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Afrique : les bienfaits viennent du ciel (lettre à l’hebdomadaire Jeune Afrique)

Ce courrier a été envoyé à l’hebdomadaire Jeune Afrique le 19 mars, il n’a pas été publié ni n’a reçu de réponse.


Lettre à Jeune Afrique (au nom de CSDPTT) en réaction à son article sur Rascom et les besloins de l’Afrique

 

Afrique : les bienfaits viennent du ciel

 

L’Afrique attend son premier satellite de télécommunications pour s’affranchir, titre la « newsletter » de Jeune Afrique le 13 mars 2006.

Au cours de la Conférence mondiale de développement des télécommunications (CMDT’06) qui se tient dans le cadre somptueux de l’Hôtel Sheraton de Doha (Qatar), le Directeur du Bureau du Développement des Télécommunications (BDT) de l’UIT, a annoncé le lancement avant la fin juin du premier satellite de l’Afrique « pour remédier à son déficit en technologies de l’information et de la communication (TIC) ». Rappelons à l’UIT que l’urgence en la matière lui a longtemps échappé puisque la pré-étude de faisabilité a été lancée par l’UIT, sur financement du Fonds européen de développement, FED, en ... 1982.

 

Mais revenons à ce premier satellite africain, qui répond au doux nom de RASCOM, pour saluer sa prochaine naissance, et souhaitons lui longue vie afin qu’il apporte ENFIN à l’Afrique ses solutions au désenclavement des zones rurales et à la diffusion de programmes radio et télévisuels qui permettent aux diverses populations d’échanger entre elles les trésors des cultures africaines et les informations dont elles ont besoin ou qu’elles veulent partager.

 

Fort opportunément le Ministre centrafricain des Télécommunications, participant lui aussi à cette conférence, s’est plaint que son pays ne comptait que 9 000 abonnés au téléphone et 600 à l’Internet, du fait du manque d’aide internationale pour le développement des TIC. Sur l’autre rive de l’Oubangui, dans l’immense RD du Congo, ce n’est guère plus brillant et en tous cas nettement en recul, tout comme en Centrafrique, par rapport à la situation qui prévalait dans les années 80, malgré le « boom » très « sélectif » des communications mobiles ! Et pour rester dans cette sous-région, le Congo-Brazzaville est exactement sur la même pente : descendante ! Qui parle de développement ?

En attendant, ce raout quadriennal de l’UIT a donné l’occasion à son Directeur du BDT de prononcer une de ces formules dont cette institution a le secret, telle que « les TIC peuvent être le moteur de l’industrie et de l’économie en Afrique, mais à condition de mettre en œuvre une politique propice à la compétition ». Cette recette connaît pourtant des ratés, car depuis plus de dix ans l’UIT a promu dans tous les pays africains sa politique néolibérale de déréglementation et de concurrence, mais les réseaux africains sont toujours dans une désolante et scandaleuse situation (voir Panaftel) et le continent attend toujours un réseau d’interconnexion, même sommaire. Autre formule qui vaut le détour : « Quand vous introduisez les TIC dans une école, les jeunes enfants africains se retrouvent très rapidement (sic) au même niveau que les jeunes japonais ou américains (re-sic) ». Les enseignants et pédagogues africains ont probablement des vues plus circonstanciées et des commentaires moins dithyrambiques -mais aussi plus réalistes- à proposer dans ce domaine.

 

Enfin, le Directeur du BDT relève que selon les estimations de l’UIT « l’Afrique aura besoin d’au moins 80 milliards de dollars chaque année ».

Ce « besoin » est discutable, d’abord quant à son montant, gigantesque et quasi dissuasif. Il nécessite une information plus complète pour ne pas être simplement un « scoop » sensationnel lancé à la presse. En effet, le montant indiqué dépasse largement celui que les institutions internationales estiment nécessaire pour réaliser les objectifs de la Déclaration du Millénaire pour le Développement (OMD) à l’échelle mondiale, soit 50 milliards par an. D’autre part on aimerait savoir quel domaine recouvre ce « besoin ». Est-ce le domaine des TIC qui dépasse largement le cadre d’action de l’UIT, ou le domaine d’activité de l’UIT, à savoir les télécommunications, qui ne sont qu’un sous-ensemble des TIC ? Dans cette dernière hypothèse quels investissements comptabilise l’UIT pour arriver à ce chiffre pharamineux : ceux vraiment nécessaires pour couvrir les investissements de base, ou ceux qu’elle extrapole par rapport à ses visions néolibérales ? Dans ce dernier cas on peut au moins douter du « besoin » de quatre ou cinq opérateurs dans un pays africain -et la réalisation d’autant de réseaux- pour se concurrencer mutuellement en se partageant un marché au demeurant limité.

 

Le développement des télécommunications en Afrique mérite un débat d’un autre niveau et sur d’autres critères que ceux que nous propose l’UIT et ses Plans d’Actions à répétition issus des CMDT. Il est grand temps de remuer cette autrefois vénérable maison et de lui rappeler ses obligations telles qu’elles découlent de ses statuts fondateurs. Le personnel, les techniciens et cadres des opérateurs publics des télécommunications des PeD, tout comme les usagers et l’immense masse qui rêve de l’être un jour pas trop lointain, appellent un « autre développement ». Avec l’UIT reconcentrée sur ses activités qui l’ont fait connaître notamment par les PeD et par tous ceux, au Nord comme au Sud, qui sont attachés à la coopération solidaire et multilatérale au bénéfice des populations qui en ont le plus urgent besoin.

 

.

Jean-Louis Fullsack,

Président de CSDPTT (www.csdptt.org)

 


 

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