui en vante les aspects mais semble assez loin des réalités. Il
reconnaît cependant que " certains " ont trouvé les coûts excessifs. Des
réactions de la salle ne tardent pas qui jugent les coûts excessifs (900
millions de FCFA à Tombouctou, 600 millions au Bénin). Des questions portent
aussi sur la réalité d’un télécentre et son activité. J’interviens pour
expliquer combien la participation de la population a été décisive et
transmet quelques-unes de leur revendication. Si les téléphones en zone
rurale sont en train d’être installés, le réseau des femmes n’a pas encore
été mis en place. Je cite aussi quelques exemples de dysfonctionnement.
Là-dessus, le président du BDT fait une intervention remarquée. " J’ai
honte. J’ai honte de l’argent qui a été mis dans ce projet. Avec ça nous
aurions du faire 20 télécentres. Il faut cesser de faire intervenir des
experts venus d’ailleurs. Nous avons commencé. Nous avons fait intervenir
des experts de la zone en Afrique australe. Cela nous a coûté 3 fois moins
cher. On me dit que lorsque nous faisons intervenir des experts d’un pays
voisin, il n’est pas accepté. Ce sont des africains qui disent ça ! Mais
regardez dans la salle. Il y des africains et des non-africains. Mais nous
avons tous été formés dans les mêmes écoles ! Moi qui suis à Genève, je
regarde autour de moi. Les gens n’ont besoin de rien. Je suis trop loin de
la réalité du continent, comme le sont les experts venus d’autres
continents. Je suis fermement disposé à changer tout ça et je compte sur
vous tous pour que nous y arrivions tous ensemble. Le développement commence
par la tête. Les équipes dirigeantes sont décidées à nous sortir du
sous-développement. Des non-africains font preuve de bonne volonté. Ils font
parfois des efforts surhumains pour faire passer des lignes de crédit dans
leur budget. Mais la charité ne fait pas le développement. Il faut créer des
partenariats. Promettons-nous tous ensemble de faire un pas dans ce
sens-là."

- Débats passionnants

Le lendemain, une séance va s’avérer passionnante. Un panel représentatif
des opérateurs présents dans l’assemblée est constitué pour partie
d’opérateurs privatisés, pour partie d’Offices de postes et
télécommunications. Chacun doit intervenir tout à tour sur des questions
tournant autour de la définition de ce qu’est la téléphonie rurale, la
stratégie des uns et des autres dans ce domaine, l’ouverture ou non de la
concurrence sur ce marché, la rentabilité ou non des télécommunications en
zone rurale. La conférence prend une toute autre tournure. Le débat qui suit
est particulièrement riche. Il tourne autour de questions fondamentales
telles que le service universel, la rentabilité ou non du téléphone dans les
zones rurales, la mise en place de fonds de développement par les agences de
régulation destinés à développer les télécoms dans ces zones. La plupart des
pays où la téléphonie rurale est peu développée ont mis en place de tels
fonds tandis qu’au Sénégal où le pays est en avance dans ce domaine il n’y
en a pas. Le représentant de CI-Telcom explique que les zones choisies pour
l’extension du réseau l’ont été pour des raisons politiques et que
l’opérateur sans les contraintes imposées au cours de la privatisation par
le gouvernement aurait choisi d’autres critères basés surtout sur la
rentabilité
Un riche débat s’installe sur le fait de savoir si le téléphone est rentable
ou non en zone rurale. Je me rends compte que les études de rentabilité
apparaissent toutes approximatives ou fortement dépendantes de la région où
elles ont été menées. Ainsi, un représentant de Côte d’Ivoire explique que
les études réalisées jusqu’ici n’ont pris en compte que les appels sortants
qui génèrent des reversements dans les pays destinataires. Et pour cause
dit-il, " les transits internationaux sont incapables de nous dire si les
appels entrant dans nos pays sont destinés à des régions rurales ". Ainsi
ces calculs ne prennent pas en compte les régions à forte proportion
d’émigrés qui reçoivent beaucoup d’appels.
Bien sur un téléphone en zone rurale dont l’utilisation serait de toute
façon collective génère un fort trafic comparé au trafic moyen d’une ligne
dans le pays. Pour autant il semble que débat soit faussé. Les opérateurs
défendent évidemment l’argument de la non rentabilité pour essayer d’obtenir
des subventions. Les Etats expriment la position inverse pour tenter
d’éviter à avoir justement à prévoir dans leurs budgets, déjà souvent assez
serrés et sous surveillance du FMI ou de la Banque Mondiale, des sommes
destinées à cet effet. Et les Etats ont un peu eu tendance à se défausser
sur les opérateurs alors que l’accès au téléphone est plutôt une question
politique, une question de politique générale de développement et
d’aménagement du territoire. Un intervenant dans la salle ne manquera pas
d’affirmer le droit à la communication pour tous quel que soit l’endroit où
l’on se trouve réaffirmant ainsi le caractère politique de cette question.
Un représentant de CI-Telcom explique qu’à la fin 2000, 1000 villages de 600
habitants au moins doivent être raccordés au réseau. L’agence de régulation
de Côte d’Ivoire a mis en place un fonds pour le développement du téléphone
dans les zones rurales non rentables. Le régulateur contrôle effectivement
l’application des accords signés lors de la privatisation stipulant les
obligations de l’opérateur. CI-Telcom a l’obligation d’installer une cabine
publique dans chaque site rural. Si CI-Telcom avait choisi les sites à
désenclaver elle se serait basée sur d’autres critères que ceux imposés par
les politiques, privilégiant la rentabilité aux considérations politiques.
Un autre intervenant constatera cependant que le fond de désenclavement ne
permet de financer l’installation du téléphone que dans quelques centaines
par an alors que la Côte d’Ivoire compte 10000 villages.
Plus que de rentabilité, ne faut-il pas parler de la vitesse avec laquelle
le système devient rentable ce qui constitue une toute autre approche ? Car
en Europe et en Occident, l’arrivée massive de capitaux dans les opérateurs
constitue une formidable pression non seulement pour être rentable, mais
pour l’être le plus vite possible avec des taux de rentabilité de plus en
plus importants. On n’en est pas là en Afrique mais compte tenu de la
présence de plus en plus massive de capitaux en provenance des pays
occidentaux on devrait petit à petit tomber dans les mêmes travers.

-Visite à Songhai, la plus grosse ONG béninoise
Il est presque 14h30, les conférenciers n’ont toujours pas déjeuner, signe
qu’un vent de passion traverse les participants nombreux à intervenir dans
le débat. Mais il me faut quitter les lieux.
J’ai faim et m’en entretient avec le chauffeur. Les blancs sont souvent
considérés comme des gens fragiles à ménager. Il voulait m’emmener dans une
boulangerie pour manger des croissants et il me faut vraiment insister pour
qu’il comprenne que cela ne me dérange absolument pas, bien au contraire
d’acheter un poulet grillé au bord de la route. Mon choix était le bon. Le
poulet a beaucoup de goût contrairement à nos poulets industriels bien que
pourtant moins maigres que les poulets que j’avais l’habitude de manger au
Burkina Faso.
Au centre Songhai, qui s’étend sur plusieurs hectares, je suis
chaleureusement accueilli par Léonce, qui a eu la chance d’être embauché
comme responsable du télécentre de Songhai en sortant tout juste de ses
études. Je suis d’emblée frappée par la quantité et la qualité du matériel.
La première salle que je visite comprend 3 ordinateurs flambants neufs sur
lesquels travaillent deux employés de Songhai à la confection de cartes
électroniques utilisant les photos numériques. Songhai vend aussi d’autres
services, comme la saisie ou la mise en page.
Mais ce n’est pas tout. Il existe une autre salle avec 5 ou 6 ordinateurs.
Ceux-ci doivent servir à naviguer sur Internet. La navigation est facturée
100FCFA la minute, l’heure de navigation 5000FCFA, l’envoi d’un message
300FCFA. L’abonnement à Internet est de 12000FCFA/mois. Les tarifs sont
prohibitifs, mais la minute de téléphone revient déjà à 70FCFA. Le
télécentre est ouvert au public. Les utilisateurs sont des étudiants, des
enseignants, les ONG mais aussi des services publics comme la bibliothèque
nationale. L’objectif de Songhai est de mettre tous les sites en réseau et
de diminuer les coûts, de disposer de son propre serveur et d’un nom de
domaine.
Tous les bureaux des locaux administratifs sont pourvus d’ordinateurs et il
existe encore une autre salle, celle de la comptabilité comptant 6 ou 7
ordinateurs. Et ce n’est pas tout. Songhai possède des radios pour
communiquer avec les centres situés à l’intérieur du pays, Savalou et
Karakou, l’installation est toute neuve. Un ordinateur est branché dessus
qui permet de communiquer par écrit. On a prévu de me faire converser avec
les gens dans les centres éloignés que je souhaitais visiter, pour fixer une
date. Malheureusement, le seul jour disponible aurait été le dimanche mais
cela va s’avérer impossible, les chauffeurs ne travaillent pas. Léonce
aurait accepter de m’accompagner mais on se refuse à mettre à notre
disposition un véhicule sans chauffeur. Une discussion franche s’installe
pourtant, car je lui fais comprendre que je ne vois pas trop de quoi ils ont
besoin. Il me faudra d’ailleurs affiner ma position. Songhai est avant tout
un centre de formation d’agriculteurs et ce qui est particulièrement
positif, le centre continue à les suivre à la sortie de la formation. La
visite des installations agricoles me révèle une formidable ingéniosité pour
utiliser au maximum des ressources locales et pour que tous les déchets
soient réutilisés ce que Léonce qualifie de production totale
Nous rentrerons en taxi. Nous en profitons pour boire un verre au bar de
Songhai où se trouvent plusieurs étrangers dont un indien, spécialiste en
réseau qui, me dit Léonce, doit rester un an. Je goûte les jus fruits
fabriqués sur place que je trouve succulents à côté de ces espèces de
boisson gazeuse vendues soit disant à la pomme, mais plus probablement aux
arômes chimiques. Léonce m’apprend que le pasteur qui dirige Songhai est
d’origine américaine ce qui explique sans doute tous ces dons qu’il arrive à
obtenir des Etats-Unis. Avant d’en arriver là il a aussi connu des échecs
certains l’ont lâché dans l’adversité mais finalement il a réussi et bien réussi.

- La débrouille grâce aux Zemidjans

Nous décidons d’emprunter des taxis motos pour rentrer les zem zem ou
zemidjan (ce qui signifierait mot à mot " emmène-moi illico "). Nos deux
chauffeurs respectifs s’avèrent bien sympathiques et très prolixes pour nous
expliquer leurs difficultés. L’un d’eux devrait être professeur d’histoire
et n’a pas trouvé mieux pour subsister en attendant une hypothétique
nomination dans la fonction publique. " Nous sommes forts et bien organisés.
Il y a des intellectuels parmi nous. Nous manifestons régulièrement souvent
pour qu’on nous écoute. Il faut qu’on s’occupe de nos problèmes. Le
gouvernement doit s’occuper du chômage. On ne peut pas continuer comme ça ".
Le discours est clair et précis. Notre interlocuteur paraît passionné. Il se
plaint de la taxe de 600FCFA qu’ils doivent payer tous les mois. Mais ne
doivent-ils pas participer à la construction des routes qu’ils utilisent ?
Pour le reste, leur révolte paraît légitime. On voit beaucoup d’énormes
maisons en construction particulièrement dans le quartier où se tient la
conférence. Certaines pourraient sans exagération être qualifiées de palais.

Notre interlocuteur parle de 25000 zemidjan. On nous avancera aussi un peu
plus tard le chiffre de 40000. Ce qui est sûr c’est que le jaune, la couleur
obligée de leurs chemises, domine dans la circulation. Et les départs de feu
vert prennent l’allure de marée jaune. Il y autant voire plus de motos et
mobylettes qu’à Ouagadougou (où je n’ai pas mis les pieds cependant depuis 6
ans) mais les 4/5 ici sont des taxis alors qu’à Ouagadougou le phénomène
zemidjan n’existe pas, les taxis étant exclusivement des voitures. Beaucoup
font ça en complément d’un autre métier insuffisamment rémunéré ou en
attendant autre chose. L’ampleur du phénomène, qui permet de survivre à une
importante masse de la population alors qu’elle n’aurait guère de ressources
dans une autre capitale, explique sans doute pourquoi la plus parfaite
sécurité semble régner à Cotonou. Ce phénomène constitue la meilleure
solution pour prévenir la délinquance tellement présente dans la plupart des
autres capitales africaines et capitales tout court. Mais les chauffeurs
sont tous des hommes.

- Le grand jour

C’est aujourd’hui que je dois faire mon exposé, le matin. J’ai de la chance
car les après-midis les rangs déjà peu garnis tendent à se clairsemer encore
un peu plus Je suis cependant rassuré, l’ambiance est bonne, les gens
réceptifs. Mme Malégat intervient avant moi. Elle présente une expérience
d’installation de valises INMARSAT dans un village malien. Une expérience
qu’elle a grandement contribué à mener à terme. Son exposé est
particulièrement bien construit, en expliquant tous les tenants et les
aboutissants sans omettre la complexité de l’organisation à mettre en place
et les questions qui se posent. Le prix de la minute se monte effectivement
à près 3500FCFA. Je craignais que l’assistance réagisse négativement à la
vue de ces tarifs prohibitifs mais l’assistance semble plutôt gagnée par
l’émotion que laisse transparaître Mme Malégat.

Et puis c’est à moi. Bien entendu, mon exposé s’écarte un peu du texte que
j’avais rédigé et qui sera distribué. Mais tout de passe à peu près bien.
L’évoque en vrac, l’analyse des difficultés que nous avons connues avec
l’ONATEL, la nécessité de l’implication de la société civile pour contrôler
les décideurs voire même influer sur leur décision, mon étonnement et mon
inquiétude en constatant le peu de représentation des instances politiques
des pays alors que le marché ne pourra seul amener le téléphone dans les
villages, l’analyse de la naissance de CSDPTT au sein de France Télécom en
particulier (la persistance des sentiments de solidarité surtout chez les
techniciens, la fin de la coopération institutionnelle, la volonté d’être
utile par opposition à la logique de la satisfaction des actionnaires, une
recherche de valeurs humaines et de ressourcement auprès de sociétés
africaines en partie préservées des influences les plus mauvaises de la
société occidentale, la nécessité pour l’UIT de rechercher une collaboration
avec les ONG).
Au cours du débat, un échange public a lieu aussi avec le représentant de
l’UIT, M. Max Théret qui tient à m’expliquer pourquoi cet organisme qu’il
représente ne peut accepter les ONG en son sein, mais que par contre elles
pourront être présentes à la conférence mondiale pour le développement. Je
reprends la parole pour dire que cette réponse n’est pas satisfaisante et je
redonne publiquement l’exemple du matériel de transmission repéré par les
adhérents de CSDPTT de Toulouse qui aurait pu servir à la remise à niveau du
réseau PANAFTEL.
Je reprendrais encore la parole pour évoquer RASCOM. Je me rends compte que
les opérateurs ne l’intègrent pas dans sa stratégie et je le dis
publiquement. J’en discuterai un peu plus tard avec un représentant
d’ALCATEL. Il m’avoue qu’il faut se battre aussi au sein de son entreprise
pour défendre RASCOM et que cela ne va pas de soi. Me suis-je attiré leur
sympathie parce que j’ai plusieurs fois défendu RASCOM dans la conférence ?
Je crois même avoir été le seul à le faire en dehors de ses représentants.
Mais rassurez-vous, je n’ai pas été corrompu. Un projet qui annonce 500000
terminaux s’adressant directement aux communautés villageoises à des prix de
communication de l’ordre de 70FCFA la minute ! Comment ne pas le défendre ?

- La téléphonie rurale au Bénin et au Burkina Faso

M . Paré prend la parole après moi et exprime sa satisfaction de notre
collaboration tout en reconnaissant que cela n’a pas toujours été facile. Il
est chargé d’exposer la politique de son pays en matière de téléphonie
rurale. Le nombre de lignes y est passé de 256 à 3600 aujourd’hui. Les
premières ont été financées dans le cadre du Liptako Gourma, un organisme
qui regroupe les pays de la zone sahélienne. Par la suite, la plupart des
extensions ont été financées par l’ONATEL sur fonds propres. Mais il a fallu
surmonter de nombreuses difficultés dues en grande partie à la foudre. Des
châssis entiers brûlaient. Petit à petit, on a fini par trouver des
explications et des solutions. Les fournisseurs ne respectaient pas toujours
le cahier des charges et avaient tendance à travailler dans la
précipitation. Les vérificateurs ne prenaient pas toutes les précautions
nécessaires. On a retrouvé des câbles enfouis à même le sol ce qui empêchait
l’inter connectivité. Et puis la nuit on observait des micro-coupures qui
provenaient d’une qualité insuffisante des panneaux solaires ou de la
diminution du temps de l’ensoleillement. Ces difficultés ont été résolues
petit à petit. Ainsi jusqu’en 98, l’ONATEL n’avait qu’un seul fournisseur ce
qui comportait des avantages mais aussi des inconvénients. Il y en a deux
désormais et il est question d’en introduire un troisième. Les problèmes ont
petit à petit été résolus sur place grâce à l’expérience accumulée. Un
marché de fourniture de pièces de rechange a en particulier été signé.
L’ONATEL a aussi travaillé à une meilleure rigueur en vue d’un déploiement
plus rationnel. En effet, l’ONATEL a constaté que les capacités n’étaient
pas toujours remplies. Aussi a-t-on procédé à des réajustement de capacité,
à des déplacements de stations ou simplement de cartes afin d’éviter au
maximum des commandes supplémentaires.
Un représentant de l’OPT béninoise prend ensuite la parole. Il explique que
l’ingénieur local a dû s’opposer l’expert de l’UIT lors de l’étude du
dimensionnement du réseau. Il rappelle que les ingénieurs locaux ont fait
les mêmes écoles que les européens et qu’ils ne sont pas sortis les
derniers. Il évoque la conférence d’Alger en 1982 où de nombreux experts ont
expliqué la corrélation entre développement des télécommunications et
développement tout court. Il souligne ce qu’il considère comme un aspect
positif de l’ajustement imposé actuellement au Bénin. C’est désormais l’OPT
qui fixe les priorités en matière de désenclavement évoquant l’époque où la
politique en la matière pouvait être imposée par un ministre qui souhaitait
munir son village du téléphone. Questionné sur la prise en compte de RASCOM
il explique que pour lui ce n’est pas un sujet d’inquiétude et que les
contrats signés relatifs au système VSAT installé sont renouvelables tous
les ans ou tous les deux ans et que la migration vers RASCOM ne posera donc
aucun problème. Enfin il informe qu’une fibre optique entre Cotonou et
Parakou a été installée.

- La sociologie au secours des projets de télécommunications

André Nyamba fait preuve d’une grande maîtrise lors de son exposé. Il l’a
entièrement rédigé, le seul à l’avoir fait, mais il ne lit pratiquement pas
ses feuilles. Son exposé apporte un peu de fraîcheur au sein de cette
assemblée de techniciens. Il leur demande de prendre conscience des dangers
que représente l’intrusion du téléphone dans ces sociétés tout en soulignant
la capacité d’adaptation des communautés villageoises ayant déjà assimilé de
multiples tout au long de leurs longues histoires.
Au cours de la discussion, on sent monter une certaine complicité entre
Nyamba et l’auditoire dont les quelques européens semblent exclus. Nombreux
sont les participants qui semblent heureux de ce rappel de leur culture
comme s’ils en avaient besoin. Un intervenant raconte la très grande
difficulté qu’il y a eu à installer un pylône à l’endroit prévu sur les
plans lorsqu’il s’avéra être au beau milieu d’un bois sacré. Il aurait fallu
dévier la trajectoire du faisceau pour satisfaire les paysans. Les
interventions techniques ou administratives étant inefficaces, il en a fallu
d’autres mais il ne précise pas lesquelles. Le représentant de la SONATEL
renchérit à l’aide d’autres exemples. Ici, il a fallu abandonner l’idée
d’installer un téléphone alors que l’investissement était prévu du fait de
l’impossibilité de choisir un lieu consensuel. Ailleurs, alors que tout
était prêt, le branchement s’avéra impossible. Les habitants d’un autre
quartier que celui où était installé le téléphone considéraient qu’il
n’était pas question de laisser terminer le branchement si eux-mêmes
n’avaient pas aussi leur téléphone. Et pas question non plus de démonter ce
qui a été installé pour l’installer ailleurs. Bref une perte sèche pour
l’opérateur. Ce même intervenant s’appuiera sur notre exemple de
collaboration avec André Nyamba pour souligner l’intérêt de l’intervention
des ONG. Ce à quoi je répondrais que nous l’avions fait à titre expérimental
mais que nous ne disposions pas des moyens des opérateurs et qu’ils leur
appartenaient de les financer. Il affirma alors la disponibilité de la
SONATEL à financer de telles études. Cette affirmation sera-t-elle suivie
d’effet ?
J’appris encore au cours de cette discussion que dans les années 80, une
très importante étude avait été engagée par RASCOM, menée avec un certain
enthousiasme par les employés des opérateurs amenés à visiter à cette
occasion de très nombreux villages.

- Du marché au tailleur en passant par un télécentre
L’après-midi, je me laisse happer par le marché dans lequel je me perds par
plaisir J’achète du tissu et me laisse convaincre par la commerçante d’aller
le faire couper chez son tailleur. Nous empruntons chacun un zemidjan.
Nous nous retrouvons au milieu d’une marée jaune au sein de laquelle je me
laisse guider par mon accompagnatrice. Je la laisse négocier le prix de la
course. C’est malheureusement l’heure de pointe et nous traversons le centre
ville. On frise l’étouffement au milieu des fumées bleutées. Le respect des
priorités n’est pas une valeur très prisée au sein de la circulation. En
plus ces nuées de mobylettes ne facilitent pas les choses. Quelques rares
policiers arrivent cependant à assurer un ordre minimum notamment au sein
des ronds-points. Nous nous perdons de vue et je ne sais trop comment nous
nous sommes retrouvés. Nos chauffeurs ne sont sans doute pas des débutants,
d’autant plus que nous ne sommes pas franchement légers.
Nous arrivons enfin à destination. Je fais mine sans trop de conviction de
discuter le prix de la confection des chemises. A 1500 FCFA la pièce, une
chemise taillée sur mesure, je ne vais tout de même pas me gâcher la soirée.
Le tailleur me montre son " book ". Et nous entamons la discussion. Il me
parle de son rêve de s’installer en France où il doit partir dans quelques
mois. Il m’emmène dans un télécentre à côté pour téléphoner. J’y entrevois
une photocopieuse. J’ai une carte prépayée mais le jeune employé est un ami
de mon tailleur et il me laisse gentiment l’utiliser. C’est une nouvelle
occasion de glaner quelques informations. On paye ici 100FCFA la taxe de
base au lieu de 70FCFA, le prix officiel de l’OPT. Après avoir réglé les
taxes estimées à 10FCFA, sur chaque unité de taxe, le télécentre gagne donc
20FCFA. Les télécentres sont sans aucun doute une bonne affaire. Je
comprends pourquoi mon tailleur souhaite pouvoir en ouvrir un comme il me
l’avoue. Mais ça fait deux ans qu’il attend une ligne. La carence en
téléphone permet la création de petits emplois. Ainsi par exemple on trouve
souvent à côté des cabines publiques quelqu’un possédant une carte qui vend
des unités à ceux qui ne peuvent se payer une carte entière. Une telle somme
peut être évidemment utilisée à d’autresd priorités. Alors on accepte de
payer un peu plus cher. L’un de ces vendeurs de taxe m’expliquera une autre
fois, si j’ai bien compris, qu’il faut demander l’autorisation de l’OPT pour
pratiquer ce petit commerce. Le tailleur me livrera mes deux chemises le
lendemain et je quitte mes deux interlocuteurs avec un petit pincement au
coeur, leur compagnie m’ayant été bien agréable.

- Rencontre avec le Président d’ORIDEV
Le soir, nous avons rendez-vous avec Ken Lohento, le jeune correspondant du
réseau anaïs (une association soutenue par une fondation suisse et le
président du Mali qui oeuvre au développement d’Internet en Afrique) au
Bénin que j’avais raté lors de son passage à Paris. On nous apprend que nous
sommes conviés à un dîner spectacle par le ministre de la culture. Il nous
faut écourter notre rencontre. Nous lui proposons de le faire rentrer. André
insiste et s’en va aussitôt parlementer avec les organisateurs. Mais Ken a
préféré rentrer. On remet notre rencontre au lendemain.
Il nous emmène alors dans un petit maquis à côté de chez lui, bien agréable.
Ken est le correspondant du réseau anaïs mis en place à la suite d’une
initiative du président malien. Mais contrairement à ce qui se passe au
Mali, ce n’est pas ici une association liée au pouvoir. Il me fait part de
ses projets, du lancement d’un journal électronique. Il en veut beaucoup à
l’OPT qui ne lui permet pas de disposer de tout ce dont il a besoin pour
travailler. Le local de son association n’a toujours pas le téléphone et
j’oublie de lui demander comme fait-il pour se connecter à Internet. Cette
économie de la rareté leur confère sans doute un pouvoir qu’ils n’auraient
pas ailleurs et dont ils savent probablement se servir. Je lui explique un
peu plus dans les détails l’action de CSDPTT et essaye de le convaincre de
nous aider de trouver au sein de l’OPT des agents avec lesquels nous
pourrions travailler. Il reste très sceptique. Alors, je lui suggère un
regroupement d’ONG pour faire pression pour faire baisser les prix par
exemple évoquant la possibilité de s’exprimer dans la presse. Il est
toujours facile de donner des conseils. J’évoque avec lui la nécessité pour
les ONG de faire pression sur les décideurs afin d’accélérer l’extension
massive du téléphone. Tout n’est évidemment pas si simple et il existe ici
des risques de réprimandes sournoises malgré cette relative libéralisation
de la vie politique. On se sent bien. La discussion vire sur des sujets plus
personnels, plus intimes comme les prémices d’une amitié qui risque
malheureusement de se perdre dans la distance qui nous sépare. Internet ne
peut pas tout. Nous pourrons certes nous écrire mais rien ne remplace les
discussions de ce genre. Nous nous quittons en nous promettant d’essayer de
continuer à s’entraider.
La dernière journée est consacrée aux courses et à une sieste de près de
trois heures. C’est déjà avec un petit pincement au coeur qu’il faut rentrer
mais aussi avec la satisfaction d’avoir beaucoup appris, d’avoir fait des
rencontres qu’il va maintenant falloir fructifier.
Bruno Jaffré
CSDPTT Ile de france


-Intervention de bruno jaffré, qui représentait CSDPTT au forum de la téléphonie rurale de Cotonou du 2 au 7 décembre 1999.

1. Introduction :

2. L’irruption de la société civile : une réalité à intégrer rapidement

2.1. Elles apparaissent partout

2.1.1. En Occident

2.1.2. En Afrique

2.1.3. Au niveau international

2.2. Les ONG sont utiles

2.3. Elles dérangent

2.4. Elles sont diverses et ne manquent pas d’aspects contradictoires

3. Dans le monde des télécommunications aussi

3.1. Au sein de France Télécom

3.1.1. Importants changements au sein de l’entreprise

3.1.2. Une entreprise est avant tout composé de ses hommes

3.1.3. Une ONG de professionnels au sein d’une
entreprise

3.2. Au sein des opérateurs africains

4. Etude de cas : un projet de coopération avec un opérateur national l’ONATEL au Burkina Faso
4.1. Le projet

4.2. Les difficultés

4.3. Bilan

5. Conclusion

L’irruption des Ong dans le monde des télécommunications Etude de cas : un projet au Burkina Faso

1. Introduction :
* Bravo pour l’initiative, mais absence de représentants des populations rurales, les principaux intéressés (mieux étudier la façon de les faire participer au prochain salon )

* L’arrivée du téléphone dans les zones rurales n’est pas une problématique technique. C’est une question de volonté politique. Nous sommes sceptiques quant au fait les lois du marché seules puissent permettre un accès massif des populations rurales au téléphone. Où sont les décideurs politiques des pays africains ?

* Les interventions prennent trop souvent un caractère publicitaire

* Réflexion à propos des débats : RASCOM devrait nous rendre inutile du moins dans notre activité concernant la téléphonie rurale mais les opérateurs ici présents semblent en pas prendre en compte ce projet dans
leur stratégie alors qu’il est sur le point d’aboutir.

2. L’irruption de la société civile : une réalité à intégrer rapidement

2.1. Elles apparaissent partout

2.1.1. En Occident

* Crise de la politique représentative, prise de conscience citoyenne

* Recherche d’actions concrètes, volonté de maîtriser l’action de bout en bout, de travailler sur des micros projets (taille humaine)

2.1.2. En Afrique

* Processus de démocratisation et ouverture de nouveaux espaces de liberté

* Dégâts de la mondialisation dus aux pressions des organismes internationaux (F.M.I., Banque Mondiale) pour le désengagement de l’Etat, dysfonctionnement des Etats eux-mêmes. Les populations s’organisent pour
régler leur problème (ce qui n’est pas nouveau mais on assiste à un important développement récent)

* Les ONG occidentales recherchent des partenaires
* Accès à des financements plus faciles

* Ex d’ONG (ici au Bénin Songhail, nous sommes aussi en contact avec le CEFRAR en Côte d’Ivoire)

2.1.3. Au niveau international
* Irruption des ONG comme moyens de pression y compris dans les processus de décision (ex OMC)

* La plupart des agences de l’ONU travaillent avec les ONG. A l’UIT le processus d’intégration est long. Les discussions existent depuis près de 5 ans. Devrait bientôt aboutir.

* ENDA une des ONG internationale née au Sénégal (lutte contre la pauvreté au quotidien, prise en charge des citoyens)

2.2. Les ONG sont utiles

* Les dirigeants politiques prennent-ils la mesure des besoins des populations ?

* Les marchés sont-ils signés dans la transparence et au meilleur prix ?

* Certaines ONG sont libres et peuvent se permettre de poser des questions gênantes

* Elles introduisent le contrôle citoyen sur les décideurs

* Elles sont souvent reconnues pour une efficacité accrue, le fort engagement des membres souvent très motivés, leur contact avec le " terrain ", une capacité à diminuer les coûts

* Elles servent parfois aussi de médiation entre les décideurs et les " décidés "

* Ce sont des laboratoire d’expérimentation sociale
2.3. Elles dérangent

2.4. Elles sont diverses et ne manquent pas d’aspects
contradictoires

* Instrumentalisation au profit des Etats ou des entreprises (risque de récupération politique ou risque d’être un élément de la stratégie marketing d’une entreprise)

* Stabilité non assurée

* Manque de professionnalisme

* Le bon coeur n’est pas efficace (paternalisme, donneur de leçon, sentiment d’être des sauveurs indispensables)

3. Dans le monde des télécommunications aussi

3.1. Au sein de France Télécom

3.1.1. Importants changements au sein de l’entreprise

* Transformation de France Télécom. Elle est passée d’une entreprise fière de ses compétences techniques à une entreprise commerciale. Le travail des techniciens est moins valorisé (ils sont plus ou moins contraints de devenir des commerciaux), entraîne des frustrations

* Forte baisse de la coopération institutionnelle auparavant prise en charge par l’administration des PTT et financée par l’Etat. Total désengagement de France Télécom de la coopération au profit d’opérations
commerciales. Retour des coopérants permanents. Quasi disparition de l’aide (en moyens humains, d’ailleurs pas toujours justifiée auparavant) au profit de l’aide sous forme de prêts.

3.1.2. Une entreprise est avant tout composée de ses hommes

* Persistance des valeurs humanistes au sein de l’entreprise

* Forte vie associative

* Les syndicats (trop occupés par les problèmes internes à l’entreprise, victimes de la désyndicalisation) peu actifs dans les domaines
de l’aide au développement

* Possibilité accrue de voyager, diminution des coûts

* Remise en cause des valeurs occidentales (stress dans le travail, recherche de l’argent, course à la performance), recherche de ressourcement

3.1.3. Une ONG de professionnels au sein d’une entreprise

* Compétence professionnelle. Les techniciens interviennent dans leur métier

* Possibilité de récupérer du matériel gratuitement et de le démonter dans de bonnes conditions par ceux-là même qu’ils l’ont utilisé et maintenu

* CSDPTT suscite une fort intérêt de la part des ONG de développement en général comme partenaires pour des projets intégrés avec un volet télécommunications

* Responsabilité : un pont entre les ONG et le monde des
télécommunications, important rôle d’information (site internet pas seulement pour parler des actions de CSDPTT mais aussi lieu de débat, Lettre de CSDPTT)

3.2. Au sein des opérateurs africains

* Créations d’associations au Mali à Sévaré-Mopti, Tombouctou, Bamako, après une mission de CSDPTT dans ce pays (prise de contact, don de matériel de maintenance, formation) et une rencontre des adhérents parisiens de
CSDPTT avec une délégation du télécentre de Tombouctou

* Fortes demandes d’entraide des collègues africains sur le terrain

* Nombreux techniciens et cadres compétents, goûts de technique, volonté de mieux faire, de progresser

* Volonté de CSDPTT de construire une véritable coopération (recherche de partenaires actifs et engagés qui traitent d’égal à égal et transfert de la résolution des problèmes locaux à des associations locales

* Il n’appartient pas à CSDPTT d’identifier les besoins

4. Etude de cas : un projet de coopération avec un opérateur national l’ONATEL au Burkina Faso

4.1. Le projet

* Installation de téléphone dans 4 villages au Burkina Faso

* Matériel (TERA) récupéré au sein de France Télécom à l’occasion d’un renouvellement de version

* Partage des financements : ONATEL : frais de dédouanement du matériel, alimentation électrique,
mise à disposition de techniciens CSDPTT : matériel, moyen humaon,, déplacement de ses adhérents
Villageois : construction de locaux + subvention de la coopération française de 3600000 FCFA, coût total
estimé du projet à 20 millions de FCFA)

* Le projet comprend un volet sociologique (étude de faisabilité "sociale ", voir exposé de M. Nyamba, choix du lieu d’installation du poste de téléphone, choix du responsable, et après installation des téléphones
études des changements sociaux)

* Le projet comprend un volet formation, l’ONATEL a proposé que lors d’un projet futur avec le même matériel, il soit installé par les seuls
techniciens burkinbé

4.2. Les difficultés

* Manque d’expériences des deux côtés (l’ONATEL comme n’importe quel autre opérateur n’a pas l’habitude de travailler avec une ONG) et il s’agit d’une première véritable expérience de collaboration avec un opérateur pour CSDPTT (qui a préparé une convention précisant les interventions des uns et des autres)

* Difficulté de prise de décision au sein de l’ONATEL devant cette situation inédite (contexte particulier aussi de crise politique en même temps que la privatisation est en cours)

* Ne s’intègre pas dans les schémas de développement élaboré au sein de l’ONATEL. CSDPTT en est conscient et souhaite proposer un projet plus vaste (il s’agissait de procéder par étape et d’expérimenter sur un petit
projet la faisabilité d’une telle coopération)

* CSDPTT travaille à l’économie de moyens (ce qui rend difficile la communication à distance) alors qu’une telle coopération inédite mérite des discussions approfondies et des échanges permanents

* Maladresse de CSDPTT qui ne respecte pas toujours le hiérarchie au sein de l’opérateur

* Difficulté pour un opérateur à accepter du matériel d’occasion, et volonté justifiée de se prémunir contre les pannes

* Les subventions de la coopération doivent être dépensées au plus tard un an après leur versement

4.3. Bilan

* Il fallait passer par ces difficultés pour mieux apprendre à travailler ensemble, apprendre à " s’apprivoiser "

* Une mission supplémentaire par rapport à ce qui était prévu sera nécessaire

* Ce type de projet peut être reproductible dans un autre pays, mais il faudrait pouvoir fructifier cette expérience afin d’aller plus vite

* Il n’est pas exclu que cette expérience se traduise par la création d’une association au sein de l’ONATEL

* Dans une étape supérieure, CSDPTT souhaite pouvoir travailler à un projet de téléphonie rurale de plus grande ampleur, qui cette fois à la fois s’intègre dans les plans de développement de l’opérateur mais soit aussi situé dans une région où l’on pourra bénéficier de la collaboration d’une ONG locale qui se chargera de la sensibilisation et de l’organisation autour
des téléphones.

5. Conclusion

* La privatisation risque de concentrer les efforts des opérateurs dans les zones rentables (ce qui était déjà le cas) au détriment du service public. Les demandes en direction des ONG vont se multiplier

* La récupération de matériel déjà utilisé ne doit-elle pas être organisée à une plus grande échelle et pas seulement en France ?

* L’intégration des ONG au sein de l’UIT ne doit-elle pas être accélérée alors que l’irruption massive d’intérêts privés par le biais des opérateurs privatisés risque de lui faire perdre son caractère d’agence de l’ONU oeuvrant pour l’intérêt général ? (la question est en discussion, mais aujourd’hui surtout posée par des ONG de radios communautaires ou radio
amateurs)

* Les ONG arrivent (en Afrique aussi), mieux vaut travailler avec que s’opposer à elles

* Le travail de M. Nyamba suscite un fort intérêt. Des projets comme RASCOM ou Globalstar ne doivent-ils pas s’entourer de sociologues (très nombreux au chômage à la sortie de l’université, obligés de gagner leur vie
en exerçant d’autres professions) afin de s’assurer la viabilité " sociale "de leur projet ?.


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