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Rapport de mission (ADER) d’installation de 6 cabines INMARSAT en région Kayes - Mali

décembre 2000

Ce texte rend compte de l’installation de cabines INMARSAT dans la région de KAYES financées par les migrants. Il nous semble intéressant, à titre d’information, d’évoquer un phénomène qui semble prendre une certaine ampleur.

Association pour le Développement Economique Régional
ADER, 31 rue de Reuilly 75012 PARIS
Téléphone : 33(0)1 40 24 03 03 Télécopie : 33(0)1 40 24 09 77
Email : ader @ wanadoo .fr
ADER Bamako
Hippodrome, rue 254, porte 209, BP E 1489
Téléphone et Télécopie : (223) 21 84 16
Email : ader @ datatech.toolnet.org

ADER Kayes
Legal Segou, BP 375 Kayes
Téléphone et Télécopie : (223) 52 21 45

CABINES TELEPHONIQUES PUBLISAT

Rapport de mission d’installation de 6 cabines
en région de Kayes - Mali

Jacques ALVERNHE

Chargé de mission Mali

Association pour le Développement Economique Régional

ADER, 31 rue de Reuilly 75012 PARIS
Téléphone : 33(0)1 40 24 03 03 Télécopie : 33(0)1 40 24 09 77
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ADER Bamako
Hippodrome, rue 254, porte 209, BP E 1489
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Legal Segou, BP 375 Kayes
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SOMMAIRE

Calendrier de la mission

1 - Origine de l’action
2 - Les partenaires
3 - Choix du matériel
4 - Organisation de l’installation
5 - Caractéristiques des cabines
6 - Les paramétrages spécifiques
7 - Organisation et gestion des cabines
8 - Suivi et maintenance
9 - Coût et financement des cabines installées
10 - Premier impact des cabines
11 - Remarques sur les 6 installations
12 - Recommandations pour le futur
13 - Pour un réseau local de téléphonie

Annexes

Annexe 1 Projet d’installation de cabines téléphniques satellitaires dans 4 villages de la région de Kayes
Annexe 2 Caractéristiques du matériel solaire


CALENDRIER DE LA MISSION
15 novembre Voyage Paris - Bamako
16 novembre Voyage Bamako - Kayes
17 novembre Préparation du matériel spécifique des cabines
18 novembre Préparation du matériel solaire
19 novembre Installation et mise en charge à Marena
20 novembre Compléments d’équipement à Kayes
21 novembre Installation et mise en charge à Souenna
22 novembre Installation et mise en charge à Serenaty
23 et 24 novembre Installation et mise en charge à Kodié
25 novembre Mise en service et formation à Marena
26 novembre Mise en service et formation à Souenna
27 novembre Mise en service et formation à Serenaty
28 novembre Mise en service et formation à Kodié
29 novembre Finalisation de documents de gestion et question du fax de Marena
30 novembre Stockage matériel à Kayes et question du fax de Marena
1er décembre Question du fax de Marena et capitalisation à ADER Kayes
2 décembre Travail pour ADER Mali (hors mission téléphonie)
3 décembre Rédaction rapport et travail pour ADER Mali (hors mission téléphonie)
4 décembre Voyage Kayes - Bamako
5 et 6 décembre Travail pour ADER Mali (hors mission téléphonie)
6 décembre Voyage Bamako - Paris
7 décembre Restitution mission à ADER France

1 - Origine de l’action

La région de Kayes, comme toutes les zones frontalières du bassin du fleuve Sénégal, est marquée de longue date par une forte émigration de sa population masculine active vers différents pays et plus particulièrement vers la France.
Comme pour toutes les populations migrantes, le maintien du lien avec le village et la zone d’origine est primordial. Il n’est pas sans difficulté en région de Kayes.
En effet, les voies de communication terrestre y sont particulièrement difficiles. La région est fortement isolée du reste du territoire malien.
En matière de télécommunications, le réseau de la SOTELMA est très peu développé en dehors de la ville de Kayes et la liaison Kayes - Bamako est fortement sous-dimensionnée, au point de rendre la région quasiment inaccessible de l’extérieur (et inversement).

Face à cette situation désastreuse et constatant le fort développement des moyens de communication modernes à travers le monde, les migrants de la région de Kayes ont recherché les voies et moyens pour suivre ce mouvement d’ensemble et permettre à chacun d’être facilement en contact avec sa famille restée au village.
C’est ainsi qu’ils se sont intéressé aux techniques de télécommunications par satellite. Cette formule leur est apparue séduisante par l’indépendance qu’elle donne vis à vis des réseaux classiques de télécommunication (filaires et hertziens). D’autre part, le développement de ces techniques les rend aujourd’hui plus abordables, notamment en termes financiers.

Après avoir contacté différents fournisseurs en France, quelques responsables d’associations de ressortissants ont suivi les traces d’une expérience préalable menée dans un village de cette même région (Korera Kore). Ils ont ainsi été mis en contact avec la société GS4, fournisseur de publiphones reliés au réseau de satellites géostationnaires INMARSAT.

A ce stade, 4 associations de migrants ont demandé l’appui de l’ADER pour les accompagner dans leur projet de mise en place de 6 cabines téléphoniques dans leurs 4 villages d’origine.
Dans cette opération, l’ADER joue un rôle de facilitateur et de conseiller, en mettant à disposition ses compétences et ses moyens humains, dans le cadre de son programme triennal d’intervention au Mali, mené en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés. Il entre également dans les missions d’ADER d’appuyer les migrants en France dans leurs initiatives pour le développement de leur région d’origine.

Après divers échanges avec les partenaires concernés, un document de projet à été rédigé présentant l’action envisagé et son montage prévisionnel (cf. annexe 1).

2 - Les partenaires

Les villages concernés sont :
- 3 villages du cercle de Kayes :
- Souenna pour une cabine
- Serenaty pour une cabine
- Marena Diombokhou pour une cabine
- 1 village du cercle de Yélimane :
- Kodié pour trois cabines

Les promoteurs sont des ressortissants de ces villages en France :
- pour Souenna, Marena et Kodié, il s’agit de l’association des ressortissants
- pour Serenaty, il s’agit d’un groupe de ressortissants

Les fournisseurs de matériel sont :
- la société GS4, fournisseur du publiphone (intégrant le module INMARSAT) et des communications (cartes prépayées)
- la société APEX, fournisseur du matériel solaire

Les installateurs sont :
- le GIE Solaire de Kayes qui assure également la maintenance de la partie solaire
- l’ADER pour la partie cabine en collaboration avec le GIE solaire

Au-delà de cette fonction pratique, l’ADER joue un rôle de facilitation, d’interface, de formation, de suivi, et participe, avec les promoteurs et les bénéficiaires, à l’organisation de la gestion des cabines.

3 - Choix du matériel

Après plusieurs réunions avec les migrants au mois d’août 2000, il a été décidé début septembre d’engager l’opération.

Téléphone Inmarsat

Si les revendeurs de téléphones satellitaires Inmarsat sont nombreux sur le marché français, seule la société GS4 proposait un tel téléphone, intégré à une cabine téléphonique et équipé d’un lecteur de cartes téléphoniques.
La qualité de ce matériel, son adaptation au contexte africain et le fait que GS4 commercialise également des volumes de communication a conduit les promoteurs à retenir ce fournisseur. Ce choix a été renforcé par l’expérience du village de Korera Kore (cercle de Nioro) qui utilise avec succès un tel matériel depuis près de deux ans.

Alimentation solaire

Le fournisseur GS4 faisait une proposition complète comprenant le publiphone et un kit d’alimentation solaire utilisant un panneau Total Energie.
L’ADER travaillant depuis plusieurs années avec la société APEX (matériel BP Solar) et le GIE solaire de Kayes maîtrisant bien ce matériel, il a été retenu de n’acquérir que le publiphone auprès de GS4 et de faire dimensionner l’équipement solaire nécessaire par APEX.
Cette formule a également permis d’intégrer deux points lumineux à l’installation.
A terme il s’avère que, même avec les points lumineux, le coût de cette partie est inférieur à celui de GS4. De plus, la maintenance peut en être assurée sur place par le GIE solaire.
Les caractéristiques de ce matériel sont présentées en annexe 2.

Télécopieur

L’association de Marena a souhaité pouvoir associer un télécopieur (fax) à la cabine.
Outre l’acquisition du fax, ceci a nécessité l’intégration d’un « module fax » spécifique à l’intérieur de la cabine. Ce module a été fourni et installé par GS4.
En matière d’alimentation énergétique, le fax est relié à un groupe électrogène déjà en possession de l’association au village. Le recours à un groupe électrogène permet d’éviter un surdimensionnement de l’installation solaire et répond mieux à une utilisation occasionnelle du fax.

4 - Organisation de l’installation

Dans un bref délai

Les commandes de matériel téléphonique et solaire ont été passées fin septembre.
Préalablement aux installations, une mission en région de Kayes de M. Doulo FOFANA, responsable de la cellule migrants d’ADER France, a permis d’informer les villages du projet initié par les migrants et de prendre les dispositions nécessaires pour la préparation d’un local adéquat, la recherche de personnes compétentes pour s’occuper de la cabine et l’organisation de sa gestion. Cette mission s’est déroulée courant octobre, après une séance de formation chez GS4.
Une autre séance de formation s’est déroulée à GS4 avant mon départ, en présence de membres des associations de migrants.

L’ensemble du matériel a été envoyé de Paris à Bamako le 24 octobre par fret aérien.
L’équipe d’ADER Mali s’est chargée de la sortie du matériel de l’aéroport et de son acheminement sur Kayes par voie ferroviaire.
Il est arrivé à l’ADER Kayes le 15 novembre.

La mission d’installation s’est déroulée durant la deuxième quinzaine du mois de novembre.
Il s’est donc écoulé environ 2 mois entre la commande et la mise en fonctionnement des cabines. On peut considérer qu’il n’y a pas eu de temps perdu dans cette organisation et que ce délai est un minimum pour une telle opération.

Installation en deux temps

La mission d’installation s’est décomposée en deux passages par village :
- 1ère tournée mise en place des équipements, mise en charge des batteries
- 2ème tournée mise en fonctionnement des cabines, essais, formation du personnel

Cette organisation est justifiée par la nécessité de mettre les batteries en charge pendant 2 à 3 jours avant de brancher l’alimentation de la cabine.
Chaque tournée s’est déroulée dans l’ordre suivant : Marena, Souenna, Serenaty et Kodié.

La partie relative à l’installation solaire a été assurée par M. Lassina MARIKO, président du GIE solaire de Kayes. J’ai personnellement pris en charge l’installation des cabines et antennes et la formation du personnel. M. MARIKO a suivi et participé à cette dernière partie afin de pouvoir en assurer la maintenance ultérieurement.

La première tournée a duré 6 jours, soit en moyenne un jour par cabine, déplacements compris (au total 700 km de piste par tournée).
La 2ème tournée a été réalisée en 4 jours (déplacements compris).
Au préalable, 2 journées avaient été nécessaires pour le dispatching du matériel, la mise en fabrication et/ou l’achat d’équipements spécifiques à Kayes.
L’ensemble a donc été bouclé en 12 jours, soit 2 jours pleins par cabine.

Chaque installation a été conclue par la signature d’un procès-verbal de réception signé par les différentes parties (chef de village, représentant des migrants, FAP/ADER, GIE solaire…).

5 - Caractéristiques des cabines

Données générales des cabines

Les 3 cabines de Kodié portent chacune le nom du quartier dans lequel elles sont implantées.
La cabine de Marena dispose de 2 numéros différents pour le téléphone et pour le fax, mais ils fonctionnent sur une ligne unique (chaque cabine dispose d’un potentiel de 4 numéros sur la même ligne pour pouvoir intégrer différentes fonctions : fax, internet, poste sans fil …).

Spécificité des installations

Les locaux
Pour 4 cabines (Kodié et Souenna) un local spécial a été construit, composé de 2 pièces (une salle d’attente et la cabine elle-même).
A Serenaty, un local existant est utilisé. Il s’agit d’une annexe d’une boutique. Ce local est bien isolé et séparé de la boutique pour assurer la confidentialité des communications.
A Marena, la cabine est installée dans le magasin de la coopérative d’alimentation du village. Ce local est bruyant et poussiéreux. Mais cette situation est provisoire car l’association va construire sous peu un nouveau magasin intégrant un local spécifique pour la cabine téléphonique. L’association s’est engagée à utiliser les services de M. MARIKO pour assurer le transfert de la cabine dans son nouveau local.

La fixation des cabines
Chaque cabine a été montée sur une table en bois rouge fabriquée à Kayes. Cette table (largeur 40 cm, longueur 1,30) dispose d’un panneau arrière en bois plein, montant jusqu’à 1,50 m sur lequel est boulonné la cabine.
Cette formule permet de résoudre les problèmes de fixation aux murs et de qualité des matériaux de ce support. Pour 3 des 6 cabines, les murs sont en banco et la fixation de la cabine ne pouvait y être assurée (poids de la cabine = 8 kg).
Elle permet également de faciliter le passage des câbles et gaines à l’arrière.
Dans le cas de Marena, le local est provisoire. La fixation sur table facilitera le déménagement de la cabine.

Pour chaque table il a aussi été fourni une housse en tissu épais doublé de toile plastifiée à l’intérieur, afin d’assurer une meilleure protection contre la poussière pendant les périodes de non fonctionnement.
La fixation des antennes
A Serenaty, la boutique voisine du local de la cabine dispose d’un toit en dalle de béton. L’antenne, après réglage, a été fixée sur cette dalle par des boulons coulés dans le ciment.
Le raccordement de l’antenne à la cabine a nécessité, dans ce cas, l’utilisation d’un câble de 10 m en remplacement du câble standard de 5 m. Ce câble est entièrement protégé par une gaine (type gaine électrique).

Pour les 5 autres cabines, les toits des bâtiments sont tous en tôle galvanisée sur lesquels il était risqué de fixer l’antenne. Nous avons donc opté pour la fixation sur un mât (poteau de 2,50 m en tube galvanisé). Le mât est solidement fixé au mur du bâtiment, à côté de l’emplacement de la table. Ceci a permis d’utiliser les câbles standard de 5 m.
La fixation de l’antenne au mât par les griffes fournies assure une excellente tenue.
Les câbles d’antenne (également protégés par une gaine) passent à l’intérieur du tube, ce qui augmente leur protection. A Marena, le câble ne passe pas dans le tube car ce dernier, d’une longueur de 6 m, est fixé dans le sol.

La fixation des panneaux solaires
Pour les 5 mêmes cabines, les panneaux sont fixés sur les tôles galvanisées. A Serenaty, il est fixé sur la dalle et sur des parpaings de ciment.
Dans tous les cas, le système de fixation utilisé a été la tige filetée qui permet un réglage précis de l’orientation des panneaux. Cette technique est largement utilisée et parfaitement maîtrisée par le GIE solaire de Kayes.
Par conséquent, aucune des structures triangulées en aluminium fournies par APEX n’a été utilisée.

Les batteries
Les batteries ont été fournies sèches. Nous avons procédé à leur remplissage avec de l’électrolyte selon les recommandations d’APEX.
Chaque batterie a été livrée avec une caisse à batterie fabriquée à Kayes, pour en assurer la protection.
La batterie est installée dans la salle d’attente (quand il y a 2 pièces). Le régulateur est fixé à environ 1 m au-dessus.

Après en moyenne 3 jours de charge, au moment de la mise en service des cabines, chaque batterie a été contrôlée. Toutes ont produit un courant variant dans la fourchette 13,5 à 14 V.
Ce résultat est en concordance avec les spécifications de GS4 qui précise que la cabine fonctionne au mieux dans la plage 11 à 18 V.

L’éclairage
Chaque installation dispose de 2 points lumineux. Le GIE solaire a fourni l’ensemble du petit équipement nécessaire aux installations électriques (câble complémentaire, interrupteurs …).
Il est à noter qu’il a été utilisé en moyenne 22 m de câble par installation.
Un point lumineux a été systématiquement implanté sur un mur adjacent de celui contre lequel est disposé la cabine, de façon à obtenir un éclairage arrière et latéral de la cabine (à « 8 heures »).
L’emplacement du second point lumineux, laissé au libre choix des utilisateurs, a toujours été à l’extérieur de bâtiment, au-dessus de la porte pour en éclairer l’entrée.

6 - Les paramétrages spécifiques

En fonction des souhaits exprimés par les migrants, un certain nombre de paramètre avaient été configurés, pour une gestion adaptée des cabines.
GS4 a fourni ,avec chaque cabine, une carte de paramétrage (avec code secret) permettant au gestionnaire de modifier certains paramètres et de collecter des informations sur l’activité de la cabine. La notice d’utilisation donne la marche à suivre pour accéder à chaque paramètre.

Limitation de durée des appels entrants
Les promoteurs de Souenna, Serenaty et Marena ont souhaité limiter la durée des appels entrants à 10 minutes. Ceux de Kodié n’ont pas souhaité donner de limite.
Ce paramètre est modifiable à tout moment.
Il s’est avéré que les 3 cabines de Kodié étaient également paramétrées pour une limite de 10 minutes. Nous avons procédé à la modification nécessaire.

Affichage des appels sortants
Cette fonction permet de visualiser le temps cumulé de communication de tout les appels émis à partir de la cabine depuis sa mise en service.
On visualise également le nombre de taxes (unités) « consommées » par la cabine depuis le début.
Ce compteur ne peut pas être remis à zéro.

Affichage des appels sortants
Cette fonction permet de visualiser le nombre de communications (nombre d’appels reçus) par la cabine depuis sa mise en service.
Ce compteur ne peut pas être remis à zéro.
La visualisation de ces 2 compteurs dès la mise en service au village a fait apparaître des compteurs qui n’étaient pas à zéro, résultat des tests effectués en usine sur chaque cabine.

Taxation des appels entrants
Lors des essais effectués à Serenaty, le 1er appel entrant a été coupé très rapidement. L’afficheur de la cabine portait la mention « INSERER CARTE ». En insérant une carte à l’occasion de l’appel suivant, la communication a été maintenue, mais la carte a été débitée à raison d’une unité par minute.
Un appel à GS4 nous a permis d’obtenir rapidement la marche à suivre pour déprogrammer ce paramètre.
Ce cas s’est reproduit sur la 1ère cabine mise en fonctionnement à Kodié. Les 2 dernières ont été déprogrammées d’office, avant même les tests.

Le changement de carte
Nous étions informés par GS4 qu’il n’était pas possible de changer de carte lorsque celle qu’on utilise est épuisée. Cela posait le problème de l’utilisation des unités restantes si elles sont au nombre de 1 ou 2 seulement.
Il nous a été donné de constater que, quand on arrive en fin de carte, au cours de l’utilisation de la dernière unité, l’écran affiche le message :
CHANGER CARTE
On peut alors, durant cet espace de temps (12 secondes), retirer la carte épuisée et en introduire une nouvelle. L’écran affiche alors le nombre d’unités restant sur la nouvelle carte et la communication continue sans avoir été interrompue.

7 - Organisation et gestion des cabines

Le personnel

Le standardiste de Serenaty n’avait pas été trouvé à l’installation de la cabine. Cette fonction été assurée provisoirement par M. Singale SOUMARE, l’un des promoteurs du projet, en séjour à Serenaty pour superviser la mise en fonctionnement de la cabine.

Le standardiste de la cabine de Kodié Koïtala vient d’un village voisin. Il a été embauché par le village pour assurer cette fonction, ne trouvant pas de compétence adéquate et disponible dans le village.

Les standardistes sont rémunérés par un salaire fixe (15 000 Fcfa à Kodié, 17 500 Fcfa à Souenna).
Certains villages réfléchissent à un intéressement du gestionnaire, afin de stimuler son intérêt et sa mobilisation pour la réussite du projet.
Il est également prévu d’utiliser les services d’un (ou plusieurs) coursier pour faire parvenir des messages d’appel à la cabine. Leur rémunération pourrait, dans certains cas, être calculée à la course (par exemple 50 Fcfa par course, celle-ci correspondant à une communication reçus qui est taxée 500 Fcfa à la personne appelée.

La gestion du stock de cartes téléphoniques

Il a été acquis 500 cartes prépayées par l’ensemble des 4 villages. Chaque carte est numérotée.
Certains ont souhaité conserver la moitié des cartes en France pour les commercialiser auprès des migrants qui se chargent de les faire parvenir au village à la personne de leur choix.

La répartition est la suivante :

Les cartes sont gérées au village par le gestionnaire de la cabine.
Deux possibilités s’offrent à lui pour la commercialisation de ces cartes :
- soit il vend les cartes entières à des utilisateurs capables de les acheter
- soit il les remet au standardiste pour que celui-ci vende des unités téléphoniques au détail

Afin de faciliter son propre contrôle sur le stock de cartes mis à sa disposition, mais également pour analyser le mode de commercialisation des cartes, il a été mis en place dans chaque village un outil spécifique de suivi.
Il s’agit d’une « fiche de gestion du stock de cartes » présenté en annexe 3.

Les tarifs appliqués

Des tarifs communs aux 6 cabines ont été retenus par les promoteurs.
- appels sortants : 400 Fcfa l’unité, soit 2 000 Fcfa la minute (et 20 000 Fcfa pour la durée d’une carte de 10 minutes)
- vente d’une carte : 18 000 Fcfa
- appels entrants : 500 Fcfa par appel (par course)

Le prix de l’unité permet une marge brute de 100 Fcfa par unité, le prix de revient étant de 300 Fcfa. Ce prix pourra être révisé en fonction des résultats d’exploitation des cabines.
Pour éviter les erreurs de calcul, il a été remis aux standardistes une grille de tarifs permettant de connaître le prix à payer pour 1 à 50 unités au tarif de 400 Fcfa l’unité (cf. annexe 4).
Des grilles de tarifs allant de 300 à 450 Fcfa, par tranche de 25 Fcfa, ont été remises aux gestionnaires, en cas de décision de changement de tarifs.

Pour l’information du public, un tableau de correspondance entre unités et minutes a été établi (cf. annexe 5).

Sur une carte vendue, la marge brute est d’environ 3 000 Fcfa.

Sur la taxation des appels entrants, les modalités d’application ne sont identiques.
Tous ne taxent que les appels qui font l’objet d’une course, pour appeler une personne au téléphone ou pour déposer un message. Mais cette fonction de dépôt de message n’est pas autorisée partout.
Si plusieurs personnes de la même famille sont appelées au téléphone par un même interlocuteur, certains considèrent qu’il y a une seule taxe à faire payer, d’autres font payer 500 Fcfa par personne appelée.

Pour le fax de Marena, les tarifs ne sont pas encore définis, ne connaissant pas le coût des communications prépayées à Paris. Un tarif à la minute devra être retenu, avec l’application du principe « toute minute entamée est due ». En effet, le télécopieur produit un rapport d’émission faisant apparaître la durée de la communication.

L’enregistrement des appels

Il a été fourni aux standardistes un « cahier des appels émis » et un « cahier des appels reçus ».
Les modèles de ces documents sont présentés en annexes 6 et 7.

Ils doivent permettre d’enregistrer tous les appels passant par la cabine, mais surtout d’identifier les recettes correspondant à ces appels.

Sur le « cahier des appels émis », le standardiste peut porter le nombre d’unités au début et à la fin de chaque communication. Cela permet un suivi précis de chaque carte qui lui est confiée.
Sur le « cahier des appels reçus », le standardiste peut justifier les appels non payants dans la colonne « observations ». C’est le principal élément de contrôle des recettes de ce type, qui seront souvent les principales recettes.

Ensuite, le gestionnaire dispose d’un « cahier des relevés quotidiens » (cf. annexe 8) qui permet de porter la synthèse des recettes journalières. Il est en effet conseillé de relever quotidiennement l’argent reçu par le standardiste pour le remettre au trésorier.
Le « cahier des relevés quotidiens » permet, après contrôle de la journée, la co-signature du standardiste et du gestionnaire.
Enfin, le gestionnaire tient un « cahier de caisse » classique pour l’enregistrement des recettes et des dépenses.

Le contrôle de l’utilisation des cartes

Le gestionnaire peut contrôler à la fin de la journée la bonne utilisation des cartes et vérifier si la recette annoncée par le standardiste dans le « cahier des appels émis » correspond bien avec les unités consommées.
Il lui suffit pour cela d’introduire chaque carte en possession du standardiste dans la cabine et de totaliser le nombre d’unités qu’elles contiennent. Ce résultat comparé à celui de la veille détermine les consommations du jour.
Le relevé du compteur de la cabine par la voie de la carte de paramétrage ne permet pas d’avoir cette information car ce compteur intègre également les unités des cartes qui ont été achetées entières et qui ne constituent pas des recettes pour le standardiste.

8 - Suivi et maintenance

Pour les aspects purement techniques, le GIE solaire de Kayes (M. MARIKO plus précisément) dispose des compétences pour assurer un suivi.
En ce qui concerne la maintenance des installations solaires, il a été recommandé dans chaque village de signer avec le GIE un contrat d’entretien comme cela se fait pour la maintenance des installations d’éclairage. Cette recommandation n’a pas été faite à Kodié pour des raisons d’éloignement - 160 km de Kayes - et de non intervention du GIE dans cette zone. Dans les autres villages, le GIE est actif, tout au moins à proximité, ce qui rend la maintenance possible.

Rappelons que Marena s’est engagé à faire réaliser le transfert de son installation téléphonique par le GIE.

En matière de suivi et d’appui à l’organisation autour des cabines, l’ADER va assurer cette fonction.
Une tournée doit se faire environ 1 mois après les installations, afin de faire un 1er état de la situation, identifier les difficultés …etc.
Des dispositions spécifiques pourront alors être mise en place pour répondre à d’éventuels besoins.
D’autre part, des fiches de suivi (cf. annexe 9) ont été mises en place auprès de chaque cabine, afin de collecter régulièrement des informations sur l’activité de la cabine et l’évolution de l’organisation.
Ces fiches pourront, dans certains cas, être remplies mensuellement par le standardiste et/ou le gestionnaire. Ils pourront également faire appel à une personne instruite du village (un instituteur par exemple). Mais elles pourront aussi être remplies par toute personne de passage (agent ADER, leader migrant…).
L’essentiel est d’obtenir un retour fréquent sur ces cabines.
Ces informations permettront de mieux raisonner le développement du réseau de cabines satellitaires et de prodiguer des conseils avertis aux migrants souhaitant acquérir ce type d’équipement pour leur village.

Enfin, notons qu’en matière de suivi immédiat après la mise en fonctionnement de la cabine, les promoteurs de Serenaty ont délégué l’un d’entre eux, M. Singale SOUMARE, pour suivre d’abord la formation de GS4 et ensuite se rendre au village pour participer à l’installation, superviser l’organisation et suivre le fonctionnement de la cabine pendant quelques semaines. A cette occasion il assurera également un suivi de la cabine de Souenna, sous la forme de 2 ou 3 visites.
Cette démarche est à retenir car elle donne une dimension de continuité à l’investissement et permet un approfondissement dans l’adaptation des outils et de l’organisation aux besoins réels qui apparaissent au cours du fonctionnement de la cabine.

9 - Coût et financement des cabines installées

Compte tenu des particularités de certaines installations (bâtiment construit ou non, fax à Marena …etc.), les prix de revient ne sont pas identiques pour les 6 cabines.

Il est donc intéressant d’étudier un coût pour une installation moyenne, plutôt qu’un coût moyen des 6 installations.

Les chiffres qui peuvent être retenus dans ce cas sont les suivants :

Remarques sur les coûts

Par rapport au coût d’une installation moyenne, on peut noter que :
- le publiphone représente 84 % du coût de l’installation
- ce qui peut ce traduire par 20 % de frais divers à rajouter à l’achatdu publiphone
- la partie solaire représente 12 % du coût de l’installation
- les frais de dédouanement ont été particulièrement faibles et ce montant n’est peut-être pas reproductible
- le montant de l’investissement est fonction du nombre de cartes que les promoteurs sont prêts à acquérir. Il s’agit d’une avance sur consommation qui ne rentre pas dans le coût d’installation mais constitue bien un investissement pour les promoteurs.

Dans le cas de ces 6 installations, l’investissement réalisé varie entre 55 000 et 62 000 FF par cabine.

Télécopieur de Marena

Au coût du fax de Marena ci-dessus (matériel), il faut ajouter la valeur du groupe électrogène (environ 2 000 FF) et l’achat d’un volume de communications prépayées. Les ressortissants ont acquis, dans un premier temps, une heure de communication pour une valeur de 1 055 FF.

L’investissement sur la fonction fax peut donc être estimé à environ 7 500 FF.

Financement

Le financement de ces investissements est couvert à plus de 85 % par les apports au comptant des promoteurs.
Le complément, soit environ 15 %, est assuré par un crédit à taux zéro accordé par la FAP (Fondation Abbé Pierre) et l’ADER sur un fonds de crédit spécial pour la promotion d’activités en région de Kayes.
Une convention est en cours d’élaboration à cet effet entre l’ADER et chacune des structures promotrices.

10 - Premier impact des cabines

Inutile de dire que ces cabines ont été reçues avec un grand enthousiasme dans les villages.
Si certains pouvaient rester sceptiques (à juste titre) jusqu’au dernier moment, la mise en fonctionnement des cabines et la réussite immédiate des premiers tests les a convaincu de l’efficacité du système.
Dans tous les cas, les premiers appels vers la France pour faire part de l’ouverture de la ligne ont été suivis de plusieurs appels de migrants. Les uns pour simplement vérifier si la cabine était véritablement fonctionnelle, les autres pour entrer en contact avec leur famille sans tarder.

Les premiers appels ont parfois été émouvants : comment retranscrire la joie de deux co-épouses parlant successivement à leur mari qu’elles n’ont pas vu depuis plusieurs mois, voire quelques années ? Quelle surprise de se retrouver à expliquer à une personne âgée comment on utilise un combiné téléphonique qu’elle manipule pour la première fois ? Et sa joie ensuite pendant la communication, mêlée d’inquiétude envers cette machine dont elle se tient le plus éloignée possible ?

Il est clair qu’un tel outil, installé dans un village plus ou moins isolé et accessible à tous, a quelque chose de magique et d’irréel.
Mais la facilité de communication qu’il autorise avec les enfants du village partis en émigration est bien réelle.
Les gens perçoivent très vite l’intérêt que cela représente pour eux. Fini les déplacement vers Kayes, la capitale régionale, pour répondre à un message d’appel téléphonique à telle date. Fini les dépenses liées à ce voyage qui représentent facilement plusieurs minutes de communications avec la cabine. Fini les retours bredouilles après plusieurs jours passés à Kayes alors que le correspondant en France n’a pas pu obtenir de ligne.
Et s’il se fait jour un problème au village, les migrants peuvent être facilement et rapidement consultés. Ils sont plus et mieux acteurs de la vie du village.

La communication est tellement facile qu’il est, pour beaucoup, difficile de comprendre que cet outil ne règle pas le problème de la communication avec Kayes. Comment faire l’abstraction du fait d’être au Mali et se considérer en « pays étranger » quand on utilise la cabine ? Et donc qu’on reste dépendant du goulot d’étranglement de la SOTELMA entre Bamako et Kayes ?

Dans le cas du fax de Marena, il est évident que cet outil va simplifier la tâche du gérant du magasin. En effet, cet équipement lui est principalement destiné. Ce magasin coopératif, autre initiative des migrants de Marena en France, livre des produits de première nécessite aux familles de migrants, sur commande de ces derniers. L’ordre de livrer arrive par fax, via le fournisseur à Kayes, qui approvisionne en conséquence le magasin de Marena. Quand la livraison est effective, le gérant informe par fax le responsable en France. Jusqu’à présent, cette information nécessitait un déplacement à Kayes pour envoyer un fax à Paris, avec toute les difficultés de ce type d’envoi. Aujourd’hui, il peut se faire directement à partir de Marena, donc plus facilement et surtout sans retard. Ce dernier élément est essentiel car le responsable parisien ne peut demander le paiement de sa commande par le migrant que quand il justifie de la bonne livraison des marchandises. Le fax permet donc une amélioration de la trésorerie de la coopérative.

11 - Remarques sur les 6 installations

Un problème technique

A l’utilisation des cabines, un problème technique s’est fait jour. Il s’agit du fait que la consommation d’unités téléphoniques commence dès l’entrée en fonction du satellite et non pas au moment du décrochage du combiné par le correspondant.
Il faut signaler que ce n’est pas toujours le cas.
Ce phénomène est particulièrement gênant dans un contexte de cabine publique. En effet, comment expliquer à un client dont le correspondant ne décroche pas qu’il doit néanmoins payer 2 ou 3 unités ? Et pourtant celles-ci ne peuvent pas être offertes au risque de ne pas rentabiliser la vente de communications.
Ce problème est étudié avec le fournisseur GS4. En fait, c’est un problème de temporisation avant de lancer la première taxation. Aujourd’hui elle est de 10 secondes. On peut la passer à 20 secondes pour laisser le temps à la communication de s’établir et interrompre si le correspondant ne décroche pas dans ce délai. Ce paramétrage, qui nécessite l’utilisation d’une carte spéciale, pourrait se faire début janvier 2001.