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Des CyberSonghaï pour les entrepreneurs agricoles. Mars 2000

mars 2000

Développer et décentraliser les technologies de l’information, telle est
l’ambition de Songhaï à travers la création d’un système multimédia de
partage et d’échange d’informations dans les zones rurales et péri-urbaines.

Des CyberSonghaï pour les entrepreneurs agricoles

Développer et décentraliser les technologies de l’information, telle est
l’ambition de Songhaï à travers la création d’un système multimédia de
partage et d’échange d’informations dans les zones rurales et péri-urbaines.

A la découverte des CyberSonghaï...

L’urgence de la participation du continent noir à la société de
l’information et sa faible présence dans ce " concert des technologies " à
l’orée du troisième millénaire, ont conduit à prendre plusieurs décisions au
niveau étatique. Parmi celles-ci, l’on retiendra " l’Initiative Société
Africaine " à l’ère de l’information. Cette décision issue de la Conférence
des ministres africains chargés du développement économique et social et de
la planification (Addis-Abeba, mai 1995)* consistait en l’élaboration d’un
plan d’action régional sur les nouvelles technologies de l’information.
Mais, bien que l’enjeu de la participation des pays africains à la société
de l’information constitue une priorité à un niveau aussi élevé, la question
réelle est comment mettre ces technologies au service des populations de
manière à réduire le fossé entre riches et pauvres. C’est en effet à cette
fin qu’oeuvre aujourd’hui Songhaï à travers la création de centres d’accès
des communautés de base aux nouvelles technologies de l’information ou, plus
exactement, aux utilisations de ces technologies.

Des CyberSonghaï, pourquoi ?

Les CyberSonghaï sont des espaces de transmissions, d’échanges
d’informations et de services bureautiques grâce aux outils de communication
multimédia, facilement accessibles à tous (fax, caméra digitale, téléphonie
via Internet...). Ils sont implantés dans trois villes du Bénin : Porto-Novo
(Sud-Bénin), Savalou (Centre-Bénin), Parakou (Nord-Bénin), où sont installés
les sites de Songhaï, centres de production et de formation d’entrepreneurs
agricoles. Ils se veulent donc être des lieux facilitant l’accès du monde
rural aux nouvelles technologies de l’information, en mettant à la
disposition des communautés villageoises outils de communication.
De grands objectifs sous-tendent l’installation de ces CyberSonghaï. En
effet, dans sa vision de développement de l’Afrique, Songhaï met en oeuvre
des expériences afférant à la gestion et aux utilisations des ressources
naturelles disponibles, et à la gestion des hommes. C’est dans cette optique
que plusieurs pôles ont été créés à savoir : la production, la formation, et
les technologies appropriées aux pays du Sud. A ce jour, Songhaï a formé de
nombreux fermiers béninois et des groupements coopératifs installés sur
toute l’étendue du territoire. Ceux-ci se sont constitués en un réseau
d’entrepreneurs bénéficiant d’appui technique, organisationnel et financier.
Les CyberSonghaï viennent enraciner " l’appui informationnel " en permettant
à ces entrepreneurs agricoles et aux autres acteurs de leurs milieux, de
bénéficier des expériences de Songhaï via des moyens électroniques. Ils
contribueront à leur ouverture sur l’extérieur par une absorption sélective
des informations et une présence de leurs produits sur le marché mondial.
Outre l’accès des populations aux nouvelles technologies, les CyberSonghaï
participent à la présence effective de Songhaï dans la société de
l’information par la mise à jour régulière de son site web, et sa
participation à des listes de diffusion.

Un réseau de communication au service du monde rural

On les appelle également réseau béninois des téléservices communautaires,
car les trois CyberSonghaï seront reliés par un système de communication
intégré - texte, image, son - dénommé Javelin System 9000 HF, installé par
la société RACAL du Canada. Ce système permettra le transfert aisé et rapide
des données en texte, image et son entre les trois sites sans autres frais
que le coût initial d’installation et des frais fixes annuels payés à
l’Office des Postes et Télécommunications (OPT) pour l’utilisation des
fréquences. Il réduira les distances séparant les trois sites, qui désormais
seront électroniquement reliés et s’échangeront des informations sur les
nouvelles techniques et expériences, ainsi que des informations d’ordre
administratif.
Par ailleurs, dans le souci d’un développement communautaire associé aux
nouvelles technologies, les CyberSonghaï rendent plusieurs services qui
restent encore inaccessibles aux populations, surtout celles des zones
rurales. Actuellement, seule une minorité lettrée a accès aux services les
plus élémentaires que sont : la photocopie, la reliure, la saisie de
documents, le téléphone, l’envoi et la réception de fax, à des coûts
raisonnables. En dehors de ces services bureautiques, les services
d’Internet y sont aussi donnés. En l’occurrence le mél (message
électronique) qui est d’ailleurs le service le plus utilisé d’Internet avec
des possibilités de création de bal (boîtes aux lettres).
Ainsi, tout comme les populations de Porto-Novo où c’est déjà une réalité
quotidienne, celles de Savalou et de Parakou bénéficieront des services de
courrier électronique qui sont pour le moment très peu répandus dans ces
villes à cause de l’inexistence de fournisseurs d’accès à Internet. Elles
pourront aussi utiliser d’autres services d’Internet comme la navigation,
les forum de discussion, le net2phone (téléphone via Internet). Ce dernier
concerne la téléphonie par Internet et présente un grand avantage pour les
communications internationales, car moins chères. Il ramène par exemple la
communication Bénin-France à 200 F cfa/mn au lieu de 1365 F cfa sur le
réseau téléphonique ordinaire.
De plus, ces CyberSonghaï présentent un intérêt évident pour le réseau des
fermiers Songhaï. En effet, ils contribuent à dynamiser les coordinations de
zones, les formations décentralisées, les échanges d’expériences ; la
disponibilité de produits chez tel fermier ou tel autre, la recherche
d’intrants, de semences, les échanges d’informations d’ordre général, etc.
En permettant l’échange rapide et aisé des informations entre les
différentes composantes de Songhaï - sites, fermiers, partenaires - , mais
aussi avec les populations environnantes, ce nouveau système de
communication créera à terme une dynamique, le socle pour l’émergence d’un
véritable mouvement paysan.

Des perspectives enchanteresses

Sous d’autres cieux, il est hors de doute qu’en ce début du 3è millénaire,
l’ordinateur est un outil d’usage quotidien. Mais en Afrique, il demeure
encore un objet de luxe, un outil inconnu ou réservé à une petite frange de
la population. C’est pour fustiger une telle situation et la corriger que
les CyberSonghaï se sont donné pour ambition de familiariser la masse à
l’utilisation de ce principal outil des nouvelles technologies. Des sessions
de formation et d’initiation à l’informatique et à différents logiciels
seront organisées à leur intention, de même que des journées portes ouvertes
pour favoriser leur contact et leur accès à ces technologies.
Aussi, dans le souci de partager les expériences de Songhaï avec d’autres
catégories socioprofessionnelles comme les élèves, étudiants, chercheurs,
les communautés et autres acteurs de développement des pays africains, ces
centres ambitionnent la mise en oeuvre des modules de formation multimédia.
A cet effet, un accent sera mis sur la capitalisation et la diffusion des
expériences et techniques en exploitant par exemple les possibilités de
gravage des informations sur CD ROM. Enfin, la recherche d’informations
dans le domaine agricole sera développée par le biais de la consultation des
CD ROM et des bases de données en ligne.
Longtemps connu dans le secteur agricole, Songhaï vient de faire une avancée
dans un autre domaine, compte tenu des incontournables exigences actuelle
incontournables pour l’Afrique. Il se trouve aujourd’hui au coeur du défi
posé par la nouvelle société de l’information, étant donné - et c’est
évident de nos jours - que le développement rural à travers la formation
d’entrepreneurs africains ne peut être dissocié des technologies nouvelles,
eu égard aux possibilités nouvelles qu’elles offrent.
En dépit des bouleversements socioculturels qu’elle apporte dans les milieux
ruraux africains, la création de ces centres d’accès communautaires se
révèle nécessaire, car ils facilitent, dans une grande mesure, le
rapprochement entre populations et technologies. Nul doute donc que ces
technologies sont indispensables pour l’impulsion du développement rural ou
du développement tout court. ?

Léonce SESSOU

Réseau Béninois des Téléservices Communautaires
lsessou@songhai.org
lsessou@hotmail.com


CSDPTT coopération Solidarité Développement aux PTT BP8 75261 Paris Cedex 06