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PROJET de TCP à NIAFUNKE : Programme des 701 Communes

mars 2001

Ce rapport a été réalisé dans le cadre de la préparation d’un projet d’installation d’un télécentre dans la ville de Niafunké à 200 km de Tombouctou qui affiche sa volonté de s’intégrer dans le projet du pays de raccordement des 701 communes. Outre les films Constance, ce projet devrait associer comme partenaire le comité de Tombouctou de l’AVDTM (Association des Volontaires pour le Développement des Télécommunications au Mali), le Télécentre de Tombouctou, les fils Constance, le comité de jumelage
Moulin (Allier) - Niafunké et notre association CSDPTT

PROJET de TCP à NIAFUNKE
Programme des 701 Communes

voyage d’études
17 janvier / 13 février 2001

Vincent Chappey
mars 2001
les films Constance - 127 rue Amelot 75011 Paris
tel/fax : 01 47 39 22 87 - e.mail : elbamia@club-internet.fr


Table des matières
Rappel _________________________________
Objectifs __________________________

Compte rendu _____________________

Bamako. 18 au 21/01 et 09 au 13/02 _______
Niafunke. 23 au 27/01 ____________________
Tombouctou. 28/01 au 02/02 ______________
Journée Portes ouvertes TCP.Tombouctou.03/02
Niafunke. 04 au 08/02. ____________________

Conclusion _______________________


RAPPEL

La Société LES FILMS CONSTANCE projette la réalisation d’un film documentaire sur l’Internet en Afrique Occidentale qui reposera sur une expérience significative :
La création d’un Télécentre Communautaire Polyvalent
à Niafunké dans le Mali septentrional.
Ce projet de TCP s’inscrit délibérément dans le cadre du programme de connexion des 701 communes, tel qu’énoncé par le Président de la République du Mali, S.E. Alpha Oumar Konaré, le 21 février 2000 lors des Rencontres Internationales de Bamako 2000.
Il devra être préalablement l’objet d’un acte de candidature auprès des structures gouvernementales maliennes mises en place pour la réalisation de ce programme national. Il s’inspirera, dans ses objectifs, son principe d’élaboration et son fonctionnement, du TCP pilote de Tombouctou et de la stratègie arrêtée lors de l’Atelier de réflexion qui eut lieu à Bamako en Juillet 2000.
Courant 2000, un premier travail d’information sur l’Internet en Afrique de l’Ouest a été effectué par notre équipe depuis Paris, puis sur place en avril
( Sénégal, Mauritanie), et en mai (Mali). C’est au retour de ce dernier voyage que la décision de centrer le sujet sur le programme des 701 Communes a été prise, puis celle d’un projet de TCP à Niafunké en partenariat avec Tombouctou.
A fin décembre 2000, le Conseil Général de l’Allier en France au travers de son Comité de Jumelage avec le Cercle de Niafunké, retenait le projet que nous lui présentions. Et la connexion Internet de la commune de Niafunké était inscrite dans leur programme d’actions de l’exercice 2001.
Début Janvier 2001 se joignaient au projet :
Le CSDPTT ( association française spécialisée , avec l’aide de bailleurs de fonds et de tecniciens bénévoles , dans la promotion des moyens de communication en Afrique Occidentale). L’ADPPTT (Association malienne pour le Développement et la Promotion des Postes et Télécommunications de Tombouctou). L’AVDPTT (Association malienne de Volontaires pour le Développement des PTT de la région de Mopti).
Enfin, la société les Films Constance débloquait les crédits nécessaires pour les transport et frais de séjour de trois personnes chargées d’une première étude sur place entre le 17 janvier et le 13 février 2001, les transport et frais de séjour à Tombouctou d’une délégation de Niafunké , un premier tournage (toutefois sans équipe technique ni matériel broadcast), son montage et mixage. Ce premier petit document audiovisuel pourra être mis à la disposition de chacun des partenaires du projet pour illustrer leur argumentation auprès des différents bailleurs de fonds potentiels.

Nous tenons à remercier ici Monsieur Ali Farka Touré qui à titre amical a bien voulu résoudre pour nous une partie significative des problèmes logistiques posés par cette mission.

LES OBJECTIFS DE LA MISSION

Prises de contact au niveau national : présentation du projet, recherche d’information et d’un premier accord de principe auprès des différents services ministériels et personnalités concernées pour l’ inscription d’un projet de TCP à Niafunké dans la première tranche expérimentale du Programme de connexion des 701 Communes.

Information sur le réseau téléphonique existant dans la Région concernée et sur ses capacités à supporter les débits Internet , et/ou à évoluer dans ce sens.
Information sur les autres projets en cours d’études dont ceux utilisant éventuellement les techniques du VSAT.

Présentation du projet , recherche d’accord de principe et du soutien actif auprès des administrations gouvernementales, régionales et communales à Niafunké (commune de Soboundu).

Inventaire à Niafunké des structures et matériels mis à disposition de la communauté en matière d’alphabétisation pour adultes, de formation informatique et de communication.

Inventaire des structures socioprofessionnelles et d’Etat et des aspirations de chacune.

Présentation du projet à la population de Niafunké.

Etude et observation du fonctionnement du TCP de Tombouctou.

Présentation du projet et recherche de partenariat avec le TCP de Tombouctou.

Réalisation d’une première expérience de sensibilisation auprès de la population de Niafunké en organisant le voyage et l’hébergement à Tombouctou d’une délégation représentative et une journée portes ouvertes de démonstration au TCP de Tombouctou.

Au cas où le projet de TCP saurait retenir son attention , susciter au sein de la population de Niafunké le premier élan nécessaire à la constitution d’une structure capable de participer à la conception de l’avant projet et d’assumer par la suite l’autogestion contrôlée du futur TCP.

Enfin, ramener en France le plus d’éléments constructifs possible susceptibles de conforter les partenaires actuels dans leur décision et/ou en initier d’autres.

COMPTE RENDU DE LA MISSION

A Bamako du 18 au 21 janvier et du 09 au 13 février :

Le projet et son état d’avancement à ces dates ont été présentés aux personnes suivantes :
Monsieur Soumaïla Cisse, en sa qualité de Ministre de l’Equipement et de l’Amènagement du Territoire, et pour sa connaissance toute particulière de la ville de Niafunké.
Monsieur Dieudonné Ahmadou Alpha Sow, Secrétaire Général du Ministère de la Communication.
Monsieur Amidou Maïga, Chef de Cabinet du Ministère de la Culture.
Monsieur Ibrahim Cissé , Maire de Tombouctou et membre du Conseil d’Administration du TCP de Tombouctou.
Monsieur Cheik Nimaga, Conseiller Technique auprès du Ministère de la Communication à charge du programme de connexion des 701 communes.
Monsieur Alassan Ad Mohamed , chargé de la Communication au Ministère de l’Equipement.
Monsieur Tidiane Sangaré, représentant d’ANAÏS à Bamako.
Monsieur Birama Diallo, Coordinateur National du TCP de Tombouctou.
Madame Rosa Cissé, ingénieur à la Sotelma, spécialiste des NTIC.

Visites de deux des principaux Cybercafés de Bamako.

Rencontre avec Monsieur Baly Idrissa Sissako , Directeur de l’ORTM
et Madame Aminata Traoré, écrivain, ancienne Ministre de la Culture.

Niafunké du 23 au 27 Janvier

Madame Diahara Mallé, formatrice au TCP de Tombouctou, nous rejoignait le 24 afin de prendre un premier contact avec la ville et sa population, coordonner la constitution d’une délégation représentative pour la journée portes ouvertes à Tombouctou .
A cette époque, les liaisons téléphoniques avec Niafunké étant coupées,
l’organisation préalable des rendez-vous avec la Municipalité n’a pas été possible depuis Paris puis Bamako.
Monsieur Ousmane Sall , Maire de Soboundu ( conurbation de Niafunké) était absent. Toutefois une réunion du Conseil Municipal restreint, présidé par Monsieur le Premier Adjoint, a pu être organisée.
Puis , le projet a été présenté par Monsieur le Premier Adjoint au Maire et nous mêmes à :
Monsieur Allaye Touré, Délégué du Gouvernement , Commandant du Cercle de Niafunké,
Monsieur Sekou Samaké, administrateur civil, 1° adjoint du Commandant,
et Monsieur Siriman Kanté, Commandant de la Commune .
Lors de ces réunions , une liste de personnes représentant les différentes catégories socioprofessionnelles fut établie. A chacune d’entre elles , il fut donné une définition sommaire des services offerts par le TCP de Tombouctou et proposé l’opportunité d’une visite sur place le Samedi 3 février. Nous leur confions la charge de constituer eux même la délégation.
Ont été contactés :
Monsieur Oumar Touré, correspondant de Radio Mali.
Madame Koumba Maïga, responsable de la coordination des femmes.
Monsieur Amadou Yattara, Conseiller pédagogique et responsable des Zones Irriguées de Niafunké.
Monsieur Abdoulaye Gassambé, Président de la Coordination des Jeunes.
Monsieur Aldjouma Dicko, Président des Artisans et Vice Président de la Coordination Régionale de Tombouctou.
Monsieur Issa Hamadou Touré, responsable des Commerçants.
Monsieur Ousmane Tounkara, Vice Président des Pêcheurs.
Monsieur le Président des Eleveurs et Chef de quartier, qui se fera représenté par Monsieur Amadoun Diallo, Vice Président des Eleveurs.
Monsieur Babadi Daou, responsable des Agriculteurs.
Monsieur Diallo, vétérinaire.
Docteur Bâ, Médecin Chef de l’Hopital de Niafunké.
Monsieur le Proviseur du Lycée, qui se fera représenté par Monsieur Doulaye Youssouf Sogoba, Censeur du Lycée.
Monsieur Yatassaï , responsable de la Sotelma à Niafunké.

De ces contacts, une liste définitive a été fixée par les personnes citées plus haut :
Enseignement/Lycée
Monsieur Doulaye Youssouf Sogoba, Censeur du Lycée.
Monsieur Gaoussou Samaké, Professeur d’Histoire et Géographie au Lycée.
2 lycéens et 1 lycéenne choisis par la Direction et le corps enseignant .
Santé Publique
Docteur Bâ, Médecin Chef de l’Hopital de Niafunké.
Service Vétérinaire
Monsieur Diallo, Vétérinaire
Associations de Femmes
( Alphabétisation, CAFO, Maraichage, Artisanat...)
Madame Koumba Maïga, responsable de la coordination des femmes. Et trois représentantes d’Associations de Femmes Mesdames Traoré Aïssa Touré , Aïssa Wan , Toula Touré.
Coordination des Jeunes
Monsieur Abdoulaye Gassambé, Président, accompagné de Messieurs Abdoul Karim Yatarra et Mamadou Traoré.
Eleveurs
Monsieur Amadoun Diallo
Artisans
Monsieur Aldjouma Dicko
Commerçants
Monsieur Issa Hamadou Touré
Pêcheurs
Monsieur Ousmane Tounkara
Agriculteurs
Monsieur Babadi Daou
Autres
Monsieur Amadou Yattara, Conseiller Pédagogique et Responsable du Périmètre Irrigué.
Madame Yaye Diallo, mère au foyer en stage de formation d’institutrice.
Un autre lycéen, Bila Touré, qui désire s’orienter vers des études en informatique.

(Monsieur Oumar Touré de Radio Mali , Monsieur le Premier Adjoint au Maire et Monsieur Yatassaï représentant de la Sotelma à Niafunké n’ont pu malheureusement se libérer pour la date fixée).

Soit vingt deux personnes à qui était donné rendez vous le 2 février en milieu d’après midi pour un départ en convoi à Tombouctou.
La journée portes ouvertes au TCP ayant été fixée le samedi 3 février en accord avec Monsieur Birama Diallo, coordinateur national.
A une ou deux exceptions près , tous maîtrisaient à des degrés divers la langue française. Les langues nationales et d’usage courant étaient le Songhaï, le Peul et le Tamachek. Une majorité maîtrisait l’écrit.
Par contre une faible minorité avait une vague idée de ce que peut offrir l’Internet et presqu’aucun n’avait eu l’occasion de s’asseoir devant un ordinateur.

A l’occasion de toutes ces rencontres, plusieurs personnes ont accepté d’être filmées, soit lors d’interview isolé, soit en groupe lors de réunion.

Tombouctou du 28 janvier au 2 février.

Mise au point du dispositif d’hébergement et de restauration de la délégation de Niafunké dont l’arrivée est prévue le 2 février au soir.
Premier contact réél de l’équipe des Films Constance avec le TCP de Tombouctou, son personnel et ses utilisateurs.
Entrevue avec Monsieur Ibrahim Cissé, Maire de Tombouctou , Monsieur Ali 0uld Sidi de la Mission Culturelle de l’Unesco à Tombouctou , Monsieur Mohamed Gakou Eric, journaliste à Radio Jamana et Monsieur Shindouk, guide officiel.
A l’invitation de Monsieur Hamed el Kori, directeur des programmes , participation à une émission de Radio El Farouk ( RFI) sur l’Internet avec un représentant du TCP .

A part ces quelques échappées, nous avons vécu la totalité de ce séjour à l’intérieur même du Télécentre. Précisons ici qu’il s’agit encore du local mis à disposition à la Mairie et non le nouveau bâtiment en cours d’achèvement.
Nous y avons suivi les différentes activités de son Directeur Mohamed AG Aboubacrine et son équipe de formateurs, techniciens et gestionnaire :
Madame Diahara Mallé, Messieurs Kalifa Dembele, Brihima Sidibé, Kalid Faskoy et Madame Fau Marguité. Cette équipe, en plus du travail habituel, s’attelait à l’organisation de la journée portes ouvertes. A noter que celle ci avait lieu un samedi pour permettre à nombre de niafunkois de s’y rendre et que malgré la fermeture habituelle du Télécentre, tous les collaborateurs de Monsieur Aboubacrine ont participé à sa réalisation.

Nous avons pu au cours de ce séjour nous faire une idée assez juste et précieuse des types d’utilisation et des profils des utilisateurs.
Nous avons pris aussi (et malheureuseusement) conscience des gros problèmes quasi constants que pose une simple connexion , la nouvelle Ligne Spécialisée n’étant pas encore en service à ces dates.
Malgré ces aleas, nous avons constaté l’affluence régulière d’un éventail représentatif de la population . Seules les femmes adultes se sont révélées notablement absentes. Un très faible pourcentage d’occidentaux a fréquenté le télécentre durant notre étude.
Il semble que , même si la connexion s’avère difficile , une forte demande de formation en informatique remplisse déjà largement la salle du Télécentre affectée à cet effet. Des tous jeunes lycéens et lycéennes aux adultes de toutes professions , nombreux sont ceux qui viennent ici spontanément se familiariser avec l’ordinateur , saisir , archiver et imprimer divers travaux personnels. Avec une mention toute particulière pour l’assiduité et le sérieux des jeunes lycéennes.
Tous bénéficient de l’assistance éventuellement nécessaire au travers de l’équipe de formateurs .
Nous n’avons pas pu assister à des sessions d’alphabétisation par l’outil informatique, ni à l’adresse de jeunes, ni à celle d’adultes.
Par contre , nous avons assisté au travail réalisé à l’aide du logiciel de transcription automatique en Songhaï, Peul et Tamachek. Un point qui , à l’instar de la réaction extrèmement favorable constatée au sein de la délégation niafunkoise, nous semble déterminant pour lever d’éventuelles inhibitions bien naturelles lors du premier contact avec le traitement de texte par certaines tranches de population.

Dans la deuxième salle , l’exploitation du Net proprement dite (tout du moins ses tentatives ) est majoritairement constituée par le courrier électronique. La recherche documentaire sur le réseau ne représente encore qu’une faible part de l’activité. Mais il est fort probable que l’arrivée prochaine de la Ligne Spécialisée , avec un débit et une fiabilité renforcés, ne pourra que motiver davantage les utilisateurs du TCP.

Indépendamment donc de l’accès Internet et du courrier électronique, le Télécentre apparait déjà comme un lieu de vie , de brassage entre les générations et plus simplement de rencontres.
Il semble que la nature même de l’origine et de la gestion du Télécentre , c’est à dire communautaire , rejaillisse sur le mode d’appropriation de cet outil par ceux qui l’utilisent. Les adresses électroniques , bien que nominatives , sont souvent le réceptacle de messages à destination d’autre personne membre d’un groupe informel , voire d’un clan entier de nomades semi sédentarisés aux environs de la ville . Les utilisateurs lettrés et initiés en informatique soutiennent spontanément les nouveaux venus ou ceux qui éprouvent des difficultés face à l’obstacle de l’écrit. Le simple fait de se retrouver ici, devant un ordinateur, induit apparemment l’idée d’appartenance à un même groupe qui transcende toutes considérations culturelles , sociales , professionnelles ou même ethniques.
D’autre part, l’affluence et l’ambiance de ces lieux traduisent parfaitement les désirs profonds de formation , de développement et de désenclavement .
Il est certain que l’apparition de cet outil a su stimuler et même parfois générer certaines entreprises personnelles ou collectives. En ce qui concerne le réseau Internet, nombre de guides y ont vu l’opportunité de proposer des circuits, de les organiser à l’avance et à distance, sans avoir à guetter sur place l’arrivée hypothétique de clients. De nombreuses initiatives, soutenues par des partenaires extérieurs ou amis occidentaux de passage, ont pu aboutir grâce à la seule possibilité de maintenir un contact constant et durable .
En ce qui concerne la simple mise à disposition de matériel informatique , nombre d’associations ou de toute autre forme de collectifs y ont vu l’opportunité de créer ou renforcer leur structure de gestion.
Là encore, chaque fois que l’autorisation nous en était donnée, l’ensemble des activités et de leurs protagonistes a été filmé.

Tombouctou, le 3 Février. La Journée Portes Ouvertes.

La délégation était arrivée la veille au soir et rendez vous était fixé le lendemain matin neuf heures à la Mairie après le déjeuner offert au point d’hébergement .
Précisons que cette journée n’avait pour seul but que de sensibiliser des personnes qui pour la plupart ne connaissaient ni le concept de Télécentre, ni l’informatique, ni l’Internet.
Une véritable initiation aurait bien sûr demandé beaucoup plus de temps et la mise en place d’un dispositif élaboré.

La réunion débutait par les présentations respectives et l’ exposé de Monsieur Mohamed AG Aboubacrine, illustré d’une vidéoprojection Data depuis un fichier informatique :
Historique du TCP, objectifs , activités présentes et à venir, fonctionnement , gestion , etc....
Conscient d’avoir devant lui un rassemblement dont émergerait peut être plus tard le futur Comité de Pilotage du TCP de Niafunké, Monsieur Aboubacrine insistait sur les points essentiels qui détermineront la réussite du projet.
A savoir :
L’implication et la participation financière de la municipalité et de la population dès les investissemnts préalables .
La compétence du personnel dans les domaines technique, administratif et pédagogique.
La rigueur de la gestion , qui devra exclure systèmatiquement la gratuité des services, sauf s’ils s’inscrivent dans un programme pré-financé.
Ce dernier point a retenu toute l’attention de la délégation. Après une première réaction assez négative face au concept du service payant alors que celui ci relèverait d’une politique nationale de développement et de désenclavement , les arguments de Monsieur Aboubacrine en faveur d’un réalisme obligé ont su convaincre.

Puis vint la visite des locaux : salle du serveur, salle de formation et salle de connexion.
Enfin la délégation se scinda en trois groupes pour suivre à tour de rôle les trois phases d’initiation que l’équipe du TCP avait arrêtées :
- premier contact avec l’ordinateur au travers de la frappe et du traitement de texte.
- démonstration de courrier électronique et recherche personnalisée de documentation sur Internet.
- démonstration du logiciel de transcription de clavier en langues nationales.
Précisons que le bon fonctionnement de la connexion avait été assurée ce jour là par un effort particulier de la Sotelma.

Tous ces ateliers obtinrent un franc succès. La curiosité et le sérieux des participants les firent rapidement prendre en mains chacun des outils.
Les élèves , les membres de l’administration et du corps enseignant du Lycée ont bien sûr été très sensibles aux possibilités offertes par la chaîne élémentaire du traitement de texte et composition : ordinateur, scanner et imprimante.
Toutes les catégories socio-professionnelles ont immédiatement saisi l’intérêt du courrier électronique et des immenses ressources documentaires que représentent le Web. Il est à noter ici que la possibilité de communiquer par le texte et l’image avec les autres villes à l’intérieur même du Mali ( dont Bamako, bien sûr ) ont tout autant intéressé l’ensemble de la délégation que la possibilité d’échanger des courriers rapidement et à moindre coût avec des correspondants sis à l’étranger. Là encore, nous avons pu constater combien la population de Niafunke pouvait souffrir d’un sentiment d’isolement à l’intérieur même du pays.
Quant au fond documentaire offert par le Web, tous y ont vu la possibilité d’information sur les techniques et produits qui les concernent. Techniques de pêche, d’agriculture, d’irrigation, les produits d’artisanat etc.
La formation pour les lycéens, la mise à niveau continue et la mise en réseau des hopitaux pour les médecins, la surveillance des épizooties régionales pour les vétérinaires, etc, etc...
Mais là encore, nous relèveront un point important : il semble que le désir de communiquer une image de sa propre ville et sa propre région soit aussi fort que celui de recevoir celles des autres.
La création d’un site Internet propre à Niafunké ( et plus largement , propre à la commune de Soboundu ), ne pourrait qu’être fédérateur et renforcer, si besoin était , la notion de citoyenneté.

Enfin l’atelier de démonstration de traitement de texte en langues nationales a pu rassurer ceux qui pouvaient craindre que l’informatique était un outil incapable de s’insèrer dans un cadre culturel traditionnel ou bien réservé aux seuls francophones lettrés.

La journée portes ouvertes prenait fin. Tandis que certains lycéens restaient littéralement accrochés aux ordinateurs, d’autres notaient avec attention leur nouvelle adresse électronique .

Le convoi de retour est arrivé à Niafunké en début de soirée.

Niafunké du 4 au 9 février 01

Nous sommes retournés voir quelques uns des membres de la délégation pour relever le niveau d’intérêt qu’avait suscité la visite à Tombouctou et noter les remarques éventuelles.
Plusieurs des délégués de corporations ou autres coordinations organisaient des réunions pour transmettre à ceux qui étaient restés à Niafunké ce qu’ils avaient vu le 3 février.
Puis ils fixaient une prochaine assemblée pour réfléchir collectivement à la constitution du Comité de Pilotage du futur TCP de Niafunké.
Au lendemain de cette journée de démonstration , c’était bien la preuve d’un désir unanime de voir s’implanter là aussi un télécentre communautaire.
Tous avaient bien compris l’importance du travail à accomplir , du temps et des efforts financiers nécessaires .
Le Télécentre était bien perçu comme un outil communautaire dont la conception et la gestion , adaptées aux spécificités niafunkoises, devaient être prises en mains par l’ensemble de la collectivité , même si les partenaires et bailleurs de fonds extérieurs siègeaient peut être eux aussi au sein du Conseil d’Administration.
Un outil informatique dans l’acception générale du terme , dont la connexion Internet ne serait qu’une composante , essentielle .
Le seul accès aux ordinateurs, aux logiciels de traitement de texte et comptabilité , à la formation , aux conseils et à l’assistance éventuelle d’un écrivain publique constituerait déjà en soi un facteur de progrès.
Un lieu privilégié de mémoire collective par sa capacité à archiver, de bouche à oreilles par la pratique (même en apparence paradoxale) du courrier électronique , de communication entre les générations .
Un nouvel espace où l’administration municipale , les chefs de quartiers, les associations ou corporations professionnelles pourraient graver les comptes rendus de réunions ou gérer les tontines et autres micro-crédits, où les enfants scolarisés pourraient accèder à une bibliothèque jusqu’alors interdite, et les autres recevoir une alphabétisation selon de nouvelles méthodes , y compris dans leur langue nationale maternelle.
Un premier lieu centralisé et collectif de formation pour les cadres de service public qui se verront dotés à court ou moyen terme de leur propre outil informatique ( Mairie, hopital , représentation gouvernementale etc ...).

Un lieu où se retrouveraient ensemble jour après jour toutes les forces actives de la Commune à l’intérieur d’un complexe relié à Mopti , Gao , Bamako , Tombouctou et....... , le reste du monde.
Un arbre à palabres dont les branches s’étendraient enfin au delà du village , se mêlant ainsi aux autres et ainsi de suite.
Respect d’une culture existante en quelque sorte, qu’elle soit sédentaire ou semi nomade , mais aussi conscience d’une réalité. Celle d’un déficit évident de formation avancée , et parfois de simple alphabétisation.
Quoique convaincues de l’opportunité du Télécentre , plusieurs personnes plutôt agées , Peul, Tamachek ou même Songhaï , y voient surtout une chance pour les nouvelles générations.

Nous avons pu rapporter à Monsieur Ousmane Sall , Maire de Soboundu
( conurbation de Niafunké) , le compte rendu du travail réalisé par le TCP de Tombouctou , la population et nous mêmes lors de ces deux semaines passées au Nord. Il nous a été confirmé l’accord de la Mairie sur ce projet soutenu par le Comité de Jumelage de l’Allier et annoncé l’intention de résoudre déjà la problèmatique du local.
Monsieur Ousmane Sall a été avisé de la nécessaire candidature officielle à adresser à Bamako. Le Comité de Jumelage et lui même devaient collaborer le plus vite possible.
Le 10 février nous étions de retour à Bamako et le 13 nous décollions à destination de Paris.

CONCLUSIONS

Les premiers acquits

Le projet , en son état actuel , a été approuvé dans le principe par les premiers représentants du Gouvernement et de la Sotelma que nous avons rencontrés.
Il ne se trouverait aucun obstacle administratif , technique ou politique à l’inscrire dans la liste des premiers sites de la tranche expérimentale.

La participation du Comité de Jumelage de l’Allier et du TCP de Tombouctou est considérée comme positive et déterminante pour le dossier de candidature. L’option délibérée de faire intervenir autant que faire se peut les structures et moyens opérant déjà de longue date en cette Région a été très favorablement perçue.
La Coordination Nationale du TCP de Tombouctou , la Direction de Cabinet du Ministère de la Communication , la représentation d’Anaïs à Bamako sous la tutelle du Ministère de la Culture et les cadres de Direction de la Sotelma voient unanimement dans ce projet l’opportunité pour le TCP de Tombouctou de réaliser une des missions déjà inscrites à son programme initial , et de renforcer ainsi , si besoin était , sa position à l’égard de ses propres bailleurs internationaux.
Sur place , la Municipalité , le Cercle et les représentations locales du gouvernement ont approuvé le projet. La Municipalité accepte le principe fondamental de sa participation concrète .
La population de Niafunké , ayant pris connaissance du projet et bénéficié d’une toute première sensibilisation , s’engage d’ores et déjà dans la constitution du Comité de Pilotage du TCP de Niafunké.
Les premiers contacts entre Niafunké et Tombouctou ont été opérés .
L’ensemble de l’équipe du TCP de Tombouctou s’avère extrèmement motivé par l’objectif.

Plus accessoirement , nous avons ramené un tout premier matériau pour réaliser un support audiovisuel de présentation .

En fin , autre aspect de ce travail déjà réalisé sur place : les premiers inventaires des difficultés .
Celui des éventuelles objections fondamentales d’ordre politique voire idéologique.
Celui des handicaps locaux à résoudre.
Enfin , celui des obstacles financiers et techniques rédhibitoires .
Nous ferons sciemment l’impasse sur les conditions financières de la réussite du projet , du moins en ce qui concerne l’investissement de base. D’abord par optimisme résolu , ensuite parce qu’il nous semble que d’une part l’option technologique de connexion qui se profilerait soit peu onéreuse au regard du système ambitieux de VSAT, et d’autre part l’architecture que constituent déjà les premiers partenaires s’avère tout à fait sécurisante sur ce point.
A propos de la polémique sur les priorités et les étapes de développement :

L’introduction de l’informatique et de l’Internet dans un programme de développement , désenclavement et décentralisation n’exclut pas de goudronner les pistes ni d’acheminer des médicaments . Il ne convient pas de refuser ce saut technologique sous prétexte qu’ils existent effectivement d’autres priorités , mais bien plutôt d’en refuser l’obligation d’alternative .
Il suffirait peut être tout simplement de montrer à certains contempteurs ou sceptiques ( dont nous comprenons bien toutefois les objections ) , quelques images tournées sur place d’adolescents face à un clavier d’ordinateur , une carte géographique ou une coupe anatomique jamais vues jusqu’alors.
De plus , Niafunké et la Commune de Soboundu ne sont absolument pas représentatives de ce que l’on considère comme étant sous développé.
On dispose déjà là bas des fruits d’un effort important de développement , même s’il subsiste encore quelques manquements, disfonctionnements ou discriminations économiques : le raccordement en eau potable et un périmètre important de cultures irriguées qui permet l’autosuffisance et la possibilité de traverser au moins une année climatique défavorable , ensuite l’ électricité , l’ hopital , les écoles et lycée ,le téléphone , la télévision , enfin la desserte hebdomadaire par l’autocar. De plus le Cercle de Niafunké bénéficie du soutien non négligeable du Département français de l’Allier dont l’efficacité et la pérennité requièrent une communication constante.

A propos des handicaps constatés sur place :

Ils sont malheureusement caractéristiques de cette zone septentrionale en cours de développement.
Il s’agit de ce que l’on appellera " l’illettrisme résiduel ". C’est à dire l’existence d’une tranche d’âge bien précise dont la majorité , souvent profondément rurale , n’a pas bénéficié du processus somme toute récent de scolarisation.
Ensuite , plus généralement et de façon bien compréhensible , pour l’ensemble de la population cette fois , la méconnaissance quasi totale du monde informatique.
Objecter au programme de connexion Internet des communes rurales le manque de formation informatique de base , c’est raisonner plus ou moins à l’envers. Un Télécentre en zone rurale , c’est bien sûr l’Internet et le courrier électronique , mais c’est aussi et surtout un espace qui rend l’informatique accessible , un lieu de formation continue et continuelle , l’arrivée de matériel et de compétences humaines dont les fonctions doivent toucher l’ensemble de la population et selon ses besoins.
La dotation en premier matériel informatique et la formation des futurs techniciens et pédagogues devraient s’opèrer au plus tôt , sans attendre forcément l’achèvement du bâtiment et la connexion.
A propos des obstacles rédhibitoires :

Nous avons déjà dit plus haut que les capacités de financement d’investissement dépendent pour une bonne part du choix technologique de connexion.
En ce qui concerne le plan prévisionnel de financement de fonctionnement , (qui dépend lui aussi mais dans une moindre mesure du type de connexion) il sera joint au dossier de candidature . Sous peine d’irrecevabilité immédiate ,la logique et la décence imposent que ce plan de financement soit crédible.

Les véritables obstacles à la faisabilité du projet sont donc surtout d’ordre technique , ceux qui relèvent de la responsabilité de l’opérateur de Télécommunication qui sera nécessairement associé au projet.
Au vu des problèmes constatés sur place , la connexion devra être dédiée et spécifique . Sa fiabilité et son débit devront être acquis dès l’ouverture du Télécentre sans autre considération politique de calendrier . Nous avons pu évaluer à Tombouctou le risque que constitue l’ouverture d’un service alors que les capacités de connexion n’étaient pas garanties à 100%. Un risque de démotivation , voire de retournement d’opinion , sans parler de l’éventuelle lassitude des bailleurs de fonds qui sont nécessaires avant l’autonomie financière d’exploitation.
Nous touchons là un point que tout le monde comprendra essentiel tant il a pesé constamment lors de notre voyage d’études.
Pour rappeler le contexte : durant notre séjour, la liaison téléphonique avec Niafunké était interrompue et la connexion Internet au TCP de Tombouctou n’a vraiment fonctionné durablement que lors de la Journée portes ouvertes.

L’alternative technologique et économique est donc simple : adaptation du modèle de réseau existant ( spécialisation des lignes et renforcement du débit ) ou implantation d’un maillage de type VSAT. Bien qu’une étude reste encore à faire , la réponse à première vue est évidente , tant pour des raisons de cohérence que de faisabilité économique ( investissement et coût de communication) : il conviendrait d’exploiter l’existant revu et corrigé.

Selon ce qu’il nous a été donné à comprendre , la liaison de Niafunké au réseau passe par Tombouctou via un faisceau hertzien IRT 2000 , puis celle de Tombouctou par une liaison DOMSAT à destination de Bamako.
La liaison Niafunké/Tombouctou a souffert jusqu’à notre départ d’un disfonctionnement qui serait dû au déplacement inopportun du pylône de Niafunké , et/ou à la défectuosité d’un élément au relais de Tonka . Il semblerait maintenant que la ligne soit rétablie.
La liaison Internet du TCP de Tombouctou au noeud situé à Bamako fonctionne assez mal . Problème de simple connexion et problème de débit.

Il est difficile d’évaluer à ce jour les causes des défauts de connexion : la liaison DOMSAT , le noeud à Bamako ou l’interface , ou bien encore le dispositif à l’intérieur même du Télécentre ? Le problème de débit devrait être résolu avec la création de la Ligne Spécialisée .
Le système hertzien IRT 2000 qui relie Tombouctou à Niafunké est en soi performant . Il offrirait normalement la capacité de débit nécessaire à un usage modéré de l’Internet . Toutefois , pour les raisons évoquées plus haut et pour éviter les inconvénients vécus actuellement par le TCP de Tombouctou , il conviendrait d’envisager une Ligne Spécialisée qui relierait Niafunké au réseau via Tombouctou et sa connexion DOMSAT.
Voire même , si le TCP de Tombouctou se trouve être le fournisseur d’accès du TCP de Niafunké , une ligne spécialisée reliée directement au TCP de Tombouctou , qui lui devrait disposer alors d’une ligne DOMSAT spécialisée et surtout d’un débit capable de servir , en plus de sa propre demande , celle du TCP de Niafunké et éventuellement de ceux qui suivront peut être dans la Région.

La décision appartient à l’opérateur actuel , la SOTELMA , en tenant compte des souhaits et des capacités de financement exprimés dans le dossier de candidature de Niafunké et de l’évolution prochaine de la connexion du TCP de Tombouctou.
Un projet d’expertise de la liaison Domsat Bamako/Tombouctou ,( entre autres ), a déjà été l’objet d’un devis à la demande de la SOTELMA. Celui-ci doit être prochainement soumis à la Direction. Initialement cette expertise ne comprend pas le tronçon Tombouctou/Niafunké. Pour profiter de l’opportunité en réalisant une économie d’échelle, nous nous sommes d’ores et déjà proposés de rechercher un financement qui permettrait de prolonger cette expertise jusqu’à Niafunké . Ce serait aussi l’occasion de faire établir un diagnostic objectif sur la réelle possibilité d’adaptation des systèmes existants à une exploitation Internet viable.

La garantie préalable de faisabilité technique du projet de connexion sera très certainement la condition sine qua non de l’engagement futur des différents partenaires.
Par contre, la volonté d’engager au plus tôt le seul processus de formation en informatique ,( dotation en équipements et consommables , frais de déplacement et séjour des formateurs bénévoles et/ou le coût de formation initiale du ou des pédagogues régionaux , puis leurs rémunérations ), ne doit pas être conditionnée par l’obtention à court terme d’une liaison Internet spécialisée et idéale.


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