A qui profite les transferts de fond des travailleurs immigrés
Joël Perier (CSDPTT Ile de France)
Les travailleurs émigrés n’ont jamais autant
envoyé d’argent vers leurs pays d’origine.
Les flux ,selon les calculs de la Banque Mondiale,
ont progressé de 50% en cinq ans, pour atteindre ,à l’échelle
de la planète, 93 milliards de dollars l’an passé.
Ce chiffre correspond par ailleurs à une estimation
basse qui ne prend pas en compte les transferts informels (l’argent
de la main à la main), et selon certains experts, il faudrait gonfler
de moitié les statistiques officielles pour s’approcher de la réalité.
Deux raisons au moins expliquent cette envolée.
-La croissance spectaculaire de l’immigration
: 175 millions d’immigrants contre 105 millions en 1985.
-La baisse continue de l’aide des pays développés
dans leur ensemble à l’égard du tiers-monde en 2002 : ainsi,
l’aide publique des pays de l’OCDE a atteint 68 milliards de dollars, soit
0,23% de leur PIB contre 0,33% dix ans plus tôt.
La France, en particulier, a vu son effort se réduire
de 8,5 à 5,5 milliards de dollars pour la même période,
les USA voyant pour leur part leur contribution, même si elle
reste la plus importante à 15,7 milliards de dollars, chuter
à 0,14% de son PIB seulement quand les transferts des travailleurs
installés la-bas s’élèvent à 35 milliards l’an
dernier, un doublement en dix ans...
Mais ces transferts, qui servent à assurer le
quotidien des familles et populations restées sur place (riz, médicaments,
frais de scolarité, bois, facture d’électricité, frigo,
vêtements ,participations aux fêtes religieuses et de
villages, mais aussi projets collectifs comme motopompes pour l’irrigation,
bureau de poste, château d’eau, dispensaire médical, rénovation
de l’école, coopérative alimentaire...et plus encore :
participation à coté de l’Etat au projet par exemple
de construction d’une route pour désenclaver un village pendant
la saisons des pluies..) coûtent chers : entre 15 et 20% de la somme
envoyée !!!
Réduire ce coût de 5% pourrait générer
une économie de 3,5 milliards de dollars pour les travailleurs a
calculé la Banque Mondiale.
En France, deux députés de bord opposés,
le maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard (apparenté PC), et l’ancien
ministre de la Coopération, Jacques Godfrain, ont déposé
en juin une proposition de loi pour mettre en place un livret d’épargne
pour le développement, qu’ils sont allés présenter
cet été à plusieurs banques, avant de la soumettre
,cet automne, au Parlement.
Concrètement, c’est la société Western
Union qui assure ces transferts financiers : 195 000 agents dans le monde,
et 81 millions de transactions, un chiffre qui a doublé en trois
ans et une efficacité redoutable : l’argent est viré
d’un point à l’autre de la planète en un quart d’heure, en
toute sécurité.
Une offensive marketing tous azimuts : le sponsoring
d’une émission télévisée diffusée sur
toute l’Afrique (Initiative Africa), une caravane publicitaire, la diffusion
d’une bande dessinée, l’organisation d’un concours pour gagner des
moutons au moment de la Tabaski, tout a été bon pour que
cette société tisse sa toile dans tout le Sénégal.
Et alors que 5% seulement des Sénégalais
possèdent un compte en banque, la société a doublé
en un an le chiffre des ses agences (260 en 2003), en signant des
accords de partenariat avec le réseau postal et les banques, et
1 million d’opérations ont été enregistrées
en 2003 dans le pays.
Incontournable Western Union......
La filiale française, crée en 1995, a ouvert
quant à elle des agences spécialisées à Paris,
Lille, Lyon et Sarcelles et prévoit de s’étendre dans une
quinzaine de villes, sans compter les 2900 points de vente partenaires
de La Poste et des banques.
Joël Perier
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