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Le Logiciel Libre dans les pays en voie de développement

décembre 2001, par Alain

Article didactique sur la problématique des logiciels libres dans les pays en voie de développement
Alain ROBLIN-DEMONT - association CSDPTT

La problématique des logiciels libres dans les pays en développement
(à lire Un nouvel article sur le sujet)

Les différents acteurs impliqués dans la promotion des NTIC dans les pays en développement et d’une manière plus large dans les milieux défavorisés, élaborent des projets de création de cybercentre, télécentre ou autre, permettant à la fois de répondre à un besoin de connexion Internet, de dispenser des formations et d’offrir des outils bureautiques.
Ils se trouvent alors placés face à un choix loin d’être simple et sans enjeu : Utiliser dans leur projet des logiciels gratuits ou bien des logiciels payants.
Cette question n’est pas sans influence sur la viabilité des projets mis en place.

1) Définition de la gratuité
Cette confrontation gratuit/payant nécessite d’expliciter la notion de gratuité, qui dissimule des réalités bien différentes. Il existe 4 grandes familles de logiciels dits gratuits auxquelles j’ajouterai une 5ème, les logiciels piratés.
a) Les Shareware/Partagiciels
Cette méthode de commercialisation repose sur la confiance, en offrant un logiciel gratuitement, sous réserve d’envoyer à son concepteur une contribution le plus souvent modeste, si le produit convient à l’utilisateur, permettant d’obtenir les mises à jour ou les versions complètes du produit. Comme on le voit, la gratuité n’est que toute relative et l’éthique ou un minimum de conscience le rend payant.
b) Les Demoware/démonstration commerciales
Simple démonstration d’un produit vendu par ailleurs, les demoware sont soit limités à une durée ou un nombre fixe d’utilisation, soit incomplets.
c) Les Adware/Logiciels publicitaires
Ces logiciels sont gratuits mais les auteurs se rémunèrent par l’ajout de bandeaux de publicité ou la vente d’information. Ces publicités transitant par le réseau, elles alourdissent de façon non négligeable votre facture téléphonique. De plus, nombre de ces logiciels vous « pistent », c’est à dire enregistrent vos habitudes, les sites que vous visitez, pour constituer des bases de données à caractère commercial.
d) Les Freeware
Il ne faut pas confondre logiciel libre et graticiel.
Un graticiel n’est pas nécessairement un logiciel fourni avec ses sources, à la différence du logiciel libre.
De même, à la différence du graticiel, obtenir un logiciel libre peut être un service payant (ce n’est pas contradictoire avec les licences utilisées). L’ambiguïté vient du terme anglais " free" qui signifie à la fois libre et gratuit. Un graticiel est donc gratuit mais pas obligatoirement libre, ce qui signifie que l’utilisation du logiciel est gratuite mais que la propriété reste acquis au créateur. La gratuité est quelquefois limitée à un certain type d’utilisateur (étudiant, association, etc...). Il est impossible d’adapter un graticiel ou de corriger des bugs.
Un logiciel libre est fourni avec ses sources, et permet donc la modification, l’amélioration, et les corrections. Par contre la fourniture du logiciel peut être payante, comme par exemple les « distributions » de Linux (Debian, RedHat,...).
Ainsi, des exemples de logiciels libres importants et connus sont les systèmes d’exploitation Linux et FreeBSD, le serveur Web Apache , le serveur SMB SaMBa , la suite bureautique StarOffice... A contrario, des exemples de graticiels connus sont les navigateur Internet Explorer et Netscape Communicator, l’outil de lecture de courrier électronique Eudora Light, ...
e) Le piratage
Tout d’abord un fait, le piratage est un vol. Ceci posé, le reste de l’argumentation que l’on peut déployer n’est que commentaire.
Quoi qu’on en pense, le développement d’un logiciel nécessite des ressources financières, et implique des dépenses en recherche très importantes. La survie de toute entreprise passe par la sauvegarde de ses intérêts.
Il y quelques années, le choix d’un système d’exploitation ou d’un logiciel passait nécessairement par un achat. Les graticiels existaient, mais atteignaient rarement la qualité de ceux produits actuellement, et les logiciels libres n’avaient pas encore vu le jour pour le grand public. Pour les moins fortunés d’entres nous, le piratage restait la seule solution pour accéder aux possibilités offertes par les logiciels du commerce, même si cela restait malgré tout un vol.
Aujourd’hui, il est inconcevable pour une organisation de quelque nature que ce soit de cautionner ce type de comportement, d’autant plus que les logiciels libres peuvent répondre à la quasi totalité des besoins de tout un chacun.
Au niveau mondial, le taux de piratage a décliné au cours des cinq dernières années passant de 49% en 1994 à 36% en 1999. Les pertes occasionnées par la copie et l’utilisation illégales de logiciels dans le monde sont de l’ordre de 12 milliards de dollars pour la seule année 99. Les Etats-Unis, l’Asie et l’Europe de l’Ouest représentent 83% des pertes engendrées par le piratage, ces régions étant très fortement informatisées. Les 10 pays enregistrant à eux seuls 70% des pertes mondiales sont : les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Chine, la France, le Canada, l’Italie, le Brésil et les Pays-Bas. L’étude IPR constate que 19 pays affichent un taux de piratage supérieur à 80% - 8 logiciels sur 10 sont des copies pirates, parmi lesquels le Vietnam (98%), la Chine (91%), la Russie (89%) et l’Indonésie (85%).
Source : http://www.bsa.org
En Afrique hormis l’Afrique du Sud, les taux de copie illégale sont supérieurs à 50%, et pour une majorité de pays, supérieurs à 80%. Source : http://www.microsoft.com
2) Les logiciels Libres et Internet
Sans entrer dans une quelconque polémique avec les aficionados d’Apple ou autre, mais en s’en tenant à une réalité objective, on peut résumer comme ceci :
Faut il choisir Microsoft, un logiciel libre ou un graticiel ?
Pour les serveurs d’Internet, les statistiques sont significatives. Sur un total de plus de 32 millions de sites (recensés pour l’étude),
60% des sites Web (HTTP) tournent avec Apache, un logiciel libre.
30% avec un serveur web Microsoft.
50% des machines tournent avec un Système Microsoft (W2000, NTx, W9x)
30% avec Linux
(Source www.netcraft.com)
Comme le montre ces chiffres, les logiciels libres sont une alternative crédible à l’offre commerciale, voire même de meilleure qualité.
Un serveur comme Yahoo repose sur le système FreeBSD, Google sur Linux, Amazon utilise Linux et Apache (Source www.netcraft.com).
Une enquête du Wall Street Journal a révélé que même Microsoft utilise des logiciels libres sur certains de ses serveurs Internet, et des morceaux de code du système FreeBSD ont été découverts dans Windows 2000.
Ces exemples démontrent que la gratuité du logiciel s’accompagne d’une fiabilité incontestable. On ne peut pas imaginer que ces entreprises utilisent des logiciels libres sans y trouver leur compte en terme de productivité et de coût d’utilisation.
Toutefois, ces entreprises bénéficient d’informaticiens expérimentés, qui contrebalancent le reproche souvent fait aux logiciels libres, leur complexité de mise en œuvre.
3) Les logiciels libres et la promotion des NTIC
La question gratuit/payant n’a pas de réponse simple et tranchée, et dépend de l’angle d’approche.
Est-on utilisateur averti ou « professionnel », ou bien néophyte, ce que je désignerais sans connotation péjorative par l’utilisateur Lambda ?
Est-ce qu’on du système d’exploitation ou des logiciels applicatifs (traitement de texte, etc...) ?
Est-ce qu’on payer les mises à jour ou bien peut-on assurer une veille technologique sur Internet ?
a) Du point de vue de l’utilisateur Lambda
Principale cible de toutes les attaques, Microsoft symbolise la tentative d’hégémonie sur les NTIC. Il faut toutefois apporter à son crédit, un apport non négligeable à la vulgarisation et la diffusion de l’informatique « grand public ».
De par sa stratégie commerciale, Microsoft a, sinon créé, du moins imposé un certain nombre de standards de fait, dans l’utilisation et l’ergonomie des logiciels. On retrouve dans la quasi totalité des outils bureautiques les mêmes menus, fonctions, boutons, permettant ainsi un apprentissage et une appropriation de l’outil simplifiés.
En contre partie, l’utilisateur Lambda se voit emprisonné dans le monde Microsoft, à l’image des entreprises des années 70 prisonnières d’un Bull, IBM, DEC ou autre système propriétaire, sous peine de voir son acquis technologique rester inutile dans sa vie professionnelle, où l’informatique règne en maître.
Cet état de fait, rend quasi obligatoire dans les pays industrialisés, de se former sur les outils Microsoft, ou du moins sur ses systèmes d’exploitation ( Windows 95, 98, NT ou aujourd’hui Windows 2000).
On peut se demander si dans les pays du sud, cette nécessité peut être évitée.
L’objectif des nombreux projets est la promotion des NTIC, dans des environnements où l’informatique n’existe pas ou peu. Dans ces milieux peu importe le flacon, seule l’utilisation compte. La portabilité du savoir acquis a une importance toute relative pour un habitant d’une zone rurale africaine venant lire le journal en ligne. Peu lui importera l’outil tant qu’il est formé à son utilisation.
Quoi de mieux pour s’approprier une technologie, que de pouvoir l’adapter à ses besoins. La libre utilisation des codes sources des logiciels libres, peut être une opportunité pour les pays du Sud de s’affranchir des habitudes du Nord.
Dans un contexte culturel et économique où le partage et la mise en commun des ressources sont l’habitude, les logiciels libres peuvent être indiqués.
Une ONG ou association trouvera bien évidemment un intérêt financier avec les logiciels libre, mais mettre en œuvre un système comme Linux sur des machines autres que les serveurs s’avère dans la majorité des cas une aventure sans le concours d’expert.
Tout Microsoft ou tout Libre, la solution se situera plus sûrement dans un moyen terme, Des logiciels Libres sur un système d’exploitation Windows.
Quelques soient nos besoins, en 2001, on peut trouver son bonheur avec les logiciels libres.
Des outils bureautiques comme Star Office ont désormais acquis une reconnaissance, et sont portés sous Windows.

b) Du point de vue de « l’expert »
L’expert n’est pas forcément un professionnel, mais ce que j’appellerais un utilisateur averti.
Pour l’expert, les logiciels libres sont une solution viable, efficace et d’un coût acceptable.
Un projet de création de cybercentre, gagnera à s’appuyer sur un réseau local, permettant la mise en commun de ressources comme les imprimantes, les disques durs de grande capacité, l’accès Internet,...
La création d’un réseau d’un cybercentre peut s’appuyer sur serveur sous linux ou tout autre système libre (FreeBSD,...), qui offre toutes les fonctionnalités de Windows, et même des fonctionnalités supplémentaires (Quotas de disque, Serveur Telnet,...).
Les stations de travail de faible puissance (i486) gagneront à utiliser Linux, beaucoup moins gourmand que Windows.
Dans le cadre de projets montés en partenariat avec des ONG du Nord, il n’est pas rare d’avoir des machines de récupération. Celles-ci sont généralement fournies avec leur système d’exploitation (Windows en majorité).
Mon expérience personnelle m’a démontré que l’utilisateur Lambda ne se soucie en aucune façon du système d’exploitation. Seuls les outils qui lui sont d’une utilité directe sont importants.
Le choix d’une suite bureautique comme StarOffice permet d’offrir le traitement de texte aussi bien sous Linux que sous Windows. Le choix du système sera donc l’affaire du technicien chargé de la maintenance. Les navigateurs Gratuits sont disponibles tant sous Linux que sous Windows.
En conclusion, le pragmatisme doit guider le choix des acteurs du développement.

Alain Roblin Demont CSDPTT Ile de France (La Poste)

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