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Un regard critique des bénéficiaires de l’aide sur leurs donneurs potentiels - Sylvestre OUEDRAOGO Juin 2001

juin 2001

Mr Sylvestre Ouedraogo, professeur à l’Université de Ouagoudou, est responsable de l’Association Yam Pukri qui travaille au développement d’Internet au Burkina Faso. Cet article aborde le problème de l’aide vue du Sud, ce qui ne manquera pas d’interpeler tous les acteurs du développement au Nord comme au Sud.

Un regard critique des bénéficiaires
de l’aide sur leurs donneurs potentiels

Ce travail est le résultat d’interviews auprès d’associations,
ONG et structures décentralisées pour avoir leurs appréciations
à propos du partenariat Nord-Sud. Les paroles et expressions exprimées
ici sont les différents points de vue des individus enquêtés
mais non la vision officielle de leurs institutions. Nous tenons à remercier
toutes les personnes qui ont accepté témoigner librement lors
de nos multiples entretiens.

 Liste des sigles et abréviations

 AGR Activité Génératrice de Revenus

 BC : Banque de Céréales
 BP : Bourse Paysanne
 CES/AGS Conservation des eaux et des sols/Agro Sylvo Pastorale
 CFD Caisse Française de Développement
 CILSS : Comité Permanent Inter Etats de Lutte contre la Sécheresse
dans le Sahel
 COOPEC : Coopératives d’Epargne et de Crédit
 CRPA : Centre Régional de Production Agro-pastorale
 FAARF Fonds d’Appui aux activités Rémunératrices
des Femmes
 FAO : Fonds des Nations Unis pour l’Alimentation et l’Agriculture

 FED : Fonds Européen de Développement
 FDR : Fonds de Développement Rural
 FEER : Fonds de l’Eau et de l’Equipement Rural
 FODECOM Fonds de démarrage des communes
 FONADES : Fondation Nationale pour le Développement Economique et
Sociale
 GV : Groupement Villageois
 GVF : Groupement villageois féminin
 PGD : Puits à Grand Diamètre
 OP : Organisation Paysanne
 ONG : Organisation non Gouvernementale
 ORD : Organisme Régional de développement
 

Avant propos
 Diversité des approches de développement
et même finalité : l’accroissement qualitatif et quantitatif des
principaux indicateurs de développement.

 La dynamique des associations/ONG
dans les actions de développement au niveau local : mêmes finalités,
mais démarches différentes. (Schéma)


Les formes de l’aide et la nature des
relations bailleurs - bénéficiaires

 Que peut-on dire de la nature des relations
bailleurs - bénéficiaires ?

 Les divergences d’approches et de
méthodes de financement

 Point de vue des ONG sur les visions
des bailleurs

Les raisons de l’inefficacité
de l’aide

 Les méthodes de confection de
projets et d’évaluation différentes selon les bailleurs.

 Absence de suivi des activités.

 La mauvaise répartition géographique
des intervenants.

L’exemple de Yam Pukri
Quelle forme d’aide serait-elle appropriée ?

 Définir des critères de
pauvreté acceptables et utilisables par tous les partenaires

 Harmoniser les mécanismes d’intervention

En terme de conclusion,

 Sources :
____________________________________
AVANT PROPOS
 Les pays d’Afrique Subsaharienne et surtout le Burkina Faso sont appelés
souvent des pays sous perfusion, c’est à dire des pays qui vivent grâce
à l’aide internationale. La plupart des actions de développement
sont effectuées par les associations, ONG et groupements villageois qui
travaillent à la base avec les populations cibles.
 L’aide, quelque soit sa forme joue un rôle de premier plan dans
les économies de l’Afrique subsaharienne. Dans le budget de l’Etat, elle
occupe une place de choix ainsi que dans les projets de développement
économique qui sont souvent financés à plus de 90% grâce
à l’aide. L’aide est intégrée comme une variable prédominante
et fondamentale dans les politiques de développement.
 Un développement économique durable passe nécessairement
par une maîtrise des variables clés, ce qui n’est pas le cas pour
l’aide qui dépend des disponibilités et de la politique extérieure
de l’occident.
 Les actions de développement sont multifonctionnelles et diversifiées.
Elles vont de l’alphabétisation à la restauration de l’environnement
en passant par la santé. Les associations de développement au
Burkina Faso travaillent activement dans ces différents volets. Elles
sont le plus souvent aidées par des partenaires locaux et étrangers.

 Après quatre décennies de pratique des activités
de développement, nous constatons dans la plupart des cas que ce sont
les partenaires qui apportent les ressources financières, qui dictent
leurs lois en matière d’évaluation et de montage de nouveaux
projets.
 Les partenaires du Nord sont-ils devenus des freins au développement
par l’imposition de leurs normes ? quel est la perception des acteurs locaux
de leurs partenaires extérieurs ?
 Un projet qui est considéré comme un échec par un 
bailleur peut être considéré comme un succès par
la population au vu de l’expérience apprise ou au vu d’un changement
qualitatif dans le langage utilisé par la population pour caractériser
le phénomène étudié, même si quantitativement,
on n’observe pas un accroissement des principaux indicateurs .
 Le plus souvent, nous avons dans les rapports d’études la vision
des partenaires sur les acteurs locaux, il est rare que l’on note directement
l’avis les acteurs locaux et ce qu’ils pensent réellement des actions
qu’ils entreprennent.
 Ce travail est basé sur un recueil d’information auprès
de plusieurs structures associatives et ONG locaux au Burkina Faso. Il est organisé
comme suit :
 - Les divergences d’approches et de méthodes de financement
 - Les tentatives de monopoliser les ONG nationales
 - Les tentatives de blocages des bailleurs en cas d’insuccès
dans une activité
 - Le manque de confiance aux ONG
 - Les suggestions pour un apport véritable des ONG dans la lutte
contre la pauvreté.

Diversité des approches de
développement et même finalité : l’accroissement qualitatif
et quantitatif des principaux indicateurs de développement.


 Comme le montre le schéma ci-dessous, il y a plusieurs portes d’entrée
dans le domaine du développement. La complexité vient du fait
que l’on ne sait pas par quelle porte entrer, tellement tout semble essentiel
et prioritaire. Chaque intervenant selon ses penchants et ses théories
va opter pour tel ou tel portail.
 Quelle que soit la porte d’entrée, nous avons à peu près
le même processus d’application sur le terrain : animation - formation
et début des actions.
 L’évaluation de ces actions est au cœur de notre analyse. C’est
aussi grâce à l’évaluation que les partenaires du Nord pourront
s’assurer du bien fondé de leur aide et décider de poursuivre
ou de modifier les actions sur le terrain, afin de les faire correspondre aux
objectifs définis auparavant.
 Cette évaluation comporte généralement des indicateurs
quantitatifs et qualitatifs.
 Les indicateurs quantitatifs apprécient l’accroissement de la production
et des revenus. Bien que ces indicateurs soient quantitatifs, leurs évaluations
posent des problèmes du fait de la difficulté de récolte
des informations. Les acteurs pour des raisons stratégiques ou encore
les séquelles de la colonisation biaisent les informations sur les revenus
et autres biens.
 Il arrive aussi fréquemment que plusieurs effets soient confondus
et qu’ils soient presque impossible ou très coûteux d’apprécier
l’accroissement d’une variable due à l’impact d’une seule action.
 Nous constatons aussi que le plus souvent, les actions non quantifiables
ou difficilement quantifiables sont dominantes dans le champ du développement.
Pour les bénéficiaires, ils peuvent ressentir ses effets non quantifiables
comme fondamentales. Un œil extérieur n’arrivera pas à percevoir
cet aspect. Par exemple, comment apprécier une satisfaction morale du
simple fait de la possession d’une charrue ou d’un point d’accès d’eau
 ?
 Il arrive donc fréquemment que les bénéficiaires
et les partenaires n’aient pas le même langage ou la même vision
du phénomène. Le partenaire pense à un succès tandis
que le bénéficiaire reste indifférent ou découragé
ou vice versa.
 Nous laissons ici la parole aux bénéficiaires afin qu’ils
jugent leurs partenaires. Cet élément est essentiel dans une stratégie
de développement durable.
 

La dynamique des associations/ONG dans
les actions de développement au niveau local : mêmes finalités,
mais démarches différentes.

 

Cliquer sur l’image pour la voir en taille réelle

 

Les formes de l’aide et la nature des
relations bailleurs - bénéficiaires

 L’aide revêt plusieurs formes dans la pratique au Burkina
Faso. Nous allons les regrouper en trois catégories :
 - l’aide en nature généralement sous la forme d’aide alimentaire
dans les cas d’urgences( vivres, engrais, semences...)
 - l’aide en logistique, moyens techniques, matériels et ressources
humaines.
 - l’aide financière (dons ou subventions).
 Il faut préciser que ces formes d’aide ne sont pas ciblées
sur un acteur spécifique, c’est à dire sur l’Etat, les collectivités
locales ou les ONG/Projets mais peuvent être retrouvées ensemble
ou en partie parmi les différentes aides accordées à un
acteur.
 La tendance actuelle étant à la privatisation, à
la décentralisation de l’appareil étatique et donc, à la
responsabilisation des collectivités locales, des associations dans la
gestion et les prises de décision des questions de développement,
l’aide va de plus en plus vers ces derniers.

Que peut-on dire de la nature des relations bailleurs
- bénéficiaires ?

 Des dires des acteurs, les rapports entre bailleurs et bénéficiaires
est de type relations bilatérales ou multilatérales. C’est une
relation de partenariat contrairement à la première génération
d’aide qui était une relation de subordination. C’est ce que nous retrouvons
dans tous les dépliants des ONG/Projets ou encore dans tous les documents
contractuels bailleurs - bénéficiaires.
 Les nouvelles approches de développement fondées sur le
développement participatif, le développement intégré,
endogène... ont amené le concept de partenariat. Désormais,
le bénéficiaire traite d’égal à égal avec
son bailleur et a son mot à dire sur l’utilisation de l’aide et la forme
appropriée qui lui conviendra : on n’offre plus le développement
aux bénéficiaires mais ce sont ces derniers qui le demandent avec
le consentement de la population de base.
 On peut donc dire que la question du développement est résolue
puisque les partenaires trouvent toujours un terrain d’entente avec comme finalité
l’accroissement du bien être de la population bénéficiaire.

 Pourquoi alors malgré ce type de partenariat, ces derniers ne sont
pas suffisamment satisfaits des rapports qu’ils ont avec leurs partenaires ?

Les divergences d’approches et de méthodes
de financement

 Les bailleurs mettent souvent en avant certaines activités comme
prioritaires, bien que ceux qui sont sur le terrain ne perçoivent
pas la chose de la même manière. Certains partenaires pensent
connaître les problèmes plus que ceux qui les vivent. Il
arrive que chaque bailleur définisse ses termes de référence
pour les modalités de financement, ce qui est très difficile par
les ONG, car il faut toujours changer de démarches et d’indicateurs pour
la même activité si vous recherchez un financement auprès
de différents partenaires. On dénote donc l’absence d’un cadre
uniforme d’intervention.
 Chaque bailleur a tendance à canaliser ses actions et à
entretenir des relations de types bilatérales. Pour bénéficier
d’un financement, certains préfèrent créer d’autres associations
au lieu d’aider celles déjà existantes et qui ont fait leurs preuves. 
Cette situation conduit à disperser les énergies et réduit
l’efficacité des actions de lutte contre la pauvreté. Il arrive
souvent qu’il y ait des concurrences entre plusieurs ONG sur le terrain, chacun
voulant avoir la paternité de telle ou telle action. Les bailleurs ne
luttent pas contre la pauvreté, ils amplifient souvent la pauvreté
par leur attitude expansionniste et monopoliste.
 Selon les dires des interviewés, les bailleurs et organismes
internationaux de financement admettent difficilement un échec
dans l’exécution d’un projet. Le développement est un processus
d’apprentissage et ils ne comprennent pas pourquoi les bailleurs veulent
répercuter les causes d’éventuels échecs aux
organisations uniquement. Les bailleurs veulent se justifier aux yeux de leurs
contribuables ou de certaines structures de financement et ils veulent
toujours vanter le succès de leurs financement. En cas d’échec,
ils refusent de financer d’autres activités de l’ONG et au pire ils passent
l’information à leurs institutions sœurs afin qu’elles bloquent ou refusent
le financement de la pauvre ONG malchanceuse. S’ils se livrent une bataille
sur le terrain, ils sont solidaires pour prendre des décisions à
l’encontre de telles ou telle association. Cette attitude est donc
suicidaire pour les ONG et donc néfaste dans la lutte contre la pauvreté.
« Si nous sommes la cause de notre pauvreté, certaines institutions
internationales en sont les catalyseurs ». Une ONG nationale a eu
un problème similaire avec un partenaire qui leur a financé des
moulins dont les résultats n’ont pas été concluants.

 Pourtant, tous pensaient que les moulins allait soulager les femmes qui
écrasaient les grains avec des meules en pierre, ce qui prenaient énormément
du temps. Le moulin motorisé allait donc affranchir la femme et permettre
aux associations d’avoir une activité génératrice de revenus.
L’opération moulin n’a pas été un succès ni pour
cette association nationale, ni pour la plupart des intervenants parce qu’il
est difficile de gérer d’une manière collective certains équipements.
Il arrive qu’un individu réussisse mieux qu’une association dans certaines
fonctions ou activités.
 Les bailleurs manquent de confiance envers les ONG. Les interviewés
ont donné plusieurs exemples où ils ont dépensé
des énergies pour monter des projets qui n’ont pas été
financés pour la simple raison que les besoins de financement étaient
élevés : les bailleurs pensent que les ONG sont incapables
de gérer des dizaines de millions de frs CFA. Une seul ONG nationale
au Burkina gère plus d’un milliard de frs CFA.
 Les associations malgré l’expérience de certaines d’entre
elles sont obligées de monter de petits projets, ce qui n’est pas à
même de lutter efficacement contre la pauvreté, tant les besoins
sont élevés.

Point de vue des ONG sur les visions des bailleurs

 Il est difficile de donner une appréciation des bailleurs selon
le pays d’appartenance. Plusieurs bailleurs peuvent appartenir à
un même pays et avoir par contre des stratégies d’interventions
différentes. Une ONG a relaté qu’une institution internationale,
suite à une demande de financement pour du maraîchage leur a octroyé
du grillage pour la clôture sans financer le puits qui était l’élément
central !
 Le principe d’intervention est le suivant dans la majeure partie des cas : 
il y a une élaboration du projet, ensuite une discussion et en fin de
compte le financement.
 Entre l’élaboration et le financement, il s’écoule un temps
souvent très long, ce qui entrave les activités.
 Souvent, le bailleur finance un audit, ce qui est plus intéressant,
car on arrive à suivre l’exécution technique et financière
et justifier le travail dans de meilleures conditions.
 Les interviewés dans l’ensemble pensent que beaucoup d’études
sont menées mais que les résultats ne changent pas sur le terrain.
Les occidentaux ont leurs idées propres et ne veulent pas changer et
comprendre les africains.
 Ils demandent donc à ce que leurs observations servent effectivement
à changer la nature des interventions en faveur des ONG en Afrique.
 Les interviewés ont aussi chercher à savoir quels sont les
types de partenariat et d’aide qui s’établiront entre
les occidentaux et l’Afrique avec l’Europe des 12 ?
 Les suggestions sont les suivantes :
 - L’uniformisation des mécanismes d’intervention dans les
ONG.
 - L’instauration d’un mécanisme de suivi et de contrôle des
activités financées (certains bailleurs ne se soucient pas de
comment sont exécutées les activités qu’ils ont financées).

 - La recherche de la connaissance des vrais problèmes des bénéficiaires
de l’aide(leurs priorités) ainsi que l’information juste à l’opinion
Européenne sur la situation de l’Afrique. Les interviewés ont
constaté que l’Europe accorde très peu d’attention à
l’Afrique dans leurs médias (seulement quelques minutes par jour et focalisé
sur les foyers de guerres et les enfants faméliques). Il n’est donc pas
étonnant que les actions qu’ils entreprennent échouent le plus
souvent. Selon certains interviewés, la solution aux problèmes
de développement se trouvent en Europe mais pas en Afrique.

Les raisons de l’inefficacité
de l’aide

 Malgré les rapports de partenariat entretenus par les bailleurs
avec leurs bénéficiaires, on dénote le plus souvent une
insatisfaction manifeste de ces derniers sur la manière dont le partenariat
est vécue.
 L’inefficacité de l’aide est due à plusieurs paramètres
selon les bénéficiaires.
 Nous pouvons retenir :
 - l’absence de flexibilitédesbailleurs par l’imposition
d’un code de conduite ou une vision réductrice ou fausse du développement,

 - Les méthodes disparates d’intervention. Il faut ajouter
à tout cela une certaine concurrence entre les divers intervenants sur
le terrain concernant les approches de développement : Chaque partenaire
tente d’expérimenterson approche et veut s’attribuer une certaine paternité
dans les actions de développements.
 Les bailleurs s’attèlent souvent à la recherche effrénée
de résultats positifs et quantifiables tandis que le développement
vise en tout premier lieu à des résultats subjectifs et non quantifiables
(changement de mentalité).
 - l’absence de suivi des activités
 - la mauvaise répartition spatiale et en volume de l’aide.
 - l’absence de flexibilité des bailleurs
 Les bénéficiaires ne semblent pas satisfaits de la manière
dont se déroule souvent l’exécution des contrats. La majorité
avance que les bailleurs veulent qu’on respecte à la lettre les clausesdescontrats,ce qui est souvent impossible. Même si une opération
semble perdue d’avance, les bénéficiaires n’ont pas souvent
une latitude pour faire machine arrière.
 C’était comme si on imposait un code de conduite aux bénéficiaires
et que le partenariat est seulement théorique.
 Selon l’avis de la plupart des acteurs, les bailleurs attendent des résultats
quand ils financent un projet, ce qui est tout à fait normal. Cependant,
ce qui est paradoxale est que le développement est un processus de tâtonnement.
On n’atteint pas son objectif au premier coup : il faut arriver à changer
la manière de penser des bénéficiaires et à leur
permettre de réagir naturellement à certaines questions du développement.

 Comment obtenir des résultats positifs dans un laps de temps et
arriver en même temps à transférer les connaissances d’une
manière durable ? Telle semble être selon les bénéficiaires
un des dilemmes auquel ils sont confrontés sur le terrain.
 Les bailleurs ont des préjugés sur leurs bénéficiaires.
Ils imputent le plus souvent l’échec des projets à ceux
qui l’exécutent sur le terrain. Ils raisonnent souvent sur la base de
leurs expériences sur des projets similaires exécutés dans
d’autres pays ou sur la simple base de rapports d’études souvent douteuses.

 Les conditions de décaissement sont parfois tellement difficiles
qu’il est parfois impossible de dépenser les montants alloués.
L’Association TIN TUA dit par exemple qu’avec la Banque Mondiale, il est difficile
d’absorber plus de 40% de l’aide avant la fin du projet.

Les méthodes de confection de projets et d’évaluation
différentes selon les bailleurs.

 Chaque bailleur a sa propre démarche en ce qui concerne la rédaction
d’un projet de développement. Quand un acteur a en face de lui deux bailleurs,
il lui faudra utiliser deux démarches différentes, ce qui occasionne
une perte de ressources importantes (perte de temps notamment). l’ADRK de Kaya
et PAG LA YIRI ont insisté sur ce point.
 Pour le PEDI, la coopération multilatérale est très
compliquée parce qu’elle entraîne des procédures très
lourdes dans l’exécution. La FONADES par contre souhaite
cette forme de coopération sauf que les parties contractantes ne veulent
pas respecter leurs engagements au moment de l’exécution des projets.

 Les bénéficiaires ne sont pas d’accord avec les méthodes
d’évaluation utilisées par leurs partenaires occidentaux.
 Pour la plupart des acteurs, il est opportun que les bailleurs mettent
en place une approche unique en ce qui concerne les critères d’évaluation
d’un projet de développement. Même dans ce cas, il sera tenu compte
des différences d’objectifs des projets, de leurs finalités, des
conditions sociales, politiques, climatiques et économiques de l’environnement
où se déroule l’activité. Ces critères doivent être
établis avec les bénéficiaires afin de refléter
la réalité et les attentes de ceux-ci. Ce sont les bénéficiaires
qui sont les plus indiqués pour exprimer leur point de vue sur les résultats
d’une activité. Il arrive qu’on évalue une unité socio-économique
avec des critères utilisés dans une grande entreprise en Europe !
PRODIA a souligné par exemple qu’une fois, on a utilisé ce genre
de procédure pour l’évaluer.

Absence de suivi des activités.
 Cet élément est aussi souligné comme un frein à
l’efficacité de l’aide. Il faut donc assurer le suivi et l’inclure comme
une part entière des activités à mener dans le cadre d’un
projet. L’exemple du PDRI/HKM peut être retenu comme un succès
dans le suivi des activités de développement.

La mauvaise répartition géographique
des intervenants.

 Nous avons constaté que la plupart des intervenants se concentre
dans le plateau central et dans le Nord du Burkina Faso. Les interviewés
du Gourna soulignent qu’il y a très peu d’intervenants dans leur région.
Il en est de même de la région de Bobo. Même si ces régions
ont des conditions naturelles favorables, on se demande si le développement
est synonyme de présence et d’abondance de telles conditions. S’il en
est ainsi, des pays comme le Congo et la Gabon seraient au rang des pays développés
aujourd’hui ! C’était comme si les bailleurs préféraient
les régions où les populations acceptent facilement se prêter
à certaines innovations synonymes de développement d’où
une grande concentration de l’aide dans le Plateau Central. On commence à
comprendre et à accepter maintenant que les régions
soit disant nanties ont besoin de l’aide comme les autres dans le secteur de
l’eau, de l’éducation de la formation.

L’exemple de Yam Pukri
 Yam Pukri est une association pionnière au Burkina Faso dans le
domaine des NTICS.
 Elle a donc commencé sur un terrain vierge et pour cela, il est
difficile de trouver des arguments solides pour avoir un financement de départ.
Les toutes premières actions ont été entreprises en comptant
sur les ressources propres de l’organisation et comme les résultats ont
été concluants, les partenaires ont eu confiance pour accorder
leur soutien.
 Dans le choix des activités, il arrive que le partenaire définisse
ses priorités qui sont souvent différents des objectifs de l’association
 : il faut donc lutter pour imposer ses points de vue. Par exemple, nous avons
commencé par la formation en informatique avant de venir à Internet
et nous avons refusé des financements purement Internet au début.
Toutes les associations n’ont pas la force de procéder comme çà
d’où des déviations profondes dans les activités et par
conséquent des contre-performances probables.
 La question de l’autofinancement est aussi souvent mal perçue.
On accepte difficilement le poste amortissement dans un montage de projet bien
que sans amortissement, il n’ y a pas de renouvellement de capital, donc pas
de capacité d’autofinancement à moyen et long terme.
 Même si le bailleur refuse ce poste, il faut que l’association tienne
compte de cette variable dans sa comptabilité et au niveau des différentes
étapes d’évaluation si elle ne veut pas avoir de surprises désagréables
un jour.
 Nous constatons donc que la mentalité locale, qui est de respecter
l’étranger interfère souvent dans les projets : on a tendance
à ne pas dire non à l’étranger et pour le faire plaisir
on dit oui mais en sachant que c’est non. Une fois, on a reçu un parc
de 40 ordinateurs à l’université et comme ce matériel ne
répondait pas à nos besoins, il n’a jamais été utilisé.
C’était une vraie comédie parce quand le bailleur programme une
visite, les machines sont nettoyées et exposées comme si on les
utilisait auparavant. Après son départ, on les range au magasin.

Quelle forme d’aide serait-elle appropriée ?

 Au vu de ces observations, que peut-on dire des formes de coopération
qui pourront être fructueuses pour les deux partis ? Car pour beaucoup
d’interviewés, l’aide est toujours liée et n’est jamais sans conséquences
pour le bénéficiaire. Ce qu’il serait intéressant donc
de voir, c’est le type d’aide qui permettra à tous un chacun de tirer
un gain à la coopération.
 L’aide sera efficace quand elle permettra :
 - d’impulser une dynamique autonome de développement,
 - d’assurer une durabilité de l’action.
 L’aide ne doit pas remplacer les actions présentes mais venir comme
un complément, comme un catalyseur et un appoint dans l’entreprise du
développement. Par exemple, un appui en nature comme les céréales
sera circonscrit dans le temps et dans l’espace afin d’éviter les dérives
( découragement des producteurs dans le cas d’une forte baisse de prix 
de céréales, non incitation à la production locale et à
la recherche de techniques de production améliorées).
 La durabilité est une des conditions du développement à
moyen et long terme. Cela sous-entend une appropriation par les bénéficiaires
du phénomène, une parfaite maîtrise du savoir- faire.
 La plupart des projets mettent l’accent sur le transfert des connaissances
comme un préalable aux autres activités. Pour accroître
l’efficacité du système, on pensera à dispenser les
cours en langue locale à tous les scolaires. Le français
deviendra une langue d’appoint comme l’est l’anglais dans certains pays anglophones.
En effet il est difficile d’utiliser une langue étrangère comme
véhicule et en même temps comme instrument de transfert de connaissances.
Cela peut expliquer le taux de succès faible dans le système formel.

 Le changement de mentalité (par exemple, la question de la femme,
le concept du progrès et du développement) est une entreprise
de longue haleine et seul un processus de transformation en douceur, qui ne
choquera pas ou ne dérangera pas brutalement l’ordre établi sera
une réussite.
 Comment cela serait-il possible ?

Définir des critères de pauvreté
acceptables et utilisables par tous les partenaires

 La notion de pauvreté est une notion relative, ce qui conduit à
des actions diversifiées et parfois non adaptées.
 Il est donc difficile de lutter contre la pauvreté tant qu’on arrivera
pas à définir des critères clairs et applicables par tous.

 Dans le cadre du partenariat, des critères pourront être
définis ensemble par tous les intervenants, qu’ils soient étatiques,
para-étatiques, ONG, associations, projets et bailleurs et populations
de base.

Harmoniser les mécanismes d’intervention

 Ce point est le corollaire du précédent. En effet, en utilisant
les mêmes concepts pour définir L’uniformisation des mécanismes
d’intervention (de la rédaction des projets aux normes de suivi et de
décaissement des fonds permettront un gain de temps précieux
et une comparaison simple des résultats des projets d’aide au développement.

 Si les bailleurs ont une certaine responsabilité aux actions entreprises,
il faut reconnaître que c’est aux autorités étatiques de
mettre en place des conditions institutionnelles propices afin que l’aide puisse
être utilisée efficacement dans les projets de développement.
Plusieurs interviewés ont souligné l’importance de l’environnement
politique comme un préalable à toute action de développement.
La stabilité politique, la définition d’une politique économique
et sociale claire aideront à orienter les bailleurs dans leur entreprise.

En terme de conclusion,
on peut dire que les partenaires du Sud ont leurs propres vision de ceux du
Nord et qu’il faudrait intégrer ces observations dans les prochaines
politiques d’aide au développement. La responsabilité doit pourtant
être partagée parce que ceux qui reçoivent l’aide doivent
au préalable définir clairement leurs objectifs en terme d’activité,
d’autonomie dans le temps. Le plus souvent, les structures du Sud se font presque
piéger parce que n’ayant pas bien défini leurs objectifs et un
plan d’opération dans le long terme. Comme la plupart des projets sont
de court terme, c’est comme un éternel recommencement et il manque souvent
une vision évolutive de l’ensemble. Une collaboration entre les structures
du Sud autour de problématiques concurrentes et complémentaires,
un renforcement en matière de formation en management des projets seront
un plus dans l’accroissement du potentiel humain qui exécute les projets
dans le Sud.
 Les populations bénéficiaires doivent aussi savoir exactement
ce qu’elles veulent afin qu’on ne leur propose pas n’importe quoi. Les associations
et ONG locaux se chargeront de transmettre fidèlement les souhaits des
bénéficiaires et les inciter à une meilleure implication
dans les actions de développement.

Sources :
 SAWADOGO Kimseyinga(1997) (en collaboration avec OUEDRAOGO Sylvestre,
SAWADOGO Jean Pierre et KAZIANGA Harouman). La pauvreté au Burkina Faso,
une analyse critique des politiques et des stratégies d’interventions
locales. ECDPM, document de travail N° 51, ECDPM, Maastricht, Pays Bas.

 Ouédraogo Sylvestre(1997), Recueil d’informations sur l’appréciation
des acteurs locaux de leurs partenaires de développement. niversité
de Ouaga.
 Sylvestre Ouedraogo
 Président de l’association Yam Pukri (Burkina)

http://www.yam-pukri.org